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Histoire des flagellants

Les flagellations volontaires parmi les païens

Le bon et le mauvais usage des flagellations (Chapitre IV)



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Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).


CHAPITRE IV

Les flagellations volontaires étaient au commencement en usage parmi les païens, ce qui en donna de l’horreur aux premiers chrétiens.

Il n’y a nul doute qu’on ne châtiât au commencement les hommes par le fouet, et qu’on n’infligeât cette peine aux esclaves avant que la République Romaine fut établie. Justin dans son Épitomé de Trogue Pompée rapporte que « les Scythes réduisirent plutôt leurs esclaves rebelles avec des verges et des fouets, que par l’épée. [1] « De retour, dit-il, de leur troisième expédition, ils résolurent d’un commun accord de ne se plus servir d’épées, et de s’armer de fouets, de verges et de tels autres instruments, dont on châtie les esclaves. Dans cet équipage, ils s’avancent vers l’ennemi, ils le surprennent, le frappent et lui causent une telle épouvante, qu’ils vainquirent par la crainte du fouet ceux qu’ils n’avaient pu dompter par le fer, et que ces esclaves prirent la fuite, non pas comme des ennemis vaincus, mais comme des déserteurs. » Tertullien dans son livre du Manteau chap. IV, donne un nom aux esclaves qui signifie [2], des gens maltraités de coups et qui méritent le fouet. On trouve plusieurs exemples de ce châtiment dans Térence, Plaute, Horace, Martial, A. Gellius et dans une infinité d’auteurs de la belle littérature. Les grands capitaines et les conquérants fouettaient d’ordinaire leurs ennemis vaincus, et prenaient beaucoup de plaisir à leur infliger cette peine, comme on peut le recueillir de Sophocle, qui dans sa tragédie intitulée : Ajax porteur de fouet, le fait parler ainsi avec Minerve :

MINERVE
- Quelle terrible punition lui préparez-vous ?

AJAX
- Je veux lui écorcher le dos à coups de fouet, jusqu’à ce qu’il en meure.

MINERVE
- Ah ! ne fouettez pas si cruellement ce pauvre malheureux.

AJAX
- Permettez, s’il vous plaît, Minerve, que je me satisfasse en ceci.
Je vous réponds qu’il y passera, et que je ne lui prépare aucun autre supplice.

Les maîtres qui enseignaient dans les écoles, se servaient aussi du fouet pour châtier leurs disciples, et il n’y a nul doute que cette coutume ne fût reçue à Falères, dans l’enfance même de l’Empire Romain. C’est ce que nous apprenons par le témoignage de Tite Live, qui dans la 1ère décade Liv. V, rapporte que Camille condamna un maître d’école à ce supplice pour le crime de trahison ; qu’après l’avoir fait dépouiller tout nu, et qu’on lui eût lié les mains derrière le dos, il le livra aux enfants, qui le conduisirent jusqu’à Falères à grands coups de verges. Horace dit aussi : [3] Je me souviens qu’étant petit garçon, Orbilius qui aimait fort à battre, me dictait les vers de Livius Andronicus. Cependant, Quintilien blâme beaucoup cette coutumes de battre les enfants. [4] « Je ne voudrais pas, dit-il, qu’on battît les écoliers, quoique l’usage en soit reçu et que Chrysippe ne le désapprouve pas. En voici mes raisons : premièrement, parce que cela est infâme et qu’on traite ainsi les esclaves ; ce serait même une injure qui demanderait réparation, si les disciples étaient moins jeunes. En deuxième lieu, parce si un enfant se trouve d’un naturel si opiniâtre que les réprimandes ne le corrigent point, il y a grande apparence qu’il s’endurcira aux coups, de même que les plus méchants esclaves. Enfin, parce que ce châtiment serait inutile, si le précepteur s’acquittait bien de son devoir. Mais aujourd’hui les maîtres sont si peu exacts dans leurs corrections, qu’au lieu d’obliger leurs écoliers à faire ce qu’ils doivent, ils se contentent de les punir lorsqu’ils ne l’ont pas fait. D’ailleurs, si vous contraignez un petit garçon à coups de verges, de quelle manière traiterez vous un jeune homme qu’on ne peut pas menacer du fouet, et à qui on doit alléguer de plus nobles motifs pour l’encourager à l’étude ? Ajoutez à cela, qu’il arrive plusieurs accidents à ceux qui sont battus, que la bienséance ne permet pas de dire et qui sont causés par la crainte ou par la douleur. La honte même qu’ils en ont leur gâte et abat l’esprit jusqu’à un tel point, qu’ils fuient la lumière du jour et sont accablés d’ennui. De sorte que si on n’a pas eu le soin de choisir des maîtres sages et habiles, on ne saurait dire jusqu’à quel excès de cruauté ces méchants hommes abusent du pouvoir qu’ils ont de battre, ni jusqu’où va la terreur qu’ils inspirent à leur écoliers ; mais je ne m’arrêterai pas plus longtemps sur cet article, on n’en sait déjà que trop. »

Quoi qu’il en soit, on ne peut pas désavouer que la Loi de Dieu n’ordonnât de châtier les enfants à coups de verges, ou de fouets, puisque Salomon dit, Prov. chap. XIII, v. 24 : Qui épargne sa verge, hait son fils et chap. XXIII, v. 13 : Ne retire pas la correction du jeune enfant ; quand tu l’auras frappé de la verge, il n’en mourra point. v. 14 : Tu le frapperas de la verge, mais tu délivreras son âme du sépulcre. C’est à quoi Pétrarque fait allusion lorsqu’il dit dans son Livre des Remèdes de l’une et de l’autre Fortune :

Corrige ton enfant dès sa plus tendre jeunesse, et n’épargne point la verge ; une branche qui est tendre se courbe facilement et retient le pli qu’on y donne.

Les juges se servaient aussi de fouets pour châtier les coupables, qu’ils punissaient de plus ou moins de coups à proportion de leurs crimes ; armés de fouets, de verges, d’écourgées [5], ou de courroies [6], ils épouvantaient les criminels et les rangeaient à leur devoir, comme nous l’apprenons d’Horace, liv. I, Sat III, v.117 etc., où il dit : « Il faut donc établir une règle qui exige des peines proportionnées aux crimes, afin qu’on ne déchire pas à coups du terrible fouet de cuir, celui qui ne mérite d’être fessé qu’avec le fouet de parchemin. Car je ne crains pas que vous frappiez avec des courroies de peau de boeuf celui qui mériterait un plus rude châtiment. »

Ce n’était pas un grand supplice que d’être battu avec le ferula des Romains, qui était composé de courroies de peau de boeuf. Le scutica était un assemblage de branches de parchemin tors, à peu près comme les fouets de nos maîtres d’école. Le flagellum était de cuir et les postillons s’en servaient. Il y avait aussi à Rome des fouets de cordelettes d’Espagne nouées ; Horace en parle dans ses Odes, liv. V., ode IV, qu’il adresse à Menas, v.3 :

« Toi, dont les reins portent les cicatrices des cordelettes d’Espagne. »

Et plus bas, v. 11 et 12 :

« Celui-ci qui a été fouetté par l’ordre des triumvirs, jusqu’à ce que le crieur public n’en pouvait plus. »

Quoi qu’il en soit, tous ces fouets différents étaient les marques de la tyrannie des uns et de l’esclavage des autres. Les préteurs se faisaient redouter par là aux sujets, de même qu’aux esclaves. Voici ce que Suétone rapporte dans la Vie de César Auguste : « Après, dit-il, que Cicéron eût poursuivi César jusqu’au Capitole, il raconta par hasard à ses amis qu’il avait fait un rêve la nuit précédente, où il lui semblait de voir un jeune garçon beau de visage, qui soutenu avec une chaîne d’or descendit du ciel et s’arrêta devant la porte du Capitole, et que Jupiter lui avait donné un fouet à la main. Dans la suite, d’abord qu’il vit paraître Auguste, que César avait fait venir pour assister aux sacrifices, et qui était inconnu à la plupart de ses oncles, il protesta que c’était le même, dont il avait vu la figure en songe. » De là vient que Juvénal dit d’Auguste, Satire X. v. 99 :

« C’est lui qui, après avoir dompté les Romains, les soumit aux coups de son fouet. »

Camerarius dans ses Méditations Historiques observe, que ceux qui recevaient l’honneur du Triomphe avaient presque toujours dans leur char un bourreau avec un fouet à la main, afin qu’ils entendissent par là, combien il était facile de tomber du plus haut degré de gloire dans la plus grande bassesse. Cette manière de fouetter les sujets semble avoir duré en France jusqu’au temps de Dagobert, fils de Clothaire, Roi des Francs, c’est-à-dire jusqu’à l’année de Notre Seigneur 526. Robert Gaguin nous le confirme par ce qu’il en rapporte dans son Histoire de France : [7] « Après, dit-il, que Dagobert eût reçu des mains de son père un-précepteur qui devait l’instruire dans les sciences du Monde, et que le Roi avait fait duc d’Aquitaine, ce jeune prince qui ne manquait pas de pénétration, découvrit bientôt, que cette dignité enorgueillissait beaucoup son précepteur nommé Sadragesille, et qu’il ne lui rendait pas à son gré tout le respect qu’il aurait bien voulu. II le pria donc à manger avec lui, et Sadragesille s’assit à table auprès de son maître et reçut la coupe de sa main, tout de même que s’il avait été son égal. Dagobert, outré de ses impertinences lui fit donner des coups de verges et le renvoya après qu’on lui eût coupé sa longue barbe. » Tilly, greffier du Parlement de Paris, récite la même aventure dans sa Chronique des Rois de France.

Mais outre ces flagellations forcées et violentes, il y en avait de libres et de volontaires, qui ne causent pas moins de surprise et d’étonnement, que les premières. Tertullien dans son livre adressé aux martyrs nous enseigne qu’il y avait à Lacédémone une fête fort célèbre, nommée le Jour des Flagellations, à cause du fouet que de jeunes garçons enduraient de leur bon gré, devant l’autel de Diane : [8] « La flagellation, dit-il, se pratique avec un grande solennité chez les Lacédémoniens. On n’ignore pas dans quel temple, ni devant quel autel tous les jeunes garçons de qualité sont battus à coups de fouet, en présence de leurs parents et de leurs proches, qui les exhortent à soutenir le plus qu’ils peuvent cette rude fatigue. » Plutarque, dans son Livre des Coutumes de Lacédémone, p. 239, tome II de l’édition de Wechelius à Francfort en 1599, let. C. et dans la Vie de Lycurgue, assure qu’il avait vu la même chose de son temps. « Les enfants, dit-il, sont fouettés une journée entière devant l’autel de Diane Orthië, souvent même jusqu’à la mort, et ils l’endurent avec joie ; ils disputent même entre eux de la victoire, et celui qui souffre plus longtemps et qui reçoit le plus de coups la remporte, et acquiert ainsi beaucoup d’honneur. On nomme cet exercice la flagellation, et on le célèbre une fois tous les ans. Ceux de Thrace fouettaient aussi les enfants des nobles, au rapport d’Artémidore [9]. C’est de cette coutume dont parle Cicéron liv. II des Tusculanes : « Les enfants de Sparte, dit-il, sont fouettés près de l’autel avec tant de rigueur que leur sang découle de plusieurs endroits. J’ai même oui dire lorsque j’y étais, qu’on les fessait quelquefois jusqu’à la mort et qu’il n’y en avait pas un seul, qui, bien loin de crier et de se plaindre, poussât jamais le moindre soupir. » Et dans le Vème liv., « les enfants de Sparte, dit-il, ne se plaignent point du tout, lorsqu’on les déchire à coups de fouet. » Plutarque dans ses Apophtegmes des Rois et des Empereurs rapporte : « Que Zopyre, ami de Darius et général de son armée se meurtrit le corps de blessures, se coupa le nez et les oreilles, et dans ce triste état se rendit aux Babyloniens, qui, trompés par ce cruel stratagème se fièrent à lui, et perdirent leur ville, qu’il livra à son maître. » Mosonius dans Stobœe assure que les enfants des Lacédémoniens se plaisaient à cette flagellation [10] : « Les enfants des Lacédémoniens, dit-il, font bien voir que les coups ne leur paraissent pas quelque chose de honteux et de dur, puisqu’on les fouette en public et qu’ils s’en glorifient. » Nicolas de Damas parle aussi de cette même flagellation des enfants de Lacédémone dans son Livre des Moeurs des Nations rapporté par Stobœe, discours XLII, où il est dit aussi des Perses : « Que si quelqu’un d’eux est fouetté par ordre du Roi, il l’en remercie comme d’une faveur qu’il a reçue et d’une marque que le Roi se souvient de lui. » Le scholiaste de Thucidide nous apprend que ceux des Lacédémoniens qui souffraient le plus de coups passaient pour avoir le plus de courage, « de sorte, dit-il, que les flagellations s’exercent durant quelque temps, et ceux qui en reçoivent le plus, sont estimés les plus braves. Ce fut là sans doute l’origine des flagellations volontaires, et ce qui les mit en vogue. Lucien dans son Dialogue des Exercices du Corps dit que les pères regardaient comme une honte, si leurs enfants succombaient sous les coups du fouet, et qu’à cause de cela, ils les exhortaient à soutenir courageusement cette rude fatigue. Il ajoute que ceux de Sparte élevaient des statues à la mémoire de ceux qui avaient expiré dans les douleurs de cet exercice [11] : « Il y en avait plusieurs, dit-il, qui mouraient sur le champ, et qui croyaient que c’était une chose indigne de plier sous la violence des coups, à la vue de leurs parents. » C’est aussi à l’honneur de ceux-là que Sparte érigeait des statues dans les places publiques. Le même Lucien dans l’histoire De la Mort de Pérégrinus raconte, que ce philosophe cynique, porté de son naturel aux plaisirs de l’amour, et qui après avoir embrassé le christianisme, retomba de nouveau dans sa première secte, se fouettait en public du temps de l’empereur Trajan. [12] « Environné, dit-il, d’une foule de peuple, il maniait sa verge, et la montrait comme une pièce inutile. Il se donnait ensuite et recevait des coups de courroies sur le derrière, et faisait plusieurs autres tours de jeunesse plus étranges que ceux-là. » Il dit aussi dans le dialogue intitulé Nigrinus ou les Moeurs d’un Philosophe, qu’il y avait des philosophes de son temps, [13] « qui accoutumaient la jeunesse à endurer la peine, le travail et tous les besoins de la vie, et qui faisaient consister en cela l’exercice de la vertu. C’est pourquoi il y avait plusieurs personnes qui se condamnaient à l’attache, d’autres se fouettaient, et les plus modérées s’écorchaient la première peau avec un fer. »

Il n’y a nul doute que cette coutume de se fouetter volontairement n’ait tiré son origine d’Égypte, du moins Hérodote, lorsqu’il parle de la fête qu’on y célébrait en l’honneur de la Grande Déesse, dit [14] : « Qu’après avoir jeûné auparavant, ils sacrifient ; qu’ils se battent tous les uns les autres pendant que le sacrifice brûle sur l’autel, et que cela fait, on sert les viandes qui restent du sacrifice. » Et plus bas, il ajoute [15] : « J’ai déjà rapporté de quelle manière on célèbre la fête d’Isis dans la ville de Busiris. Après le sacrifice, ils se battent tous pêle-mêle, hommes et femmes, au nombre de plusieurs milliers de personnes. » Il remarque d’ailleurs que de tous les habitants d’Égypte, les Cariens étaient les plus exacts observateurs de ces flagellations.

Philostrate dans la Vie d’Apollonius de Tyane, liv. VI, chap. 10, le fait parler en ces termes à Thespesion [16] : « On se fouette en l’honneur de Diane de Scythie, parce que les Oracles l’ont ainsi ordonné, et je crois que ce serait une espèce de folie de s’opposer à la volonté des dieux. Si cela est, réplique Thespesion, les dieux des Grecs ne sont pas fort sages, puisqu’ils conseillent à ceux qui se vantent d’être libres de se donner des coups de fouet. »

Apulée de Madaure dans sa Métamorphose de l’Âne d’Or, nous raconte, de quelle manière les prêtres de la Déesse de Syrie se faisaient des incisions sur le corps et se fouettaient volontairement. [17] « Enfin, dit-il, ces prêtres se déchiquettent les bras avec un couteau à deux tranchants, qu’ils portent d’ordinaire. Cependant, l’un deux se met en fureur, il pousse quantité de soupirs du fond des entrailles, et saisi en apparence de l’esprit divin, il tombe en frénésie, comme si la présence de Dieu ne servait pas plutôt à convertir les hommes qu’à les rendre faibles et débiles. Mais attendez un peu, voyons ce qu’il obtiendra de la divinité. Il commence à faire du bruit, il prophétise contre lui-même, il s’accuse par un mensonge affecté d’avoir révélé quelque mystère de la religion, qui ne devait pas être public, et il se demande justice à lui-même du crime qu’il a commis. Alors il prend le fouet, qui est l’enseigne particulière de ces efféminés, et qui est composé de cordons de laine torse, garnis de quantité d’osselets depuis le haut jusqu’au bas ; il s’en donne vigoureusement, et muni d’une présomption merveilleuse, il ne se plaint jamais des coups qu’il endure. » Qui ne voit par là que les Syriens efféminés se traitaient de cette manière pour s’insinuer dans l’esprit des superstitieux, sous la belle apparence de sainteté, et leur attraper leur argent ? C’étaient de vrais bateleurs ou plutôt des enjôleurs qui en voulaient à la bourse de leurs dévots, selon la remarque de Philippe Béroalde dans ses commentaires sur L’Âne d’Or.

Silenus de Chios dans son Histoire Fabuleuse rapporte qu’une prêtresse présidait à la cérémonie des flagellations, et qu’elle tenait entre ses mains une petite statue légère de la Déesse, pendant qu’on fouettait les jeunes garçons. Lucien, dans son dialogue déjà cité De la Mort de Pérégrinus, parie de ces prêtres qui assistaient aux flagellations, ou qui les ordonnaient [18] : « Je rends témoignage, dit-il, qu’il avait des prêtres établis sur les flagellations et les meurtrissures. »

Sénèque, De la Providence, chap. IV, parle en ces termes : « Ne croyez-vous pas, dit-il, que les Lacédémoniens haïssent leurs enfants, eux qui les mettent à l’épreuve et qui examinent en public et à coups de fouet de quelle humeur ils sont ? Ils les exhortent même à soutenir courageusement cet exercice, et lorsque ces pauvres enfants sont tout déchirés de coups, et à demi-morts, ils les animent à endurer de nouvelles plaies. »

Servius, lorsqu’il explique ce vers du VIIIème liv. de l’Énéïde :

« C’est ici que sautaient les Luperques tout nus », dit que les hommes qu’on appelait de ce nom de Luperques, se dépouillaient tout nus, couraient ainsi les rues, et qu’ils étaient munis de fouets dont ils frappaient les femmes qui leur présentaient la paume de leurs mains ; parce qu’elles s’imaginaient par une folle superstition, que ces coups donnés sur la paume des mains ou sur le ventre, les rendaient fertiles, ou leur procuraient un heureux accouchement. De là vient que Juvénal dit, Satire II, vers 142 :

« Mais il ne sert de rien de présenter la main à un Luperque agile. » Et que son ancien scholiaste remarque là-dessus, que « les femmes stériles se présentaient aux Luperques furieux, qui les frappaient avec des courroies. » Prudence dit aussi à cette occasion dans son Martyre de Romain :

« Quelle est donc cette pompe abominable ? Ne fait-elle pas voir que vous êtes des Luperques infâmes ? Si quelqu’un courait tout nu par les rues, et qu’il donnât des coups de fouet aux jeunes filles, ne le prendrais-je pas pour le plus vil de tous les esclaves ? »

Festus Pompée dans son 3ème livre ajoute à tout ceci : « Que les Romains donnaient aux Luperques un autre nom, qui tirait son origine du bruit que faisaient les courroies, dont ils frappaient, et que c’était leur coutume dans la fête des Lupercales de courir tout nus, et de frapper avec des courroies toutes les femmes qu’ils trouvaient sur leur chemin. »

Cette fureur avait déjà traversé les montagnes et les mers du temps de Romulus puisque le peuple d’Arcadie du temps du roi Évanthe se fouettait à l’honneur du dieu Pan. Pétrone rapporte qu’une femme avait trouvé à Rome une espèce d’onguent pour exciter aux plaisirs de l’amour [19] : « Elle mêle, dit-il, du suc de cresson avec de l’aurône, et après m’avoir humecté les aines de ce suc, elle prend une poignée d’orties vertes et commence à me frapper doucement le bas-ventre et tout ce qui est au-dessous du nombril. » Le même Pétrone nous assure ailleurs qu’on avait accoutumé de faire des expiations pour les vaisseaux à coups de fouet : « De sorte, dit-il, que pour apaiser la divinité tutélaire du navire, il fut résolu qu’on nous donnerait quarante coups à tous deux. On ne perd donc point de temps, les mariniers furieux nous attaquent avec des cordes, et ils essaient d’apaiser la divinité par l’effusion du sang le plus vil. Pour moi, je ne reçus que trois coups, que j’endurai avec un courage de Lacédémonien. »

Suétone, dans la Vie de Claude Tibère dit de cet empereur [20] : « Que toutes les fois qu’il s’endormait après le repas, ce qui lui arrivait presque toujours, on lui jetait des noyaux d’olives et de dattes pour l’éveiller ; ou même les bouffons de la cour l’excitaient quelquefois par badinage à coups de fouet ou de courroies. »

St Jérôme, sur l’Épitaphe de la Veuve Marcelle rapporte, qu’il y avait à Rome des hommes assez sots pour découvrir leurs fesses en pleine rue et dans les marchés publics, et se laisser fouetter par un prétendu devin. [21] « On ne doit pas s’étonner, dit-il, qu’un faux devin sangle ces benêts sur les fesses dans les rues et dans le marché public. » Plaute parle d’un autre devin qui se fouettait lui-même : « Qu’est-ce donc, je vous prie ? N’est-ce pas le devin qui se fouette lui-même ? »

Suidas fait mention d’un certain philosophe nommé Superanus, disciple de Lascharis, qui fut si laborieux et si diligent, qu’après avoir commencé à lire les Orateurs, âgé de plus de XXX ans, et obtenu sur lui-même de s’appliquer à l’étude des sciences, « il ne s’épargna ni les censures ni le fouet, pour apprendre à cet âge tout ce que les maîtres et les précepteurs exigent de leurs petits écoliers. On le vit même souvent aux bains se maltraiter à coups de fouet. »

Sextus Pompeius Festus que nous avons déjà cité, grammairien qui fleurissait dès la naissance de la religion chrétienne, remarque dans son livre De la Signification des Mots, qu’il y avait à Rome des flagellants qui se fouettaient pour de l’argent. Mais Mr Dacier, homme d’un savoir extraordinaire et fort industrieux dans la recherche de l’Antiquité, dit dans ses Notes sur Festus : « Que ces flagellants étaient plutôt ceux qui donnaient le fouet aux autres. » Philippe Béroalde dans ses Commentaires sur Apulée remarque [22] : « Qu’on appelait flagellants ceux qui se fouettaient pour de l’argent, quoique le même nom servît à désigner ceux qui méritaient le fouet, ou qui le recevaient par la main d’autrui. » Plaute donne aux esclaves des noms, qui tirent leur origine des cordes ou des courroies de peau de boeuf dont on les battait [23]. « Ils seront battus malgré qu’ils en aient — fait-il dire à un de ses personnages — avec des courroies de peau de boeuf, plutôt que de m’exposer moi-même à recevoir des coups de corde. » Quoi qu’il en soit, on ne peut pas nier que les flagellations volontaires ne fussent en usage ; qu’elles n’aient d’abord pris racine au milieu du paganisme, qu’elles ne se soient répandues ensuite de tous les côtés, et qu’on n’en trouve pas le moindre vestige parmi les premiers chrétiens.

Voir en ligne : Chapitre V : Le fouet aux hérétiques et aux criminels

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après l’ouvrage de Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).

Notes

[1Lib. II, c. 5.

[2Subverbustos, q. d. sub verberibus ustos et verberones.

[3Lib. 2. Ep. I, v. 70.

[4Lib. I, Institut Orator. cap. 3.

[5En latin scutica, arum.

[6En latin ferula, arum.

[7Lib. III, fol. 36. verso.

[8Pag. 158. Edit. Rigaltii.

[9Lib. I, cap. IX.

[10Serm. XIX.

[11(…) pag. 860. Edit, Paris. An. 1615.

[12Pag. 998. Lit. C.

[13Pag. 23. Lit. A.

[14In Euterpe, lib. II, cap. XLI, p.105.

[15Ibid. Cap. XLII, p.113, lin. 12.

[16Pag. 292. Litt. C. Edit. Claud. Morelli. Paris. An. 1608, ex recensione Frid. Morelli.

[17Lib. VIII. Métamorph. pag. 679. Edit. Lugd. An. 1587.

[18Pag. 1002. Litt. C.

[19Pag. 503. Styrici. Edit. Amstelod. An. 1669.

[20Num. 8. Pag. 512.

[21Lib. II, adv. Jovi. Cap. XIX. et Lib. I. Apolog. adv. rufin. Cap. IV.

[22Lib. VIII. Asini aurei Pag. 601. Edit. Lugdunens. 1587.

[23Mostellaria, Acta IV. Scena II. v. I.



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