Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Le Fouet à Londres > Lilian Dirland

Navigation



La Flagellation à travers le monde

Lilian Dirland

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre X)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


X
LILIAN DIRLAND

L’heure venue, elle se fit belle, mit des bijoux, des bagues à tous les doigts ; son chapeau lui seyait à merveille, le voile blanc dont il était orné, retombant sur sa chevelure, en faisait ressortir la noirceur. Elle jeta un regard de complaisance sur l’image que lui présentait son miroir et, sautant bientôt dans une voiture, elle se rendit place Pigalle.

Là, elle entra dans un café ; il y avait beaucoup de monde, monde de la même galanterie.

Longtemps elle resta en face de sa consommation.

On lui parla, elle répondit sans vouloir se laisser accaparer par personne, puis l’heure du dîner arriva, elle commanda ce qui lui plut et s’installa tranquillement.

Le monde des dîneurs, en partie renouvelé de celui des consommateurs, prenait des places voisines de la sienne.

Bientôt, on mit un couvert à sa table même, où une vieille dame s’assit, maquillée, très élégante et portant aux oreilles des diamants étincelants. Elle sourit aimablement à sa voisine et, tout naturellement, d’une réflexion échangée, elles se mirent à causer.

Dès les premières paroles de sa jeune voisine, Lilian, c’était le nom de la nouvelle venue, s’étant aperçue de son accent britannique, lui parlant sa langue, entra aussitôt en intimité avec elle et, mise en confiance, lui raconta sa vie.
- Ma chère enfant, je suis née en Irlande et, à vingt ans, j’étais placée dans une famille française pour garder de jeunes enfants. J’étais jolie et me plaisais à être bien mise. Mes maîtres allaient tous les ans dans une station thermale en Suisse. Le monsieur, dont la santé était très délicate, passait sa vie à se soigner, consultait tous les médecins dont il entendait parler, était maniaque et toujours plein de caprices. Sa femme, bonne personne, mais coquette, lui en faisait porter à sa guise, sans que, Dieu merci, il s’en soit jamais douté. La pauvre femme avait une passion cruelle pour un séducteur, homme à femmes, dont les nombreuses maîtresses, pour ne pas se rencontrer à sa porte, auraient dû avoir des numéros comme on en distribue ici aux voyageurs attendant leur tour de monter en omnibus.

On desservit le potage. Elle reprit :
- Elle sortait, parée de ses plus beaux atours, mais anxieuse, énervée, se débarrassant de ses enfants que j’habillais tout en l’observant. Parfois je n’étais pas sortie encore que Madame rentrait, jetait son chapeau d’un côté, son ombrelle de l’autre, arrachant sa robe, son corsage, ses dessous parfumés, et s’enfermait dans un petit boudoir fort intime où était son secrétaire et y passait le reste de la journée. J’étais habituée à ce qu’après ces heures de retraite Madame me confiât une lettre à jeter immédiatement à la poste, lettre toujours trop lourde et payant double taxe, et, bien entendu, vous l’avez deviné, n’est-ce pas, toujours à la même adresse du même incorrigible bien-aimé.

Margaret, heureuse de l’entendre parler en sa langue, l’écoutait avec un vif plaisir. Lilian poursuivit :
- Pourtant, il fallait paraître à l’heure du dîner ; la malheureuse arrivait les yeux bouffis de larmes, réparant ces traces tant bien que mal à force de poudre de riz. Elle souffrait cruellement et la situation si tranquille et si large dont elle aurait pu apprécier les douceurs n’était pour elle que le quotidien martyre dans lequel son idée fixe la faisait se débattre inutilement. Un jour, son mari annonça que, désireux de changer d’air, il avait résolu d’aller passer quelques jours sur les coteaux de Meudon. De temps en temps, il éprouvait ainsi un besoin de villégiaturer un peu. Avait-il, malgré ses manies et es soi-disant maladies perpétuelles, quelque attraction vers ces coteaux verdoyants, je ne sais ; toujours est-il que Madame n’en prenait nul souci et l’encourageait à se reposer ainsi fréquemment. Dès son courrier dépouillé, il avait éprouvé un étourdissement, soi-disant toujours, et avait chargé la femme de chambre de préparer sa valise.

Puis, s’étant mise à rire franchement :
- Figurez-vous, ma chère enfant, j’en ris encore, Madame ne fit qu’un bond dans la chambre où J’habillais les enfants et, me prenant à part, me remit une lettre à porter aussitôt chez son beau Raoul. Je m’apprêtai et partis. À peine étais-je devant la loge du concierge que je vis un élégant jeune homme descendre l’escalier ; il s’arrêta devant moi et, comme je priais à ce moment le concierge de remettre aussitôt la lettre à son destinataire, entendant son nom, il me prit la missive sans la décacheter, ayant jeté seulement un regard sur l’écriture.
- J’aurai une réponse à vous remettre, me dit-il. Voulez-vous bien prendre la peine de monter avec moi, mademoiselle ?

Je le suivis, pénétrant à sa suite dans un luxueux cabinet de travail aux tapis assourdissant tous les bruits. Il se mit à son bureau. J’attendis debout. Quand il eut terminé la lecture de la lettre qui, cette fois, était brève, il me fit compliment de la belle nuance de ma chevelure, dorée alors, et dont je me contente aujourd’hui de poudrer à frimas les cheveux d’un blanc nuancé de roux, mal réussi comme ensemble, ajouta-t-elle en riant.
- Et alors ? demanda naïvement Margaret.
- Alors, le beau Raoul me parla gentiment d’abord, me questionna sur diverses choses, ne s’occupant plus de Madame. Le ton de l’entretien devenant plus galant, il me prit la taille, puis me serra de plus près.
- Enfin, me dit-il, que comptez-vous donc faire de votre jeunesse et de votre beauté ? Ne faut-il pas être un peu folle pour servir les autres alors qu’on devrait se faire servir soi-même ? Vous êtes faite à ravir, je m’y connais. Si vous voulez être gentille, pas sauvage, on fera quelque chose pour votre avenir, qui vaudra mieux que le métier de bonne d’enfants. Allons, venez, petite fille ! Et voyant que je ne résistais pas, il m’emmena jusqu’à sa chambre, précédée d’un superbe cabinet de toilette, avec baignoire, chaise-longue, tapis, glaces, fleurs, parfums à n’en plus finir. Il me commanda alors, avec un ton de douce autorité, de me dévêtir pendant qu’il attendrait en écrivant dans son bureau. Je ne me fis nullement prier, songeant que telle occasion était à saisir. Ah ! ma chère petite, ce Raoul, vraiment, avait la science de la femme ! Je lui plus et, sur son grand lit entouré d’un savant jeu de glaces, il me fit en une séance une éducation complète, homme usé abusant des plaisirs et remplaçant l’inspiration par une science ayant, ma foi, son charme.

Lilian s’arrêta, semblant passer en revue quelque moment particulier de ses débuts qui lui était resté gravé en l’esprit.
- Toujours est-il, voyez-vous, que toutes celles en ayant goûté ne se trouvaient heureuses que dans ses bras, chacune lui pardonnant ses frasques, trop contente de revenir à lui qui savait la caresse amusante amenant la crise irrésistible de joie. Je l’aimai, pour de bon, tout de suite et pendant quelques jours, ma petite, je ne vous dis que ça ! Il me présenta à ses amis, comme lui hommes à bonnes fortunes. Et je fis aussi connaissance de jolies femmes, leurs amies, auprès desquelles mon accent étranger me mit en vedette et me fit honneur et profit. Comme je savais le caractère du beau Raoul, je me gardai bien de rien faire qui parût vouloir l’enchaîner. C’eût été tout compromettre. Au reste, je lui savais d’autres femmes, pour ne pas dire d’autres maîtresses. Que m’importait, je faisais désormais partie du galant troupeau, et j’avais la vogue. Un vieux négociant, qui passait à Paris une partie de l’année, me donna mes premiers bijoux sérieux. Puis j’eus la chance de poser pour un peintre, un nu qui fit grand tapage au Salon et cela me lança tout à fait. J’eus ma voiture.
- Votre voiture ! le rêve ! ne put s’empêcher de s’exclamer Margaret, naïveté dont elles rirent toutes deux.
- Oui, ma voiture, au mois, avec luxueux appartement, valet de chambre, train de maison complet.
- Et vous aviez un sommelier ?
- Un sommelier, non, pas jusque-là. Pourquoi ?
- Je vous raconterai cela. Mais continuez, je vous prie.
- Mais je n’ai plus rien à dire, c’est à peu près là toute mon histoire, ajouta la vieille Belle-d’Amour que cette descente en son passé avait rendue très gaie.

Margaret, éblouie par le récit des aventures de sa nouvelle connaissance, déjà presque une amie, partit avec elle et bientôt on ne les rencontra plus l’une sans l’autre.

Les premiers pas de Margaret avaient été dans un monde plus sélect. À part son aventure champêtre, elle avait surtout vécu dans la haute et riche société.

Lilian, dans son pays, avait débuté par les caresses d’un petit voisin de ferme, puis d’un sien cousin revenu en costume militaire et dont la tenue l’avait subjuguée. Puis à Paris, dans sa vie de servante, un garçon livreur, beau et bien épris, puis un autre encore, valet de chambre d’une famille amie, puis enfin Raoul, celui à qui elle devait sa chance ascendante et, en somme, sa fortune.

Margaret se disait bien qu’un jour, son heure de succès sonnerait peut-être bien aussi. Lilian lui donnait bon courage. Tout de suite les deux femmes se comprirent ; elle accompagna sa petite amie en son hôtel.

Voyant chaque jour diminuer son pécule et s’apetisser son argent, Margaret, malgré les quelques rares aventures qui lui avaient permis de prolonger l’état de siège, comprit qu’elle était sauvée.

Sa vieille amie, dont les soixante ans n’avaient pas éteint les ardeurs, se réveilla au contact de cette jeunesse dont elle jugea la nature sensuelle désignée pour l’exploitation. Elle lui dit donc que sa vie complètement libre lui laissait tous les loisirs, l’aida à se déshabiller, voulut ensuite jouir de sa vue, puis le bon vouloir des attitudes de Margaret lui permit facilement de tenter mieux encore et les deux femmes bientôt au comble de leur énervant plaisir, firent pacte de ne plus se quitter.

Lilian, riche de ses débauches passées, vendrait facilement sa petite amie tout en jouissant d’elle sans réserve.

Les deux femmes, qui ne s’étaient endormies qu’au plein jour, se réveillèrent heureuses l’une et l’autre de cette rencontre de hasard qui leur livrerait à chacune argent et plaisir.

Elles s’habillèrent tout en discourant. Margaret raconta sa vie entière et la vieille débauchée s’attacha de plus en plus à elle.

Elles n’en étaient, ni l’une ni l’autre, à leurs débuts en ces sortes d’aventures. Margaret se ressouvenait de la fraîcheur attrayante d’Ethel et ne pouvait s’empêcher de soupirer en voyant les rides et les cheveux blancs de sa nouvelle, mais si bienfaisante conquête. Mais Margaret était profondément vicieuse et la vieille courtisane étant passée maîtresse en ces jeux, elle trouva cela beaucoup plus agréable que de faire des stations dans les hôtels avec de nobles inconnus qui payaient tous comme des pleutres.

Sa liaison avec Lilian Dirland était une liaison de tout repos, elle accéda donc de bonne grâce à tous ses désirs.

Les malles refaites, tout en devisant gaiement, elle apprit à Margaret que Mme Sainclair, ne la voyant plus rentrer, avait compris le résultat de sa mission.
- La malheureuse femme, victime de son amour sans frein pour Raoul, passion qui dévorait sa vie, était venue, la nuit, monter sa faction devant la porte de son amant. Ce fut seulement dans la matinée qu’elle me vit sortir, vêtue de ma modeste robe, mais sans mon tablier. Je montai dans une voiture, ma maîtresse fit de même et me suivit. Je me rendis dans un grand magasin, achetai toutes sortes de fanfreluches sans compter, puis m’enfermai dans un salon d’essayage avec quelques vendeuses de différents rayons et sortis de là, ignorant, bien entendu, l’espionnage dont j’étais l’objet.

Métamorphose absolue ! En passant devant les glaces, je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter. Toute seule, je riais. Le bruissement soyeux de mes dessous était un véritable amusement pour moi. Pourtant, au sortir du magasin, je m’approchai d’une glace pour me contempler tout à mon aise. Ce fut Mme Sainclair que je vis. Je compris. Cette première journée, voyez-vous, petite, reste gravée en mon souvenir comme une des plus heureuses de ma vie. Pour la première fois, élégante, j’étais jolie ! On s’habitue vite à tout ! Enfin, est-ce ma faute, à moi, si Mme Sainclair s’est empoisonnée ? Oui, c’était toujours plein de remèdes chez elle, à cause de son mari, et elle s’est endormie avec un flacon de chloroforme, la chose a fait du bruit, ça a été dans les journaux, il paraît que les médecins appelés n’ont réussi, ni les uns ni les autres, à la ramener à la vie.

Puis, se mettant à rire aux éclats, Lilian ajouta :
- Et figurez-vous, le mari toujours malade… Eh bien ! sa santé devenue excellente, il se mit à faire une noce à tout casser ! Quant aux petites, elle ont, j’imagine à l’heure qu’il est, les tempes grisonnantes et leur père, s’il vit encore, doit être bien vilain !

Puis elle se remit à rire, criminelle inconsciente, qui, pour avoir passé sur un cadavre, ne s’en félicitait pas moins d’être arrivée à son but. Briser le coeur d’une femme, c’est si peu de chose !

Voir en ligne : Chapitre XI : Après la mère… La fille

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris