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Récit érotique

Les belles endormeuses

Une expérience de mort imminente sexuelle et une renaissance

par Myriam Brunot

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Myriam Brunot, « Les belles endormeuses », Récit érotique, Eros-Thanatos, Paris, novembre 2021.


Les belles endormeuses

Christine

Après une mésentente de quelques mois, je revois mon amie Christine [1], professeure de « littérature alternative » dans une université de second-ordre qui racole des étudiantes paresseuses en leur proposant des sujets de thèses universitairement corrects tels que « La déconstruction du mâle », « Les grandes heures de la castration », « La décolonisation féministe du genre » et « L’éthique-esthétique du transexualisme ».

Son domaine, presque réactionnaire, étant « l’érotisme féminin libéré de la domination patriarcale », elle puise allègrement dans mes œuvres complètes pour illustrer ses cours, auxquels cela m’amuserait d’assister. Bon, ça m’apporte du lectorat. Elle m’entreprend sur un ton ironique.

- Tu continues toujours à pisser en public [2] ?
- Non, j’ai changé de fantaisie. Et toi, tu montres toujours tes fesses aux photographes pour mecs impuissants ?

Il faut savoir que les professeurs d’université travaillent au plus 35 heures par mois, à moins qu’ils ne se fassent mettre en « sabbatique » pour effectuer d’interminables « recherches » de nature masturbatoire qui n’intéressent même pas leurs collègues !

- Je travaille dans un bordel secret, Les belles endormeuses. C’est une allusion au roman de Y. Kawabata, Les belles endormies : dans une « maison de thé », les filles droguées sont mises, endormies, à la disposition de clients fortunés ; par malheur, l’une d’elles ne se réveille pas ! (Je connaissais, mais les profs aiment s’écouter parler !) Nous, c’est le contraire.

- Vous gardez vos clients pour la nuit ?
- Oui, et même plus, pour le « passage ».
- Je ne comprends pas.
- As-tu lu Maupassant ? Sa nouvelle L’endormeuse décrit « L’Œuvre de la Mort Volontaire », philanthropique, et instituée pour mettre fin aux suicides par noyade qui polluent la Seine.

- Mais encore ? [Je n’ose pas deviner.]
- Nous offrons un « passage » orgasmique aux clients qui le souhaitent, et il y en a beaucoup.
- Vous les…
- Ceux qui le désirent ! Tu connais le face-sitting ?
- Oui.
- Donc tu imagines comment nous faisons. Après des entretiens… approfondis jusqu’à fond de vagin ! Cela permet de vérifier la solidité de leurs motivations thanatophiliques. Certains renoncent et préfèrent en rester aux plaisirs naturels.
- Et si le client persiste ?
- Je lui donne 400 mg de [3]. Il bande à mort. Et pas au figuré ! Je me branle à fond sur sa bite tellement douloureuse d’être raide qu’il n’arrive pas à jouir. Une fois sur deux, le cœur flanche [4]. Autrement, et c’est ce que je préfère, je m’assieds sur sa figure, je plante son nez dans mon cul, il râle de plaisir (?), sa langue s’affole dans ma vulve et bientôt il étouffe car je lui écrase les lèvres avec ma chatte baveuse [et soyeuse car soigneusement épilée, comme j’avais pu l’apprécier]. Auparavant, je l’ai attaché par les chevilles et les poignets pour le cas où il tenterait de se débattre. Mais c’est trop tard ! Sa décision a été prise et formulée. S’il cherche encore de l’air, je l’écrase un peu plus. En cinq minutes, c’est fini. Cinq minutes c’est long, il ne faut pas faiblir ! Je continue cinq minutes de plus pour assurer le coup. Hitchcock a dit que c’était difficile de tuer [5]. C’est faux ! C’est jouissif de sentir un type étouffer, s’affoler, regretter peut-être sa décision, et soudain, plus rien !
- Et pour évacuer le corps ?
- À deux filles, on descend le macchabée à la cave. Une porte blindée ouvre sur d’anciennes carrières. Ce sont nos catacombes et les rats finissent le travail. Il n’y a jamais eu d’enquête. On n’accepte que des hommes isolés.
- Et comment ils viennent à vous ?
- L’une de nous trois connaît un psychiatre. Il nous envoie des cas que la chimie n’arrive pas à calmer de leurs pulsions suicidaires.
- C’est qui vos clients ?
- Des intellectuels. Les paysans et les artisans en faillite vont plutôt se pendre. Les amoureux trahis ou déçus se jettent sous le métro. J’ai eu à traiter un français fasciné par L’Empire des Sens, le grand film érotique de N. Oshima. Il l’avait vu plus de 50 fois. Il a voulu que je l’étrangle avec une cordelette rouge et que « j’aille jusqu’au bout. Sinon, ensuite, ça fait trop mal [6] ». Je l’ai fait, c’était difficile. Sa figure était violette ! L’étouffer, le nez coincé entre mes grosses fesses, aurait été bien plus facile ! Un japonais a même voulu se faire seppuku, et que je l’aide à se finir ! J’ai refusé, je ne voulais pas saloper les draps avec son sang et ses boyaux [7].
- Et des femmes ?
- Oui, nous en avons, mais ce n’est pas moi qui m’en charge. Je ne pourrais pas !

Nous nous embrassons afin de retrouver le goût de nos anciennes étreintes.

- Si on ouvrait un sauternes pour se changer les idées ?

Un mystique

Un mois plus tard, Christine me propose de rencontrer son nouvel ami. « Il est bizarre. Ça te donnera des idées pour tes petits récits. [Pourquoi « petits » ? Toujours ce mépris universitaire ! Elle les utilise pourtant pour ses cours !] Illuminé, mais pas méchant. Il se nommait Jean-Yves, mais il se fait appeler Hikari, soit Lumière en japonais. On prononce Hikali. [Je le savais !] »

Nous nous présentons. À peine sommes-nous assis qu’Hikari me regarde, exalté.

- Elle m’a raté.

Christine s’attendait à cette déclaration.

- Oui, il s’est réveillé !
- Pourquoi vouliez-vous en finir avec la vie ?
- Que t’importe Myriam ? Je suis born again, je viens de renaître, dans la Lumière. Je découvre la Création, la Vie, Gaïa et le Bonheur, grâce à Christine, c’est ma seconde mère, elle donne du Sens à ma Vie. Nos orgasmes sont océaniques !

Diantre ! Il se lance dans une explication érotico-mystique qui m’évoque une bande-dessinée pleine de monstres visqueux.

- J’étais plongé dans une bulle de liquide, tiède et glaireux. Comme Jonas dans l’intestin de sa baleine, je rampais dans un étroit boyau de chair palpitante. Un long tunnel au bout duquel j’apercevais la Lumière, éblouissante, au sortir d’une caverne étouffante. Centimètre par centimètre, je tentais d’avancer, comme dans ces rêves où les pieds sont englués, ce qui empêche de fuir un danger. Collé au plafond comme une araignée, je voyais ma chérie astiquer sur mes lèvres et mes dents les lèvres pulpeuses de sa chatte imprégnée de son miellat floral. Elle m’avait lié au lit, pour qu’à sa disposition, je souffre, comme le Christ...

Christine me lance un regard qui confirme son avertissement ! Hikari continue.

- Sans pitié, elle se branlait en enfonçant mon nez dans son anus de velours musqué. [Christine semble gênée, bien qu’elle m’ait fourni des détails de ce genre.] Plus je souffrais, car ses ongles étaient plantés dans mes organes virils, plus je sentais que j’allais renaître à la Lumière Perpétuelle. Renaître sur une plage déserte, bercé par le ronflement des vagues s’écrasant inlassablement sur le sable du rivage en apportant des méduses et des étoiles de mer. [Il manque juste les cocotiers !]

La lumière a faibli, je me suis retrouvé dans une obscurité glauque et fétide, comme si la baleine allait m’excréter parmi ses déjections.

Le visage de Christine s’est approché du mien. J’ai poussé le vagissement du nouveau-né qui émerge d’entre les cuisses de sa mère, les poumons encombrés de liquide amniotique. Et j’ai perçu la puissance de l’Amour de l’Univers et de tous les êtres, et de la Vie hors du Temps. Le magnétisme amoureux a scellé nos lèvres… et l’Amour nous lie désormais comme le lierre au tronc de l’arbre qu’il a choisi d’étouffer.

Christine doit connaître ce discours.

- Et depuis ?
- Je suis un Hypersensible. C’est une épreuve que de sentir dans la rue toutes les douleurs et les angoisses de tous ces pauvres êtres, tout proches moi, et même des chiens. Leurs douleurs fermentent et empoisonnent leurs sangs ! Un soir, je me suis retrouvé dans le métro serré contre une jeune fille joyeuse d’avoir bien baisé. Son bonheur m’envahissait et j’ai senti en moi monter comme un orgasme. De plus, je percois les douleurs physiques aussi bien que morales. Approche-toi Myriam !

Les yeux fermés, il s’empare de mes poignets pour me prendre simultanément les deux pouls, comme le font les médecins chinois. Il monte lentement ses mains sur mes bras, palpe mes muscles, presse mes veines à la saignée des coudes, mes épaules, mes carotides, et, je m’y attendais, mes seins libres sous la soie d’une de mes robes les plus sexy que j’avais mise pour faire honneur à mes visiteurs.

- Myriam, tu es saine [langage de maquignon], je n’ai pas senti en toi le début de cancer que je soupçonnais [Ah bon !], tu bois un peu trop [et alors ?] mais il manque un homme dans ta vie. Je n’y sens que des femmes perverses [grimace de Christine] qui te conduiront à la pire déchéance.

J’ai du mal à ne pas éclater de rire. Il reprend son souffle et sort de son extase hypnotique, il oublie son diagnostic et nous parlons de tout et de rien.

Épilogue

Christine a perdu ses apétissantes rondeurs. Son visage est fatigué.

- Il m’épuise. Il devine tout, je ne sais pas comment. « Ton client, tu l’as passé ! Il a un peu résisté ! » ou bien « Tu l’as bien baisé celui-là, il reviendra t’enfiler ! » Devant mes amies, il recommence à chaque fois le récit de sa « renaissance ». Il faut que tu m’aides !
- Comment ?
- Devine. Il m’a répété que tu avais besoin d’un homme. Nous nous mettrons à deux.

Sur la recommandation de Christine, j’ai mis une robe de pute, épaules et dos nus, avec des fentes qui offrent de jolis aperçus sur mes seins et sur mes cuisses. Mon ami le grand miroir m’a dit que j’étais bandante. Comme pute, Christine n’est pas en reste. À trois, nous vidons deux bouteilles. Hikari se colle à moi. Je souhaite en finir au plus vite.

- Hikari, votre énergie vitale est communicative.

Empoignant mon sein, il m’attire à lui et nos lèvres se joignent sous le regard approbateur de Christine. Sans préliminaires inutiles, nous nous dirigeons vers la chambre. Hikari s’allonge sur le dos, je lui mordille les couilles et je lui suce le gland. Nous ne l’avons pas lié au lit, il avait compris. Christine s’accroupit sur son visage. Elle écarte ses fesses pour enserrer le nez d’Hikari au fond de son sillon culier. Ses lèvres luisantes et charnues astiquent celles d’Hikari qui semble s’en régaler, pendant que je continue mon travail sur sa bite. Christine s’assied de tout son poids sur le visage écarlate, des soubresauts manifestent une vaine volonté de survie mais je lui bloque les jambes et les bras. Quelques dix minutes plus tard, tout est vraiment fini.

Notes

[1Voyez ma nouvelle « La santé est une prison » sur Atramenta.

[2Fine allusion à « Mon étrange plaisir ».

[3Les hommes de 40 ans et plus bénissent Pfizer pour la découverte du citrate de sildénafil, et maintenant pour celle de son vaccin bienfaisant.

[4Voir « Jeunes et jolies », l’excellent film de François Ozon.

[5« J’ai voulu montrer combien il est difficile, pénible et long de tuer un homme. » https://www.lexpress.fr/culture/cinema/4-le-crime-etait-toujours-parfait_495132.html.

[6Réplique du film.

[7Lire la nouvelle « Patriotisme » de Y. Mishima qui s’est lui-même ouvert le ventre en public en 1970.



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