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Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

Les instruments de flagellation

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Éd. de la Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


QUELQUES MOTS SUR LES INSTRUMENTS DE FLAGELLATION

Cette importante question : quel est l’instrument le plus convenable et le plus efficace pour la flagellation, a longtemps été controversée. Parmi l’immense variété de ceux qui ont été employés aux diverses époques de l’histoire, certains furent sans doute le produit d’une longue et savante étude, tandis que d’autres furent improvisés, suggérés par les circonstances et suivant le besoin du moment. Des maîtres en colère, incapables d’employer leurs mains comme instrument habituel de correction ont dû saisir soit leur chapeau, soit leur serviette, soit leur règle, n’importe quel objet leur tombant sous les mains. Parmi les saints, Dominique l’encuirassé se fouettait, dit-on, avec des balais (des verges, probablement) ; St. Dominique le fondateur de l’ordre des Frères Prêcheurs, se servait d’une chaîne de fer ; Gaulbert d’une courroie de cuir avec des nœuds ; d’autres, d’orties et de chardons. On lit dans la légende dorée qu’un saint ne possédant pas de discipline mais ne voulant pas négliger pour cela sa pénitence, prenait le tisonnier ou les pincettes ou tout autre objet qui se trouvait devant ses yeux. Ste. Brigitte se flagellait avec un trousseau de clefs. Sancho, les lecteurs de Don Quichotte le savent, conformément à la simplicité de son caractère, faisait sa pénitence avec la paume de ses mains.

Aubrey nous apprend qu’en 1678 les gentilshommes anglais avaient l’habitude de porter un immense éventail d’un demi-yard de long. Cet éventail servait non seulement à les protéger du soleil mais il était encore d’un usage domestique pour corriger leurs filles quand elles se montraient rebelles et indisciplinées. Sir Thomas More fouettait ses filles avec une verge faite de plumes de paon. Des pêcheuses de Newhaven châtièrent une fois un gai Lothario avec des peaux d’anguilles séchées et nous avons entendu parler d’une dame qui fouettait sa domestique avec un os de gigot. Des pantoufles ont souvent été employées dans ce but.

Les Romains qui portèrent l’art de la flagellation à un haut degré de perfection avaient un certain nombre d’instruments pour différents délits. Horace et Juvénal parlent, entre autres, de la surtica, de la ferula et des flagellum. La surtica était une courroie de cuir ou de parchemin ; la ferula une verge ou un bâton. Ces deux instruments s’employaient dans les écoles, et s’emploient encore plus ou moins modifiés. Le flagellum était un fouet ou une courroie de cuir, ou des cordes nattées et attachées à un manche de bois, ayant des nœuds et parfois de petits morceaux de fer ou de plomb. Des doutes existent quant à la forme de la férule des temps anciens ; on ne sait si c’était une verge, une houssine ou une courroie. Il n’est pas aussi difficile de décrire sa forme actuelle. Dans les bas-reliefs sculptés des cathédrales du moyen-âge, figure souvent l’image d’un moine tenant une verge et s’apprêtant à fouetter le derrière d’un petit garçon. La férule aujourd’hui en usage est un instrument plus ingénieux ; on ne s’en sert pas pour frapper sur le derrière, mais sur les mains. C’est un bâton souvent percé d’un trou dans sa partie la plus épaisse ce qui fait immanquablement une ampoule sur la partie frappée. Il y a trente ans, la spaterte (c’est le nom de la férule de ce genre) était encore en usage dans les écoles de Londres ; les écoliers l’avaient surnommée Jonathan.

La férule en usage à l’école de Howgill, il y a quarante ans, était en bois et de la forme d’une raquette et les sceaux des écoles de grammaire de Tewkesbury et de Camberwell montrent un de ces instruments d’une grandeur formidable aux mains d’un maître. Il y eut dernièrement à Amsterdam une exposition d’objets appartenant ou ayant appartenu aux établissements scolaires. Parmi ces reliques figurait une férule et l’image d’un oiseau. Cet oiseau était mis dans les mains de l’écolier coupable qui devait le porter au maître ; c’était le signe qu’il avait à recevoir un certain nombre de claques sur la paume de la main. Dans la peinture de Gérard Dow qui se trouve au Fitz-William Museum à Cambridge et qui représente un maître d’école, celui-ci tient un instrument dans le genre de celui que nous venons de décrire. La férule en bois meurtrissait la main. Il en existait une autre qui faisait autant de mal mais ne meurtrissait pas. C’était une épaisse courroie de cuir d’environ dix pouces de long, au bout arrondi et d’une épaisseur de quatre à cinq pouces. L’autre extrémité était réduite à un pouce et demi d’épaisseur et rattachée à un manche de bois. On s’en servait également pour frapper sur la paume de la main. Les coups n’avaient pas de conséquences graves, mais causaient une douleur très cuisante. La férule écossaise ou taws (toes, taes, tawse) n’était qu’une lanière de cuir dont l’extrémité se divisait en lanières et était durcie au feu. Parfois elle était adaptée à un manche en bois comme l’était celle en usage dans l’Ecole supérieure d’Edimbourg, mais sa forme la plus habituelle était une longue courroie dont on se servait à l’occasion pour frapper sur les fesses nues, mais principalement sur la main. Juvénal parle des écoliers romains garant leurs mains de la férule et les écoliers modernes cachent eux aussi bien des fois leurs mains sous le pan de leur habit pour atténuer les coups du taws. La verge (virga) ou bâton était un autre instrument de flagellation employé chez les Romains et semble avoir suggéré l’emploi de celle qui servit longtemps dans les grandes écoles publiques. Suivant l’opinion de Salomon que « la verge est pour le dos de celui qui est sans intelligence » et que le fouet est pour le cheval, la bride pour l’âne et la verge pour le dos du fou, la punition du fouet était en général infligée sur le dernière nu du coupable. Pour la commodité de l’exécuteur, le patient était placé sur un morceau de bois ou sur le dos d’un élève plus âgé (cette dernière opération s’appelait horsing : être à cheval, chevauchée). Cette coutume est très ancienne puisqu’une peinture découverte à Pompéi, aujourd’hui conservée au Musée Royal de Naples représente un jeune garçon maintenu sur le dos d’un de ses camarades et recevant le fouet. Le sceau de l’école de grammaire de Leith représente la punition par les verges comme on l’infligeait aux écoliers du temps d’Edouard VI. On y lit cette inscription, « Qui : Parcit : Virgâ : odit : fitivm :» Celui qui épargne la verge, hait son fils. Dans les écoles publiques, il y avait un fonctionnaire spécial pour les flagellations et cette coutume vient, elle aussi, des temps très anciens. St.-John dans ses « Mœurs & coutumes des Anciens Grecs » rapporte que dans la république spartiate « des fouetteurs officiels, comme dans nos grandes écoles, accompagnaient toujours les inspecteurs de l’instruction publique. » En France, ce fouetteur d’école se nommait un cuistre, mot qui signifiait autrefois cuisiner et cette dérivation tire son origine de ce fait que dans les écoles de la noblesse, aussi bien que dans les écoles publiques, les cuisiniers passaient pour posséder une habileté spéciale pour la fonction de fouetteur.

Suivant l’ancien Rituel romain, les personnes excommuniées étaient réintégrées dans l’Eglise par une cérémonie qui consistait à fouetter leurs tombeaux. Quand on était résolu de réintégrer une personne morte dans la communion des saints, l’ordre était donné d’exhumer son corps et de fouetter sa tombe et pendant cette opération, le prêtre prononçait les paroles suivantes : « Par l’autorité que j’ai reçue, je te délie du lien de l’excommunication et te réintègre dans la communion des saints. » De tels procédés sont à peu près aussi raisonnables que la flagellation d’une image de saint. Bien des légendes de saints montrent des juifs et des Païens comme ayant recourt à l’assistance des saints avec une plus grande confiance en leurs pouvoirs miraculeux que les Chrétiens eux-mêmes. St-Nicolas le patron de la Russie et des voleurs, était très favorisé en ce sens. Une légende dit qu’un juif qui avait été témoin des miracles de St-Nicolas, se procura une de ses images qu’il plaça dans sa maison. Quand il sortait, il lui confiait la garde de sa propriété en lui disant : « Nicolas, ici sont toutes mes marchandises ; je les laisse à votre garde et si vous ne veillez pas avec soin je me vengerai en vous flagellant de la bonne façon à mon retour. » Un jour que le juif était absent, des voleurs survinrent ; ils prirent tout ce qu’ils purent emporter, ne laissant que la fameuse image. Quand le juif fut de retour et qu’il vit sa maison dévalisée, il s’adressa à l’image : « Maître Nicolas, lui dit-il, je vous ai mis dans ma maison pour la protéger des voleurs, pourquoi n’avez-vous pas veillé ? Vous allez être puni sévèrement de votre négligence. Mes pertes seront vengées par la rossée que je vais vous administrer et je passerai ma rage sur vous. » Il dit, prit l’image et la battit avec fureur avec des verges et un fouet. Mais il y eut ensuite une chose merveilleuse ; car le saint apparut aux voleurs, dans le lieu où ils avaient caché leur butin, ruisselant de sang, le corps meurtri et lacéré. Montrant ses blessures, il leur dit : « Pourquoi ai-je été si cruellement battu et pourquoi ai-je enduré tant de tortures pour votre compte ? Voyez comme mon corps est déchiré et comme mon sang ruisselle ! Allez et rendez tout ce que vous avez dérobé ou la colère du Dieu Tout Puissant vous poursuivra à tel point que votre crime sera connu de tout le monde et que vous serez tous perdus. » Les voleurs demandèrent : « Qui êtes-vous donc pour parler ainsi ? » Et il répondit : « Je suis Nicolas, le serviteur du seigneur, que le juif a battu de cette façon cruelle à cause de votre vol. » Epouvantés, les voleurs coururent à la maison du juif, virent comment il avait traité l’image, et lui rendirent tout son bien. Dans la suite, les voleurs rentrèrent dans le chemin de l’honnêteté et le juif se fît chrétien.

Pendant que nous parlons de légendes, citons encore cette tradition concernant la fête de Saint Luc (18 Octobre). À York ce jour s’appelait Whip-dog-day, (jour des chiens fouettés) et ce nom venait d’une étrange coutume. Ce jour là, en effet, les écoliers fouettaient tous les chiens qu’ils rencontraient dans les rues. L’histoire dit qu’un prêtre célébrant la messe le jour de la fête de St. Luc dans une église d’York laissa malheureusement tomber l’hostie après la consécration ; un chien qui se trouvait là bondit et l’avala. Cette profanation causa la mort de ce chien et une persécution commença qui dura longtemps, renouvelée tous les 18 Octobre, contre ses malheureux et innocents congénères.

Voir en ligne : La Cour martiale de Miss Fanny Hayward

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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