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La Flagellation à travers le monde

Les remords d’une mère

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre IV)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


IV
LES REMORDS D’UNE MÈRE

C’était après le repas de midi.

Lady Helling, très troublée par les révélations pénibles du docteur Farmer, la tête basse, le coude sur les coussins d’une bergère dorée, dans l’encoignure du petit boudoir vert pâle, paraissait bien, à cette heure d’angoisse, vieillie de dix ans. Le pli de son front, rapprochant les sourcils, lui donnait l’aspect sévère, même dur, et le charmant sourire découvrant ses jolies dents, était remplacé par un rictus amer, serrant ses lèvres pâlies par l’émotion récente. Sa blanche et longue main, tout adornée de bagues, tenant son face-à-main d’écaille jaspée, frappait nerveusement les plis du peignoir de molleton blanc.

Le docteur Farmer avait déjeuné avec Lady Helling après les tristes confidences dont il avait pris la responsabilité auprès de la malheureuse Ethel puis, se devant à sa clientèle, il avait repris le train aussi vivement que sa mission délicate le lui avait permis.

Jenny, demeurée seule, se livrait aux plus tristes réflexions. « Sans cette maudite Margaret, se disait-elle, ma fille Ethel n’aurait pas eu cette effroyable aventure. Que va-t-elle devenir, ma pauvre enfant ? Lorsqu’elle était petite, ignorante de tout, elle ne semblait pas montrer la moindre disposition au mal ; cette fille en a fait une dévergondée, elle a les sens révoltés, l’humeur farouche, je ne puis espérer d’elle un instant d’abandon. Ainsi, la souffrance qu’elle semble éprouver et que je ne mettais que sur le compte de sa solitude forcée, était due à son état. Je crains l’épreuve définitive sur une créature aussi anémiée par le chagrin et je prévois quelles souffrances elle a dû me cacher. »

Le docteur était un ami dévoué. Il fallait maintenant à tout prix arranger cette affaire au mieux pour le repos moral d’Ethel. Sa mère, se confessant à elle-même, dut revenir sur ses propres égarements et convenir qu’ils ne devaient pas plus longtemps lui faire oublier ses devoirs de famille.

Hélas ! Cette tolérance coupable dont elle avait fait preuve n’était-elle pas la cause du malheur qu’elle déplorait aujourd’hui ? C’est dans leurs excursions que le lieutenant Master avait pris des libertés coupables. Margaret, cette hystérique, avait tout combiné pour la séduction.

Le docteur n’avait pas caché ses inquiétudes sur la santé d’Ethel, et Jenny avait compris l’immense part de responsabilité qui lui incombait en ce drame. Ethel n’avait que seize ans, était encore presque une enfant, à peine assez formée pour les rudes souffrances de la maternité. Le châtiment aurait pu être plus rude encore d’ailleurs. Le même châtiment n’aurait-il pas pu frapper Jenny elle-même ?

Cette pensée la terrifia.

« Mon Dieu, s’écria-t-elle, est-ce que je ne vais plus oser maintenant ? Alors, quoi ? Vivre comme auparavant ? Oh, la nature est trop barbare pour nous autres pauvres femmes et tout plaisir porte en lui un risque de punition qui devrait nous détourner de l’amour ! »

Puis elle revint à Ethel.

Que faire ?

Le colonel devait venir la voir le même jour ; elle se déciderait courageusement à tout lui dire pour lui demander une démarche auprès du lieutenant. Sans nul doute, sa protection serait sur l’esprit du jeune homme d’un poids considérable ; de telles relations pouvaient le pousser à un rapide et brillant avancement. D’ailleurs Ethel n’était-elle pas fort riche, alors que le lieutenant Robert Master n’avait que ses galons ?

Sans doute, le jeune homme, de bonne famille, pouvait jusqu’à un certain point être excusé par sa jeunesse, mais Jenny, cependant, et c’était bien son droit à la pauvre mère, ne pouvait s’empêcher de le tenir pour le plus indélicat des hommes, ayant étrangement abusé de son hospitalité et, qui sait ? peut-être, n’ayant agi comme il l’avait fait que pour en arriver là où l’on en était, servant ses intérêts d’après un plan médité dès longtemps par son ambition.

Quoi qu’il en soit peut-être, il fallait agir, agir sans perdre de temps, sans perdre un seul jour. On n’avait pas le choix des moyens. Il fallait à Ethel un repos d’esprit qui permît, sinon de rétablir, du moins d’améliorer sa santé.

Lorsque le colonel entra dans le boudoir, il fut frappé de l’attitude désolée de Jenny.
- Eh quoi ? ma chère, lui dit-il, vous est-il arrivé quelque peine ? Que puis-je pour vous, dites, parlez ?
- Vous êtes bon, cher ami, et vous, vous seul, peut-être, pourrez apporter par votre appui dévoué quelque allégement à mon chagrin. Le docteur Farmer sort d’ici. Ethel est fort malade, mais nous pouvons la sauver. Le jour où nous l’avons flagellée en compagnie de la maudite Margaret qui, elle, l’a perdue, c’était pour la punir d’avoir reçu le lieutenant Robert Master. Depuis, la malheureuse enfant dépérit et se meurt sous nos yeux. Et nous n’avons pas su la comprendre, hélas ! Mais elle va être mère !

Le colonel tressaillit, pétrifié d’étonnement.

Son coeur délivré de porter seul depuis un instant ce lourd secret, Jenny, sentant en son interlocuteur un dévouement ami, laissa éclater sa douleur en d’abondantes larmes.

Le colonel la laissa un moment sans rien lui dire, puis, lui prenant la main :
- Chère amie, les minutes sont précieuses et je peux ne pas rencontrer chez lui le lieutenant, je devrai donc lui donner rendez-vous au cercle. Abrégeons le plus possible la cruelle angoisse dans laquelle vous êtes.

Et, regardant sa montre, il reprit son chapeau, baisa la main de Jenny et disparut.

Jenny se sentait moins oppressée ; elle sécha ses larmes et résolut de monter voir Ethel. Elle s’y rendit, assourdissant ses pas et ouvrit doucement la porte. La malheureuse jeune fille, étendue sur son lit, délivrée de ce corset qui la comprimait jusqu’à la torture, apparut enfin à sa mère, telle qu’elle aurait dû la voir depuis longtemps.

Elle dormait.

Jenny s’approcha d’elle. Ses traits ravagés par la souffrance étaient tirés, le nez pincé, les lèvres blêmes, les yeux cerclés de bistre, tout faisait de cette enfant de seize ans une image de la douleur dont il n’eût pas été possible de deviner l’âge.

En se jetant sur son lit dès le départ du docteur, elle n’avait pris soin de rien remettre en ordre ; le corset gisait sur le tapis, et, entre sa jupe descendue et son corsage dégrafé, son état avancé de grossesse apparaissait visiblement.

Jenny demeurait immobile, écoutant la respiration oppressée de cette martyre que son extrême jeunesse et les mauvais conseils d’une amie avaient conduite à ce lamentable résultat. Elle ramassa le corset, le regarda ; le lacet de soie était déroulé jusqu’au bout de sa longueur ; on sentait que chaque jour, l’infortunée forcée de subir ce carcan devait endurer une agonie.

Elle sentit ses yeux se remplir de larmes et, s’asseyant sur le pouf bas, auprès du lit, elle contempla la petite main jaunie et desséchée, si potelée auparavant, rosée comme une main de fillette. Ethel, si soigneuse d’elle-même, en négligeait la coquetterie ; les ongles, coupés très courts, ne brillaient plus, et elle avait même quitté ses gentilles bagues dont chacune marquait une date de fête ou de nouvel an.

Jenny reconstituait en sa pensée ce qu’avaient pu être les étapes de cette cruelle période. Une larme brûlante tomba sur cette petite main que, sans secousse, elle avait attirée dans la sienne.

Ethel ouvrit les yeux, elle comprit tout.

Le docteur avait parlé à sa mère et elle avait pardonné. La pauvre fille ne trouva rien à dire et, sans même songer à cacher sa taille en remontant sa jupe défaite, elle jeta un regard sur elle, puis, de l’autre bras, entourant le cou de Jenny, elle l’embrassa longuement, très longuement. Les deux femmes, dont les douces larmes se confondaient, sentirent l’une et l’autre quel lien sacré, en dépit des égarements passagers et des cruautés du sort, liera toujours, jusqu’à ce que la mort les désunisse, le coeur de la mère à celui de l’enfant.

Voir en ligne : Chapitre V : Les cauchemars s’évanouissent…

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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