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Les Flagellations excitent l’Amour

Traité du Fouet (Chapitre II)



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François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.


CHAPITRE II
DES CAUSES PAR LESQUELLES
LES FLAGELLATIONS EXCITENT À L’AMOUR

Puisqu’on ne peut révoquer en doute ce que j’ai avancé dans le chapitre précédent, il me reste à chercher la cause de tels désordres. J. Pic de la Mirandole dit que les astrologues ne sont pas embarrassés pour expliquer de pareils phénomènes ; ils ne les attribuent qu’aux astres et à leur influence secrète. « Ils assurent que Vénus donne telle ou telle espèce de passion au nouveau-né, suivant la position où se trouve cette planète au moment de la naissance. » Junctin, qui a beaucoup écrit et déraisonné sur l’astrologie [1], est de ce sentiment que Jean Pic a combattu avec raison.

Le prince de la Mirandole croit que la triste nécessité où sont quelques personnes de recevoir le fouet pour les rendre propres au coït leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire que c’est un effet de l’habitude ; et voici sur quel fondement il appuie son opinion : « Connaissant, dit-il, un malheureux qui ne pouvait se livrer aux plaisirs de l’amour sans avoir été préalablement bien fustigé, je cherchai à en pénétrer la cause. Après différentes conversations que j’eus avec lui, il m’apprit qu’il avait été élevé dans une pension où ses petits compagnons ne s’amusaient qu’à se fouetter alternativement ; que ce jeu était une jouissance pour eux, et que cette jouissance s’était depuis lors changée en habitude. »

Coelius Rhodiginus, dont je vais rapporter les propres paroles, était du même sentiment que Pic : « Ayant entendu dire qu’une personne de ma connaissance ne se livrait à l’acte vénérien qu’après avoir reçu le fouet, je voulus étudier la cause de cette passion contre nature. J’interrogeai cet homme singulier, qui m’assura qu’il avait pris cette habitude dans son enfance, qu’il connaissait toute l’horreur de ses procédés, mais qu’il ne pouvait se montrer homme qu’en recourant à cette vile ressource. »

Je suis loin de nier que l’habitude ne devienne souvent une seconde nature [2] ; Aristote l’a prouvé trop éloquemment dans ses écrits. Galien et plusieurs autres grands médecins n’ont pas douté du pouvoir et de la force de l’habitude. Ennius l’a bien peint dans ces deux vers :

Usus longus mos est, ac meditatio crebra ;
Hunc tandem assero naturam mortalibus esse.

Quelle que soit la force d’une habitude contractée depuis l’enfance, on ne saurait toujours trouver en elle la cause qui force certains individus à se soumettre au fouet pour se livrer au coït. La cause éloignée de ces désordres est quelquefois l’effet d’une éducation vicieuse ; mais il s’agit maintenant d’en rechercher la cause prochaine, et c’est ce qu’on ne peut faire qu’à l’aide du flambeau de la physiologie et de l’anatomie.

Il faut d’abord observer que les flagellations réchauffent la partie qu’on soumet à l’opération, et qu’elles y attirent le sang en quantité. Quelques médecins faisaient battre de verges une partie, lorsque le sentiment venait de s’y éteindre. Cette pratique subsiste encore en partie, car on fouette avec une poignée d’orties piquantes la partie où il est nécessaire de rappeler la chaleur. Les frictions avec les brosses ou la flanelle font à la longue ce que feraient les flagellations qu’on n’ordonne plus, vu la délicatesse des malades [3].

Puisque l’effet des flagellations est de rappeler la chaleur dans une partie, il ne sera pas difficile de concevoir par quel mécanisme le fouet irrite et élève le membre viril : examinons la structure de cette partie et de celles qui l’environnent.

Ceux qui se font fustiger pour se rendre propres au coït exigent qu’on frappe toujours sur le dos ; voyons maintenant comment la chaleur, excitée dans cet endroit, passe aux parties de la génération.

On remarquera que les lombes qui composent la majeure partie du dos sont formés par les vertèbres lombaires, sous lesquelles sont placés les reins et différents vaisseaux qui communiquent avec les parties de la génération. Il est donc constant qu’en échauffant les lombes, cette chaleur doit se rendre à la verge dans l’homme, et au vagin dans l’autre sexe.

Quoique cela dût suffire pour rendre raison de l’effet du fouet sur le physique de l’amour, quelques auteurs ont cherché d’autres preuves pour l’expliquer. Meibomius, qui pensait que c’est dans les reins que se prépare la semence, n’attribuait l’effet du fouet qu’à la chaleur qu’il produit sur les reins. Ceux qui croyaient avec Platon que la semence s’écoule de la moelle de l’épine, disaient que les flagellations faites sur les lombes devaient provoquer l’écoulement de la semence, et conséquemment distendre la verge et l’amplifier.

Les anciennes écritures, soit sacrées, soit profanes, plaçaient la faculté de l’acte vénérien dans les lombes. On lit dans la Genèse : reges de lumbis tuis egredientur. On chante dans un psaume, lumbi mei impleti sunt illusionibus, ce qui signifie, j’ai été enclin à la paillardise [4].

Lumbos proecingere, se serrer les reins, était un proverbe, parmi les Hébreux, qui signifiait conserver la pudeur et renoncer à l’impureté. C’est pourquoi saint Jérôme dit : conforta lumbos, fortifie tes reins. Quand saint Matthieu dit de saint Jean : habuit zonam pelliceam circa lumbos, il veut sans doute vanter sa chasteté. L’Église, en chantant ce verset, ure igne sancti spiritus renes nostros, ut tibi casto corpore serviamus, entend bien que les reins sont le premier instrument de la concupiscence.

L’opinion où l’on fut toujours que le bon ou le mauvais état des lombes contribue à l’acte vénérien, donna lieu à l’usage de s’entourer les reins avec une ceinture, pour marquer qu’on vivait dans un état de chasteté. Les vestales juraient, en plaçant la sainte ceinture, de ne jamais la desserrer, c’est-à-dire de tenir leurs lombes en captivité. Nos abbés, nos religieux, nos moines, nos chanoinesses ont conservé la mode de se ceindre les reins ; mais on est loin de penser aujourd’hui que la ceinture oblige à l’abstinence ; il faut qu’on en ait une idée bien contraire, puisque toutes les dames ont une ceinture pour se parer.

Les Romains crurent aussi qu’il fallait se serrer les lombes pour conserver sa modestie et sa pudeur. N’était-ce pas l’usage de donner une ceinture à des candidats, lorsqu’ils recevaient un grade ?

Diane fut toujours représentée avec une ceinture. Vénus détacha la sienne pour fixer Paris, et ses deux rivales perdirent le procès.

Il est inutile d’appuyer, par des citations, des faits qui se prouvent d’eux-mêmes. On observe qu’en se tenant les reins très chaudement, on a de fréquentes érections ; aussi défend-on à ceux qui sont sujets à des pollutions nocturnes de se tenir couchés sur le dos, parce que cette position échauffe la moelle de l’épine, les lombes, les vaisseaux et les nerfs qui se rendent aux parties naturelles. Persuadés de cette vérité, les médecins faisaient appliquer des topiques très froids sur les lombes à ceux qui avaient besoin de ralentir en eux la fureur de Vénus. Pline ordonnait de porter pendant quelque temps des lames de plomb sur les reins, pour tempérer l’ardeur des amants. Galien conseilla aux athlètes d’y appliquer des onguents réfrigérants pour se préserver des pollutions nocturnes ; ce même docteur remédiait au priapisme en faisant continuellement tenir de l’eau froide sur les lombes du malade. Cette théorie engagea, dans la suite, les célibataires cloîtrés à jeter dans leur lit des branches d’agnus castus et à se coucher dessus pour se préserver des tentations de la chair.

La médecine moderne, qui ne voit de bons remèdes que dans ce qu’on avale en potions ou en pilules, n’est pas tout à fait de l’avis des anciens ; elle ne fait appliquer aucun topique sur les lombes pour rafraîchir ou échauffer Vénus. Je pense cependant qu’il peut y en avoir d’utiles dans l’un et l’autre cas, comme on le verra à la suite de ce petit ouvrage, dans une dissertation sur tous les moyens qu’on peut employer pour apaiser l’amour ou lui prêter des forces.

En voilà, je pense, suffisamment pour expliquer comment les flagellations faites sur le dos produisent l’érection du membre viril et rendent un libertin épuisé capable de soutenir les combats de l’amour.

Voir en ligne : Quelques erreurs qu’il serait utile de détruire dans les couvents (Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.

Notes

[1Junctin assurait qu’il lisait clairement l’avenir dans le firmament : cet extravagant était moine, et conséquemment fort ignare. Il fut accablé sous les ruines de sa bibliothèque, quoiqu’il eût vu dans les astres qu’il mourrait d’un autre genre de mort. Ce n’est pas le seul astrologue qui se soit trompé sur le même sujet.

[2Cela n’arrive que trop : mais ceux qui veillent à l’éducation de la jeunesse s’en occupent-ils sérieusement ? C’est ce que j’examinerai plus an long dans le IVe chapitre.

[3Il y a certainement quelques cas où les flagellations seraient utiles ; mais on y a substitué d’autres moyens non moins capables de rappeler la chaleur, ou de dériver les humeurs ; on a les frictions, les fomentations, les ventouses, les sinapismes, le moxa et les vésicatoires. Les flagellations étaient jadis une opération très commune ; c’est de celle pratique que venait le sot usage où l’on était de fustiger les fous. Comme on se figurait que la démence n’était causée que par une trop grande quantité de sang qui se portait au cerveau, on ne croyait pouvoir guérir cette maladie qu’en rappelant les humeurs vers les parties inférieures ; aussi frappait-on tous les jours les fous, et les nourrissait-on au pain et à l’eau : cette pratique barbare était dictée par une théorie aveugle plutôt que par la cruauté. C’est peut-être pour la même raison qu’on donnait, il n’y a pas longtemps, le fouet aux prisonniers, dans certaines maisons de correction, chez les Lazaristes et aux Repenties ; (je ne sais si cet usage est entièrement aboli de nos jours… Il y a encore tant de sottes gens.) On croyait la tête malade et on s’imaginait la guérir par cette humiliante et barbare manoeuvre. Mais, dira-t-on, qui osait présider à des opérations de ce genre ? Des bouchers !… Non. C’était des prêtres ! (Voyez le chapitre IV.)

[4Les bigots, dont la fausse pudeur s’alarme au moindre mot, me pardonneront peut-être de me servir de temps à autre de phrases un peu libres, puisque je prouve par mes citations que notre Église s’en sert aussi. Pour ce qui est des gens instruits, je suis sûr de ne pas les effaroucher par mon style : n’ont-ils pas lu le Cantique des Cantiques ? C’est dans ce petit poème du grand Sultan Salomon qu’on trouve des expressions bien délicates : pour attirer nos débauchés et nos élégantes dans les églises, il ne faudrait que le chanter à vêpres, et l’y chanter en langue vulgaire.



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