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La Flagellation à travers le monde

Les cauchemars s’évanouissent…

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre V)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


V
LES CAUCHEMARS S’ÉVANOUISSENT…

Les préparatifs du mariage d’Ethel se firent sans tapage. Lady Helling, prétextant l’état de santé de la jeune fille, très attristée, disait-elle, du départ de sa cousine, conseillée par divers médecins, se décidait à marier Miss Helling sans vouloir lui infliger les fatigues d’une réception. On accepta ou on n’accepta pas ces raisons ; quelques-uns s’en étonnèrent, mais devant les graves événements contre lesquels elle se débattait, Jenny laissa dire. Sa situation de fortune imposait au moins la politesse, sinon les hommages.

Il fut décidé que le mariage se ferait à ***.

Le pasteur fut mis au courant en l’une de ses entrevues avec Jenny, qui lui confia la mission d’exhorter sa fille au courage, de la consoler et d’être son conseil. De temps à autre, elle lui accordait un rendez-vous, mais le révérend, amoureux soupirant et sentimental, n’était guère un séducteur, et Jenny n’était plus assez jeune pour parer ses amants de charmes qu’ils n’avaient pas. Elle trouvait celui-ci vraiment un peu trop inexpérimenté, un peu bête, en somme, sans dire le mot. Bête, il avait toute raison de l’être, il était sincère.

À part ce chapitre galant, Gowerson était un garçon très capable, fort instruit, ayant fait les plus brillantes études et l’on était même étonné que la cure de *** ait été confiée à un aussi jeune pasteur. Mais chacun reconnaissait ses qualités et ses capacités inestimables et il vivait entouré de la confiance et de la sympathie de tous.

C’est lui qui eut l’honneur de bénir l’union de Miss Ethel Helling et du lieutenant Robert Master.

Le lieutenant, homme froid et calculé, avait trouvé là un moyen de rapide fortune.

Ne sachant tout d’abord si cette aventure aurait des résultats brillants, il avait trouvé une bonne occasion de plaisir et l’avait saisie. Les relations d’Ethel avec Margaret, qui avaient été le prélude de son avancement, lui laissaient pour sa femme une médiocre estime ; il en gardait à cette amie une gratitude qu’il se promettait de transformer en congé brutal si jamais les hasards de la vie les remettaient en face l’une de l’autre.

Ethel qui, pendant les préparatifs de son mariage, avait été très distraite par le choix des objets de trousseau et, tout en s’en cachant, par celui des objets de layette que sa mère lui apportait à choisir, donnant son goût, son avis, comme si elle voulait, en amusant Ethel, de ces mille petits riens, lui faire oublier les premiers mois si douloureux de sa grossesse, inventait toutes sortes de recherches coquettes pour celui qu’on attendait.
- Nous aurons un beau petit garçon, lui disait-elle, nous allons choisir des rubans bleus !

Ethel, pardonnée et tranquillisée, croyait encore un peu jouer à la poupée et parfois, riait, essayant sur son petit poing amaigri les minuscules capelines, passant ses doigts dans les petites manches, présentant les brassières à sa mère comme si un pantin les agitait. Jenny prenait à coeur son rôle de grand-mère et se sentait pour sa fille un amour encore fortifié par sa pitié, et qui sait, la crainte de la perdre.

Ethel était à un bon régime pour se remettre, mais sa faiblesse semblait insurmontable. Et puis, son fiancé, indifférent, lui causait un sourd mécontentement. Certes, il était correct, le lieutenant ; les fleurs les plus belles et les plus rares ornaient sans cesse le salon d’Ethel, il apportait des bijoux de valeur, quitte à solder plus tard les factures sur les revenus de sa femme. Le colonel, Lady Helling, chacun semblait être en excellents termes avec lui. Le grand Maurice le traitait à table avec un soin jaloux ; le lieutenant, grand amateur de crus, semblait avoir toutes les attentions du sommelier et ses verres ne désemplissaient pas.

À l’office, l’état trop visible d’Ethel n’était un secret pour personne ; on riait sans vergogne, faisant des plaisanteries pour excuser la pauvrette.
- Telle mère, telle fille. Et le grand Maurice en venait à s’accuser de n’être qu’un sot quand, par le moyen si simple qu’avait employé le lieutenant, il aurait pu être son beau-père, avoir à lui le château de ***, l’hôtel de Londres, les caves, les rentes, tout, tout, quoi !
- Ah, mon pauvre Maurice ! tu n’as pas de chance ! répétait-il souvent.

Cependant il était dans la place, s’y sentait toujours solide et craint ; il ne fallait désespérer de rien.

Enfin l’on partit pour ***.

Ethel comptait les jours de cette évasion.

Le mariage fut célébré tout de suite, entre quatre témoins, amis instruits, au courant de la situation.

Au retour de la cérémonie, la jeune femme enleva son corset avec un soupir de satisfaction, pour ne plus le remettre et, après un merveilleux et intime déjeuner, ces dames s’occupèrent avec la femme de chambre de disposer les petits vêtements, le linge de l’enfant. Un ravissant berceau avec des rideaux de dentelle, doublés de soie, attendait, sous son couvre-pied brodé, le moment de se rendre utile.

À l’air de la campagne, Ethel, faisant chaque jour un exercice modéré, reprit un peu d’appétit. Elle gardait enfin quelque nourriture. Le moment approchait, elle ne cherchait plus à dissimuler son état. Le lieutenant, très souvent à Londres, pour ses affaires de service, préparait son départ pour Bombay.

Le docteur Farmer était aux petits soins pour sa malade ; Mistress Farmer passait quelquefois près d’elle l’après-midi, faisant de jolis petits ouvrages au crochet pour le cher baby.

Enfin, Ethel se sentit un jour prise de douleurs. Son mari était à Londres, on lui envoya une dépêche. Le docteur qui, avec inquiétude, guettait l’instant de la délivrance, avait tout fait préparer.

Jenny, très pâle, se composant un sourire tranquille, exhortait Ethel au courage, lui redisant que toutes les femmes en passaient par là. Mais les douleurs augmentaient. Ethel, dans l’angoisse du mal qui allait succéder au mal présent, les yeux hagards, tenait sa mère embrassée. Ses cris peu à peu devinrent déchirants, les secousses de son être, intérieurement poignardé, faisaient se tordre la malheureuse femme, en proie à une souffrance au-dessus de ses forces.

Le docteur, forcé de la torturer encore davantage, pour pouvoir tenter, l’heure venue, de la délivrer, l’encourageait affectueusement.

Au matin, le lieutenant arriva. De loin, il entendit ses cris. Pris de pitié, il monta rapidement à la chambre. Sur son lit, la malheureuse martyre se tordait, les cris ne s’apaisant un instant que pour reprendre plus terriblement. La face terreuse, les yeux dilatés, les cheveux trempés de sueur, Ethel, le visage inondé de larmes, essaya de lui sourire, retomba sur l’oreiller, bientôt reprise par les douleurs et par les cris. Cela dura des heures, des heures encore. On la mit dans la baignoire, ce qui sembla calmer un court instant ses souffrances, puis les douleurs recommencèrent, toujours, toujours.

Aidé d’un jeune médecin des environs, le docteur attendait l’instant d’agir ; l’enfant semblait devoir être mort.

Enfin, et à la grande joie de la pauvre femme, on lui fit subir la torture de l’accouchement forcé. Elle râlait, n’ayant plus même la force de crier, Jenny lui tenant la tête et mêlant ses larmes aux siennes. Ethel fut courageuse, héroïque même, et c’est dans l’anéantissement de la fin de ses souffrances que le jeune médecin assistant du docteur Farmer déclara qu’elle avait un fils.

Un fils !

Un même cri de joie de Jenny et d’Ethel lui répondit.

On pansa la jeune mère, on l’étendit dans son lit avec de beaux draps garnis de dentelles, et Jenny, tout en larmes, glissant un doux oreiller sous sa pauvre tête douloureuse, l’embrassa éperdument et alla voir son petit-fils ; elle voulut le porter elle-même à sa maman, le cher baby.

Le lieutenant était là ; il regarda avec satisfaction ce rejeton de son sang, de sa race, dont la vie lui assurait en face de tout événement et quoi qu’il arrivât, la fortune des Helling.

Il était heureux.

Ethel, reposée de tout par la vue de ce fils qui lui avait coûté tant de larmes, morales et physiques, souriait à la vie, et le docteur, rangeant ses instruments de supplice et de salut, poussa un soupir de satisfaction, délivré, lui aussi, d’un lourd, bien lourd fardeau, qui avait longtemps oppressé son coeur ami.

Voir en ligne : Chapitre VI : Margaret malade

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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