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Mes confessions aux pieds de la duchesse

Les couvents à la mode

Les Tableaux vivants (Roman érotique : chapitre XIV)



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- Les Tableaux vivants ou Mes confessions aux pieds de la duchesse, anecdotes véridiques tirées de nos amours avec nos libertines illustres et nos fouteuses de qualité, par un Rédacteur de la R. D. D. M., Éd. Poulet-Malassis, Paris, 1870.


XIV
LES COUVENTS À LA MODE

C’était la Régence alors… Non, c’était l’Empire seulement, le Bas-Empire, petite époque de petits cyniques aux sens menteurs et au cœur tremblant. Étrange époque où d’étranges modes s’étaient introduites ! On menait sa fille à l’église et sa maîtresse au bordel !…

C’est ce que me dit Thérèse de Charnac, dont j’étais alors le jouet et l’esclave. Elle me raconta que la plus chère de ses amies avait été conduite la veille chez la Saint-Vigor. Elle ajouta :
- C’est la mode !…

Elle était grande, brune, passablement maigre, cette Thérèse, admirablement faite pour porter des habits d’homme. Je lui donnai les miens, je la culottai moi-même… En route pour le couvent de la Saint-Vigor et fouette cocher !
- Bon ! murmurèrent les nonnes en la voyant entrer, encore une tribade !
- Tu les entends ! dis-je à Thérèse.
- Elles se trompent ! fit-elle. Tribade !… Pas encore !

Il régnait dans cette salle, brillamment éclairée, une forte odeur mélangée d’iris et de sueur, de musc et de foutre. La pièce d’ailleurs était meublée et tendue de velours rouge. Rien de plus froid ni de plus banal. Pas même une image galante à la muraille. On eût dit le boudoir d’un notaire.

La servante cria :
- Toutes ces dames au salon !

Des dames, il en venait de partout. On en vit entrer par toutes les portes, en robes jaunes, en robes rouges, en robes bleues. Corsage ouvert jusqu’à la ceinture et laissant passer et ruisseler la gorge ; jupes attachées par un fil, prêtes à tomber en un moment. Vénus alors, la Vénus impudique émergeait toute nue de ce flot de velours, de dentelles ou de soie, — nue, toute nue, absolument nue comme un ver.

Thérèse s’était assise tremblante et confuse, malgré sa hardiesse naturelle, au bout d’un sofa. La troupe cynique vint tournoyer autour d’elle.
- Bonjour, beau garçon.
- Fais ton choix, bel homme.
- Viens ! Je sais ce que tu es, je te lécherai, je te sucerai… Oh ! nous sommes accoutumées à amuser les dames de la cour…
- Faites votre choix ! cria la servante.
- Viens, mon homme, dit une grosse fille qui aimait à rire… Tu es bien ce qu’il me faut. Qu’est-ce que je demande ?… Un louis et dix pouces !… Ce gaillard-là doit être monté comme un cheval !

Mais une grande et forte ribaude, qui portait on ne sait pourquoi un costume de Suissesse avec des tresses flottantes, et qu’on appelait Gretchen, vint s’asseoir sur les genoux de Thérèse, et, passant la main sur le pantalon de la belle avec une gravité comique, s’écria :
- Il bande !
Alors ce furent des cris, des vivats, des rires, des trépignements dans toute la salle.
- Gretchen ! Qu’il te le fasse devant nous !
- En levrette, en levrette !
- Il bande ! Il bande !

Et la servante répéta :
- Faites votre choix ! d’une voix de tonnerre.

Sur un signe que je leur fis, Gretchen la Suissesse et une de ses complices, qui s’appelait Ida, entraînèrent madame de Charnac. Je les suivis. Thérèse murmura je ne sais quelle protestation inintelligible ; et moi je lui dis :
- C’est la mode !

Dans la chambre où nous entrâmes, il y avait un grand lit tout entouré de glaces. Gretchen se mit en devoir de déculotter sa belle visiteuse, dont les dents claquaient comme si on l’avait conduite au dernier supplice, et pourtant déjà les doigts de l’adroite Suissesse la chatouillaient.

Ida me disait :
- Faites-nous votre petit cadeau.

Je déposai quatre louis sur la cheminée. Et comme cette fille s’empressait autour de moi je lui montrai Thérèse entièrement déculottée !…
- Tout pour elle ! m’écriai-je.

Bientôt je les vis nues toutes les trois. Les glaces qui entouraient le lit reflétaient ces trois corps enlacés. Les deux prostituées du ruisseau tenaient embrassée entre elles la prostituée du grand monde. Elles la mirent au bord du lit. Ida, s’agenouillant devant elle et lui tenant les deux jambes sur ses épaules, lui portait à l’anus le feu de ses baisers. Sa langue fourmillait dans le chemin de Sodome.

Gretchen la Suissesse s’est couchée en travers du lit. Elle suce les seins de Thérèse. Sa bouche glisse et descend, happant cette chair brune. Elle entr’ouvre de deux doigts la porte non plus de Sodome, mais de la nature, et saisit le clitoris entre ses lèvres. Thérèse crie, se tord et m’appelle…
- Jouis, putain ! lui dis-je. Jouis à crever, à rendre l’âme… Fais-toi lécher : c’est la mode !

C’était la mode à la cour de ce temps-là. On dit que la souveraine avait un troupeau sacré de filles d’honneur dont les charmes les plus intimes et les plus profonds n’avaient point de secrets pour elle. On dit qu’armée d’un godemichet elle avait eu leurs prémisses à toutes. Les restes étaient pour les fonctionnaires de l’Empire…

Voilà ce que savait bien madame de Charnac.
- N’y a-t-il pas ici un godemichet ? soupira-t-elle d’une voix mourante.

Gretchen sauta sur un meuble dont elle ouvrit un tiroir. Des godmichets, il y en avait dix, il y en avait vingt ! La Suissesse m’assura qu’ils n’avaient servi qu’à des dames de la cour. C’est ce qui me fit dire :
- Ont-ils la vérole ?

Mais déjà la Suissesse était armée d’une pièce magnifique qu’elle avait attachée à sa ceinture et s’élançait sur le lit, culbutant sous elle madame de Charnac haletante.

Ces femmes de haut rang ont, comme on dit, les yeux plus grands que le ventre. Il faut donc qu’elles aient les yeux bien grands !… Sans doute. Mais c’est aussi que le membre artificiel de Gretchen la Suissesse était énorme !…

Il entra pourtant. Ida le dirigeait avec art. Gretchen ne poussait qu’avec mesure…
- Mes amies, vous me déchirez !… Vous m’assassinez !… Ah ! j’en suis… j’en suis toute pleine !…

On entendit comme un craquement. Puis elle poussa un cri terrible…
- Ne vous plaignez pas ! lui dis-je, c’est la mode !

Longtemps, bien longtemps, jusqu’à une heure avancée de la nuit, se prolongèrent ces jeux à la mode. Le dernier coup de la dernière partie fut le plus piquant. Vraiment on me fit l’honneur de m’y donner place et voici comment.

Représentez-vous votre serviteur étendu horizontalement sur le lit. Madame de Charnac ou la prostituée du grand monde est au bord, enfilée par Gretchen à la façon des bêtes. Ida, accroupie sous elle, la lèche doucement, et la grande dame elle-même, s’abattant sur moi, me suce avec fureur… Puis se relevant, les yeux troubles, chancelante, étourdie :
- Fais-moi rhabiller et sortons d’ici, me dit-elle.

Lorsque nous fûmes remontés en voiture, je me mis à la contempler avec admiration comme une personne digne de son rang par sa luxure.
- Êtes-vous contente ? lui demandai-je.

Elle leva doucement les épaules.
- Bah ! me dit-elle, c’est la mode !

Voir en ligne : Le manche du gigot (chapitre XV)

P.-S.

Texte établi par Nathalie QUIRION et EROS-THANATOS d’après le roman érotique d’un Rédacteur de la R. D. D. M. (attribué à Paul Perret), Les Tableaux vivants ou Mes confessions aux pieds de la duchesse, anecdotes véridiques tirées de nos amours avec nos libertines illustres et nos fouteuses de qualité, Éd. Poulet-Malassis, Paris, 1870.



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