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La Flagellation à travers le monde

Le fruit du péché

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre II)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


II
LE FRUIT DU PÉCHÉ

À Londres, la vie pour Ethel fut un nouveau genre de supplice.

La moins longue course, la plus courte visite, tout l’ennuyait. Elle se disait sans cesse fatiguée, laissant le monde, s’habillant sans vouloir rien choisir, ne regardant même plus dans la psyché l’effet d’une toilette nouvelle, indifférente à elle-même. Rien ne semblait plus la rattacher à l’existence.

Jenny songeait sérieusement à marier sa fille dont la santé devenait chaque jour pour elle une plus inquiétante préoccupation. Leur médecin de Londres n’y comprenait rien sans doute, car tous ses traitements restaient inefficaces.

Jenny essayait de retrouver la confiance d’Ethel sans pouvoir y parvenir. La jeune fille la fuyait, et son aspect de faiblesse et de souffrance arrivait à hanter cette mère que sa violence avait poussée à des extrémités trop dures. Le remords la possédait littéralement, la troublait même aux heures les plus douces.

Le colonel était resté son ami, sans que cela le gênât le moins du monde en ses habitudes de liberté.

Jenny n’osait pas renvoyer le grand Maurice, bien qu’elle s’aperçût de ses manèges avec les maisons de livraisons et de la complicité d’une fille de service dont elle craignait de se débarrasser pour ne pas déchaîner la colère du sommelier qui, sans nul doute, s’en serait vengé. Tenace est la haine des gens d’en bas.

L’amour du révérend Daniel Gowerson n’avait pas varié et Jenny qui, par sa fortune, était à l’abri des inquiétudes financières, tout en tolérant chez elle les indélicatesses de Maurice, n’aurait pas eu à se plaindre de la destinée, si le tourment que lui causait Ethel n’était venu empoisonner sa vie.

Dès qu’elle était dans sa chambre, Ethel tirait les verrous, mais la lumière brûlait toute la nuit chez elle. Que faisait-elle ? Qu’avait-elle ? Jenny se décida à écrire au docteur Farmer que l’état de sa fille empirait et qu’elle désirait qu’il vînt au plus tôt.

Le docteur se rendit de suite à Londres. Dès que la pauvre enfant se trouva seule avec lui, elle fondit en larmes, suppliant de l’emmener n’importe où ; de l’enlever de chez sa mère qu’elle était arrivée à craindre à tel point que cela était devenu une sorte de très douloureuse folie.

Le ressouvenir de la flagellation lui occasionnait jusqu’à des syncopes qu’elle cachait avec terreur. Elle haïssait le colonel surtout, d’une haine implacable. Elle dit tout cela au docteur en un mouvement d’expansion et de confiance, sanglotant, prise de frissons et de claquements de dents. Devant ces attristantes révélations, le bon docteur, qui avait connu Ethel tout enfant, l’encouragea à se confier à lui, la rassurant par ses affectueuses exhortations. Il obtint, non sans peine, de pouvoir l’ausculter et parvint, usant alors de son autorité, à ouvrir son corsage, terriblement serré, et à dégrafer le corset.

Ethel poussa un cri terrible, cri de désespoir et de honte, et s’effondra aux genoux du docteur, en proie à une violente crise de nerfs. Cela ne le troubla pas. Il l’étendit sur le dos, et, palpant de ses mains habiles le corps de la malheureuse jeune fille, se releva, le front soucieux, avec une exclamation étrange, faite de surprise et de chagrin.

Ethel était enceinte.

Lorsque, par ses soins, il l’eut fait revenir à elle, il lui prit les mains, la calmant, la rassurant par sa bonté.

Ma chère enfant, ne craignez rien, je vous sauverai, je me charge de tout, je vous réponds d’avance de votre mère, elle vous aime encore, elle vous aime toujours, elle vous aime plus que vous ne croyez. Je saurai vous épargner de lui faire le plus pénible aveu.

Puis, après un temps où il sembla rassembler ses pensées, bouleversées par ce qu’il venait de constater :
- Mais il est des choses qu’il me faut absolument savoir pour pouvoir vous venir en aide.
- Parlez, docteur.
- Comment et à quel moment ce malheur vous est-il arrivé ? Dites-moi tout et toute la vérité, Ethel ; vous savez que les médecins sont très souvent dépositaires des plus graves secrets, et je ne suis pas seulement votre médecin, je suis aussi et surtout votre ami, votre ami, ne l’oubliez pas. Ayez confiance, ne pleurez plus, ma pauvre chère petite. Il vous faut garder vos forces pour le moment qui approche ; il faut vous rappeler que vous êtes responsable d’une nouvelle existence, qui va naître de vous.

Les sanglots d’Ethel redoublaient.
- Qui sait, plus tard, peut-être, les joies de la maternité vous consoleront-elles du calvaire que vous venez de gravir !

Ethel, au comble de l’émotion, se jeta dans les bras de Farmer, de cet honnête homme qui lui parlait un langage inconnu d’elle jusqu’à ce jour et, l’entourant de ses bras, l’embrassa en pleurant.

Il obtint d’elle tous les détails de sa faute.

Le lieutenant était sur le point de partir pour les Indes ; il devait être à Madras au printemps.

Le docteur se réserva la mission d’arranger toutes choses. Ethel avait une forte dot, le jeune officier n’avait, lui, que son épée. Donc l’affaire, c’est le mot juste, pouvait être réglée avant la naissance de l’enfant.

Voir en ligne : Chapitre III : La Louve chez les Brebis

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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