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La Flagellation à travers le monde

Le Troisième !…

Le fouet à Londres (Première partie : chapitre VIII)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


VIII
LE TROISIÈME !…

Certes, il était bien vrai que le révérend Daniel Gowerson fût épris de Lady Helling. Mais, toujours, par son attitude, elle l’avait empêché de rien laisser paraître de ses sentiments.

Ce soir-là, quelle faiblesse, quel abandon involontaire donnaient à cette femme habituellement de tenue si correcte, un laisser-aller si complètement provocant ?

Toujours est-il que le pasteur, résolu à en profiter, conçut le plan, dangereusement audacieux, de ne pas s’en retourner sans avoir obtenu au moins quelque faveur de Lady Helling.

Pour cela, peut-être lui faudrait-il user d’un stratagème ? Peu lui importait, il était résolu à tout.

On prit le café sur la terrasse, et, la nuit venue, on était encore là, à savourer la fraîcheur de la température.

Les voisins du château se retiraient chacun de leur côté, les hôtes même se préparaient à regagner leurs chambres. Le révérend, après avoir présenté ses hommages et baisé la main de la maîtresse de maison, était parti.

Cependant l’heure du rendez-vous donné par le colonel à Jenny dans sa chambre approchait. Il fallait fixer, pour le lendemain, l’endroit où l’on pourrait, sans crainte des indiscrets, fustiger d’importance Margaret et Ethel pour leur faute réprouvée.

À minuit, le colonel ouvrait doucement la porte de la chambre de sa maîtresse. Ils convinrent de fixer à neuf heures du matin le départ pour le pavillon de chasse de la forêt de *** où régnait la solitude la plus absolue. On prendrait l’automobile et l’on se passerait du chauffeur dont la présence ne manquerait pas d’être gênante. Le colonel se chargeait volontiers de prendre sa place. Puis, on serait de retour pour midi, heure habituelle du déjeuner.

Lady Helling ne pouvait, malgré les changements survenus dans sa conduite personnelle, pardonner à sa fille un tel manque de respect à l’autorité maternelle.

Quant à Margaret, elle serait, malgré l’immense privation que cela causerait à sa complice, expédiée à la campagne dans un endroit fort éloigné, presque à deux jours de voyage, chez Miss Helen Beddoes, son ancienne institutrice, à qui elle servirait une rente en dédommagement de la charge nouvelle et de la peine qu’elle prendrait avec une telle pensionnaire. Elle savait fort bien que, malgré la meilleure surveillance et malgré l’endroit désert où elle serait reléguée, les vices de Margaret resteraient incorrigibles et impossibles à réfréner.

Au fond, Jenny venait de subir une rude épreuve morale en la précédente nuit et la sévérité qu’elle comptait exercer sur sa fille était comme une jalouse revanche de ces années qu’elle avait, elle, alors jeune et belle, perdues pour une regrettable vertu.

L’itinéraire une fois bien arrêté pour le lendemain, les amants prirent le loisir d’amoureux ébats sans que, par égard pour des meurtrissures si douloureusement récentes, le colonel eût la moindre velléité de renouveler les exploits de la veille. Et puis, Jenny n’avait nul besoin de stimulants, elle avait en elle une frénésie, une rage d’amour qui la rendait insatiable. Enfin, elle s’endormit. Le colonel prit alors ses vêtements, et, sans bruit, regagna sa chambre sans encombre.

Deux yeux brillants de haine et humides de larmes le suivaient dans la nuit.

Ce martyr d’amour se traîna sur une banquette de l’antichambre où il pleura longtemps en silence. Puis, repris de son vertige de désir et de rage passionnée, il longea le couloir et, arrivé à la porte du cabinet de toilette, il frappa doucement.

Un instant, son appel demeura sans réponse. Il recommença. Un bruissement léger se fit alors entendre à l’intérieur et Jenny, revêtue d’un saut de lit en foulard rose garni de hautes dentelles, tira le verrou sans méfiance.

Elle lui apparut ainsi comme la déesse de l’amour elle-même ; il se jeta sur sa main qu’il étreignit avec force, la couvrant de baisers et de larmes.

Jenny, stupéfaite, ne pouvant croire à ce qui lui semblait une vision de son esprit encore mal éveillé, restait là, clouée sur place.
- Vous ! Gowerson ! C’est bien vous ? Vous ?

Elle ne se doutait pas combien ce simple mot pouvait jeter de doute dans l’âme de cet homme qui venait de passer par les affres de la plus atroce jalousie. Il reporta, en un éclair, sur le seul rival connu de lui, la cause de l’étonnement de Jenny.

Enfin, elle qui avait cru se trouver en face du grand Maurice, dont elle redoutait la colère si elle ne répondait pas à son appel et qui se défiait de la vengeance facile de son subalterne, pouvant par ses révélations causer l’esclandre le plus effroyable, capable de démentir en un instant toute une existence de vertu farouche, Jenny entendant heurter à sa porte, réveillée en sursaut, avait au plus vite passé son peignoir et, se trouvant en face de Gowerson, avait reculé d’étonnement.
- Vous ! répétait-elle, c’est vous !
- Pitié ! s’écria-t-il, ayez pitié de mon amour, de la souffrance poignante qui me déchire le coeur ! Je vous adore depuis des années. Je vous vénérais comme la femme trop vertueuse, trop chaste pour que jamais je puisse avoir l’audace d’aspirer à votre possession. Je sais tout. Ma douleur me fera-t-elle pardonner ma franchise ? Jenny ! Vous êtes la maîtresse du colonel. Il a passé la moitié de la nuit avec vous ; vous êtes une ingrate ! Vous saviez mon amour. Il était visible, hélas ! pour tout autre que vous. J’ai résolu d’en finir avec la vie. Eh bien, maintenant, vous saurez pour qui je meurs. Jenny ! Jenny ! n’aurez-vous pas pitié ?

Et le pauvre garçon se tordait les mains, dans son désespoir, s’arrachant les cheveux. La folie du suicide semblait posséder son cerveau.

Lady Helling fut prise de terreur. Elle se pencha sur lui, le raisonnant avec des paroles tendres et, prenant la tête brune du jeune homme contre sa poitrine, elle le calma doucement, le berçant comme on berce un enfant pour le consoler. Elle lui raconta alors que le colonel l’avait eue, un jour, par surprise, que jusque-là, aucune faute n’avait souillé sa vie, mais qu’elle avait peur de lui, qu’il la dominait et qu’elle n’avait pas la force de lutter contre un homme aussi terrible. Mais que, bientôt, il repartirait et qu’elle ne le verrait plus que rarement.

L’espoir entrait peu à peu dans l’âme du jeune homme. La femme aimée n’avait-elle pas, par ces douces paroles, versé dans son coeur meurtri le baume de la consolation. Il commençait à se réconcilier avec cette vie que, tout à l’heure, il maudissait dans son délire.

Daniel tenait toujours la main de Jenny sur ses lèvres ; il paraissait l’écouter avec plus de raison. Il lui expliqua alors comment, au départ des invités, il s’était glissé autour de l’habitation et, quitte à s’en tirer adroitement s’il rencontrait un domestique, en feignant de venir reprendre des papiers d’affaires laissés dans le petit salon, il était rentré dans le château avant que, occupés à rentrer les chaises restées sur la terrasse, les serviteurs en eussent refermé les portes. Par bonheur, il n’avait rencontré personne et avait pu monter l’escalier sans être vu. Il avait ensuite ouvert la coulisse d’une armoire à vêtements et c’est dans ce meuble qu’il avait fiévreusement attendu, décidé à en finir, à forcer s’il le fallait la porte de son idole pour lui dire son tourment et sa passion.

Alors le colonel était venu, il l’avait distinctement reconnu à la faveur d’un rayon de lune. Puis, il avait attendu. Oh ! les longues heures dont on compte les minutes, minutes de cette torture qui vous laboure les chairs !

Enfin, le colonel était reparti. Il l’avait épié, il l’avait vu regagner sa chambre, cet homme maudit qui lui volait le bien le plus cher de son existence.

Les larmes l’étouffaient, les sanglots secouaient ses épaules, la folie du désespoir le reprenait tout entier.

Jenny était émue, elle considérait ce jeune homme svelte, brun, élégant, charmant en somme, et candide, oui candide malgré les responsabilités sérieuses de sa profession. Il y avait quelque chose de si pur, de si prenant dans cette nature sincère.

Hélas ! Ce n’était point là l’homme dont on devient l’esclave. Cela elle le sentait bien.

Pour elle, l’amour, c’était la domination. Le colonel la domptait et Maurice lui-même qu’elle n’aimait pourtant pas, avait au moins le privilège de la courber devant lui par la crainte.

Daniel Gowerson ne serait jamais son maître.

Il s’était mis à genoux devant elle. Elle ne songeait même pas à se défendre de ce grand enfant, très doux, très soumis. Elle le berçait tendrement ; c’était presque de l’amour maternel qu’elle avait pour lui. Elle consolait sa douleur, berceuse elle-même bercée.

Daniel l’entourait de ses bras, amoureusement, la tête posée sur ses genoux ; de temps en temps encore un sanglot soulevait sa poitrine et Jenny, une main sur son front brûlant de fièvre, lui souriait.

Ils étaient toujours là. Elle n’avait pas quitté la chaise-longue où elle était venue s’asseoir, conduisant et guidant ce désespéré.

L’aube pointait.

Jenny ne pouvait se défendre d’un trouble au contact si abandonné de ce jeune homme. Leurs yeux se cherchaient ; sans doute ils se comprirent, car la légère soie du peignoir ne fut plus un rempart suffisant pour différer leurs caresses.

Cette chair qu’il avait tant convoitée s’abandonnait enfin à lui et, dans la douce clarté de l’aube blanchissante, sur les coussins parfumés de la causeuse, au milieu du calme que nul bruit ne troublait à cette heure, Jenny devint la maîtresse de Daniel Gowerson.

Il faisait grand jour lorsqu’ils s’arrachèrent aux bras l’un de l’autre. Daniel sortit, enivré et titubant de bonheur, de cette chambre où il était entré en martyr.

Jenny lui ayant donné le secret de la petite porte dérobée du jardin, observa, haletante, à travers les persiennes, la sortie de son nouvel amant.

Elle le vit longer une haie, puis enfin gagner une route au tournant de laquelle il ne tarda pas à disparaître. jetant vers ses fenêtres un regard enamouré.

Voir en ligne : Chapitre IX : Le Châtiment

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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