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Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir

Les professeurs de plaisir

Lettre deuxième (troisième partie)



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John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir, L’Œuvre de John Cleland (Avec des documents sur la vie à Londres au XVIIIe siècle, et notamment la Vie galante d’après les SÉRAILS DE LONDRES), Introduction, essai bibliographique par Guillaume Apollinaire, Ouvrage orné de six compositions d’après la suite gravée par William Hogarth : La destinée d’une Courtisane, Bibliothèque des Curieux, Collection « Les Maîtres de l’amour », Paris, 1914.


À peine Louisa avait-elle cessé de parler qu’on nous avertit que la compagnie était réunie et nous attendait.

Là-dessus, Mme Cole, me prenant par la main, avec un sourire d’encouragement, me conduisit en haut précédée de Louisa qui nous éclairait avec deux bougies, une dans chaque main.

Sur le palier du premier étage, nous rencontrâmes un jeune gentleman, extrêmement bien mis et d’une jolie figure : c’était lui qui devait le premier m’initier aux plaisirs de la maison. Il me salua avec beaucoup de courtoisie et, me prenant par la main, m’introduisit dans le salon, dont le parquet était couvert d’un tapis de Turquie et le mobilier voluptueusement approprié à toutes les exigences de la luxure la plus raffinée ; de nombreuses lumières l’emplissaient d’une clarté à peine inférieure, mais peut-être plus favorable au plaisir que celle du grand jour.

À mon entrée dans la salle, j’eus le plaisir d’entendre un murmure d’approbation courir dans toute la compagnie, qui se composait maintenant de quatre gentlemen, y compris mon particulier (c’était le terme usité dans la maison pour désigner le galant temporaire de telle ou telle fille), les trois jeunes femmes, en simple déshabillé, la maîtresse de l’académie et moi-même. Je fus accueillie et saluée par des baisers tout à la ronde ; mais je n’avais pas de peine à sentir, dans la chaleur plus intense de ceux des hommes, la distinction des sexes.

Émue et confuse comme je l’étais à me voir entourée, caressée et courtisée par tant d’étrangers, je ne pus sur-le-champ m’approprier cet air joyeux et de belle humeur qui dictait leurs compliments et animait leurs caresses. Ils m’assurèrent que j’étais parfaitement de leur goût, si ce n’est que j’avais un défaut, facile d’ailleurs à corriger : ma modestie. Cela pouvait passer pour un attrait de plus, si l’on avait besoin de ce piment ; mais pour eux, c’était une impertinente mixture qui empoisonnait la coupe du plaisir. En conséquence, ils considéraient la pudeur comme leur ennemie mortelle et ne lui faisaient aucun quartier lorsqu’ils la rencontraient. Ce prologue n’était pas indigne des débats qui suivirent.

Au milieu des badinages auxquels se livrait cette joyeuse bande, on servit un élégant souper ; mon galant du jour s’assit à côté de moi, et les autres couples se placèrent sans ordre ni cérémonie. La bonne chère et les vins généreux ayant bientôt banni toute réserve, la conversation devint aussi libre qu’on pouvait le désirer, sans tomber toutefois dans la grossièreté : ces professeurs de plaisir étaient trop avisés pour en compromettre l’impression et la laisser évaporer avec des mots, avant d’en venir à l’action. Des baisers toutefois, étaient pris de temps en temps et si un mouchoir autour du cou interposait sa faible barrière, il n’était pas scrupuleusement respecté ; les mains des hommes se mettaient à l’œuvre avec leur pétulance ordinaire. Enfin, les provocations des, deux côtés en vinrent à ce point que mon particulier ayant proposé de commencer les danses villageoises, l’assentiment fut immédiat et unanime : il présumait, ajouta-t-il en riant, que les instruments étaient bien au ton. C’était le signal de se préparer : sur quoi la complaisante Mme Cole, qui comprenait la vie, prit sur elle de disparaître ; n’étant plus apte au service personnel et satisfaite d’avoir réglé l’ordre de bataille, elle nous laissait le champ libre pour y combattre à discrétion.

Aussitôt son départ, on transporta la table du milieu de la salle sur l’un des côtés et l’on mit à sa place un sopha. Mon particulier, à qui j’en demandai le motif, m’expliqua que, « cette soirée étant spécialement donnée en mon honneur, les associés se proposaient à la fois de satisfaire leur goût pour les plaisirs variés et, en me rendant témoin de leurs exercices, de me voir dépouiller cet air de réserve et de modestie qui, à leur sens, empoisonnait la gaieté ; bien qu’à l’occasion ils prêchassent le plaisir et vécussent conformément à leurs principes, ils ne voulaient pas se poser systématiquement en missionnaires : et il leur suffisait d’entreprendre l’instruction pratique de toutes les jolies femmes qui leur plaisaient assez pour motiver leur genre et qui montraient du goût pour cette instruction. Mais comme une telle ouverture pouvait être violente, trop choquante pour une jeune novice, les anciens devaient donner l’exemple, et il espérait que je le suivrais volontiers, puisque c’était à lui que j’étais dévolue pour la première expérience. Toutefois, j’étais parfaitement libre de refuser : c’était, dans son essence, une partie de plaisir qui supposait l’exclusion de toute violence et de toute contrainte ».

Ma contenance exprimait sans doute ma surprise, et mon silence mon acquiescement. J’étais embarquée désormais et parfaitement décidée à suivre la compagnie dans n’importe quelle aventure :

Les premiers qui ouvrirent le bal furent un jeune guidon des gardes à cheval et cette perle des beautés olivâtres, la voluptueuse Louisa. Notre cavalier la poussa sur le sopha, où il la fit tomber à la renverse et s’y étendit avec un air de vigueur qui annonçait une amoureuse impatience. Louisa s’était placée le plus avantageusement possible ; sa tête, mollement appuyée sur un oreiller, était fixée vis-à-vis de son amant et notre présence paraissait être le moindre de ses soucis. Ses jupes et sa chemise levées nous découvrirent les jambes les mieux tournées qu’on pût voir et nous pouvions contempler à notre aise l’avenue la plus engageante bordée et surmontée d’une agréable toison qui se séparait sur les côtés. Le galant était débarrassé de ses habits de dentelles et nous montrait sa virilité à son maximum de puissance et prête à combattre ; mais, sans nous donner le temps de jouir de cette agréable vue, il se jeta sur son aimable antagoniste, qui le reçut en véritable héroïne. Il est vrai que jamais fille n’eut comme elle une constitution plus heureuse pour l’amour et une vérité plus grande dans l’expression de ce qu’elle ressentait. Nous remarquâmes alors le feu du plaisir briller dans ses yeux, surtout lorsqu’elle fut aiguillonnée par l’instrument plénipotentiaire. Enfin, les irritations redoublèrent avec tant d’effervescence qu’elle perdit toute autre connaissance que celle de la jouissance qu’elle éprouvait. Alors elle s’agita avec une fureur si étrange qu’elle remuait avec une violence extraordinaire, entremêlant des soupirs enflammés à la cadence de ses mouvements et aux baisers de tourterelles, aux pénétrantes et inoffensives morsures qu’elle échangeait avec son amant, dans une frénésie de délices. Enfin, ils arrivèrent l’un et l’autre à la période délectable. Louisa, tremblante et hors d’haleine, criait par mots entrecoupés :

« Ah ! monsieur, mon cher monsieur…, je vous… je vous prie… ne m’épar… gnez… ne m’épargnez pas… ah !… ah !… »

Ses yeux se fermèrent langoureusement à la suite de ce monologue et l’ivresse la fit mourir pour renaître plus tôt sans doute qu’elle n’aurait voulu.

Lorsqu’il se trouva désarçonné, Louisa se leva, vint à moi, me donna un baiser et me tira près de la table, où l’on me fit boire un verre de vin, accompagné d’un toast honnêtement facétieux de l’invention de Louisa.

Cependant, le second couple s’apprêtait à entrer en lice ; c’étaient un jeune baronnet et la tendre Harriett. Mon gentil écuyer vint m’en avertir et me conduisit vers le lieu de la scène.

Harriett fut donc menée sur la couche vacante. Rougissant lorsqu’elle me vit, elle semblait vouloir se justifier de l’action qu’elle allait commettre et qu’elle ne pouvait éviter… Son amant (car il l’était véritablement) la mit sur le pied du sopha et, passant ses bras autour de son cou, préluda par lui donner des baisers savoureusement appliqués sur ses belles lèvres, jusqu’à ce qu’il la fît tomber doucement sur un coussin disposé pour la recevoir, et se coucha sur elle. Mais, comme s’il avait su notre idée, il ôta son mouchoir et lui découvrit la poitrine. Quels délicieux manuels de dévotion amoureuse ! Quel fin et inimitable modelé ! petits, ronds, fermes et d’une éclatante blancheur, le grain de la peau si doux, si agréable au toucher et leurs tétins, qui les couronnaient, de véritables boutons de rose ! Après avoir régalé ses yeux de ce charmant spectacle, régalé ses lèvres de baisers savoureux imprimés sur chacun de ces délicieux jumeaux, il se mit en devoir de descendre plus bas.

Il leva peu à peu ses jupes et exposa à notre vue la plus belle parade que l’indulgente nature ait accordée à notre sexe. Toute la compagnie qui, moi seule exceptée, avait eu souvent le spectacle de ces charmes, ne put s’empêcher d’applaudir à la ravissante symétrie de cette partie, de l’aimable Harriett, tant il est vrai que ces beautés admirables, étaient dignes de jouir d’une éternelle nouveauté. Ses jambes étaient si délicieusement façonnées qu’avec un peu plus ou un peu moins de chair, elles eussent dévié de ce point de perfection qu’on leur voyait. Et le gentil sillon central était chez cette fille en égale symétrie de délicatesse et de miniature avec le reste de son corps. Non, la nature ne pouvait rien offrir de plus merveilleusement ciselé. Enfin un ombrage épais répandait sur ce point du paysage un air de fini que les mots seraient impuissants à rendre et la pensée même à se figurer.

Son cher amant, qui était resté absorbé par la vue de ces beautés, s’adressa enfin au maître de ces ébats et nous le montra qui par sa taille méritait le titre de héros aux yeux d’une femme. Il se plaça et nous aperçûmes toutes les gradations du plaisir ; les yeux humides et perlés de la belle Harriett, le feu de ses joues annoncèrent le bonheur auquel elle était près d’atteindre. Elle resta quelque temps immobile, jusqu’à ce que, les aiguillons du plaisir se dirigeant vers le point central, elle ne pût retenir davantage ses transports ; ses mouvements, d’accord avec ceux de son vainqueur, ne faisaient que s’accroître ; les clignotements de leurs yeux, l’ouverture involontaire de leurs bouches et la molle extension de tous les membres firent enfin connaître à l’assemblée contemplative l’extase suprême.

L’aimable couple garda dans le silence cette dernière situation, jusqu’à ce qu’enfin un baiser langoureux donné et repris marqua le triomphe et la joie du héros qui venait de vaincre.

Dès qu’Harriett fut délivrée, je volai vers elle et me plaçai à son côté, lui soulevant la tête, ce qu’elle refusa en reposant son visage sur mon sein, pour cacher la honte que lui donnait la scène passée, jusqu’à ce qu’elle eût repris peu à peu sa hardiesse et qu’elle se fût restaurée par un verre de vin, que mon galant lui présenta pendant que le sien rajustait ses affaires.

Cependant le partenaire d’Emily l’avait invitée à prendre part à la danse ; la toute blonde et accommodante créature se leva aussitôt. Si une complexion à faire honte aux lis et aux roses, des traits d’une extrême finesse et cette fleur de santé qui donne tant de charme aux villageoises pouvaient la faire passer pour une beauté, elle l’était assurément et l’une des plus éclatantes parmi les blondes.

Son galant s’occupa d’abord, tandis qu’elle était debout, de dégager ses seins et de leur rendre la liberté, ce qui n’était pas difficile, car ils n’étaient retenus que par le corsage. À peine se montrèrent-ils que la salle nous parut éclairée d’une nouvelle lumière, tant leur blancheur avait d’éclat. Leur rondeur était si parfaite, si bien remplie qu’on eût dit de la chair solidifiée en marbre ; ils en avaient le poli et le lustré, mais le marbre le plus blanc n’eût pas égalé les teintes vives et claires de leur peau, nuancée dans sa blancheur de veines bleuâtres. Comment se défendre de séductions aussi pressantes ? Il toucha légèrement ces deux globes, et la peau brillante et lisse éluda sa main qui glissa sur la surface ; il les comprima, et la chair élastique qui, les remplissait, ainsi creusée de force, rebondit sous sa main, effaçant aussitôt la trace de la pression. Telle était, du reste, la consistance de tout son corps, dans ces parties principalement où la plénitude de la chair constitue cette belle fermeté qui est si attrayante au toucher.

Après quelque temps employé à ces caresses, il lui releva la jupe et la chemise, qu’il enroula sur la ceinture, de sorte qu’ainsi troussée elle était nue de toute part. Son charmant visage se couvrit alors de rougeur, et ses yeux, baissés vers le sol, semblaient demander grâce quand elle avait, au contraire, tant de raisons de s’enorgueillir de tous les trésors de jeunesse et de beauté qu’elle étalait si victorieusement. Ses jambes étaient bien faites, et ses cuisses, qu’elle tenait serrées, si blanches, si rondes, si substantielles et si riches en chair, que rien n’était plus capable de provoquer l’attouchement. Aussi ne s’en priva-t-il point. Ensuite, écartant doucement sa main, qui dans le premier mouvement d’une modestie naturelle s’était portée là, il nous fit entrevoir ce mignon défilé qui descendait et se perdait entre ses cuisses. Mais ce que nous pouvions pleinement contempler, c’était au-dessus la luxuriante crépine de boucles d’un brun clair, dont la teinte soyeuse tranchait sur la blancheur des environs et s’en trouvait elle-même rehaussée. Il la conduisit au pied du sopha, et là, approchant un oreiller, il lui inclina doucement la tête qu’elle y appuya sur ses mains croisées, si bien que, le corps en saillie, elle présentait une pleine vue d’arrière de sa personne nue jusqu’à la ceinture. Son postérieur charnu, lisse et proéminent formait une double et luxuriante nappe de neige animée qui remplissait glorieusement l’œil et suivant la pente de ses blanches collines, dans l’étroite vallée qui les séparait, s’arrêtait et s’absorbait dans la cavité inférieure ; celle-ci, qui terminait ce délicieux tableau, s’entr’ouvrait légèrement, grâce à la posture penchée, de sorte que l’agréable vermillon de l’intérieur se laissait apercevoir et, rapproché du blanc qui éclatait tout autour, donnait en quelque sorte l’idée d’un œillet rose découpé dans un satin blanc et lustré.

Le galant, qui était un gentleman d’environ trente ans et quelque peu affecté d’un embonpoint qui n’avait rien de désagréable, choisit cette situation pour exécuter son projet. Il la plaça donc à son gré, et l’encourageant par des baisers et des caresses, il choisit une direction convenable, et tenant ses mains autour du corps de la jeune fille, il en jouait avec ses seins enchanteurs. Lorsqu’elle le sentit chez elle, levant la tête et tournant un peu le cou, elle nous fit voir ses belles joues, teintes d’un écarlate foncé, et sa bouche, exprimant le sourire du bonheur, sur laquelle il appliqua un baiser de feu. Se retournant alors, elle s’enfonça de nouveau dans son coussin, et resta dans une situation passive, aussi favorable que son amant pouvait le désirer. Puis ils se laissèrent aller sur la couche, et ils y restèrent encore quelque temps, et dans la plus pure extase de la volupté.

Aussitôt qu’Emily fut libre, nous l’entourâmes pour la féliciter sur sa victoire ; car il est à remarquer que, quoique toute modestie fût bannie de notre société, l’on y observait néanmoins les bonnes manières et la politesse ; il n’était pas permis ni de montrer de la hauteur, ni de faire aucuns reproches désobligeants sur la condescendance des filles pour les caprices des. hommes, lesquels ignorent souvent le tort qu’ils se font en ne respectant pas assez les personnes qui cherchent à leur plaire.

La compagnie s’approcha ensuite de moi, et mon tour étant venu de me soumettre à la discrétion de mon amant et à celle de l’assemblée, le premier m’aborda et me dit, en me saluant avec tendresse, qu’il espérait que je voudrais bien favoriser ses vœux ; mais que si les exemples que je venais de voir n’avaient pas encore disposé mon cœur en sa faveur, il aimerait mieux se priver de ma possession que d’être en aucune façon l’instrument de mon chagrin.

Je lui répondis sans hésiter ou sans faire la moindre grimace que si même je n’avais pas contracté un engagement formel avec lui, l’exemple d’aussi aimables compagnes suffirait pour me déterminer ; que la seule chose que je craignais était le désavantage que j’aurais après la vue des beautés que j’avais admirées, et qu’il pouvait compter que je le pensais comme je venais de le dire.

La franchise de ma réponse plut beaucoup et mon galant reçut les compliments de félicitations de toute la compagnie.

Mme Cole n’aurait pu me choisir un cavalier plus estimable que le jeune gentleman qu’elle m’avait procuré ; car indépendamment de sa naissance et de ses grands biens, il était d’une figure des plus agréables et de la taille la mieux prise ; enfin il était ce que les femmes nomment un fort joli garçon.

Il me mena vers l’autel où devait se consommer notre mariage de conscience et, comme je n’avais qu’un petit négligé blanc, je fus bientôt mise en jupon et en chemise qui, d’accord aux, vœux de toute la compagnie, me furent encore ôtés par mon amant ; il défit de même ma coiffure et dénoua mes cheveux, que j’avais, sans vanité, fort beaux. Je restai donc devant mes juges ; dans l’état de pure nature et je dois sans doute leur avoir offert un spectacle assez agréable, n’ayant alors qu’environ dix-huit ans. Mes seins, ce qui dans l’état de nudité est une chose essentielle, n’avaient alors rien de plus qu’une gracieuse plénitude, ils conservaient une fermeté, une indépendance du corset ou de tout autre support qui incitait à les palper. J’étais d’une taille grande et déliée, sans être dépourvue d’une chair nécessaire. Je n’avais point abandonné tellement la pudeur naturelle, que je ne souffrisse une horrible confusion de me voir dans cet état ; mais la bande joyeuse m’entoura et, me comblant de mille politesses et de témoignages d’admiration, ne me donna pas le temps d’y réfléchir beaucoup ; j’étais trop orgueilleuse, d’ailleurs, d’avoir été honorée de l’approbation des connaisseurs.

Après que mon galant eut satisfait sa curiosité et celle de la compagnie, en me plaçant de mille manières, la petitesse du point capital me faisant passer pour une vierge, mes précédentes aventures n’avaient fait là qu’une brèche insignifiante. Les traces d’une trop grande distension étaient vite disparues à mon âge et puis la nature m’avait faite étroite. Mon antagoniste, animé d’une noble fureur, défit tout à coup ses habits, jeta bas sa chemise et resta nu, exposant au grand jour mon ennemi. Il était d’une grandeur médiocre, préférable à cette taille gigantesque qui dénote ordinairement une défaillance prématurée. Collé contre mon sein, il fit entrer son idole dans la niche. Alors, fixé sur le pivot je jetai mes bras autour de son cou et nous fîmes trois fois le tour du sopha sans nous quitter. M’y ayant déposée, il commença à moudre du blé et nous atteignîmes bientôt la période délicieuse, mais comme mon feu n’était éteint qu’à demi, je tâchai de recommencer ; mon antagoniste me seconda si bien que nous nous plongeâmes dans une mer de délices. Me rappelant alors les scènes dont j’avais été spectatrice et celle que je représentais moi-même en ce moment, je ne pus retenir mes irritations et je fus prête à le désarçonner par les mouvements violents que je me donnai. Après être resté quelque temps dans une langueur, délectable, jusqu’à ce que la force du plaisir fût un peu modérée, mon amant se dégagea doucement, non sans m’avoir témoigné auparavant sa satisfaction par mille baisers et mille protestations d’un amour éternel.

La compagnie, qui pendant notre sacrifice avait gardé un profond silence, m’aida à remettre mes habits et me complimenta de l’hommage que mes charmes avaient reçu, comme elle le disait, par la double décharge que j’avais subie dans une seule conjonction. Mon galant me témoigna tout son contentement et les filles me félicitèrent d’avoir été initiée dans les tendres mystères de leur société.

Voir en ligne : Le coup de grâce à ma virginité
Lettre deuxième (quatrième partie)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir, L’Œuvre de John Cleland (Avec des documents sur la vie à Londres au XVIIIe siècle, et notamment la Vie galante d’après les SÉRAILS DE LONDRES), Introduction, essai bibliographique par Guillaume Apollinaire, Ouvrage orné de six compositions d’après la suite gravée par William Hogarth : La destinée d’une Courtisane, Bibliothèque des Curieux, Collection « Les Maîtres de l’amour », Paris, 1914.



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