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Histoire des flagellants

Le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens

Le bon et le mauvais usage des flagellations (Chapitre I)



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Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).


CHAPITRE I

Le dessein de l’ouvrage. Il y a de la piété à mortifier la chair pour réprimer ses convoitises. Le but de l’auteur n’est pas de condamner l’usage des flagellations en général, lorsqu’elles sont accompagnées des autres macérations de la chair ; mais seulement d’en montrer l’abus en particulier, lorsqu’elles sont séparées des autres mortifications.

Dans le dessein que je me propose en cet ouvrage de marquer l’origine et le progrès des flagellations qui se sont introduites chez les chrétiens par l’abus qu’ils ont fait d’une ancienne coutume, il est fort à craindre qu’on ne me taxe de témérité et d’avoir donné dans l’erreur des protestants, soit luthériens, ou calvinistes. Du moins, les uns et les autres, sous prétexte d’obéir à la Loi de Dieu, qui commande aux Israélites, de ne se point faire des incisions en la chair pour une personne morte, Levit. XIX, 28 et Deuter. XIV, I, violent toutes les lois de la pénitence, éteignent entièrement ou affaiblissent beaucoup la vertu qui s’exerce à mater la convoitise, et se moquent des peines, que Tertullien [1] veut que nous subissions, non seulement pour obtenir le pardon de nos péchés, mais aussi pour obéir à Dieu, qui exige de nous les douleurs de la pénitence. À Dieu ne plaise donc que je tourne ma plume contre les austérités corporelles, ni que je blâme les différents artifices qu’on emploie pour éteindre la cupidité et mortifier la chair ! Bien loin de là, cette fureur que les calvinistes témoignèrent au siècle passé contre tous les pénibles exercices de la vie monastique, et les moyens dont les dévots se servent pour affaiblir la convoitise, me fournit un argument très solide pour me convaincre de la vérité de la religion chrétienne, relever la gloire de l’Église catholique et prouver l’efficace de la grâce de Jésus-Christ dans la conversion des pécheurs à Dieu. Je trouve que la vie des anciens anachorètes de la Thébaïde, de la Syrie et de la Palestine mérite plutôt le respect, que l’imitation ; puisque ces saints hommes, par la vertu singulière de leur intégrité et de l’innocence de leurs moeurs, ou par les fatigues de la pénitence, changeaient leurs déserts en paradis, et se transformaient eux-mêmes, pour ainsi dire, en anges, et en séraphins.

Mon entreprise est donc fort éloignée du relâchement des hérétiques, et je n’ai autre chose en vue, que de ramener ces bienheureux temps de la primitive Église, où l’art de dompter les cupidités de la chair fleurissait en la personne de nos ancêtres. C’est pourquoi je me flatte que des juges équitables découvriront facilement par la lecture de ce livre, que ce qu’on appelle aujourd’hui disciplines, ou flagellations volontaires, dont les pénitents se déchirent le dos, ou les fesses, de leurs propres mains, avec des écourgées, des cordelettes nouées, ou des verges d’osier ou de bouleau, étaient inconnues dans les plus beaux jours de l’Église naissante. Il ne faut pas douter non plus que cet usage ne règne beaucoup dans les sociétés des moines et des moinesses modernes, surtout dans celles, qui sous prétexte de réforme, ont aboli les anciennes règles par de nouvelles constitutions. C’est là le but de tout cet ouvrage.

Mais avant que d’entrer en matière, il faut poser deux vérités incontestables, et que personne ne saurait révoquer en doute : L’une est que les pénitents se donnent eux-mêmes, ou reçoivent la discipline avec des écourgées, des verges, ou des cordes nouées ; et l’autre, qu’ils se fouettent ainsi sur les épaules et sur le dos, ou bien sur les fesses : c’est ce qu’ils appellent la discipline d’enhaut et la discipline d’enbas. Je soutiens donc que la dernière est de nouvelle date, qu’elle était inusitée chez les premiers chrétiens ; qu’elle est opposée à la véritable piété et à la pudeur même, pour plusieurs raisons, que j’alléguerai dans la suite ; que c’est un fruit de l’idolâtrie et de la superstition ; qu’on pourrait et qu’on devrait même la bannir comme un abus et une erreur dangereuse ; et enfin que ce sont des ignorants qui l’ont introduite dans l’Église chrétienne, sous la belle apparence de piété et de mortification plus parfaite. Il semble que les peintres n’ont pas peu contribué à établir et fortifier cet usage par leurs tableaux, dont le Pape Grégoire I dans son Épître à Sérénus, évêque de Marseille, disait que c’étaient les bibliothèques des chrétiens ignorants ; du moins ils ne peignaient jamais les anciens anachorètes, sans trouver quelque endroit sur la toile, pour y placer des fouets et des verges, dont ces bons ermites ne s’étaient peut-être servis de leur vie, et auxquels ils n’avaient pas même pensé. II ne manqua pas non plus dans le dernier siècle, d’écrivains assez habiles, qui après avoir confondu cette sorte de disciplines avec les autres macérations de la chair, eurent le malheur de les recevoir avidement toutes ensemble, sans y mettre aucune différence. Mon dessein n’est pas de combattre ces grands hommes, qui tenaient le premier rang dans la Société des Pères Jésuites, et qui passaient pour des héros de la République des Lettres, s’il m’est permis de parler ainsi. Mais il n’est défendu à personne que je sache, d’écrire contre l’ignorance et la grossièreté des peintres, dont au rapport de Lucien dans son [2] Dialogue touchant les Images, on disait en vieux proverbe, qu’ils étaient aussi libres que les poètes ; ni d’obtenir, s’il se peut, des prélats de l’Église, qu’on ne représente point des fables et des mensonges dans les tableaux, puisque ce sont les livres des ignorants, et qu’on ne les expose pas à la vue des chrétiens dans les églises et dans les chapelles, où ils adorent un Jésus crucifié, qui était la vérité même. Du moins la vérité n’a pas besoin du mensonge pour se défendre ; soutenue de son propre poids, elle demeure fixe et inébranlable au milieu de tous les égarements de l’esprit humain.

Voir en ligne : Chapitre II : Des châtiments et flagellations volontaires

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après l’ouvrage de Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).

Notes

[1Lib. de Poenit. cap. 4, pag.142.

[2Dial, (…).



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