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L’Œuvre libertine des poètes du XIXe siècle

Le cancre de mer

Conte érotique en vers (XIXe siècle)



Auteur :

Épiphane Sidredoulx (alias Prosper Blanchemain), « Le cancre de mer », L’Œuvre libertine des poètes du XIXe siècle, pièces recueillies par Germain Amplecas, Bibliothèque des curieux, collection « Les maîtres de l’amour », Paris, 1918, pp. 9-12.


LE CANCRE DE MER

Un pauvre pêcheur marinier
Avait une affaire en justice ;
Or personne ne peut nier
Qu’à Thémis un bon sacrifice
Ne soit utile en pareil cas.
À son procureur savoir plaire,
Graisser la patte aux avocats,
Rien n’éclaircit mieux une affaire.
 
Donc notre marinier malin
Fut trouver maître Pathelin,
Lui portant une pannerée
De cancres de mer gros et vifs,
Tout frais pêchés à la marée.
Or l’un de ces pauvres captifs
Tomba du panier, prit la fuite.
Et, tandis que ses compagnons
Allaient cuire aux petits oignons
Dans le fin fond de la marmite,
Il fut dextrement se glisser
Au pied du lit, sous la courtine ;
Puis, dans l’eau voulant se musser,
Il saillit au pot à pisser,
D’où sortait une odeur marine
Qui lui chatouillait la narine.
 
La nuit vient, on se met au lit.
Madame avec Monsieur se couche ;
Mais quand ce fut vers le minuit,
Elle éprouva certain prurit
D’épancher une large douche
Que ses reins avaient en dépôt.
Sous le lit elle prend le pot,
Puis, se délectant à l’avance,
Prête à décharger d’abondance
Cela qui lui pesait le plus,
Tout bellement s’assied dessus
Et lâcha d’un jet sa fusée.
Sous sa délectable rosée,
Le paillard cancre émoustillé
S’émeut, s’agite, se dilate,
Et vers le flot qui l’a mouillé
Il étend une longue patte,
Tenaille aux doigts durs et velus
Qui happe et qui ne lâche plus.
Il saisit… hé ! que put-il prendre ?
Je ne sais quoi si doux, si tendre,
Si délicat et si mignon
Que je n’ose en dire le nom.
Il saisit le bord frais et rose,
Le limbe, la lèvre, la chose
Ouverte en crête de fossé
Sous un petit buisson frisé ;
Il saisit la tendre babine
Rouge en dedans, noire au dehors,
Où d’amour la source divine
Cache ses enivrants trésors.
En se sentant pincer, Madame
Jeta des cris à fendre l’âme.
Si bien que monsieur son mari
Se réveilla tout ahuri :
- Qui te fait crier de la sorte ?
- Ah ! bonnes gens ! quelle rigueur !
Un monstre m’arrache le coeur…
Je pâme je meurs !… je suis morte !…
 
Elle ne cessait de pleurer
Et n’osait pourtant déclarer
D’où venait sa douleur cruelle.
Monsieur court chercher la chandelle
Et, voyant où tenait le cas :
- Paix ! dit-il, ne te trouble pas,
Je lui ferai bien lâcher prise ;
Il ne faut que souffler dessus.
Il souffle ; mais son entreprise
Et ses efforts sont superflus.
Bien mieux, à sa grande surprise,
Le cancre lève l’autre bras
Lentement, grave comme un pape,
Et par le bout du nez l’attrape.
Jugez un peu de l’embarras.
Étant aussi près de la chose,
Le bonhomme fut convaincu
Qu’il ne pouvait être cocu
Sans en connaître à fond la cause.
Il fallut trouver des ciseaux
Pour séparer ces deux vaisseaux
Accrochés par une même ancre,
Et si la bonne avec effort
N’eût coupé les pattes du cancre,
Je crois qu’il y serait encore.
 
Épiphane SIDREDOULX.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM à partir du conte en vers de Épiphane Sidredoulx (alias Prosper Blanchemain), « Le cancre de mer », publié dans L’Œuvre libertine des poètes du XIXe siècle, pièces recueillies par Germain Amplecas, Bibliothèque des curieux, collection « Les maîtres de l’amour », Paris, 1918, pp. 9-12.



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