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La Flagellation à travers le monde

Le roman d’une vieille fille

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre I)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


LE FOUET À LONDRES
DEUXIÈME PARTIE

I
LE ROMAN D’UNE VIEILLE FILLE

Dans un bourg reculé de la province de *** près d’une fenêtre aux petits carreaux dont les verres de tons différents faisaient songer à quelque vêtement où les pièces anciennes voisineraient avec de nouvelles, une dame d’une soixantaine d’années était occupée à repriser des bas.

Elle avait en toute sa personne un je ne sais quoi de sympathique et d’attirant ; son regard franc était voilé de tristesse, mais d’une tristesse résignée, avec laquelle on sentait qu’elle était habituée à vivre. Son aiguille, d’un mouvement régulier, allait et venait et la bonne femme ne se donnait pas la peine de quitter des yeux son ouvrage.

Dans une corbeille d’osier posée à terre auprès d’elle, du linge fraîchement blanchi, mais non encore repassé, attendait son tour d’examen, de révision et de raccommodage. Un gros chat faisait ronron devant un petit poêle qui répandait dans la pièce une douce chaleur et Miss Helen Beddoes, car c’était elle, ne semblait se préoccuper d’aucune autre chose que d’achever son ouvrage avant la tombée du jour.

Dans la petite table au couvercle relevé où tous les fils, lacets, bobines, aiguilles, ciseaux et ustensiles de toute espèce étaient rangés en un ordre parfait, elle posa ses lunettes et se frotta les yeux. Elle avait bien mérité un instant de répit ; elle alla secouer un peu le poêle, dont une étincelle, troublant le matou dans sa béatitude, l’incita à changer de place. Il se caressa à la robe de sa maîtresse, en faisant le gros dos, ce qui lui valut quelques paroles d’amitié auxquelles la reprise de son ronron répondit éloquemment. Miss Helen se remit bientôt à la besogne et le paquet de linge diminuant avec rapidité, elle poussa un soupir de satisfaction.
- Qu’au moins la maison soit bien en ordre et en état, se dit-elle, avant l’arrivée de cette jeune Américaine qui doit être habituée à un intérieur luxueux. Ma chère Jenny ne semble guère s’illusionner en sa lettre sur la satisfaction que je puis attendre de cette nouvelle recrue, puisqu’elle songe d’avance à m’absoudre d’événements qu’elle paraît prévoir comme inévitables et dont elle dégage et sauve ma responsabilité future. Elle ne sait qu’inventer pour me racheter la peine que, dit-elle, je prendrai à civiliser des pierres ; elle me connaît bien, la bonne Jenny, elle sait que nulle tentative ne me coûtera pour essayer de rendre meilleure, de ramener vers le bien cette créature égarée qu’elle semble me présenter, qu’elle me dénonce comme un être à part, comme un abîme de vices et d’ingratitude. Mistress Robson, en la lui confiant à son lit de mort, ne savait pas qui elle lui donnait en garde. Pauvre Jenny ! Il faut qu’elle ait bien souffert de la présence de cette jeune fille pour que sa lettre trahisse tant de dégoût et de colère contre elle. Sans doute elle est dans le vrai et mon impression est toute prévue. Mais là où je retrouve la généreuse bonté de ma chère élève, c’est en la voyant se souvenir, par pitié pour la jeunesse de Miss Margaret, du legs sacré fait par sa mère en ses derniers moments. Elle se repose sur moi pour respecter ce voeu, je me rendrai digne de sa confiance. Mais que de cadeaux, que de largesses après la lettre chargée de ce matin, l’envoi de ce colis qui met dans mon modeste intérieur un réjouissant confort. Toutes sortes de bonnes choses, déjà rangées dans mes armoires, des confitures, des pots de confits, des sucreries de toutes sortes, des conserves. Que de gâteries en un jour ! C’est un plaisir de sentir une amitié fidèle ! Mon élève n’a point oublié sa vieille institutrice et elle a bien tort de se faire du chagrin pour la mission dont elle me charge ! Miss Margaret sera peut-être plus malléable qu’elle ne le suppose, et cette certitude qu’elle paraît avoir de son évasion prochaine n’est sans doute qu’un leurre, une crainte exagérée que rien ne viendra justifier jamais.

La corbeille de linge était vide.

Miss Helen appela sa petite servante pour l’aider à débarrasser la chambre et s’occuper de préparer celle donnant sur le jardin.

Mab était à peine âgée de vingt ans, mais sa physionomie sans jeunesse et son pauvre petit corps difforme en faisaient un être auquel on eût été en peine de donner un âge quelconque. Des yeux admirables éclairaient ce visage expressif, la voix pure et intelligente de la petite bossue était aussi juste et nette que son geste ; on voyait tout de suite que cette servante, entendue à l’ouvrage, devait être ce que l’on est convenu d’appeler une perle.

Recueillie à l’âge de douze ans par Miss Helen Beddoes, elle avait tout appris d’elle. Fine cuisinière, propre et ordonnée, elle lavait le linge, soignait les poules et les lapins, et trouvait encore le temps de tricoter pour sa maîtresse et pour elle.

Mab, partie de chez elle pour être servante de ferme, n’en avait pas eu la santé, et bientôt congédiée, mais n’osant retourner chez des parents dont elle redoutait la colère, car ils étaient continuellement en état d’ivresse, se battant pour se réconcilier ensuite, en une misère où grouillaient et criaient quatre petits enfants, plus jeunes qu’elle, ce qui faisait peur à Mab, celle-ci alla à travers le village, pleurant de froid et mendiant un morceau de pain.

Miss Helen qui rentrait de voir une amie souffrante, trouva cette petite bossue en larmes sur le pas de sa porte. Elle la fit entrer, piteuse. L’enfant se chauffa, sécha ses guenilles et mangea.

Alors, elle raconta sa triste histoire à cette dame à cheveux gris, qui l’écoutait avec une bonté attentive.

Mab ne retourna plus chez elle et ne mendia plus.

Miss Helen la prenait sous sa protection, la sauverait du malheur et de la misère et lui apprendrait le métier de servante. L’enfant, intelligente, honnête, avait récompensé sa bienfaitrice par son attentive application et son profond attachement. Miss Beddoes ne s’était pas contentée de lui enseigner les travaux manuels, elle avait aussi voulu cultiver l’intelligence de la petite Mab, et la jeune fille, dans les longues soirées d’hiver, lui faisait la lecture, s’instruisant tout en distrayant sa maîtresse.

Les deux femmes vivaient tranquilles en ce bourg, ayant tout juste de quoi subvenir à leurs besoins.

Miss Beddoes avait vécu là ses années de jeunesse ; son vieux père, instituteur, veuf de bonne heure, s’était appliqué à l’éducation de sa fille, qu’il sut faire institutrice et apte à se consacrer au professorat. Elle l’aidait donc en sa tâche et l’école de *** était une de celles donnant les meilleurs résultats du comté.

Comme bien d’autres, Miss Helen avait eu son roman.

Il y avait à cette époque à quelques lieues de *** une chasse réservée appartenant à Lord Fitzelly.

Ce jeune dissipateur menait grande vie ; c’étaient des réunions, des parties de chasse, en joyeuse compagnie ; on le voyait traversant le village avec ses piqueurs et ses chiens ; il amenait avec lui des jeunes gens de son monde, esclaves du plaisir, ne respectant rien sur leur passage et trouvant encore avoir beaucoup fait en semant un peu d’or là où ils avaient détruit à jamais le bonheur, chassant l’honneur de la maison.

Helen Beddoes était jolie, grande, de lignes pures et élégantes ; il semblait voir une patricienne égarée dans cette bourgade.

En fille respectueuse et aimante, elle ne quittait guère son père dont elle était toute la vie.

Mais, hélas ! le malheur la guettait.

Un soir d’hiver, comme elle revenait de voir un enfant malade (il avait fait une chute en tombant d’une charrette, faisant l’école buissonnière au retour de l’école de M. Beddoes), le temps se mit à l’orage et une bourrasque éclata, mêlant les gémissements du vent à des tourmentes de neige. Miss Helen dut se réfugier dans une ferme où elle vit de la lumière ; ces paysans la connaissaient bien, mais celui qui ne la connaissait pas, c’était Lord Fitzelly lui-même, réfugié comme elle pour laisser passer la tourmente.

Cette rencontre décida de son sort.

Elle lui plut et il résolut de triompher d’elle.

Lord Fitzelly était beau, grand, brun, la moustache conquérante, gardant auprès de toute femme qu’il s’était promis de séduire, une allure de lassitude et d’indifférence.

Helen pensa-t-elle avoir rien à redouter ?

Et, cependant, elle était conquise ; cet homme, d’un regard, en avait fait son esclave. Elle ne chercha même pas à lutter un instant ; elle était perdue, elle le savait, elle se résigna, prise de vertige, et prévoyant une souffrance qu’elle appelait à grands cris.

Lord Fitzelly la reconduisit dans la nuit.

Lorsqu’elle rentra chez son père, ivre d’amour et inconsciente, elle était presque sa maîtresse, lui ayant accordé de douces faveurs et ayant accepté le rendez-vous du lendemain qui devait lui livrer son être sans réserve.

Pauvre fille ! Ce qui lui restait à abandonner était peu de chose en vérité, elle avait déjà donné son âme tout entière.

L’ivresse du baiser dura peu pour elle.

Son amant repartit pour Londres où il menait joyeuse vie, venant de temps à autre à où il retrouvait avec plaisir cette ardente et fidèle maîtresse dont les lettres brûlantes, lui arrivant en ses absences, lui apportaient un parfum d’amour vrai au milieu de ses orgies, parfum vite évaporé dans l’atmosphère viciée des débauches où il passait ses jours.

Un jour, pourtant, il y eut au rendez-vous de chasse si joyeuse compagnie que la malheureuse Helen ne put conserver même l’illusion d’un sentiment de délicatesse de la part de celui auquel elle s’était donnée. Elle le vit traverser le bourg en dogcart avec une femme dont la vision tapageuse la laissa en un accès de désespoir affreux et qui, bientôt, acheva de flétrir sa beauté et de ravager son coeur.

Elle dépérit visiblement, se fana comme une fleur sans soleil. Prise peu de temps après d’une fièvre typhoïde, elle perdit sa brillante auréole brune et lorsque, convalescente, après avoir échappé à la mort par miracle, et souriant à son père dont l’existence n’était qu’amour pour elle, elle ôta devant un miroir le petit bonnet qui abritait ses cheveux courts, elle s’aperçut que sa chevelure était grisonnante. Elle reposa le miroir et de grosses larmes roulèrent, perles de la douleur, sur ses joues pâlies.

Helen n’avait pas trente ans.

Alors, elle vécut en vieille femme, instruisant les enfants, soignant son père, qui mourut en la bénissant. Le cher homme, dans son amour aveugle pour son enfant, ne s’était pas douté du drame poignant qui avait brisé cette existence.

Seule au monde, Helen alla demander à la grande ville le labeur qui, en lui donnant les moyens de vivre, lui apporterait la consolation du devoir accompli et, un jour peut-être, la paix du coeur.

Elle entra comme institutrice chez Mistress Robson, où elle fit l’éducation de Jenny en qui elle trouva non seulement une élève intelligente et docile, mais une enfant affectueuse et reconnaissante.

Mistress Robson, de nature froide et autoritaire, quoique juste, tenait sa fille à distance tandis que Miss Helen, chargée par elle de tous les soins et responsabilités de la jeune fille, trouva dans cette tâche maternelle un apaisement à ses propres douleurs et sut guider son élève, lui donnant en échange d’une vie large et agréable, tous les trésors de sa science et de son coeur.

Lorsque Jenny se maria, Helen, ne trouvant plus que la tristesse de son absence en cette maison où la jeune fille avait rempli toutes ses heures, revint se fixer à ***, où elle retrouva la petite maison de son père et la tombe vénérée que sa piété filiale aurait désormais la mélancolique consolation de couvrir de fleurs et de prières.

Depuis des années, Helen vivait là, tranquille, avec Mab, lorsque Lady Helling lui annonça l’arrivée de Margaret.

Douce et conciliante, l’admirable créature, heureuse d’avoir à rendre service à celle qui, pendant tant d’années, avait été l’unique occupation de toute sa vie, attendit la nièce de Jenny, préparant pour la recevoir tout ce qu’elle trouva de mieux choisi dans l’organisation de son modeste intérieur.

Voir en ligne : Chapitre II : Le fruit du péché

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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