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Éloge du sein des femmes

Les dames laissent voir et toucher leurs tétons

Ouvrage curieux (Chapitre III)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre III : « S’il est de la bienséance que les dames laissent voir leurs tétons, et s’il est permis aux amants de les toucher », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.


CHAPITRE III
S’IL EST DE LA BIENSÉANCE QUE LES DAMES LAISSENT VOIR LEURS TÉTONS, ET S’IL EST PERMIS AUX AMANTS DE LES TOUCHER.

La solution de ce problème présente de grandes difficultés, et pourrait être la matière d’une longue et savante dissertation ; mais les longs ouvrages me font peur :

« Au lieu d’épuiser la matière,
Il n’en faut prendre que la fleur. »

Molière fait dire au Tartuffe, qu’un sein découvert blesse l’âme, et fait naître de coupables pensées. Le petit-père André se récriait là-dessus avec beaucoup de zèle dans un de ses sermons : « Quand vous voyez, disait-il, ces tétons rebondis et qui se montrent avec tant d’impudence, bandez, messieurs, bandez-vous les yeux. » Un autre prédicateur turlupin, si ce n’est pas le même, défendait aux filles de découvrir leurs seins, et d’en laisser approcher la main entreprenante des amants ; « car, disait-il pour terminer une violente sortie « quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas. » Il faisait, par ce mot de Hollande, allusion au fichu de batiste ou de toile de Hollande qui couvrait alors le sein de nos belles, un peu plus que leur gaze très-claire ne le fait aujourd’hui.

On trouve dans le Cabinet satyrique, les vers suivants :

SUR LES FEMMES QUI MONTRENT LEUR SEIN.
ÉPIGRAMME.
 
Les filles qui, au temps passé,
Souloient descouvrir leur visage,
Ceste coustume ont délaissé
Pour de leur sein nous faire hommage ;
S’elles en continuent l’usage,
Descouvertes jusqu’à l’arçon,
Sus, sus ! enfants, prenons courage,
Nous leur verrons bientost le c..
 
QUATRAINS SUR LE MESME SUBJECT.
 
A vostre advis, si celle-là
Qui va la gorge descouverte
Ne faic pas signe par cela
Qu’elle voudroit estre couverte ?
 
Madame, cachez vostre sein
Avec ce beau tetin de rose,
Car si quelqu’un y met la main,
Il y voudra mettre autre chose.
 
Les dames qui monstrent leurs seins,
Leurs tetins, leurs poictrines nuës,
Doit-on demander si tels saincts
Demandent chandelles menuës ?
 
STANCES SUR LA DÉFENSE DES GORGES DESCOUVERTES DES DAMES.
 
Je ne sçay par quelle malice
On dit aujourd’huy que c’est vice
De montrer son sein rondelet,
Veu qu’au temps premier d’innocence
La femme n’eut onc cognoissance
N’y de robe ny de colet.
 
Elle cheminoit toute nuë
Par les prés, sur l’herbe menuë,
Parlant avec son amoureux :
Blasmerons-nous les femmes belles
Qui commencent par leurs mamelles
A ramener ce temps heureux ?
 
Il faut cacher la main sauvage,
Pleine de sang et de carnage,
Et couvrir la bouche qui ment,
Mais une mamelle gentille
Et le blanc tetin d’une fille
Ne se doit cacher nullement.
 
Il faut enfermer sans lumière,
Au plus profond d’une tanière
Le serpent et l’ours affamé,
Mais un beau sein que l’on descouvre
N’a le venin d’une couleuvre,
Pour estre clos et renfermé.
 
Fol est l’usurier qui resserre
Ses facultez dedans la terre
Et tient son or ensevely ;
Mais les pucelles libérales,
Entre deux pommes bien esgales,
Montrent l’ivoire bien poly.
 
Tout aussi tost que nos déesses
Voulurent monstrer les richesses
De leurs beaux tétons précieux,
Amour, aveugle de nature,
Ne vola plus à l’aventure,
Et se desbanda les deux yeux.
 
Il rougit une double fraise
Dedans le feu de sa fournaise,
Deux soufflets furent les tétons,
Qui de chaudes vapeurs s’enflèrent
Et dedans nos âmes soufflèrent
Le feu d’amour que nous sentons.
 
Mais que servent ces jardinages,
Tant de couleurs et de feuillages,
Si l’œil humain en est absent ?
Et voyons-nous dessus l’espine
Fleurir une rose pourprine
Pour la cacher lorsqu’elle sent ?
 
Quand Aquilon par l’air galope
Et qu’en janvier il envelope
La terre d’un pasle bandeau,
Tous ses plaisirs elle abandonne,
Elle gémit, elle frissonne,
Comme un prisonnier au cordeau.
 
Mais quand Zéphire la courtise,
Lui despouillant sa robe grise
Pleine de cent mille glaçons,
Elle est du soleil penetrée
Et enfante d’une ventrée
Mille fleurs de mille façons.
 
Vénus honteusement traictée,
Devant les dieux fut garottée
Avecques Mars, son favory ;
Promptement accourut Jeunesse
Qui vint destacher sa maistresse,
En despit du cocu mary.
 
Pour éternelle récompense,
La mère d’Amour à Jouvence
Despoüilla ces deux monts charnus :
De là vient que les damoiselles,
Quand on leur taste leurs mamelles,
Ont souvenance de Vénus.

Je ne prétends pas m’ériger en casuiste pour décider si les femmes peuvent et doivent montrer leur sein ; mais quand je pourrais prouver, d’une manière péremptoire, qu’il est plus à propos que les femmes se le couvrent, je ne sais si j’aurais le courage de l’entreprendre. Je vois, d’un côté, tous les amants déchaînés contre moi, si je m’oppose ainsi à leurs plaisirs ; et, d’un autre côté, toutes nos élégantes, furieuses de me voir condamner une mode qu’elles suivent presque généralement. Je citerai donc seulement ces vers de Mercier de Compiègne, qui me paraissent justes. Il dit, en parlant aux auteurs, au sujet du poëme de la Guerre des Dieux, dans lequel Parny s’égaye sur les tétons de la sainte Vierge, et ne gaze pas assez ses tableaux :

Revenez, le goût vous rappelle,
Mais gazez un peu vos tableaux ;
Drapez Vénus : elle est plus belle
Quand un nuage la recèle ;
Le demi-jour sied à Paphos.

Voici les vers auxquels Mercier fait allusion :

Junon, Vénus et d’autres immortelles
Se moquaient de la brune Marie :
Son embarras, son air de modestie,
Servaient de texte aux illustres belles.
Mais n’en déplaise à ces juges sévères,
De grands yeux noirs, doux et voluptueux,
Des yeux voilés par de longues paupières,
Quoique baissés, sont toujours de beaux yeux.
Lorsqu’elle parle, une bouche de rose
Est éloquente et même on lui suppose
Beaucoup d’esprit. De pudiques tétons,
Bien séparés, bien fermes et bien ronds,
Et couronnés par une double fraise,
Chrétiens ou juifs, pour celui qui les baise,
N’en sont pas moins de fort jolis tétons.
PARNY. — Guerre des Dieux, ch. Ier.

Le Pays est pour la mode qui trotte, quand il parle de cet air à sa Margoton :

« J’ai un nouvel avis à vous donner sur ce que je vis hier que vous teniez vos petits tétons enfermez aussi exactement qu’une religieuse. Vous avez tort, Margoton, de tenir ainsi en prison deux jeunes innocens qui n’ont point encore commis de crime. Je vous assure qu’ils souffrent cette clôture à contrecœur. Malgré le linge qui les resserre, j’ai remarqué qu’ils en soupirent de tristesse, et qu’ils en sont tout enflés de colère. À cause que vous êtes sage de bonne heure, vous voulez peut-être qu’ils vous imitent ; mais ne savez-vous pas qu’ils sont plus jeunes que vous : que vous avez quatorze ans, qu’ils n’ont que quatorze mois ; et qu’ainsi, quand vous seriez déjà sérieuse, il leur seroit permis de faire encore les badins ? Lorsque vous n’étiez pas plus âgée qu’ils le sont présentement, votre nourrice n’avoit point de honte de vous montrer toute nue ; pourquoi en auriez-vous donc de nous montrer à nud deux jeunes enfans qui ne sont jamais si beaux que quand ils sont découverts ? N’est-ce point que la tante qui vous gouverne a peur que, si vous les laissiez sans contrainte, ils n’usassent mal de leur liberté, et qu’ils ne l’employassent à attaquer la nôtre ? Si c’est pour cette raison qu’elle vous les fait couvrir si soigneusement, elle devroit aussi vous obliger à cacher vos yeux et vos autres appas, puisque vous n’en avez aucun qui ne dérobe tous les jours quelque cœur ou quelque liberté. Mais je veux lui apprendre que vos tétons en deviendront plus malicieux, plus ils seront enfermés. Car si, dans leur prison, ils découvrent quelque trou par où ils puissent voir le jour, ils se mettront là en sentinelle, pour assassiner le premier homme qui les regardera : si bien qu’on fera mieux de leur donner liberté toute entière ; car alors on s’apprivoisera avec eux tout de bon, ils en deviendront moins dangereux. »

Louis XIII ne fut point de cet avis, lui qui ne pouvait souffrir la vue d’un sein découvert, ainsi qu’on en peut juger par l’anecdote suivante :

Chacun sait que Louis XIII était impuissant ou à peu près. Un conseil de médecins, après l’avoir visité, déclara que jamais postérité ne sortirait de lui. Aussi, ce fils atrabilaire d’un père si galant, haïssait le sexe en général. Les femmes lui inspiraient un éloignement qui tenait de l’aversion. La vue d’un sein même jeune, frais et ferme le dégoûtait. Il ressentait le même dégoût et presque de l’effroi à la vue d’autres charmes plus secrets. Chez lui, la nature ne se taisait pas seulement à leur approche, elle se révoltait. De là cette réputation de chasteté que les courtisans ont faite à ce monarque ; de là l’infécondité d’Anne d’Autriche après dix années de mariage, et le délaissement déplorable de cette voluptueuse princesse.

L’inclination que Louis XIII éprouva pour Mlle d’Hautefort ne dément point cette assertion ; elle l’appuie au contraire d’un sensible témoignage. Louis s’était attaché à cette jeune personne parce qu’elle était organisée comme lui. Elle ne laissait voir aucune des faiblesses naturelles aux dames. Un écrivain ingénieux a dit que Louis XIII n’était amoureux que depuis la ceinture jusqu’en haut, et que ses amours étaient vierges. Cette pruderie était poussée si loin qu’elle donna lieu à une impolitesse qui trouve naturellement sa place ici. Dans un voyage que fit Louis XIII, il s’arrêta à Poitiers. Il y eut un grand couvert ; on recherchait avidement alors ces exhibitions de souverain, comparables à celles des ménageries, sauf l’argent donné à la porte. Une jeune spectatrice de l’appétit royal avait le sein découvert ; Louis XIII, ayant arrêté un moment sa vue sur cette indignité, enfonça son chapeau sur ses yeux et les tint baissés pendant tout le reste du dîner. Jusque-là ce n’était que de la chasteté, voici quelque chose de plus. La dernière fois que le prince pudibond but, il retint une gorgée de vin dans sa bouche, puis, visant en chasseur habile, lança cette réserve sur les appas indiscrètement exposés. La pauvre fille, dégouttante du liquide projectile, sortit toute confuse et s’évanouit dans la pièce voisine. Un écrivain jésuite, le père Barri, en rapportant cette anecdote, assure que « cette gorge découverte méritait bien cette gorgée. » Jeu de mots pitoyable, qui ne persuadera point qu’un souverain, encore même que ce ne soit pas tout à fait un homme, puisse se conduire de la sorte avec une femme.

On trouve le quatrain suivant, dans un livre fort rare, intitulé : Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant, et dans le Momus Redivivus, que j’ai déjà cités :

Fille qui fait tétin paroir,
Son corps par étroite vêture,
On se peut bien apercevoir
Que son c.. demande pature.

Claude de Pontoux, poëte et médecin, né en 1530, à Châlons-sur-Saône, n’a guère chanté que l’amour. Il nous a laissé une chanson que nous rapportons ici parce qu’elle est relative au sujet que nous traitons :

Ma petite Jeanneton
Me permet bien que je taste
Son beau col et son menton,
Et veut bien que je m’ebaste :
Mais sitôt que je me haste
De ravir le beau bouton
Qui fleurit sur son téton
Et les fraisettes jumelles,
Elle me dit en riant :
Ne touchez pas là, friand ;
C’est le joyau des pucelles.
 
LA PUDEUR.
 
Pourquoi, belle Aglaé, nous faire apercevoir
Ce sein éblouissant où le regard s’attache ?
On aime le fichu qui le laisse entrevoir ;
Mais on aime encor plus la pudeur qui le cache.
Ed. Corbière.

Charles Cotin soutient, dans les jolis vers suivants, que c’est une précaution inutile que de cacher les tétons.

Vous cachez votre sein, mais vous montrez vos yeux,
Qui de tout vaincre ont le beau privilège ;
N’est-ce pas me sauver du milieu de la neige,
Pour m’exposer au feu des cieux ?

Montreuil semble épouser le parti contraire, lorsqu’il fait le reproche suivant à sa maîtresse :

Pourquoi me montrer votre sein,
Puisqu’un fâcheux jaloux s’oppose à mon dessein ?
Votre bonté me tue autant qu’elle me plaît ;
Mes yeux sont trop heureux, ma bouche est malheureuse,
Et pour mon pauvre cœur, il ne sait ce qu’il est.

Boursault trouve que les tétons des belles sont très-bien, quand ils ne sont ni trop cachés, ni trop découverts. Il s’exprime ainsi dans une lettre où il fait à Mlle de Beaumont le portrait de sa maîtresse, qu’il nomme Climène : « Climène a les cheveux aussi noirs que vous les avez blonds ; et, comme vous les avez du plus beau blond qui ait jamais été, elle les a du plus beau noir du monde. Elle a le front assez grand, assez élevé, pour être admirablement beau ; et les sourcils qui sont au bas sont si noirs, et la symétrie en est si délicate, que pour les arranger avec tant de justesse, il semble que la nature ait emprunté les mains de l’art. Ses yeux ravissent la franchise, quand ils ont toute leur vivacité, et touchent l’âme, quand ils ont toute leur langueur. Son nez, qui passe pour un peu gros parmi ceux qui ne s’y connoissent pas, passe pour tout à fait beau parmi ceux qui s’y connoissent. Ses joues inspirent de l’amour, quand elles ont de la rougeur ; et, quand elles n’en ont point, elles donnent de la tendresse. C’est dommage que sa bouche soit si petite, parce qu’il en sortiroit en foule toutes les bonnes choses qui n’en sortent que l’une après l’autre, à cause des limites du passage ; et si j’osois me servir du mot précieux d’ameublement de bouche, pour dire ce que je pense de ses dents, je vous protesterois qu’il n’y en a jamais eu de plus riche que le sien. Elle a les lèvres d’une couleur fort vive, et elle ne les mord jamais. Son menton passeroit pour impertinent, s’il avoit l’audace d’être laid, et de se mêler avec toutes les beautés qui sont sur un si charmant visage. Le point dont elle se couvre la gorge, est assez raisonnable pour en laisser voir assez peu, pour ne point causer de desirs qui blessent le respect que l’on doit à Climène : et toutefois il en montre assez pour donner envie de voir le reste. Tout le défaut qu’elle a, cette gorge, c’est qu’elle est aussi dure que son cœur. Au reste, malgré la peine que lui cause un amour qui la chagrine, et qui la rend plus maigre qu’elle ne devroit l’être, elle a les mains si belles, que je ne suis jamais si ravi que lorsqu’elle m’en donne des soufflets, etc., etc. »

Marot, dans cette épigramme sur Barbe et sur Jacquette, prétend que le sein, couvert ou non, fait la même impression sur les cœurs.

Quand je voy Barbe, en habit bien duisant,
Qui l’estomac blanc et poly descœuvre,
Je la compare à maint rubis luisant,
Fort bien taillé, mis de mesmes en œuvre.
Mais quand je voy Jacquette qui se cœuvre
Le dur tetin, le corps de bonne prise,
D’un simple gris accoustrement de frise,
Adonc je dy pour la beauté d’icelle,
Ton habit gris est une cendre grise
Couvrant un feu qui tousjours estincelle.

La meilleure raison qui puisse excuser les femmes qui découvrent leur sein, c’est qu’il y a longtemps que cela se pratique ainsi ; or, une ancienne coutume passe pour une loi parmi les jurisconsultes. D’ailleurs, elles tiennent pour maxime qu’il suffit à une femme d’être chaste de la ceinture en bas. Cependant je doute fort que cette dernière raison prévalût, quand même on n’aurait pas lu ces vers sur une femme trop libre dans ses discours :

Une belle et galante dame,
Écoutant volontiers les contes un peu gras,
Disoit pour s’excuser : il suffit qu’une femme
Soit chaste seulement de la ceinture en bas.
-- Oh ! oh ! dit un railleur, la maxime est commode,
Et sur un tel avis, le sexe féminin
Pourra bien amener la mode
De la ceinture d’arlequin.

Enfin, je suppose, et j’avoue si l’on veut, que les dames ont la liberté de mettre leurs tétons au jour pour vous proposer un autre cas. S’il est permis de les voir, n’aurons-nous pas aussi la permission de les toucher ? La main et la bouche ne peuvent-elles pas avoir le même privilège que la vue ? Vous m’allez répondre que non : tous les amants sont cependant d’un autre avis, hormis Scarron et fort peu d’autres. Ce sale et burlesque auteur, dans son épître chagrine au maréchal d’Albert, déclare que

Les patineurs sont très-insupportables,
Même aux beautez qui sont très-patinables.

Dans son Roman comique, il condamne encore Ragotin, d’avoir voulu un peu patiner, et il dit que c’est une galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l’honnête homme. J’appelle de ses décisions. Peut-on blâmer le procédé d’un galant homme, qui, voyant un sein charmant, deux globes d’albâtre, voudrait, par le tact, s’assurer s’ils ont la dureté désirable, et cela uniquement pour s’instruire ? J’approuve le procédé d’un homme galant qui, après avoir patiné les tétons d’une dame, improvisa encore cette chanson par-dessus le marché :

Mort de ma vie !
En voyant ces tétons,
Belle Sylvie,
Si beaux, si blancs, si ronds ;
Pour savoir s’ils sont durs, j’ai formé le dessein
De passer mon envie,
Et d’y porter la main,
Mort de ma vie !

N’est-ce pas, en effet, une cruauté inouie de nous mettre devant les yeux ces beaux meubles, et de nous défendre de les regarder et d’y toucher ? J’en prends le galant abbé Cotin à témoin ; écoutez-le se plaindre à sa maîtresse :

Vous me défendez d’approcher
De votre bouche sans pareille :
Votre gorge est une merveille,
Qu’on n’ose ni voir, ni toucher,
Le moins coupable des humains,
Et qui souffre le plus de peine,
C’est, ô trop aimable inhumaine,
Un amant sans yeux et sans mains.

C’est, hélas ! nous faire éprouver l’affreux supplice de Tantale ; c’est nous condamner à la mort de Moyse, qui expira en voyant la terre promise, et qui n’y put entrer. Un autre poëte qui n’avait pu commander à ses mains, se justifia de cette distraction, avec beaucoup d’esprit, par la pièce suivante :

Je suis un imprudent, un sot, un téméraire,
Je n’ai point de raison, j’ai l’esprit mal tourné ;
Je n’ai pour tout talent que celui de déplaire ;
Indigne de vous voir, digne d’être berné.
 
Voilà, Philis, les épithètes
Que je reçois de vous, en l’humeur où vous êtes ;
Et de tout ce courroux vous avez pour raison,
Que ma main a voulu toucher votre téton.
 
C’est trop punir, Philis, une main criminelle :
Que nous sommes, hélas ! bien différens d’humeur !
Pour toucher votre sein vous me faites querelle,
Moi, je ne vous dis rien d’avoir touché mon cœur !

Si, par hasard, la main s’égare dans le transport que fait naître une gorge rivale de celle de Léda ou d’Hébé, après que l’on a fait le serment d’être circonspect, croyez-vous que ce parjure soit irrémissible ? Non, sans doute ; ces sermens ne lient pas ; je suis persuadé que Jupiter a absous l’amant qui va parler :

« Je promets tous les jours de ne jamais toucher
Les neiges du beau sein dont l’amour me consume,
Mais je ne saurais m’empêcher
De suivre une si douce et si belle coutume.
Cruels devoirs ! injustes ennemis !
Pensez-vous qu’Amarante ignore
Qu’amour, comme un enfant qui n’a pas l’âge encore,
Doit être dispensé de ce qu’il a promis ? »

« Jupiter è coelo perjuria ridet amantum. »

Je sais bon gré à Boursault d’être pour les patineurs.

« Ah ! juste Dieu, dit-il à M. Charpentier, que la maîtresse à qui je ne suis que par votre moyen est vertueuse ! Pour lui avoir aujourd’hui baisé deux ou trois fois la main, elle m’a vigoureusement querellé ; voyez ce qui m’arriveroit, si je faisois pis. Je n’ai osé lui dire que je ne faisois l’amour que pour baiser, et que j’aimerais autant être amoureux ad honores, que de ne pas faire les fonctions requises à la qualité que ses yeux m’ont contraint de prendre. Je croyois, en vérité, qu’étant amant déclaré d’une fille, c’en étoit être plus d’à moitié le mari, et qu’on faisoit toujours quelques pas du côté de l’amour défendu, avant que d’en venir à l’amour permis. À vous dire le vrai, je me lasse d’être amant, s’il n’y a que cela à faire. Il est juste, si j’ai la discrétion de ne rien demander à la belle, qui lui coûte quelque chose, qu’elle ait la complaisance de me laisser prendre ce qui ne lui coûte rien. La charmante Clotilde, que vous connoissez pour avoir autant de vertu que fille du monde, en use d’une façon bien plus galante. Quand, lundi, je revins de la campagne, après deux baisers qu’elle reçut aussi goulûment que je les lui donnois, son fichu qui vint à tomber, m’ayant obligé de couvrir sa gorge de mes deux mains, de peur que d’autres ne la vissent, elle m’en remercia le plus civilement qu’il lui fut possible, et me demanda si je n’avois besoin que de cela. Il n’y a rien qui satisfasse tant, ni qui revienne à si peu de frais.

« Si vous mettez la main au devant d’une fillette, elle la repoussera vite, et dira : laissez cela. Quand je dis le devant, je l’entends comme faisoit monsieur le feu premier médecin, qui ayant tâtonné l’estomac d’une belle demoiselle couchée et un peu malade, coule sa main plus bas, et, venant à l’intersection du corps, s’y avançoit, quand elle lui dit : “Hé ! monsieur, que pensez-vous faire ? — Mademoiselle, je croyois que vous fussiez comme les vaches de notre pays ; que vous eussiez les tetins entre les jambes.” »

Moyen de parvenir, ch. IX.

De tout temps le clergé s’escrima en termes plus ou moins crus sur l’indécence de la toilette des femmes. Vers 1700, la duchesse de Bourgogne (Marie-Adélaïde de Savoie) devait tenir un enfant avec Monseigneur ; mais au moment de procéder à la cérémonie, l’officiant ne trouva pas que la marraine, qui avait une robe de chasse, se présentât à l’église en habit décent, et le baptême fut remis. Or, veut-on savoir ce qu’on appelle à la cour l’habit décent ? Il consiste à se montrer avec la gorge et les épaules entièrement découvertes, la chute des reins bien marquée, les bras nus jusqu’au coude, et un pied de rouge sur le visage. L’habit de chasse cache toutes ces nudités, et les dames le portent sans rouge… Cependant le curé appelle ce costume indécent… Il n’y a que manière de s’entendre sur les mots.

On trouve dans les Chroniques de l’Oeil de Bœuf, à l’année 1711, le passage suivant :

« La morale donna le jour de l’an des étrennes de sa façon aux dames de Paris ; c’est un ouvrage en 2 volumes in-12, intitulé : De l’abus des nudités de gorge. Je n’aurais jamais cru qu’on pût en écrire si long sur une telle matière ; mais elle s’est étendue sous la main de l’auteur. Chaque tentation que cet usage immodeste peut faire naître est traitée dans un chapitre à part, où se déroule une longue énumération de conséquences dont la moindre entraîne le péché mortel ; on peut juger des autres. Il faut convenir que les femmes de notre époque accusent le nu d’une manière toute lacédémonienne ; point de refuge pour les regards dévots, vainement leur chaste prunelle semble-t-elle dire :

« Ah ! cachez-moi ce sein, que je ne saurais voir »,

on persiste à le leur montrer : ici, c’est une robe sans ceinture, telle qu’on la met en sautant du lit ; là, c’est une gorge débordant du corset complaisant ; plus loin, ce sont des bras et des épaules dont la nudité se réunit à celle des poitrines pour assaillir les continences ecclésiastiques. Forcé dans les derniers retranchements de sa pudeur sacrée, le curé de Saint-Étienne-du-Mont s’écriait l’autre jour en chaire :

« Pourquoi, mesdames, ne pas vous couvrir en notre présence ; sachez que nous sommes de chair et d’os comme les autres hommes !

« L’auditoire s’étant mis à rire, le prédicateur ajouta : « Quand on vous parle à mots couverts, vous faites la sourde oreille ; quand on vous parle en termes clairs, vous riez : comment donc vous prendre ?

« Vous verrez qu’il faudra que le roi envoie ses mousquetaires par la ville, matin et soir, afin de faire rentrer nos coquettes dans le devoir, et les gorges dans les corsets. »

Les robes des femmes, longues dans les premiers siècles de la monarchie, se raccourcirent sous Philippe de Valois, et restèrent très-fermées jusqu’à Charles VI, et serrées de manière à dessiner les formes de la taille. Alors seulement les femmes commencèrent à se découvrir les bras, la gorge et les épaules, et comme la pente est rapide dans le relâchement des mœurs, elles renouvelèrent sous Charles VII l’antique usage des bracelets et des colliers.

La cour décente et sévère d’Anne de Bretagne arrêta un moment le torrent de ce luxe ; mais celles de Charles IX et surtout de Henri III, trop fameux par ses goûts honteux, hâtèrent le débordement ; Henri IV, quoique très-galant, s’y opposa vainement. François 1er vint y mettre le comble en favorisant le luxe et la galanterie, et prêchant lui-même d’exemple. La cour de Louis XIV acheva ce que ses prédécesseurs avaient si bien commencé ; l’opulence et la volupté y régnèrent souverainement. Nous avons dit plus haut ce qu’on entendait dans cette cour débauchée par habit décent.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler de cette fameuse secte qui se forma en Hollande et dont Bayle, dans son Dictionnaire critique, au mot Mammillaires, nous instruit fort amplement. Voici, sans y rien changer, cet article qui trouve ici naturellement sa place :

MAMMILLAIRES, secte parmi les anabaptistes. On ne sait pas bien le temps où ce nouveau schisme se forma ; mais on donne la ville de Harlem pour le lieu natal de cette subdivision. Elle doit son origine à la liberté qu’un jeune homme se donna de mettre la main au sein d’une fille qu’il aimait, et qu’il voulait épouser. Cet attouchement parvint à la connaissance de l’Église, et là-dessus on délibéra sur les peines que le délinquant devait souffrir ; les uns soutinrent qu’il devait être excommunié, les autres dirent que sa faute méritait grâce, et ne voulurent jamais consentir à son excommunication. La dispute s’échauffa de telle sorte qu’il se forma une rupture totale entre les tenans. Ceux qui avaient témoigné de l’indulgence pour le jeune homme furent nommés Mammillaires [1]. En un certain sens, cela fait honneur aux anabaptistes ; car c’est une preuve qu’ils portent la sévérité de la morale beaucoup plus loin que ceux que l’on nomme rigoristes dans les Pays-Bas [2]. Je rapporterai à ce propos un certain conte que l’on fait du sieur Labadie.

« Tous ceux qui ont ouï parler de ce personnage savent qu’il recommandait à ses dévots et à ses dévotes quelques exercices spirituels, et qu’il les dressait au recueillement intérieur et à l’oraison mentale. On dit qu’ayant marqué à l’une de ses dévotes un point de méditation, et lui ayant fort recommandé de s’appliquer tout entière pendant quelques heures à ce grand objet, il s’approcha d’elle lors qu’il la crut la plus recueillie, et lui mit la main au sein. Elle le repoussa brusquement, et lui témoigna beaucoup de surprise de ce procédé, et se préparait à lui faire des censures, lorsqu’il la prévint : “Je vois bien, ma fille, lui dit-il sans être déconcerté, et avec un air dévot, que vous êtes encore bien éloignée de la perfection : reconnoissez humblement vôtre foiblesse ; demandez pardon à Dieu d’avoir été si peu attentive aux mystères que vous deviez méditer. Si vous y aviez apporté toute l’attention nécessaire, vous ne vous fussiez pas aperçue de ce qu’on faisoit à votre gorge. Mais vous étiez si peu détachée des sens, si peu concentrée avec la Divinité, que vous n’avez pas été un moment à reconnoître que je vous touchois. Je voulois éprouver si votre ferveur dans l’oraison vous élevoit au-dessus de la matière, et vous unissoit au Souverain-Être, la vive source de l’immortalité et de la spiritualité, et je vois avec beaucoup de douleur que vos progrès sont très-petits ; vous n’allez que terre à terre. Que cela vous donne de la confusion, ma fille, et vous porte à mieux remplir désormais les saints devoirs de la prière mentale.” On dit que la fille, ayant autant de bon sens que de vertu, ne fut pas moins indignée de ces paroles que de l’action de Labadie, et qu’elle ne voulut plus ouïr parler d’un tel directeur. Je ne garantis point la certitude de tous ces faits, je me contente d’assurer qu’il y a beaucoup d’apparence que quelques-uns de ces dévots si spirituels, qui font espérer qu’une forte méditation ravira l’âme et l’empêchera de s’apercevoir des actions du corps, se proposent de patiner impunément leurs dévotes, et de faire encore pis. C’est de quoi l’on accuse les Molinosistes. En général, il n’y a rien de plus dangereux pour l’esprit que les dévotions trop mystiques et trop quintessenciées, et sans doute le corps y court quelques risques, et plusieurs y veulent bien être trompés.

« J’ai ouï dire que des gens d’esprit soutinrent un jour dans une conversation qu’il n’y aura jamais de Basiaires, ou d’Osculaires, entre les Anabaptistes. Ce seraient des gens qu’on retrancherait de sa communion, parce qu’ils n’auroient pas voulu consentir que l’on excommuniât ceux qui donnent des baisers à leurs maîtresses. Or voici le fondement de ceux qui nioient qu’on puisse attendre un tel schisme. Il n’est pas possible, disoient-ils, qu’au cas qu’il y eût des casuistes assez sévères pour vouloir que l’excommunication fût la peine d’un baiser, comme il s’en est trouvé d’assez rigides pour vouloir faire subir cette pénitence à celui qui avoit touché les tétons de sa maîtresse. Ces deux cas ne sont point pareils. Les lois de la galanterie de certains peuples, continuoient-ils, ont établi de génération en génération, et surtout parmi les personnes du Tiers-État, que les baisers soient presque la première faveur, et que l’attouchement des tétons soit presque la dernière, ou la pénultième. Quand on est élevé sous de tels principes, on ne croit faire, on ne croit souffrir que peu de chose par des baisers, et l’on croit faire ou souffrir beaucoup par le maniement du sein. Ainsi, quoique les administrateurs des lois canoniques ayent fort crié contre le jeune homme qui fut protégé par les Mammillaires, il ne s’en suit pas qu’ils crieroient contre l’autre espèce de galanterie. Ils deféreroient à l’usage, ils pardonneroient des libertés qui ne passent que pour les premiers élémens ou pour l’alphabet des civilités caressantes. Je ne rapporte ces choses que pour faire voir qu’il n’y a point de matière sur quoi la conversation des personnes de mérite ne descende quelquefois. Il n’est pas inutile de faire connoître cette foiblesse des gens d’esprit. En conscience, une telle spéculation méritoit-elle d’être examinée ? Et, après tout, n’eût-il pas bien mieux valu ne point répondre décisivement de l’avenir ? De futuro contingenti non est quoad nos determinata veritas, disent judicieusement les maîtres dans les écoles de philosophie.

« Notez en passant qu’il y a eu des pays où l’on supposoit que le premier baiser qu’une fille recevoit de son galant était celui des fiançailles. Voici ce qu’on lit dans l’Histoire de Marseille : « Le fiancé donnoit ordinairement un anneau à la fiancée le jour des fiançailles, et lui faisoit encore quelque présent considérable en reconnoissance du baiser qu’il lui donnoit. En effet, Fulco, vicomte de Marseille, fit donation, l’an 1005, à Odile, sa fiancée, pour le premier baiser, de tout le domaine qu’il avoit aux terres de Sixfours, de Cireste, de Soliers, de Cuge et d’Olieres. Cet usage étoit fondé à ce que j’estime sur la loi Si à sponso, qui ordonnoit que lorsque le mariage n’avoit pas son effet, la fiancée gagnoit la moitié des présens qu’elle avoit reçus du fiancé, car les anciens croioient que la pureté d’une fille étoit flétrie par un seul baiser, mais cette loi est présentement abrogée en ce royaume. »

Voir en ligne : Du langage des tétons (Chapitre IV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre III : « S’il est de la bienséance que les dames laissent voir leurs tétons, et s’il est permis aux amants de les toucher », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.

Notes

[1Il n’est pas besoin de faire ici l’étymologiste. Tous ceux qui entendent le François savent que le mot mamelle, qui n’est plus du bel usage, signifie la même chose que téton.

[2Les Casuistes les plus relâchez, les Sanchez et les Escobars, condamnent l’attouchement des tétons : ils conviennent que c’est une impureté et une branche de la luxure, l’un des sept péchez mortels. Mais si je ne me trompe, ils n’imposent pas au coupable une pénitence fort sévère : et il y a plusieurs païs dans l’Europe où ils sont presque contraints de traiter cela comme les petites fautes que l’on appelle quotidianæ incursiones. On est si accoûtumé à cette mauvaise pratique dans ces pays-là, et c’est un spectacle si ordinaire jusques au milieu des rues, à l’égard surtout du commun peuple, que les casuistes mitigés se persuadent que cette habitude efface la moitié du crime : ils croient qu’on ne l’envisage point sous l’idée d’une liberté fort malhonnête, et que le scandale du spectateur est très-petit. C’est pourquoi ils passent légèrement sur cet article de la confession. Je ne pense pas que jamais aucun rigoriste ait différé pour un tel sujet l’absolution de son pénitent, non pas même dans les climats où cette espèce de patinage est peu usitée, et passe pour une de ces libertés dont les personnes de l’autre sexe sont obligées de se fâcher tout de bon. Ainsi les anabaptistes sont les plus rigides de tous les moralistes chrétiens, puisqu’ils condamnent à l’excommunication celui qui touche le sein d’une maîtresse qu’il veut épouser, et qu’ils rompent la communion ecclésiastique avec ceux qui ne veulent pas excommunier un tel galant. (Notes de Bayle.)



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