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La Flagellation à travers le monde

Margaret à Paris

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre IX)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


IX
MARGARET À PARIS

Le voyage, la traversée, eurent du moins le bon côté de distraire Margaret de ses peines récentes. Elle regardait et ne pensait plus.

À son arrivée à Paris, fatiguée de cette longue locomotion, elle se trouva tout étourdie. Le mouvement de la gare, avec sa foule, ses coups de sifflet, ses diables, ses voitures, son bruit formidable, la laissait là comme prostrée.

Depuis des mois, elle avait vécu dans la solitude où elle avait oublié l’action humaine si formidable de Londres.

Paris lui apparaissait étourdissant de vacarme, sa poussière du plein été, brouillard de chaleur, l’éblouissait, l’aveuglait. Elle se décida cependant à faire transporter ses bagages dans un hôtel voisin. Le quartier lui parut, d’après le plan qu’elle avait consulté, être fort agréable et central, à la portée des lieux de plaisir les plus fréquentés.

Margaret ne se leurrait pas sur ses capacités intellectuelles ; elle ne pouvait que suivre ses instincts de libertinage et courir ainsi la chance — ou le malheur ! — d’être un jour entretenue par un ou plusieurs amants, chair à satisfaction banale.

Elle commença par examiner la chambre où ses malles avaient été montées. Cette chambre était propre, mais de la plus modeste apparence et donnait sur une cour assez exiguë, sorte de puits chichement éclairé par l’ouverture du haut obstruée par un vitrage.

Cela lui sembla lamentable pour ne pas dire lugubre.

À cette heure, les restaurants étaient bondés, une odeur indéfinissable de cuisine, graisse et sucrerie mêlées, monta jusqu’à elle. Elle se pencha et regarda. Cette maison où tout le monde travaillait lui apparut comme une sorte de bagne.

Dans le bas, les garçons du restaurant, manches retroussées et tabliers bleus, les marmitons, les fourniers, les femmes de service, tout cela grouillait, allait, venait, apportait, rapportait des objets, brocs de toilette, assiettes, plats, bouteilles, etc.

Plus haut, des couturières achevaient leur travail aux dernières heures du jour, les unes pliant, rangeant l’ouvrage pour le lendemain, d’autres mettant des points ou des épingles autour d’un mannequin d’osier drapé de dentelles ; plus loin des tailleurs, des gens occupés à écrire, des femmes faisant leur ménage.

Margaret, qui n’avait jamais rien fait de ses dix doigts, et qui ne connaissait de Londres que les quartiers riches où l’on ne saurait avoir la moindre vision sur le travail, se sentit profondément attristée.

Alors, c’était cela, la vie ?

Pour elle, quelle terrifiante révélation de la misère ! Alors tous ces pauvres êtres se fatiguaient ainsi chaque jour, ces femmes passaient leurs plus belles années dans un labeur ingrat.

Ce fut donc très attristée qu’elle tira les rideaux pour procéder à sa toilette, afin de descendre dîner.

Elle resterait pour le moment en robe de voyage pour ne défaire ses malles que le lendemain matin.

Elle remonta de bonne heure, rangea ses affaires pour les avoir à sa portée et se coucha.

Le lendemain, elle se leva tard et sortit élégamment vêtue pour se rendre dans un restaurant des boulevards.

Margaret avait une fierté d’allure qui ne la rendait point abordable aux chercheurs de plaisir ; elle ne pouvait, malgré tout, accueillir dans ses bonnes grâces un individu, quel qu’il soit, se disant qu’il y aurait danger sans profit. Puis, elle parlait mal le français, ce qui était pour elle une gêne constante. Dans un métier où le langage des yeux a plus grande part, au début, que les beaux discours, elle craignait de se trouver, se laissant aborder, prise en un piège dont elle ne saurait se tirer.

Pendant plusieurs jours elle fréquenta ainsi les restaurants, variant ses toilettes, robes et chapeaux. Elle s’installait, commandait son menu et faisait longtemps durer ses repas, examinant les gens, étudiant les habitudes, cherchant à s’instruire sur les moeurs courantes de la grande ville galante.

Parfois, des voisins de table, qui la regardaient en connaisseurs, cherchèrent à lier conversation. Elle rencontra des hommes élégants, vieux ou jeunes, qui, dés l’instant où ils reconnaissaient avoir affaire à une étrangère, lui offraient leurs services.

Mais à peine avait-elle fait la concession de répondre, aussitôt elle trouvait la familiarité entreprenante de ces messieurs d’un train un peu rapide. Son naturel s’en choquait, elle remettait les gens à leur place, se disant qu’elle trouverait mieux.

Margaret pouvait tenir longtemps encore avec ses ressources. Elle préférait être sage dans son existence journalière à se voir forcée de céder aux instances d’un « mufle », comme elle les appelait en son for intérieur, afin de pouvoir manger le lendemain. Elle avait en elle un côté pratique inné qui lui interdisait d’en arriver à connaître les angoisses de la faim.

Le soir, elle se rendit dans les casinos, jardins d’été, etc., dans ces lieux par les courriers de théâtre des journaux dédaigneusement étiquetés « Établissement », un distinguo qui en dit long avec son air de n’y pas toucher, Établissements Bouillons-Duval de la galanterie. Là, en robe claire, elle prenait quelque consommation. Très souvent, des messieurs vinrent s’asseoir près d’elle ou, sans plus de façons, derrière sa chaise, lui parlèrent et la complimentèrent bêtement et tout de suite, du ton dont on parle à une chose conquise.

Margaret répondait ; son accent était un prétexte tout trouvé pour lui offrir de lui servir d’interprète et de mentor, c’était toujours la même chose !

Un jour elle accepta une promenade en automobile. Dès que la machine eût démarré, on s’enfonça dans les allées du bois. Elle se dit qu’après tout il fallait bien tenter la chance d’une bonne rencontre et que ce n’était pas en refusant sans cesse qu’elle arriverait à se faire des rentes.

Le galant pilote lui déclara que, dès le début, il préférait ne pas leurrer les femmes sur le résultat de ses relations. Il avait horreur du collage et payait en sorte que les victimes de son délassement momentané n’eussent pas de regrets d’avoir accédé à ses désirs. Si parfois une de ses amies de rencontre lui demandait un service, certes il se trouvait heureux de le lui rendre et pouvait même la revoir avec satisfaction, mais il était de ceux qui n’ont jamais aliéné leur liberté pour le regard de deux beaux yeux.

Il lui proposa donc de l’emmener dans un vaste hôtel où ils passèrent inaperçus. C’était ainsi, disait-il, qu’il agissait d’habitude.

Ce séducteur sans enthousiasme ne l’emballait que médiocrement ; pourtant elle consentit à le suivre. Ils reprirent la route qu’ils venaient de suivre, passèrent rapidement devant les restaurants aux feuillages éclairés à l’électricité dont les échos symphoniques les suivaient et leur apportaient de vulgaires refrains en vogue ou de valses de couleur plus ou moins entraînantes.

Margaret était peu soucieuse de dévoiler à des relations fugitives les secrets de son existence de hasard. Elle profitait alors de son manque d’habitude de la langue française pour éluder les questions. D’ailleurs, en général, les hommes à qui elle avait affaire étaient des hommes d’action, plus amateurs de pantomime que de paroles superflues.

Ils arrivèrent. Le monsieur parla au contrôle et ils montèrent dans l’ascenseur. Margaret s’attendait au moins à quelque plaisir, il n’en fut rien.

Banale chambre d’hôtel, banal préambule, sans tendresse et même sans vice, lui sembla-t-il. Le bonhomme, une fois satisfait, se rhabilla en sifflotant, ce qui parut à Margaret du ton le plus malséant, puis il posa un billet de banque sur la cheminée, prit son chapeau et sortit.

Margaret regarda le billet, et ne trouva pas « cela » si richement payé.

Quelques affaires dans le genre de celle-ci l’aidèrent à vivre. Elle surmonta son découragement et se promit de recommencer à l’occasion.

Avec toutes ses sorties et ses stations dans les restaurants, elle s’aperçut de la concurrence terrible qu’elle n’avait pas prévue en son nouveau métier, des femmes en toilettes tapageuses, couvertes de bijoux, arrivant avec de beaux messieurs, les plus riches en apparence et pour la plupart déjà pourvus.

En effet, le métier de femme galante n’exigeant autre chose que la volonté d’attirer les regards, cette aptitude peut se rencontrer chez la plus inepte des filles et point n’est besoin d’un esprit cultivé pour l’état de bête de somme de l’amour.

Cependant elle se familiarisait avec ce grand Paris qui l’avait un peu ahurie à son arrivée. On parlait de Montmartre autour d’elle, elle se proposa d’y aller le lendemain à l’heure de l’apéritif. Elle y dînerait, y passerait la soirée, en verrait la topographie, les allures, le mouvement.

Qui sait ? Peut-être aurait-elle plus de chance sur la butte !

Voir en ligne : Chapitre X : Lilian Dirland

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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