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La Flagellation à travers le monde

Le Satyre

Le fouet à Londres (Première partie : chapitre IV)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


IV
LE SATYRE

La vie continuait, calme, en apparence, au château.

Cependant, la santé de Lady Helling semblait s’altérer progressivement. Ses traits se tiraient, et son teint sans éclat lui donnait l’air d’une femme parvenue à son irrésistible déclin. Son entourage, les quelques amis voisins, finirent par s’émouvoir de son état. Lady Helling était charmante et savait garder de bonnes amitiés. Des réflexions, des conseils inspirés par la bienveillance, eurent raison de l’insouciance qu’elle avait de sa santé. Elle fit venir le docteur Farmer. Celui-ci, voyant qu’il avait affaire à une névrosée, lui posa des questions auxquelles elle ne répondit qu’avec la plus grande prudence, soucieuse de cacher la vérité. Mais son attitude dissimulée et gênée indiqua mieux encore son cas au praticien que l’examen général qu’il faisait de sa santé.

Il comprit qu’il y avait un chagrin dans l’existence de cette femme, ver rongeur, capable de venir un jour à bout de l’organisme tout entier. Il ne voulut pas paraître insister davantage et conseilla à sa cliente, tout en lui écrivant une ordonnance, de prendre beaucoup de distractions et de faire de l’exercice, lui promettant de surveiller son rétablissement, qui ne tarderait pas si elle suivait le traitement prescrit point en point.

L’habitation du docteur Farmer était à une dizaine de minutes du château de Lady Helling. Ce médecin était un homme exquis. Marié fort jeune à une femme de son choix, il s’était fixé à *** où son oncle, médecin très aimé et apprécié, lui avait légué sa clientèle, et l’avait, en mourant, constitué l’héritier de ses biens.

Mistress Farmer était une personne avenante et sincèrement bonne. Ses cheveux grisonnants mettaient à son visage une auréole s’harmonisant avec son expression souriante. Du même âge que son mari, elle avait eu l’esprit et le grand coeur de fermer les yeux sur ses nombreuses incartades, dont elle avait cependant cruellement souffert durant les premières années. Le docteur était, d’ailleurs, un homme correct en apparence et n’avait jamais cessé, malgré ses faiblesses, d’entourer Mistress Farmer d’une affection mêlée de respect. Les années venant, elle avait mieux pris son parti de ces souffrances de coeur ; leur ménage était de ceux que l’on citait comme très uni.

Mrs Farmer était en bonnes relations avec Lady Helling. Ces dames prenaient plaisir en la société l’une de l’autre et se réunissaient quelquefois. Le changement survenu en Lady Helling n’avait point échappé à la femme du docteur, mais elle devait attendre que l’on en prévînt son mari et, par un sentiment de délicatesse, elle avait été la seule à ne point paraître s’en inquiéter.

Le docteur, en quittant Lady Helling, se disait que dans l’état de sa cliente, il y avait quelque chose hors du ressort de sa profession. Il jugeait les événements, non seulement en homme de science, mais en homme qui connaît la vie, et il se fiait à la vie qui, peut-être, soulèverait un jour le voile de ce secret.

Ce secret, auteur de son mal, était le besoin d’amour.

Jenny prit la décision de faire quelques invitations. On organiserait des jeux, des promenades, des parties de plaisir. Elle écrivit à deux de ses amies, dont la première était la femme d’un riche industriel et avait deux jeunes gens, l’autre la femme d’un magistrat. Ces messieurs se joindraient à cette villégiature. Les trois jeunes filles de sa seconde amie seraient une distraction pour Ethel et le séjour de la campagne ne manquerait pas de leur être favorable.

Lady Helling devait avoir aussi quelques chasseurs dont un jeune officier et le pasteur de St-George’s church, église très aristocratique. Enfin, elle se décida, se donnant à elle-même toutes sortes de bonnes raisons pour légitimer sa démarche, à écrire au colonel Boldman.

Peu de jours après, le château était peuplé d’une joyeuse compagnie et les parties de tennis, de football, de croquet, les courses à bicyclette se renouvelaient du matin au soir, prétextes pour les dames à exhiber de nombreuses toilettes, robes claires, légères, rehaussant, selon leurs désirs, les genres variés de leurs beautés.

Lady Helling, dont le col fin et gracieux était le charme le plus remarqué, variait à l’infini, et selon les nuances de ses toilettes, les colliers d’or et les pierreries.

Il semblait que l’animation donnât le change sur l’état de sa santé, mais le démon qui la torturait n’y perdait rien.

La présence du colonel Boldman était comme une obligation de penser à autre chose. Elle eut voulu, même au milieu des fêtes et des jeux, isoler Margaret et Ethel, et surtout, oh ! surtout pouvoir les suivre, car, en son instinct de femme, des signes inaperçus jusque-là lui montraient que ces deux créatures, vivant à ses côtés et respirant le même air, goûtaient elle ne savait quels plaisirs insoupçonnés d’elle, ces mêmes plaisirs dont le rêve morbide la hantait de plus en plus. Mais les jeunes filles paraissaient trouver à ce train de vie un attrait dont Jenny s’étonnait et prenait même ombrage.

Après quelques journées de promenades aux environs, on se lassa des chevaux et des voitures. Le pays, si charmant qu’il fût, n’avait plus rien de secret pour les visiteurs : les messieurs se remirent donc à la table de jeu et les dames, éprouvant le désir d’un peu de repos, exhibèrent leurs broderies. Prenant le thé sous la grande tente de toile dressée dans le parc, on passa le temps à deviser gaiement. Mais l’intrépidité de la jeunesse est sans limites ; jeunes gens et jeunes filles faisaient de leurs journée un tout autre emploi car, dès le matin, équipés en bicyclistes, ils s’envolaient à une trentaine de kilomètres de *** chaque fois en des directions variées.

Lady Helling voyait avec plaisir son cercle plus restreint. Dans ce doux repos de verdure, les conversations se faisaient plus libres. On s’isolait volontiers, les allées ombreuses du parc ouvraient des horizons tentants sur fond de décor incomparable ; un temps doux, un peu orageux, disposait plutôt au farniente. Hommes et dames éprouvaient grand plaisir, les uns à interrompre leur jeu, les autres, leurs travaux d’aiguille, pour se communiquer leurs impressions.

L’heure du goûter étant venue, Lady Helling, qui s’acquittait avec une grâce toute charmante des honneurs de sa maison, offrit à ses hôtes les mille friandises accompagnant le thé ou les divers rafraîchissements. Sa robe de dentelle écrue, toute simple en son élégance raffinée, faisait valoir les lignes superbes et fières de son corps de marbre. Le colonel qui, ce jour-là, semblait plus expansif que de coutume, avait eu le plus vif succès en racontant ses aventures belliqueuses aux Indes. Chacun se dépensait pour apporter sa part d’amabilité et d’entrain ; les histoires les plus diverses, les plus mouvementées, n’avaient cessé de courir parmi la société dont la gaieté ne tarissait pas.

Jenny Helling se sentait émue de cette émotion que tant de fois elle avait redoutée. L’influence mystérieuse que le colonel exerçait sur elle semblait se fortifier encore, mais, par instinct, elle se maîtrisait de toutes les forces de sa volonté. C’est avec un calme apparent qu’elle causait de choses indifférentes avec cet homme qu’elle semblait ne traiter qu’avec un peu plus de courtoisie que ses autres hôtes et elle se sentait intérieurement, malgré tous ses efforts pour se ressaisir, l’esclave d’avance soumise à tous les caprices de son maître.

Après le goûter, chacun quitta la tente et se dirigea vers les lignes tendues au bord du cours d’eau qui longeait le bas du parc ; les filets à écrevisses et tous les engins nécessaires attendaient là le bon plaisir des invités.

Le colonel et Jenny, tout en devisant, prirent la direction des taillis. Ils paraissaient, l’un et l’autre, exposer des idées sur lesquelles ils discutaient presque à voix haute, ne s’entendant pas sur la manière de juger les moeurs. Lui, soutenait que le veuvage était l’absolue liberté pour la femme, lui donnant le droit absolu d’agir à sa guise, sans que personne puisse invoquer la moralité pour la blâmer de ses agissements, qu’en somme, l’indépendance était la loi du veuvage.

Elle répondit que la dignité d’une femme était d’éviter que l’on discutât même sur le chapitre de sa conduite. Élevée par des parents sévères, elle avait toujours gardé un souci exagéré du décorum et l’opinion même de ses subalternes lui en imposait à ce point que, pour éviter de sentir planer sur elle le plus léger soupçon d’où il put venir, elle eût sacrifié ses aspirations les plus chères.

Ils entraient à ce moment sous le couvert du taillis épais des jeunes arbres où les chemins de mousse succédaient aux allées sablées du parc.

Tout à coup, le colonel s’arrêta et fixant son regard d’acier sur Lady Helling, la prit par les poignets, s’écriant : « En voilà assez de vertu, ma chère. Croyez-vous que je suis de ceux dont les femmes impunément se jouent ? Cette comédie a assez duré, vous devez le comprendre. Lorsque j’étais lieutenant, je vous aimais, et par la crainte de désobliger vos parents, vous m’avez sacrifié, moi ! Si les consolations de l’amour ne m’ont pas manqué, il n’en est pas moins vrai que j’ai, à cette époque, cruellement souffert par votre faute. Malgré tout, vous occupiez ma pensée, et votre souvenir a souvent attristé des heures qui, sans cela, eussent été joyeuses. Votre image ingrate et toujours chère m’a hanté longtemps encore dans mes plaisirs, mes travaux ou mes exploits. De cela, Jenny, j’aurai ma revanche, je vous le jure. »

Jenny ne répondait rien. Devant cette volubilité, cette parole autoritaire, elle était comme médusée. Les yeux de Boldman troublaient sa pensée, elle avait peur, balbutiait des mots sans suite, comme si elle eut été vraiment coupable de quelque action criminelle ; elle sentait ses forces l’abandonner, et, sans souffle, le coeur battant, les larmes montèrent à ses yeux.

Alors il comprit qu’il était le maître et, d’une vigoureuse étreinte, la saisissant à bras-le-corps, la renversa sur la mousse du sentier, imprimant sur ses lèvres un baiser brutal qui acheva de suffoquer Jenny, sur le point de perdre connaissance, ce dont il profita pour explorer d’une main hardie les contours provocants de sa conquête.

La nature trop longtemps contenue se vengeait. Jenny, en proie à une ivresse inconnue et déjà vécue pourtant par ses visions nocturnes et quotidiennes, eut comme un éclair de folie, et saisissant la tête de Boldman, elle lui couvrit le visage de baisers.

Alors les gestes de celui-ci s’enhardirent, mais brusquement, à une attaque plus directe, Jenny se sentit glacée, et, comme mue par un ressort, elle se dégagea de l’étreinte forcenée du colonel…

Voir en ligne : Chapitre V : Vision nocturne

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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