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Récits érotiques

Les dangers de l’écriture

Un rêve érotique avec la Ministresse des Droits Imprescriptibles des Femmes

par Alain Valcour

Alain Valcour, « Les dangers de l’écriture », Récit érotiques, Paris, juillet 2015.


Les dangers de l’écriture

1. L’atelier

Lundi 13 juin. Sans grand enthousiasme, je participe comme tous les lundis à un atelier d’écriture. Aujourd’hui, je suis en compagnie de trois retraitées qui veulent écrire leurs souvenirs d’enfance pour leur petits enfants et de deux jeunes chômeuses qui font partie d’associations d’aide à je ne sais qui. Et moi, je viens tromper l’ennui d’une retraite plutôt vide.

Comme à chaque fois, Sarah, l’animatrice, fait un petit discours à la sauce pédagogiste de la « construction personnelle des savoirs » : « Lâchez-vous. Écrivez avec vos tripes. L’écriture n’est pas réservée aux professionnels. La langue est la propriété du peuple. Les luttes sociales se nourrissent d’écrits et de harangues. Accusez, comme Zola ! Indignez-vous, résistez aux pouvoirs des médias ! » Elle a continué ainsi à plaider, regrettant sans doute l’absence de contradiction dans l’assistance, probablement lasse de cette idéologie soixante-huitarde. « N’ayez-pas peur des fautes d’orthographe, on n’est pas à l’Académie Française. C’est le Peuple qui fabrique SA langue et qui, de cette façon, s’approprie la démocratie. » Quelle salade !

« Aujourd’hui, nous allons travailler sur le rêve. Vous allez raconter un rêve qui vous a marqué, et vous passerez votre texte à votre voisine… ou voisin, qui le lira pour tout le monde. » Plus amusant que les souvenirs d’enfance, mais je ne me souviens jamais de mes rêves. J’en invente un qui va décoincer toutes ces bonnes femmes !

Je me trouve dans un vaste bureau. Les murs sont tapissés de tissu bleu ciel et encombrés de grands miroirs anciens dans des cadres dorés. Au centre, je remarque une jeune femme brune, plutôt élégante. Sa coupe de cheveux est impeccable et, avec son sourire niais, elle ferait une bonne publicité pour un coiffeur des beaux quartiers. Je la reconnais, c’est Norma Bellacagna, la ministresse des Droits Imprescriptibles des Femmes. Sa veste de tailleur gris perle est de la meilleure coupe. Mais, c’est étrange — vous savez comme sont les rêves ! — elle est assise, les cuisses nues, serrées comme par pudeur, sur un tabouret très bas.

Un homme ventripotent aux cheveux gris s’approche. Son visage usé par l’alcool et la débauche est traversé de rides profondes. C’est le Directeur des Prisons, un personnage puissant et redouté que la presse surnomme SDK, je ne sais pas pourquoi. Il s’avance, le sexe à l’air, et pointe un gland violacé qu’il enfonce dans la gorge de la ministresse. Il s’empare de ses oreilles pour l’empêcher de s’esquiver et il la bourre à fond tout en soufflant. Est-il asthmatique ? Peut-être va-t-il subitement s’effondrer. Son visage est écarlate, Norma s’étrangle mais il continue de plus belle.

Ma mère est présente. Je lui explique que la ministresse a fait ouvrir des camps de rééducation pour les hommes surpris avec des prostituées, que SDK supervise ces camps et qu’elle a constitué des brigades de filles qui provoquent les hommes et bipent sur leurs téléphones des policiers embusqués.

La ministresse n’a que ce qu’elle mérite. Je lui pisse dans les cheveux et dans le cou. Mon urine mousseuse et dorée lui coule dans le dos, et entre les seins, nus sous un chemisier de soie grège qui lui colle à la peau. SDK jouit en râlant. Son visage est congestionné, mais il tient le coup. Il se retire, elle tousse et vomit du sperme. A deux mains, je lui serre le cou, je voudrais qu’elle y passe. Son cri lui reste dans la gorge.

C’est tout. Je me réveille, raide comme un bouc en rut !

Je n’ai pas fait dans la subtilité !

« Vous avez toutes fini ? Passez votre texte à votre voisine ou voisin de droite. Catherine, tu veux bien commencer avec le rêve d’Aurélie ? » Les femmes se tutoient mais moi, on me vouvoie.

Catherine se met à lire une interminable histoire de chatte laissée à l’abandon (pas besoin d’être Freud pour deviner quelle chatte agite les rêves d’une soixantenaire) et qu’Aurélie cherche désespérément dans une cave (son inconscient ?). Finalement la chatte s’enfuit, le pelage en feu, sur un chemin de montagne vertigineux. Aurélie la poursuit et tombe dans le ravin. C’est la fin de son rêve. 

« C’est magnifique ! » Tout est toujours magnifique, profond, émouvant, même les textes les plus banals. « Aurélie, tu nous lis le rêve d’Alain. » Aurélie, toute occupée à écouter la lecture monocorde de son propre rêve, n’a pas regardé mon texte et le découvre en lisant. Elle hésite sur les « cuisses nues », continue d’un air suspicieux et s’arrête avant « le sexe à l’air et le gland violacé ». Je ris en silence de ma bonne farce. Elle lit la suite en silence, rougit et sa voix tremble de colère.

« C’est immonde ! Répugnant, pornographique, je ne peux pas lire cela ! »

« Donne le moi ! »

Sarah le lit jusqu’au bout, elle le passe à sa voisine qui s’en empare avec curiosité, et me met à la porte. « Ici, nous n’acceptons pas les pervers. Allez-vous faire… soigner ! »

« J’ai écrit avec mes tripes, comme vous aviez demandé ! » et même avec un peu plus. Je quitte l’atelier, satisfait de leur avoir mis le nez dans leurs contradictions.

Mardi 14 juin, au café, je raconte l’affaire aux habitués que je vois tous les jours à partir de onze heures pour un long apéritif. Je n’ai plus mon texte, je le cite de mémoire et j’en rajoute un peu, sentant autour de moi un intérêt ricaneur.

Après s’être vidé les couilles, SDK fait entrer un grand noir de la sécurité. Il met la ministresse à quatre pattes et montre au type les fesses charnues et blanches entre lesquelles coule encore ma pisse : « Prends la en chienne, elle adore ça. » Et le noir introduit son énorme bite…

Un moustachu blasé interrompt mon récit, peu original je l’admets. Il me montre son journal et se met à lire pour tout le monde.

Lyon. Quartier Saint-Jean. Un père de famille a été envoyé il y a trois mois dans un Centre de Rééducation Antisexiste pour avoir passé une demi-heure avec une prostituée. Il laisse sans ressources sa femme qui doit nourrir deux enfants. Pour subvenir à ces besoins, sa femme se prostitue. Mais la police des mœurs surveillait la ligne téléphonique. Elle a pu coincer quatre hommes dont un député du parti « France Propre » qui avait voté la Loi de Pénalisation, cette loi de salubrité publique qui a institué les centres de rééducation. Le cas du député a été rapidement écarté de toute procédure sur ordre du Ministère de l’Intérieur (Sous-direction de la Parité) « afin de ne pas compromettre l’application de la Loi de Pénalisation ». Il nous est strictement interdit d’en dire plus pour ne pas gêner la police dans son travail de nettoyage de la société française.

« Chante-nous donc la Marseillaise, cet articulet de merde le vaut bien ! »

« Pourritures de politiciens. »

« Alain, tu l’publiras où ton truc porno ? »

« Dans un excellent site d’histoires érotiques, eros-et-thanatos point quelquechose. Gougueule t’y emmènera. J’vais bouffer. À plus. »

2. L’interrogatoire

Mercredi 15 juin. J’attends mon tour dans une salle glauque. J’ai reçu ce matin à 7 heures un coup de téléphone du Bureau de la Pensée Conforme aux Valeurs de la République (ne riez pas, les grandes oreilles vous écoutent) qui m’ordonnait de me présenter ici dans les deux heures si je voulais éviter une arrestation suivie d’une garde à vue.

Je suis introduit devant une jeune policière en uniforme accompagnée d’une femme, nettement plus âgée. La policière m’informe qu’une lettre signée par les six participantes d’un atelier d’écriture réclame des poursuites contre moi, pour offenses sexistes et harcèlement textuel.

- Reconnaissez-vous ce texte ?

Elle me montre le texte que j’avais écrit durant l’atelier.

- Oui, on avait 10 minutes pour décrire un rêve. La consigne était de libérer son écriture. C’est un véritable rêve que j’ai raconté.

- Évidemment, si c’est un rêve… Qu’en pensez vous ?

Elle se tourne vers l’autre femme qu’elle me présente comme psychologue experte auprès des tribunaux. Celle-ci explique tout en manipulant nerveusement mon texte (et pas mon sexe !) :

- Admettons que ce soit vraiment le récit d’un rêve. Ce rêve signe chez cet individu un mental machiste, sadique et profondément pervers. Sa personnalité perturbée présente un danger, car un passage à l’acte est possible à tout moment. Si ce texte digne d’un littérateur de caniveau est de son invention, c’est encore pire, et la dangerosité n’en est que plus grande. De toutes manières, les rêves de ce genre, on se doit de les garder pour soi, ou bien [elle ricane] pour des discussions entre hommes de même niveau intellectuel égal à zéro. Il y a donc de sa part une volonté d’offenser les femmes de l’atelier. Elles ont eu raison de porter plainte.

À moi :

- Parlez-nous de votre vie sexuelle.
- Je ne suis pas pédophile, ni même homosexuel.
- Merci, nous le savons. De fait, nous avons analysé toutes vos communications des deux dernières années (nous n’avons pas pu remonter plus haut). Je veux vous voir libérer votre parole, comme vous savez si bien le faire devant les femmes !
- Ma vie sexuelle ?… À mon âge, elle est…
- Et cette Myrielle ?… Quel nom bizarre ! Vous la voyez tous les vendredis ? C’est sans doute pour jouer aux dames !
- Enfin, comment savez-vous…
- Notre métier à nous est de tout savoir [1].
- Et bien oui… J’ai une amie. Ce n’est pas interdit tout de même.
- Vous lui donnez combien à chaque fois ?
- Mais… c’est une amie…
- Tous les vendredis, vous retirez 250 euros au même distributeur, Place de la Victoire, c’est pour lui acheter des fleurs ?
- Elle est sans travail, je l’aide un peu.
- Vous êtes cinq à l’aider, chacun son jour. Vous le saviez ? Il y en a même un qui « donne » [elle insiste lourdement] deux fois par semaine.
- Myrielle n’est pas une pro…
- Apparemment si, ce qui aggrave votre cas. Vous savez que la Loi de Pénalisation réprime le sexe tarifé, dont par ailleurs, vous faites l’apologie. Vous avez publié ce torchon sur un forum de mecs. Et sous le pseudonyme de DAF, tout un programme n’est-ce-pas ? Je vous lis :

Pour baiser, il faut payer. À tout âge. Le plus coûteux des pièges est le mariage, même sans se coller des enfants sur les bras. Une prostituée, on la paye d’avance, le tarif est fixé, on fait l’essentiel sans bavardage inutile et on n’est pas obligé de revenir. Avec une petite amie, on paye après, sans limite fixée (restaurant, parfums, cadeaux divers, chaque fois un peu plus chers) et on perd un temps fou en parlottes et en visites aux boutiques de fringues. Et de plus, elle peut être collante et difficile à remplacer.

- Alors, votre Marielle, c’est une quoi ?

La psychologue intervient, péremptoire :
- Quelle moralité dévoyée !
- Je dirai même plus, c’est une moralité à reconstruire. Nous avons ouvert des centres de rééducation pour cela.
- Vu son âge, est-ce que ça vaut la dépense ?
- Les vieux pervers comme lui sont dangereux, et nous en profiterons pour…
- Les médias ?
- Oui. [À moi] Vous pouvez rentrer chez vous, mais vous resterez à la disposition de la Justice. Faute de quoi, un délit d’insoumission alourdira un peu plus votre dossier.
- Et bonne soirée avec votre Murielle. Que vous en ayez au moins pour votre argent !
- Et ne réalisez pas sur elle vos fantasmes répugnants !

Je sors, ensuqué [2]. N’est-ce pas un cauchemar ? J’ai pourtant défilé le 11 janvier 2015 pour la liberté d’expression, la démocratie et je ne sais plus quoi d’autre !

3. Myrielle

Vendredi 17 juin. Au café, ces derniers jours, je n’ai pas parlé aux amis de cet interrogatoire.

Hier après-midi, Myrielle m’a téléphoné pour me dire de sa voix la plus sucrée sucrée qu’elle « avait des soucis », c’est-à-dire, le décodage n’est pas sorcier, que je devais augmenter mon cadeau hebdomadaire. « Demain à cinq heures » a-t-elle murmuré, comme si elle s’octroyait un petit plaisir en pensant à ma langue fouineuse.

Cinq heures moins une. Je suis toujours en avance, mais par politesse, j’ai attendu quatre longues minutes dans la chaleur ensoleillée de cet été précoce avant de monter.

- Tu as pensé à moi ?
- Oui, bien sûr. 100 de plus que d’hab.

Je pose une enveloppe sur l’étagère du couloir. Nous nous embrassons, lèvres à lèvres, et nos langues commencent à se mignarder. Ses seins charnus chahutent sous sa robe d’été d’une transparence calculée.

- Mon gros loup, je t’adore.

Le gros loup s’empare de deux petites fesses aussi coquinement nues que les seins. Elle les serre en riant pour bloquer le doigt qui se dirige vers l’œillet convoité. Elle transpire. Sa sueur est le plus envoûtant des parfums. Je lui lèche les aisselles où par bonheur elle laisse toujours une adorable petite touffe de poils roux. Je promène ma langue dans son cou, dans ses oreilles, dans le sillon qui sépare ses seins où s’écoule une grosse goutte.

Elle glisse ma main droite entre ses cuisses pour me faire sentir l’intensité de son attente. Ses saintes-nitouches de fesses laissent maintenant mon autre main s’affairer dans le petit trou gras et souple. Elle se branle avec mes doigts qu’elle enfonce dans ses muqueuses chaudes et visqueuses. Elle gémit. Je me demande si, en bonne professionnelle, elle n’en rajoute pas un peu.

Nous passons au lit. « Lèche-moi partout comme tu le fais si bien. » « Oui, chevrette, le gros loup va te dévorer. » « Mange-moi. Mais laisses-en un peu pour la prochaine fois ! » J’ai failli dire « et pour les autres » en repensant à l’interrogatoire, mais la jalousie est le sentiment le plus stupide qui soit.

Nous voilà en 69, nos corps moites glissent l’un sur l’autre. Ses seins massent mon ventre et ses tétons dressés labourent ma chair, bien gentiment ! Je lui pince le clitounet entre mes lèvres et je le décoiffe délicatement pour sentir son bourgeon en émoi. Ma langue passe et repasse sur tout ce qu’elle peut atteindre pendant qu’elle mordille mes bourses et mon gland.

« À fond ta langue ! »

Elle se redresse pour que je puisse l’introduire le plus possible dans son vagin. Son œillet brunâtre, plissé, goulu comme une bouche de pieuvre, se laisse pénétrer par un doigt, bientôt accompagné d’un second. Elle gémit. Une fontaine se met à couler, sur mon nez, dans mes yeux, dans mon cou. Je cherche à récupérer le plus possible de son délicat sirop tiède, un peu sucré, car c’est ma liqueur de jouvence. Elle écrase ses lèvres gonflées de désir impatient sur mes dents, sur ma langue avide et sur ma barbe. Elle se branle sur mon nez. Concentrée sur son plaisir, elle me néglige un peu mais c’est mieux comme cela, j’ai déjà du mal à me retenir. Cela ne lui déplairait pas d’avaler ma liqueur, mais je préfère terminer dans son con bien serré que j’ai toujours l’impression de violer (baiser sans fantasmer, c’est fade !) et mêler en même temps ma langue à la sienne, ce qui nous conjoint totalement, comme les divinités des gravures indiennes (un peu de mysticisme, ça pimente aussi).

Juste après, un silence rêveur réunit nos pensées, tout comme juste avant, nos caresses pénétrantes réunissaient nos corps. Elle rompt le charme.

- Tu n’as pas faim ?
- Encore cinq minutes. J’écoute ta respiration, je cherche à percer le secret de tes rêves.
- Ça, tu n’y arriveras pas !

Je l’embrasse.

- Malgré tous les baisers du monde ! Mes rêves et mes fantasmes, c’est mes secrets.

Elle parle de rêve et de fantasme, ce qui me fait repenser à l’atelier d’écriture.

- Et si tous les deux on écrivait nos rêves érotiques ? À deux !
- J’ai mieux à faire. Hier, à l’association, on a bâtit un vaste projet.
- Quelle association ?
- Tu sais bien. Le Tsunami des Femmes Furieuses.
- Furieuses contre qui ?
- Contre les machos, contre les harceleurs, contre l’internet du cul, contre les marchands de femmes. Contre les hommes.
- Contre moi aussi ?
- Mais non, gros loup. Contre les hommes en général. Il y en a quand même des à peu près buvables.
- Baisables, tu veux dire !
- Avec les copines, on parle de mecs banquables. [Elle rit. Pas moi.] Notre projet, c’est de se faire sponsoriser [tiens donc !], et l’argent récolté, on va l’utiliser pour payer les gens qui dénoncent.
- Qui dénoncent quoi ?
- Les propos sexistes. On enverra à la Ministre des Droits des Femmes des listes de sites internet à faire fermer. Si elle ne veut pas, on payera des hackeurs pour les saboter.
- Charmant ! Vous n’avez rien trouvé de mieux à faire pour passer le temps ? De la dentelle à l’ancienne ou du crochet par exemple ! Ta ministre, j’en ai rêvé justement. Elle était dans un vaste bureau dont les murs étaient tapissés de tissu bleu ciel et encombrés de grands miroirs anciens dans des cadres dorés. Sa coupe de cheveux impeccable et son sourire niais lui donnaient l’air d’une photo publicitaire pour salons de coiffure des beaux quartiers. Elle était assise, les cuisses nues, serrées comme par pudeur, sur un tabouret très bas.
- Sale cochon. Norma Bellacagna une femme re-mar-quable. Je me fiche éperdument de tes rêves de mec pervers. Tu m’dégoûtes. On va plutôt bouffer.

Aujourd’hui, c’est paella. D’habitude, c’est pizza. Avec de la bière même pas fraîche, et tout ça devant la télé ! Car il ne faut surtout pas rater « Le quart d’heure des femmes en lutte. » En lutte contre qui ? Devinez !

Bonjour à toutes ! Ce soir je reçois Mylène, qui préside le collectif Les Femmes Révoltées. Ce collectif regroupe 157 associations françaises de femmes en lutte et coopère avec 253 associations semblables à l’étranger. Il n’est donc plus possible aux machos de ricaner en demandant « le féminisme, combien de divisions ? » Je lui laisse la parole, car notre temps d’antenne est limité. Vous savez toutes que les femmes en lutte sont toujours brimées, dans les médias comme en politique.

La Mylène prend la parole.

Bonsoir chère amies révoltées. Notre ministre Norma Bellacagna a décidé d’agir avec nous et d’envoyer un signal fort à l’opinion publique. Chaque semaine, elle sélectionnera avec notre collaboration un cas de machisme avéré qui sera présenté dans cette émission avec le détail de ses conséquences judiciaires.

Ce soir, je vais vous présenter le cas d’un retraité, un dangereux vicieux nommé Alain BIP-BIP-BIP qui s’est permis d’offenser 6 femmes respectables dans le cadre d’un atelier d’écriture (où nous pouvons penser qu’il n’avait rien à faire). Il a écrit et lu le texte qui suit, prétendant qu’il s’agissait d’un rêve, alors qu’il s’agit manifestement d’un fantasme masturbatoire. Je lis les premières phrases :

« Je me trouve dans un vaste bureau. Les murs sont tapissés de tissu bleu ciel et encombrés de grands miroirs anciens dans des cadres dorés. Au centre, je remarque une jeune femme brune, plutôt élégante. Sa coupe de cheveux est impeccable et, avec son sourire niais, elle ferait une bonne publicité pour un coiffeur des beaux quartiers. »

Myrielle est scotchée à l’écran. Sa paella refroidit et sa bière se réchauffe encore plus.

- Cet Alain, c’est toi ?

« Je la reconnais, c’est Norma Bellacagna, la Ministresse – oui, il écrit comme ça ! – des Droits Imprescriptibles des Femmes. Sa veste de tailleur gris perle est de la meilleure coupe. Mais, c’est étrange – vous savez comme sont les rêves ! – elle est assise, les cuisses nues, serrées comme par pudeur, sur un tabouret très bas. »

J’arrête ici ma lecture. Il est impossible de lire la suite à l’antenne. Vous trouverez l’intégralité de ce texte atrocement pornographique sur notre site internet : www.femmesrevoltees.fr (dans la section 18+). Les écrits de ce genre, ainsi que les bandes dessinées et les films pornographiques sont tous à brûler en place publique, mais celui-ci est particulièrement scandaleux car il met en scène, et de quelle manière !, Madame La Ministre des Droits Imprescriptibles des Femmes qui soutient si efficacement notre cause.

Cet Alain BIP-BIP-BIP se vante dans un autre texte de fréquenter une prostituée nommée Myrielle. Il considère que toute femme est fondamentalement une prostituée, et que tant qu’à faire, le plus économique est de fréquenter les vraies prostituées plutôt que les fausses telles que…

Myrielle arrête la télé et m’agresse.

- Espèce de salaud. Tu balances mon nom à la télé.
- Laisse-moi t’expliquer. La police surveille tout, elle enregistre toutes nos communications par téléphone, par skype, par courrier électronique. C’est comme ça qu’ils ont eu ton nom. C’est tout ! J’ai écrit un rêve un peu porno dans l’atelier d’écriture. Elles ont porté plainte…
- Fous le camp d’ici et garde pour toi tes rêves de porc. Et vas te faire soigner ! Et c’est pas la peine de revenir.

Je pars, sans avoir fini ma bière et ma paella. Je récupère mon enveloppe au passage. Cette fois au moins, j’aurai baisé gratis. Myrielle, c’était un plutôt bon coup, sauf qu’elle est chômeuse. Elle me revient cher à la longue. Et comme elle n’a rien à faire, elle s’embarque avec des mal baisées qui n’ont pour seul but que d’emmerder les hommes, à défaut de pouvoir les châtrer.

4. Rééducation

Mardi 21 juin. Ce qu’ils appellent un « centre de rééducation », c’est une salle de classe désaffectée qui sent l’urine et le moisi. Une surveillante jeune et blonde, dotée d’une poitrine généreuse très mobile sous sa blouse d’infirmière, m’installe avec force sourires à une table trop petite, et me montre au plafond la caméra qui va me surveiller. La directrice du centre, revêche et ménopausée depuis au moins vingt ans, vient m’expliquer en quoi va consister ma rééducation. D’abord, je devrai recopier à la main les mémoires d’un certain Aymeric Baron, intitulées Ma punition, que la quatrième page de couverture présente ainsi :

L’auteur nous fait tout d’abord le récit détaillé de 25 ans de fréquentation assidue des prostituées et de son indifférence à leur condition tragique d’esclaves sexuelles, jusqu’à la journée décisive du 23 avril 2003. Il copulait vigoureusement avec une africaine nommée Maria, dont la fille adolescente dormait dans la même chambre, particulièrement exiguë. La fille s’est réveillée et elle a regardé en silence le couple en pleine action. Maria a dit tranquillement que sa fille apprenait le métier, mais A. Baron n’a pas supporté cette résignation. Il a pris conscience instantanément de sa responsabilité dans les tristes destins de cette gamine et de sa mère. Poursuivi jour et nuit par les grands yeux noirs de cette fille qui assistait, probablement pas pour la première fois, à la prostitution de sa mère, il a cessé de rencontrer des prostituées, et au sortir d’une dépression de plusieurs mois, il a décidé de s’infliger le supplice d’Origène et d’Abélard. Durant deux ans, il a lu tous les ouvrages qu’il pouvait se procurer sur les castrats italiens, les eunuques arabes et chinois, les hijras en Inde, les skoptzys russes et autres mutilés pour des raisons politiques ou religieuses. Dans un chapitre émouvant (et d’une lecture éprouvante), il nous confie ses hésitations et l’angoisse qui l’a étreint jusqu’au 23 avril 2006, date à laquelle il s’est lui-même « purifié » avec un grand rasoir de barbier. Il nous décrit ce geste comme une délivrance. Depuis ce jour il milite activement pour l’interdiction de la prostitution. Depuis cinq ans, A. Baron a étendu le domaine de sa lutte à la défense de la cause animale et à la promotion d’une alimentation végétarienne, ce qui n’est d’ailleurs qu’une autre forme de castration.

Cet ouvrage qui relate un parcours spirituel d’une densité exceptionnelle devrait être lu et médité par tous les hommes, et notamment par ceux qui ne peuvent s’empêcher de regarder les femmes avec lubricité. Il a reçu en 2009 le Prix Saint-Augustin de la Vie Exemplaire décerné par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l’Eglise Catholique.

653 pages ! Ma copie doit être lisible car elle sera contrôlée par un ordinateur, et je devrai refaire les pages mal écrites. Et ce n’est pas tout ! Une fois ce pensum terminé, je devrai apprendre par cœur un pamphlet de l’américaine Valérie Solanas intitulé Scum manifesto ou comment tailler les hommes en pièces [3]. Voici comment il débute, pour continuer dans le même registre sur cinquante pages.

Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens de la responsabilité et celui de la rigolade, il ne reste qu’à supprimer l’argent et le sexe masculin. On peut aujourd’hui perpétuer la race humaine sans l’aide des hommes (ni même d’ailleurs des femmes) et produire uniquement des femmes. Conserver le mâle n’a même pas la douteuse utilité de permettre la continuation de l’espèce. Le mâle est un accident biologique : le gène Y n’est qu’un gène X incomplet. L’homme est une femme manquée, une fausse-couche ambulante, un avorton congénital. La virilité est une déficience organique.

Combien de temps tout ça va-t-il me prendre ?

5. Soir d’été

Comme tous les jours depuis une semaine, j’ai passé quatre heures à recopier les mémoires du disciple d’Origène.

Au Jardin Public, la solitude est cruelle, un 28 juin à neuf heures du soir, alors que s’installe déjà la chaleur d’un bel été. Les filles ont la passion de montrer leurs cuisses, bronzées ou pas, et leurs fesses, en choisissant des shorts les plus moulants et les plus courts possibles. Les plus jeunes montrent sans vergogne le joli pli de peau qui rattache le haut de la cuisse à la rondeur du bas de la fesse. D’autres préfèrent les shorts flottants qui invitent la main à se glisser entre leurs cuisses pour caresser la peau douce, faire baver leurs chattes, écarter leurs fesses et visiter ces petits trous qu’elles prétendent nous interdire.

Les « étudiantes » chinoises aiment les minijupes en corolles que le moindre coup de vent, le « vent fripon » cher à Brassens, fait lever. Beaucoup d’adolescentes sont fières (à juste titre) de leurs nichons viandus qu’elles font pigeonner dans des soutiens-gorges choisis très serrés. Les seins en avant, elles assurent, les garces ! Les jeunes africaines, non encore déformées par trop d’aliments gras et sucrés, ni par les maternités inutiles qu’elles se sentiront obligées de mener à terme, montrent leurs interminables jambes fuselées, leurs cous de gazelles, leurs épaules nues et leurs bras musclés. Rien n’est plus beau que l’éclat de bronze de la peau d’une femme noire dans les derniers rayons du soleil.

Les un peu moins jeunes montrent des fesses fermes et mobiles juste équipées d’un string, grâce à la transparence étudiée de pantalons blancs qui permet de les voir se frotter l’une à l’autre, au rythme d’une démarche souvent pataude. Les seins bronzés, ridés, tavelés, usés pour tout dire, des encore moins jeunes, ces seins maternels qu’elles laissent flotter sous de grands décolletés, ont le charme des roses épanouies qu’on ne peut pas encore dire flétries.

Comme les sociétés cotées en bourse, les femmes affichent leur capital. Leur capital, c’est la chair plus ou moins ferme de leurs seins, de leurs cuisses et de leurs fesses. Même si elles sont déjà en main, c’est à dire engluées dans quelque couple, elles tentent le concours des misses-fesses. Une compétition autrement excitante pour le jury que le concours des misses-frances dirigé par une vioque armée de grands chapeaux ridicules.

La plupart des filles babillent par groupes de deux ou trois. D’autres jouent les amoureuses avec des types que j’aimerais gifler : des jeunes vulgaires, incapables sans aucun doute de bien sucer un clitoris, tout juste bons à branler leurs bites dans de jolies chattes fraîchement épilées et, sauf précautions à la charge des filles, à y planter des gniards.

Pour qui sont ces p’tits culs qui font tourner nos têtes ? [4]

Pas pour moi, je suis trop vieux, il me faudrait raquer gros. Plus on est vieux, et plus les filles coûtent cher.

Je n’ai pas dîné. La faim me tord l’estomac. La faim de viande femelle aussi ; ça me serre les couilles et me remonte à la gorge. Je suis dans une prison de verre, comme un poisson rouge, tout seul dans un aquarium à l’entrée d’un restaurant où se bousculent les femmes élégantes.

Sur un banc voisin, un homme de 45 ans bavarde avec une adolescente. Ses jeunes seins coniques s’affichent nus sous son tee-shirt, et ses longues cuisses blanches émergent audacieusement de son short, un minishort comme je les aime. Deux policières équipées très visiblement de téléphones, de matraques et d’armes à feu s’approchent de l’homme et l’interpellent grossièrement, sans se préoccuper de la jeune fille.

- C’est votre fille ? Ou votre nièce ?
- Non, c’est la fille d’une amie.
- C’est pas net votre histoire. Suivez-nous pour un contrôle d’identité et une analyse d’ADN, pour inscription au fichier PP.
- Le fichier PP ?
- C’est le fichier des pédophiles potentiels. Vous ferez l’objet d’une surveillance attentive de toutes vos communications et de vos déplacements.

La sueur m’a coulé dans le dos. Une petite brise qui aurait pu être agréable me l’a faite sentir glacée. Sommes-nous derrière un nouveau rideau de fer ? Les hystériques anti-pédophiles et les féministes castratrices ont donc pris le relais du stalinisme défunt. Pour les meilleures causes du monde, bien sûr, inattaquables, comme l’était la dictature du prolétariat.

Écœuré, je retourne chez moi pour me branler. Je n’ai rien à faire ici. Toute cette heureuse insouciance me noue la gorge et les tripes. Et demain, j’ai encore quatre heures de rééducation.

Notes

[1C’est une citation !

[2Terme familier en Occitanie pour : assommé de soleil, de drogue ou de fatigue.

[3Éditions 1001 nuits, Paris 1998 (édition originale 1968).

[4Cet alexandrin racinien témoigne de la solide culture classique attribuée par l’auteur au narrateur.



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