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Passion sexuelle et folie érotique

Le Satyriasis

Les Troubles physiologiques (Chapitre II)



Mots-clés :

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


II
LE SATYRIASIS

Le satyriasis est à l’homme ce que la nymphomanie est à la femme ; c’est un état d’excitation morbide sexuelle avec penchant irrésistible à répéter fréquemment l’acte vénérien et faculté de l’exercer un grand nombre de fois sans l’épuiser ; il se développe sous l’influence de lésions organiques très nombreuses et des troubles fonctionnels les plus variés.

Il ne faut pas confondre l’érotomanie avec le satyriasis ; la première a son point de départ dans les fonctions cérébrales, le second est propre aux organes génitaux eux-mêmes. Cependant ces deux états, quoique bien distincts, ne restent pas toujours assez isolés entre eux pour que l’on ne rencontre parfois une complication de l’un et de l’autre. Les exemples ne sont pas rares dans lesquels un malade, après avoir souffert durant un certain temps de l’érotomanie, est devenu plus tard un sujet de danger public par suite des impulsions violentes suscitées par le satyriasis. Certains tempéraments disposent plus particulièrement au satyriasis : les hommes à système nerveux, à muscles développés, aux poils abondants, au teint coloré y sont plus souvent sujets. Fréquemment, ces tendances funestes sont le fait d’hérédité, et quand l’éducation ne parvient pas à calmer les instincts de cette nature, les causes les plus légères les mettent à jour, bientôt la volonté devient impuissante à régler la satisfaction d’un appétit ordinairement très irrégulier.

On observe le satyriasis aussi bien dans l’enfance que dans la vieillesse ; mais c’est surtout dans la période d’activité des fonctions sexuelles qu’on le rencontre généralement en même temps que d’autres phénomènes nerveux d’une intensité variable. Des vieillards, chez lesquels les fonctions intellectuelles sont presque toutes anéanties, sont pris subitement d’un besoin presque automatique qu’ils vont satisfaire en public, sans conscience aucune, sur des personnes de l’autre sexe et même sur des enfants.

Chez la femme, la fureur génitale est, dit-on, plus fréquente que chez l’homme ; celui-ci vit moins longtemps que la femme sous la dépendance de ses organes de la génération.

Une influence active du satyriasis est celle de la continence imposée aux hommes vigoureux et dont l’imagination s’exalte par l’effort même qu’ils font pour repousser les images voluptueuses qui la troublent.

La masturbation est aussi une cause fréquente.

Le docteur Mottet cite le cas d’un jeune homme qui, dès l’enfance, se livrait à l’onanisme ; sa santé s’altéra et, sur les conseils qui lui furent donnés, il rompit avec ses habitudes solitaires. Son père l’ayant placé dans une maison de commerce, il se livra avec le plus grand zèle à ses occupations nouvelles ; il reçut des témoignages d’amitié de la part de son patron et de sa femme. Il crut que celle-ci l’aimait. Bien qu’elle ne fût ni jeune ni jolie, il fut pris d’un violent désir de la posséder ; dès qu’elle le regardait, il entrait en érection ; la nuit, il rêvait d’elle et avait de fréquentes pollutions. Sa santé se troubla et le délire survint. Après la lecture de Phèdre, il s’imagina qu’il était Hippolyte ; sa maîtresse devint Phèdre et le mari un nouveau Thésée, auquel il raconta un jour la passion qui le dévorait dans les termes d’une exaltation si tragique que le mari, non moins inquiet que surpris, le congédia sur l’heure.

Les cantharides ingérées dans les voies intestinales, dont le but d’excitation génésique, ont souvent déterminé le satyriasis. Ambroise Paré en a cité un curieux exemple. Un certain abbé, venu à Paris, fut accosté par une fille qui le conduisit chez elle, lui fit goûter d’une confiture, dans laquelle se trouvaient des cantharides. L’abbé fut pris d’un épouvantable satyriasis ; il se livra pendant toute la nuit au coït le plus effréné, à tel point que la femme effrayée, crut devoir aller chercher un médecin. L’abbé délirait, il tenait des propos obscènes, se livrait à des actes de lubricité sans s’inquiéter de la présence du médecin. Il mourut quelques jours après d’une gangrène à la verge.

Cabrol rapporte deux observations analogues : Sur le conseil d’une sorcière, un homme avait pris une drogue pour se guérir de la fièvre ; dans ce remède se trouvait de la cantharide, « ce qui le rendit si furieux à l’acte vénérien que sa femme jura Dieu qu’il l’avait chevauchée dans deux nuits quatre-vingt-sept fois, sans y comprendre plus de dix fois qu’il s’était corrompu... mais quel remède qu’on lui sceust faire, il se passa le pas. »

Dans le second cas, sous l’influence d’un semblable remède, le malade fut pris de délire, « il fallut l’attacher comme s’il fût possédé du diable ; les femmes le plièrent dans un linceul mouillé en eau et vinaigre, où il fut laissé jusqu’au lendemain qu’elles allaient le visiter ; mais sa furieuse chaleur fut bien abattue et éteinte, car elles le trouvèrent raide mort, la bouche riante, montrant les dents et son membre gangrené. »

Une observation de satyriasis chez les vieillards est citée dans les Ephémérides de Jacob Schmid : « Un septuagénaire, après deux années de veuvage, avait épousé une jeune fille. Ce vieillard cachectique, dès les premiers jours, la fatigue par des assauts répétés, pratiquant le coït jusqu’à dix, quinze et vingt fois en vingt-quatre heures, il continua cet exercice pendant trois mois. Sa femme, épuisée, en référa à ses parents et demanda un remède, non seulement pour ses parties sexuelles excoriées par des frottements si répétés, mais aussi pour abattre la salacité, la méchanceté de ce vieillard insatiable. »

Le docteur Trélat, dans la Folie lucide, range les individus atteints de satyriasis dans la classe des idiots et des imbéciles, dont les habitudes de masturbation, les perversions instinctives, exigent des mesures de surveillance étroite. Lorsqu’ils vivent en liberté, ils peuvent être pris de véritables accès de rut, pendant lesquels ils se livrent à des actes de violence pour satisfaire leurs appétits sexuels. Dans ces conditions, l’attaque est d’une brutalité excessive, la résistance de la victime l’exalte encore et c’est la plupart du temps sur un cadavre que l’imbécile, dans un paroxysme de fureur, assouvit ses désirs.

Voir en ligne : Chapitre III : La Nymphomanie

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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