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Les délices du fouet

Le baisemain à la magnifique flagellante

Roman érotique (chapitre 11)



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Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


11

Égaré dans la foule de Regent Street, bousculé par les passants affairés, je m’acheminai à petits pas vers le collège. Je me remémorais toutes les tortures, tous les enivrements et toutes les joies que l’incomparable artiste m’avait fait goûter en quelques heures. Combien peu de chose était, en comparaison, la correction enfantine infligée au château et qui, pendant des années, avait hanté mon souvenir. C’était la préface du livre dont la sublime maîtresse tournait maintenant les feuillets, m’initiant aux péchés inédits et aux mille raffinements de son adorable et criminelle science. Je n’étais pas au bout du volume et je devinais que les pages suivantes me réservaient encore nombre de raffinements minutieux et dissemblables.

Après le vertige délirant qui me saisit dans la position renversée et qui m’entraîna dans une incommensurable extase, je m’étais retrouvé écroulé sur le tapis moelleux, tout palpitant et secoué de délicieux frissons. La magicienne apporta un calice rempli d’un breuvage au goût étrange et parfumé, que je vidai d’un trait et qui me coula du feu dans les veines. Elle me frotta ensuite avec un onguent qui fleurait l’encens et qui anima ma chair de chatouillements voluptueux. Je dus m’allonger sur la banquette où je fus attaché, et ce fut alors seulement que vint la fessée promise, une fessée vraiment exemplaire, qui m’arracha des cris déchirants, pendant que l’inexorable fouetteuse changeait trois fois de verges et déployait toute son énergie. Je sortis brisé de cette secousse.

Rentré au collège, mon premier soin fut de constater les ravages que les verges coupantes de miss Bobby avaient laissées sur ma peau. À mon grand étonnement, le mal n’était pas si grand que les souffrances endurées me l’avait fait supposer. La peau de mon postérieur était criblée de petits points sanglants, mais pas un coup ne s’était égaré sur le dos ou les cuisses, et je rendis hommage à l’experte fouetteuse qui m’avait fait passer par de terribles transes sans m’abîmer. Je me trouvais sous le charme d’une agréable réaction et, après une nuit calme et réparatrice, je m’éveillai en d’excellentes dispositions pour commencer mes études.

Le programme de Queen’s Royal College était dressé pour la semaine. Il comportait chaque matin deux heures de classe pour les études générales, tandis que les après-midi étaient uniformément consacrées à ce que l’on appelait pompeusement « l’éducation aristocratique ». Tous les après-midi de la semaine qui commençait, étaient consacrés aux leçons d’étiquette de cour ; et il n’y eut pas de quoi s’ennuyer. On avait débarrassé une immense salle, des tables et pupitres, pour la transformer en salle du Trône, au moyen d’un fauteuil doré, placé sur une petite estrade surmontée d’un baldaquin, qui devait certainement provenir d’un ciel de lit. Une des plus belles actrices d’un grand théâtre de Londres, miss Fanny Foster, avait consenti à venir figurer la reine et tous les élèves étaient en état de grande surexcitation, car cette comédienne passait non seulement pour une professional beauty de Londres, mais on racontait sur son compte les aventures amoureuses les plus abracadabrantes. On la disait fantasque, extravagante et capricieuse.

Lorsqu’elle fit son entrée dans la salle du Trône, nous étions tous rangés en file, pour nous incliner très bas sur son passage, suivant l’étiquette de cour. Il y eut un mouvement général d’admiration quand elle parut, plus reine que la reine elle-même. Pendant les intervalles de repos, on se bousculait pour approcher de la radieuse créature, et ceux avec qui elle entrait en conversation, éveillaient des jalousies. Je fis de vains efforts pour l’aborder. Mais le troisième jour, un incident, dont je fus le héros, m’attira son attention.

Le premier jour s’était passé en défilés devant la reine. Le second fut consacré aux présentations et à la façon de s’approcher du trône ou de s’en éloigner, en marchant avec grâce à reculons. Le troisième jour, enfin, devait avoir lieu le baisemain, qui me donna l’occasion de me faire remarquer par une extravagance. La reine avait pris place sur son trône improvisé, vêtue d’un superbe manteau de cour, en velours cramoisi doublé d’hermine ; elle portait sur sa tête un diadème en brillants, figurant la couronne royale.

C’était un ravissant tableau, mais ce qui impressionnait par-dessus tout, c’était la majesté naturelle qui se dégageait de l’altière jeune femme. Il émanait d’elle un ascendant si puissant, qu’il inspirait un sentiment presque religieux, plein de déférence et de soumission, à toute l’assistance. Tous les élèves étaient suspendus aux yeux de cette souveraine de beauté, comme ensorcelés par le magnétique regard qu’elle promenait sur eux et sous lequel ils étaient prêts à se prosterner avec une humilité d’esclaves.

Notre professeur, un grand vieillard élancé, très distingué et habillé avec une suprême élégance, semblait subir aussi son charme, tout en expliquant les cérémonies en usage pour le baisemain.
- My Lords and Gentlemen, dit-il, le baiser sur la main de la reine doit être empreint de respect, de soumission et de déférence ; il doit toucher légèrement le bout des doigts et se poser à peine, comme un papillon apeuré.

L’impérieuse reine avait posé sa main sur un petit coussin frangé d’or, et cette petite main si blanche, si fine, aux ongles nacrés, avec un doigt orné d’un précieux anneau, semblait quelque rare bibelot de musée. Les élèves défilèrent l’un après l’autre, se courbant avec déférence, pour déposer respectueusement leur baiser, et leurs mouvements légèrement saccadés trahissaient leur émotion.

Lorsque mon tour arriva, je ne sais quelle folie me prit, un grisant parfum de fleur et de femme émanait de la merveilleuse idole et son regard, qui se posa sur moi, m’inonda de lave incandescente. Il me vint soudain à l’idée quelle magnifique flagellante cette hautaine créature serait, et je me jetai sur sa petite main avec furie, la couvrant de baisers ardents, qui firent tressaillir la jeune femme en une vibrante secousse. Elle rougit et poussa un petit « Oh ! » Notre professeur se précipita sur moi, me saisit le bras et me cria d’une voix tonnante :
- Holà, my Lord, est-ce la main de la Reine ou celle de votre maîtresse que vous embrassez ?

Cette véhémente sortie fit éclater un fou rire parmi les élèves.

Quant à moi, je fus immédiatement expulsé de la salle et conduit, entre deux laquais dans le cabinet du directeur.

Celui-ci, un homme énorme, pesant plus de cent kilos et étouffant dans sa graisse, dès qu’il eut appris la nature de ma faute, me lança un regard oblique de ses petits yeux malins, et esquissa un sourire entre ses épaisses bajoues. TI réfléchit longuement, puis formula péniblement de sa voix traînante :
- My Lord, vôôôtre… câââs… êêêst… ééxêêssîîveeement grâââve…

Et ce fut tout. On me rendit la liberté, mais je ne fus pas sans inquiétude sur les suites de l’affaire. Au fond, j’étais ravi de ma gaminerie, qui avait attiré sur moi l’attention de l’adorable comédienne. Je méditais une visite sous prétexte de lui présenter mes excuses, et en réalité pour lui dire toute mon admiration. J’augurais qu’elle devait être une exquise flirteuse.

Le lendemain, je vis avec plaisir lord Philidor en conversation animée avec elle. Il chuchotait à son oreille des choses qui paraissaient follement l’amuser et j’eus comme le pressentiment que cette belle Fanny Foster devait être une flagellante, puisque Philidor, un passionné, la serrait de si près.

Le soir même, je me mis à la recherche de mon camarade et l’ayant découvert, je ne me tins plus de joie lorsqu’il confirma mes pressentiments. Fanny en effet était une passionnée flagellante et avait prié Philidor de me présenter à elle. Ma hardiesse amoureuse l’ayant beaucoup amusée, elle tenait à faire ma connaissance.

Cette bonne nouvelle mit tous mes sens en émoi ; j’aurais presque embrassé l’aimable messager et je me félicitais de l’audace, qui me valait la faveur de l’adorable jeune femme.

Mais où je ne ris plus, ce fut le samedi à la distribution des notes d’études, où je fus, comme on dit « salé ».

Il y avait cinq notes d’études au Queen’s Royal College, comme dans tous les grands collèges anglais. Le numéro 1 signifiait récompense. Celle-ci consistait dans le droit d’amener, pendant le courant de la semaine, des parents ou des amis au collège, de les inviter à la table, aux jeux, au parc et de pénétrer dans la salle de billard et au bar réservés aux professeurs.

Le numéro 2 signifiait satisfaction et restait muet sur les récompenses. Le numéro 3 signifiait médiocre, sans exposer à une punition. Le numéro 4 signifiait encore médiocre, mais il entraînait une punition : la privation de sortir après six heures du soir, de pénétrer dans le bar, la salle de billard et le salon de lecture.

Enfin le numéro 5 signifiait mauvais et entraînait une sévère punition qui comprenait la privation, pendant une semaine du logement de l’élève, obligé de déménager dans une pauvre cellule meublée d’un lit de fer et d’une table, où on ne lui servait que le menu des domestiques. Outre le bar, les salles de lecture et de billard, il lui était défendu de pénétrer dans le parc.

Au bas de la note 1, il y avait un petit avis ainsi conçu : Les parents et amis sont priés de donner de leur côté une récompense aux élèves ayant obtenu la note 1, cette note n’étant délivrée que pour une action méritoire.

Sous les notes 4 et 5, au contraire, il y avait l’avis suivant : Les corrections corporelles étant, au Queen’s Royal College, soumises à la volonté des parents et des tuteurs, ceux-ci sont priés d’administrer eux-même les corrections méritées par les élèves ayant obtenu les notes 4 et 5, ou, au cas contraire, d’en informer le directeur qui les leur fera administrer au collège par le clergyman chargé de cette fonction.

En sortant du cabinet du censeur, muni d’une enveloppe ouverte, je constatai, non sans émotion, que j’avais le numéro 4 avec la note infamante concernant les corrections corporelles.

Je fus saisi d’effroi en remarquant qu’il suffirait à miss Bobby d’écrire un mot au censeur, pour me faire fouetter au collège même par le pasteur. Cette perspective n’avait rien de réjouissant, car si je trouvais du charme à vibrer sous les verges maniées par une adorable jeune femme, l’idée d’être fouetté par un homme, fût-il pasteur protestant, ne me séduisait nullement. Je chassai vite ce cauchemar, sachant miss Bobby bien trop passionnée flagellante pour céder à d’autres une besogne à laquelle elle trouvait son plaisir.

Ce jour, le dîner à la table commune fut particulièrement gai, la conversation, très animée, roulait sur les charmes de l’admirable actrice qui avait figuré la Reine.
- C’est vous, me dit un camarade, qui avait eu le meilleur morceau de la Reine.
- Oui, répondis-je très fier, je suis le roi.
- Et combien cela vous coûtera-t-il, my Lord, de vous être improvisé roi ? insinua un professeur, me rappelant brusquement les verges menaçantes du clergyman.

Mais, sans me laisser démonter, je répondis bravement :
- Je suis prêt à sacrifier toute ma fortune pour cela, et vous savez, my Lords et gentlemen, que c’est un très gros morceau.

Cette réponse crâne fit son effet et clôtura l’incident. Même parmi les aristocrates, la fortune, en Angleterre, inspire le respect.

J’avais l’intention d’aller le soir au théâtre, pour voir jouer miss Fanny Foster, quand, voyant partir un joyeux essaim de mes camarades, je me souvins à temps que la note infamante m’interdisait toute sortie à partir de six heures.

Je me réfugiai dans ma chambre et j’étudiai, pour me distraire, le baedeker de Londres, pour me familiariser avec l’immense cité, mer humaine contenant plus de cinq millions d’habitants, et dont je n’avais encore qu’un très faible aperçu.

Voir en ligne : Le bourreau des fesses (chapitre 12)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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