Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Passion sexuelle et folie érotique > Les Fétichismes

Navigation



Passion sexuelle et folie érotique

Les Fétichismes

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XI)



Mots-clés : |

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


DEUXIÈME PARTIE
LES ABERRATIONS PSYCHOLOGIQUES

XI
LES FÉTICHISMES

Le fétichisme consiste en la recherche exclusive des excitations et satisfactions sexuelles au moyen de la vue ou du contact d’une partie du corps ou d’un objet. Un fétichiste se soucie spécialement des mains, l’autre des pieds ; un troisième apprécie uniquement les seins ; un quatrième les bras. On a vu qui recherchaient avec passion les lingeries féminines. Certains éprouvent une joie complète en délaçant de hautes bottines. Toute énumération resterait incomplète car il n’est pas de singularités qui n’aient été observées en matière de fétichisme.

L’origine de tous les cas est analogue. Lors de la puberté, chacun ressent pour la première fois le trouble sexuel sous l’effet d’une circonstance particulière. Le souvenir de ce premier trouble s’incruste dans l’inconscient et y subsiste toute la vie. L’individu sera toujours poussé à chercher à renouveler la cause de ses premières émotions génésiques.

Voici un jeune homme, jusque-là étranger à tout désir amoureux, qui, au cours d’une soirée mondaine se sent troublé à la vue d’une femme de quarante ans. Celle-ci s’évente d’un geste gracieux. Son bras opulent ganté de peau agite rythmiquement l’éventail. Le jeune homme associera inévitablement, par la suite, toute excitation sexuelle à l’idée d’une femme en robe de soirée qui s’évente et qui porte des gants de peau.

Supposons que le jeune sujet soit sain de corps et d’esprit. L’impression originelle, tout en lui laissant un profond souvenir, sera, par la suite, plus ou moins modifié par d’autres impressions amoureuses. Si, au contraire, il est d’une impressionnabilité morbide, l’impression originelle demeurera prédominante et jamais il n’aura de plaisir intense qu’avec une femme semblable à celle qui l’émeut pour la première fois.

Ceci explique que parmi les clients des maisons de prostitution il y en ait assez souvent qui demandent qu’on fasse vêtir, coiffer, etc., une femme d’une manière déterminée, et qu’elle ait en mains un éventail ou tout autre objet.

Nous avons pu observer au cours de quarante années de pratique médicale, plusieurs cas très typiques de fétichisme.

En voici deux :

Louis B..., 37 ans, poète de talent, très cultivé, très artiste, entra un soir, à l’âge de douze ans dans la chambre de sa mère. Celle-ci, debout devant son armoire à glace, répartissait ses cheveux en boucles, afin qu’ils soient frisés le lendemain matin. Elle était uniquement vêtue d’un souple peignoir qui dessinait ses hanches. Ses jambes et ses pieds étaient nus. Louis B... ressentit à ce moment une émotion étrange. Dès ce jour sa mère eut pour lui un attrait nouveau. Il trouvait à l’embrasser, à lui toucher les mains ou les bras, un plaisir très différent de la tendresse filiale. Il désirait éperdument la revoir procéder à sa toilette de nuit. Il imaginait mille ruses pour assister, le soir, au déshabillé de sa mère. Lorsqu’il y parvenait, il attendait avec angoisse le moment où elle disposait ses cheveux pour la nuit et goûtait alors un plaisir fascinant.

Bref, l’impression subsista et orienta toute la vie sexuelle de Louis B... Il épousa à l’âge de 21 ans une jeune fille qu’il avait choisie parce que sa stature ressemblait beaucoup à celle de sa mère. Il prit ses dispositions pour que la jeune femme, chaque soir en peignoir, procédât devant lui à ses apprêts nocturnes. Il l’interrompait au moment de la coiffure, pour la posséder passionnément. Celle-ci trouvant désagréable d’être sans cesse dérangée se refusa bientôt à l’étreinte de son époux. Elle ne comprenait pas qu’il choisît juste un pareil moment.

Louis B... dut alors chercher, dans des lupanars, le plaisir devenu impossible chez lui. Il emportait un peignoir et divers ustensiles de toilette. Ceux-ci étaient remis à une femme complaisante qui les utilisait selon le caprice de Louis B...

C’est ainsi que ce dernier contracta avec une prostituée, la syphilis qui l’amena à ma consultation.

Maurice M..., ingénieur, 32 ans, me consulta, il y a quelques années, au sujet d’un désir morbide qu’il avait toujours éprouvé et qui devenait de plus en plus obsédant. Il recherchait l’occasion de surprendre des fillettes en train de satisfaire leurs besoins naturels. Il visitait les jardins publics, les bois environnant la capitale et certains villages de son pays natal. À Paris même, dans les quartiers et squares populaires, il trouvait parfois ce qu’il cherchait. Son désir avait pris tous les caractères de l’idée fixe. Il le jugeait d’ailleurs déshonnête et nous pûmes l’en débarrasser au moyen de la suggestion hypnotique.

Ce Monsieur se rendit compte de l’origine de son mal, lorsque nous l’invitâmes à se remémorer l’époque de sa puberté. Sa première émotion sexuelle avait, en effet, été déterminée par une jeune cousine qui, partageant ses jeux, était fort libre avec lui. Celle-ci, avec toute l’impudeur de l’innocence, s’était plusieurs fois accroupie à quelques pas de lui, au milieu du jardin, pour uriner. Quoique fugitivement, il fût impressionné par ce spectacle dont le souvenir s’accompagna peu à peu en lui d’une excitation génésique et d’un désir morbide.

Le professeur Ch. Féré a rapporté, dans les Archives de l’anthropologie criminelle (numéro du 15 juin 1899) le cas d’un enfant de cinq ans qui vit un jour la gouvernante de sa sœur, âgée de quatorze ans, lui administrer une fessée. Il conserva le souvenir des fesses déjà développées de sa sœur aînée. Ceci décida de sa vie génésique car, à dater de ce jour, il chercha à revoir et à toucher le derrière de la fillette. Comme il partageait son lit, il parvenait assez aisément à ses fins. Plus tard, jouant avec des fillettes, il en trouva plusieurs qui se laissèrent dénuder, palper et fouetter. Enfin, arrivé à l’âge d’homme il rechercha toujours l’excitation et l’orgasme au moyen de la flagellation.

Ces quelques exemples rendent suffisamment compte du fétichisme, du moins dans ses formes corporelles. Il en est un autre genre, extra corporel, consistant à l’assouvissement sexuel au moyen d’objets, notamment d’habillements féminins. On sait que beaucoup d’hommes préfèrent coïter avec une femme habillée : d’autres ne sauraient éprouver le moindre émoi avec une femme nue.

Mais où l’aberration proprement dite commence, c’est lorsque le vêtement suffit. On a vu des malades que la femme laissait indifférents alors qu’ils ressentaient de la volupté à palper des lingeries intimes ou à s’en frictionner les organes sexuels. D’autres utilisent dans le même but des bas, des chapeaux, des chaussures, des gants ou des mouchoirs.

Ces anomalies, plus fréquentes qu’on ne le pense, sont, en grande partie, dues aux conditions antiphysiologiques de l’éveil de l’instinct sexuel. Les récents travaux de Freud ont montré le danger du refoulement des premiers désirs. Les mœurs modernes sont à réviser à ce point de vue. Tant que l’époque de la puberté ne sera pas l’objet d’une attention et d’une éducation conformes aux nécessités organiques, le fétichisme subsistera.

C’est d’ailleurs durant cette même période de la formation que naissent les germes de presque tous les vices qui désolent la société et dégradent l’individu.

Voir en ligne : Chapitre XII : L’Exhibitionnisme

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris