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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Mon initiation à la vie sexuelle

Études de Psychologie sexuelle (6)



« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Parmi les connaissances qui, de Kiev, venaient nous faire visite dans notre villa, il y avait une famille un peu équivoque, mais dont mes parents ne se défiaient pas assez. Le chef de cette famille était un ancien camarade de collège de mon père qui, l’ayant perdu de vue depuis sa jeunesse, le rencontra par hasard, cette année même à Kiev. Ce monsieur, après toutes sortes d’aventures et d’avatars, devint directeur d’une troupe de théâtre dramatique qui était loin de faire des affaires brillantes et qui venait d’arriver à Kiev, après avoir parcouru toute la Russie, depuis l’océan Pacifique jusqu’à la mer Noire. Mon père considérait son ami d’enfance comme un bohème incorrigible et désordonné, mais comme un brave coeur et, en tout cas, inoffensif. Ayant retrouvé, par hasard, mon père, cet aventurier ne le lâchait plus, comptant sur sa générosité pour lui demander des services pécuniaires. En cela il ne se trompa pas. Sa femme était une Roumaine, une ancienne chanteuse d’opérette ou même de café-concert. Elle avait auprès d’elle deux demoiselles : sa fille qui avait alors dix-huit ans et sa nièce de seize ans. Avec un sans-gêne de bohème ces quatre personnes s’introduisirent dans notre famille et vinrent constamment dîner chez nous sans être invitées, comme c’est, du reste, l’usage en Russie. (C’est même un des principaux traits qui distinguent la vie domestique russe de celle des Européens occidentaux.) On pourrait se demander comment mes parents, personnes plutôt austères, ont admis dans leur intimité ces individus dont le passé était en grande partie obscur et même suspect, et qui, dans tous les cas, appartenaient à un tout autre monde. À cela il est facile de répondre. En premier lieu, il y a en Russie, même dans la société plus aristocratique que celle à laquelle appartenaient mes parents, une certaine simplicité des moeurs, une certaine familiarité, un laisser-aller, qu’on ne connaît pas dans l’Europe occidentale et qui enlève quelquefois aux gens les moyens de se prémunir contre l’intrusion des importuns. La raideur des relations sociales anglaises n’existe pas chez nous. Même dans la haute aristocratie russe, l’esprit de caste est bien moins sensible que dans l’aristocratie anglaise ou allemande. Dans ses Mémoires sur son préceptorat auprès de l’empereur actuel de Russie (qui était alors le prince héritier), le professeur français M. Lanson raconte qu’à la cour d’Alexandre ni il y avait un laisser-aller qui frisait le débraillé et que l’étiquette y était assez peu observée. Les règles conventionnelles s’accordent difficilement avec les moeurs russes. En second lieu, en Russie, les dames, même les plus vertueuses et appartenant à la meilleure société, ont des idées très larges en matière de morale sexuelle et ne comprennent pas la sévérité pour les faiblesses des personnes de leur sexe. Une fille-mère, en Russie, n’a à baisser les yeux devant personne, elle est reçue partout et dit, au besoin, sans le moindre embarras, qu’elle n’est pas mariée et a eu un enfant. Je connais le cas d’une dame célibataire qui a eu quatre enfants de quatre hommes différents cela n’a fait aucun tort à sa position de professeur dans un gymnase gouvernemental de jeunes filles, toutes ses élèves connaissaient sa situation, qui aurait paru scabreuse dans un autre pays. De même, une femme qui, ayant abandonné son mari, vit ouvertement avec un autre homme est reçue en Russie dans toutes les maisons. Les dames russes se moquent non seulement du puritanisme rigide des terribles Anglaises, mais aussi bien du décorum hypocrite et mondain des femmes du continent européen. Voilà pourquoi le fait que la femme de l’ancien camarade de mon père avait été chanteuse de café-concert et avait passé, probablement, par nombre d’aventures galantes n’était pas du tout un obstacle à ce qu’elle fût reçue par une dame aussi sérieuse que ma mère.

Le directeur du théâtre et sa femme venaient donc nous voir souvent à notre maison de campagne. Quelques jours après ma conversation avec Glacha, les deux jeunes filles (j’appellerai Minna la fille de Mme X, celle de dix-huit ans, et Sophie celle de seize ans, la nièce) me proposèrent d’aller faire avec elles et Olga (qui, avec ma tante, était réinstallée chez nous) une promenade dans les bois environnants. Comme les femmes m’intéressaient maintenant, j’acceptai sans hésiter. Une fois au milieu de la solitude sylvestre, les deux grandes filles donnèrent à la conversation une tournure érotique. Elles me demandaient si j’étais amoureux, si je flirtais avec de petites filles, si les femmes m’intéressaient, etc. Fidèle à ma nouvelle tactique, je feignis une ignorance et une naïveté complètes. Olga qui était là, expliqua en riant aux jeunes filles que j’étais innocent comme un enfant qui vient de naître, que, dans ces choses-là, je ne comprenais rien de rien. On décida de me donner tout de suite la geschlechtliche Aufklarung. Dans un endroit bien solitaire de la forêt, au milieu des buissons qui nous cachaient, Olga se coucha par terre, Minna et Sophie me firent voir et toucher avec les doigts sa vulve. Elles me montrèrent avec des explications les différentes parties de l’organe, le clitoris, les petites lèvres, l’orifice urinaire, l’entrée du vagin, puis elles me décrivirent le coït et m’invitèrent à l’accomplir sur Olga. Pendant qu’une des jeunes filles écartait avec les doigts les grandes lèvres d’Olga, l’autre, également avec ses doigts, dirigeait mon pénis vers le vestibule. Mais l’acte ne réussissait pas, le pénis se heurtait contre la chair sans prendre la direction voulue. Après des tentatives infructueuses, Minna et Sophie me firent coucher sur le dos et dirent à Olga de s’accroupir sur moi, à cheval sur les hanches. En guidant manuellement mon membre, après l’avoir mouillé avec de la salive, elles réussirent à le faire entrer dans le vagin de la petite qui, depuis longtemps, n’était plus vierge. La glissade du pénis dans le vagin, laquelle, en retroussant le prépuce, découvrit mon gland, me fut assez douloureuse et, comme j’ai pu m’en apercevoir après, me fit une écorchure accompagnée de quelques gouttes de sang ; mais cette douleur ne fit pas cesser l’érection. Pendant qu’Olga était accroupie sur moi, gardant mon pénis dans le vagin, Minna se mit à chatouiller le clitoris de la petite, ce qui provoqua chez celle-ci l’orgasme : c’est la première fois que je voyais un orgasme féminin et je fus presque effrayé en voyant les lèvres de la fillette blanchir tout à coup, ses yeux se révulser, pendant que la respiration haletait, les membres se contractaient convulsivement et le visage changeait de couleur. En même temps elle avançait la tête vers mon épaule comme si elle voulait me mordre. D’autre part, cette extase était accompagnée d’une contraction spasmodique de la vulve et cela me fit très mal au col du pénis. Alors les grandes filles nous retournèrent tous les deux sans nous séparer, avec des précautions, de manière que, pendant l’opération, le pénis ne sortît pas du vagin ; elles couchèrent ainsi Olga sur le dos en me laissant sur son ventre, dans la position normale du coït. Je restais immobile, mais une des jeunes filles se mit à me soulever rythmiquement par les hanches, en m’apprenant ainsi à faire les mouvements du coït. Ces mouvements m’étaient douloureux, surtout au moment où Olga eut un nouvel orgasme avec une nouvelle contraction des muscles du vagin. De mon côté, il n’y eut pas d’éjaculation, mais l’érection cessa peu à peu. En me levant, je fus effrayé en voyant du sang sur mon membre et surtout en constatant que le gland du pénis était dénudé et légèrement tuméfié. Je ne réussissais pas, malgré tous mes efforts, à le recouvrir avec le prépuce et je ne pouvais remettre le pénis dans le pantalon à cause de la sensation insupportable qu’occasionnait le contact de mon gland avec les vêtements. Mais les jeunes filles se mirent à me rassurer en disant que cela passerait et en m’essuyant le membre ensanglanté avec leur mouchoir. Et en effet, après avoir passé environ une demi-heure à causer avec elles, le pénis à l’air, j’eus la satisfaction de constater que le prépuce se remettait de lui-même à sa place en recouvrant le gland. Nous nous acheminâmes alors vers la villa. Minna me dit : « N’est-ce pas que c’est bon ? Cela vaut mieux que la grammaire latine. » Je ne répondis rien, j’avais des remords et un sentiment de honte. D’autre part l’acte ne m’avait pas fait jouir ou, s’il y avait eu jouissance, ce fut celle d’une forte érection : en revanche, j’avais éprouvé des douleurs assez aiguës que cette jouissance ne pouvait compenser. Olga nous raconta qu’elle faisait ça avec Kostia et coïtait avec d’autres garçons depuis des années. Naturellement, on me fit promettre de ne rien dire à personne de ce qui venait de se passer. Recommandation inutile : la honte suffisait à m’empêcher de parler.

Mon premier coït fut donc pour moi une déception, puisqu’il me causa des sensations plutôt douloureuses que voluptueuses. Et pourtant j’étais tourmenté du désir ardent de recommencer l’expérience. Pendant les jours suivants, je m’arrangeai de façon à me retrouver seul avec Olga et aussi avec Glacha et à avoir avec elles des coïts plus ou moins complets. Une fois, je les ai rejointes quand elles dormaient avec Kostia sur les matelas du salon, et Kostia et moi nous les possédâmes chacune alternativement. Maintenant j’éprouvais plus de plaisir ou, pour mieux dire, moins de souffrance en coïtant, mais les spasmes vénériens de la vulve me faisaient mal encore et je redoutais le moment, quand, à l’expression du visage des fillettes, je devinais que le paroxysme du plaisir suprême allait venir pour elles. Glacha, comme Olga, n’était plus vierge depuis des années.

Une semaine environ après la promenade au bois, Minna et Sophie m’emmenèrent à Kiev. Le prétexte était une fête de bienfaisance qui devait avoir lieu dans un jardin public de la ville. Faisaient partie du programme de la fête une tombola pour enfants, différents concours et jeux, également pour les enfants, mais une partie des divertissements était destinée aux grandes personnes ; le père et la mère des jeunes filles devaient y figurer : l’un devait déclamer une poésie, l’autre chanter des romances. Mes parents furent invités, mais ils ne voulurent pas y aller et, sans la moindre appréhension, me laissèrent partir seul avec Minna et Sophie dont ils ne soupçonnaient pas les passions. Nous allâmes à la fête qui me parut plutôt ennuyeuse ; puis, quittant leurs parents qui restèrent dans le jardin, les jeunes filles rentrèrent avec moi chez elles bien avant la fin de la fête. Le soleil était encore assez haut sur l’horizon et les jeunes filles me dirent que leurs parents, invités ailleurs, ne rentreraient pas avant la nuit. La famille logeait à l’hôtel où elle occupait trois ou quatre pièces. Les jeunes filles m’introduisirent dans leur chambre. Elles me montrèrent d’abord des gravures où il y avait des nudités ordinaires, reproductions des tableaux du Titien, de Rubens, etc., puis quelques photographies obscènes, chose que je voyais pour la première fois de ma vie. Une de ces photographies, achetées par le père de Minna en Égypte, représentait une scène de pédérastie. Cela me parut renversant, je ne voulais pas admettre la possibilité de choses pareilles. Minna et Sophie m’assurèrent que ce n’était pas une fiction, que c’était un sport très répandu entre hommes et que les femmes aussi s’aimaient et coïtaient entre elles. Nouvel étonnement, nouvelles manifestations d’incrédulité de ma part. Alors les jeunes filles confirmèrent leurs paroles par des actes. Elles ôtèrent leur pantalon, se mirent sur un canapé, entrelaçant leurs jambes et appliquant leurs vulves l’une sur l’autre, et coïtèrent en ma présence. Pendant la durée de l’acte, les deux cousines manifestaient leurs sensations voluptueuses par les changements de couleur de leur visage, par leur respiration haletante, par de petits cris et gémissements, par des baisers ardents entremêlés de légères morsures, enfin par les contorsions involontaires de leurs corps. Mais moi, en les regardant faire, j’étais presque autant ému qu’elles et l’érection que j’éprouvais était douloureuse à force d’être intense. Ayant terminé l’acte, Minna se leva : Sophie restait couchée sur le dos, les jambes écartées. Je remarquai que la vulve de la jeune fille était lubrifiée par un liquide dont un filet blanchâtre et épais glissait lentement le long du sillon génital et du périnée, et, tombant sur le velours défraîchi du canapé, tachait l’étoffe. Me rappelant mes lectures dans le manuel des maladies vénériennes, je crus que c’était une suppuration due à une maladie secrète et le dis aux jeunes filles qui se mirent à rire et me dirent que cette espèce de « jus » coule toujours des organes sexuels des femmes quand elles éprouvent du plaisir dans cette partie de leur corps.

Ayant vu que les deux jeunes filles avaient le mont de Vénus poilu, je compris enfin qu’il en était ainsi chez toutes les femmes adultes. J’ai raconté déjà que j’eus une sensation de dégoût la première fois qu’il m’arriva de toucher le poil des parties sexuelles de la femme (c’était lors de l’aventure avec la servante Macha). Cette sensation de dégoût disparut après mon aventure avec les deux cousines, mais laissa cependant une trace dans mon âme. C’est ainsi, du moins, que je m’explique cette circonstance que les poils du pubis féminin n’ont pas d’attrait pour moi ; plus ils sont abondants et plus ils me sont désagréables. Quand ils sont trop longs, leur vue fait cesser chez moi l’érection. La vue d’un mont de Vénus couvert de poils peu touffus et courts (comme chez la plupart des jeunes filles de quatorze ou quinze ans) et ayant, par suite, un aspect juvénile m’excite, au contraire, fortement. L’impression est encore plus forte quand il n’est couvert que d’une espèce de poil follet ou de duvet, comme chez beaucoup de jeunes filles de treize ans. Mais ce qui me plaît le plus, c’est un mont de Vénus entièrement glabre. En cela je partage le goût des Orientaux et des Grecs anciens. Ce goût vient, sans doute, chez moi de ce que c’étaient de petites filles (Olga et Glacha) qui me firent éprouver la première émotion sexuelle (du reste, intense) et chez lesquelles j’examinai pour la première fois avec un prurit libidineux les parties génitales féminines. Chez les Orientaux ce goût a, peut-être, les mêmes causes. Les garçons restent dans le gynécée, tout imprégné d’atmosphère voluptueuse, tout plein de conversations lubriques, assez longtemps (jusqu’à l’âge de onze, douze et même, quelquefois, treize ans). Comme la maturité sexuelle est précoce dans les pays chauds, il est probable qu’ils s’essayent à des jeux érotiques avec les petites filles qui sont élevées avec eux, ou du moins les voient nues ; par association d’impressions, les pubis glabres restent pour eux un symbole érotique particulièrement suggestif. De plus, on marie ordinairement les jeunes musulmans à l’âge de quatorze et de quinze ans, même (dans les contrées les plus chaudes, par exemple en Afrique) à treize ans, et on leur donne souvent des femmes non nubiles (dans certains pays des fillettes de dix, neuf et même de huit ans ; normalement, la jeune fille qu’on marie n’a pas moins de douze ou onze ans, mais, à cet âge, même dans les pays chauds, elle a le pubis glabre). Chez les Grecs anciens où les enfants des deux sexes jouaient ensemble nus jusqu’à onze ou douze ans, la curiosité sexuelle devait s’éveiller de bonne heure, comme cela a lieu, pour la même raison, selon les observations de Mantegazza, sur les rives de La Plata ou de l’Uruguay ou encore à Madagascar, où, selon tous les observateurs, les relations sexuelles commencent entre enfants à l’âge de six et sept ans. Par suite de ces souvenirs érotiques d’enfance qui sont, généralement, décisifs pour toute la vie, les Grecs anciens conservaient le culte de la femme glabre. Dans les pays du Nord (où, à cause du climat et des habitudes, les fillettes portent plus souvent le pantalon et même le pantalon fermé, de flanelle, etc.), les garçons ont moins souvent l’occasion de voir les organes sexuels féminins et c’est peut-être pour cette raison que le goût du pubis glabre y est moins répandu. Mais je reviens à mon récit.

Tout de suite après le coït homosexuel, Sophie m’invita à coïter avec elle, ce que je fis avec plus de volupté que les fois précédentes ; je crois même que j’ai eu cette fois quelque chose comme une éjaculation (quoique, sans doute, sans sperme). La contraction de la vulve de la jeune fille pendant l’orgasme me fut cependant un peu douloureuse. Un peu après, j’essayai le coït avec Minna, mais n’y réussis pas, ayant, sans doute, été épuisé par l’effort précédent ! Alors Minna me pria de faire avec elle le cunnilingus. Chose étrange, non seulement je n’eus aucune répugnance pour cet exercice, mais j’y trouvai tout de suite un vif plaisir. Pendant le reste de la soirée, les deux jeunes filles tâchèrent d’achever mon éducation en m’expliquant les différents raffinements sexuels, me parlant en détail des différentes figuræ Veneris, etc. Ces deux jeunes personnes étaient de véritables encyclopédies des connaissances érotiques. Elles firent mon lit sur le canapé du salon et je m’endormis avant la rentrée de leurs parents à l’hôtel. Le lendemain, elles me ramenèrent chez mes parents qui ne se doutaient pas de l’espèce d’initiation que je venais de recevoir.

Pendant les jours qui suivirent, j’ai coïté encore avec Minna et Sophie, avec un plaisir croissant dans trois occasions différentes. La fin des vacances approchait : une douzaine de jours me séparaient seulement de la rentrée des classes. Mon père avait une propriété avec maison de maître, grand jardin, etc., à la distance d’une vingtaine de kilomètres de la propriété de mon oncle. Mais c’est chez mon oncle et non dans la propriété de mon père que nous passions habituellement l’été, car cette dernière était affermée. L’année dont je parle, mon père avait besoin de voir le tenancier de sa propriété et comme il ne devait y passer que quelques jours, il m’emmena comme compagnon de voyage. On nous installa dans notre maison et nous y passâmes dix jours, et revînmes à Kiev pour la rentrée des classes. Pendant ces quelques jours une nouvelle aventure érotique m’arriva que je note surtout parce que ce fut une des rares circonstances où il m’advint de prendre l’initiative des relations sexuelles. Voici comment la chose se passa.

La famille de notre fermier était nombreuse et joyeuse : des amis et des parents venaient la voir. Entre autres, il y avait une jeune parente étudiante d’université, ou koursistka, comme on dit en russe, c’est-à-dire celle qui suit les cours supérieurs ; cette jeune fille, d’une vingtaine d’années, suivait les cours supérieurs d’histoire et de lettres à Moscou. Immédiatement après notre arrivée, mon cousin (le jeune Don Juan du village dont j’ai déjà eu l’occasion de parler) vint nous voir, en arrivant à cheval du village de mon oncle. On nous donna, à lui et à moi, une chambre à coucher commune dans une espèce de tourelle ou de mezzanine au-dessus de la maison. Cette mezzanine contenait deux chambres à entrées indépendantes donnant sur le palier de l’escalier ; mais ces chambres communiquaient aussi par une porte commune. Mon cousin et moi, nous occupions une de ces chambres, l’étudiante dormait dans l’autre. Une fois il m’arriva de me réveiller au milieu de la nuit. J’entendis dans la chambre à côté un bruit de baisers et des craquements de lit. Les rayons de la lune filtrant par les vitres, je vis que mon cousin avait quitté son lit et notre chambre. Comme je n’étais plus l’enfant innocent d’il y avait deux mois, je compris tout de suite ce qui se passait. M’approchant, à pas de loup, de la porte qui conduisait dans l’autre chambre, je regardai d’abord par le trou de la serrure, croyant que le clair de lune me permettrait de voir le lit de la demoiselle, mais le lit était placé de telle sorte qu’on ne pouvait le voir de cette façon. Alors je collai mon oreille à l’endroit où j’avais mis d’abord mon oeil. Grâce au silence de la nuit rurale, je percevais tous les sons dans la chambre à côté, même les plus faibles : je tâchais d’en deviner la provenance et cela m’excitait violemment. J’entendais non seulement les baisers, les soupirs, le halètement des respirations, les petits cris de femme réprimés, la danse du lit, mais des bruits plus intimes encore : le tapotement des ventres nus qui s’entrechoquaient, les claquements et clapotis produits sans doute par les mouvements rapides de va-et-vient du pénis dans les plis, ruisselants de mucus et palpitants de volupté, du vagin et de la vulve. Du moins, c’est ainsi que j’interprétais certains bruits qui arrivaient jusqu’à mon ouïe. Je voyais, pour ainsi dire, par les oreilles : je pouvais suivre les progressions de l’extase charnelle jusqu’au moment suprême. Puis mon ouïe me fit savoir que l’acte était terminé. J’entendis des chuchotements c’étaient d’abord des conversations banales sur les événements de la journée. Puis mon cousin se mit à raconter des anecdotes pornographiques à sa compagne qui poussait quelquefois de tout petits rires. Le coït se renouvela plusieurs fois dans la nuit. Accablé de fatigue et moulu d’excitation sexuelle, le pénis constamment érigé, avec des douleurs aux testicules et aux aines, je restais debout auprès de la porte, sans pouvoir me décider à me recoucher. Enfin, vers le matin, je rentrai dans mon lit et m’endormis, non sans peine. Je me réveillai assez tard, à la mode russe ; mon cousin était dans son lit, c’est donc pendant mon sommeil qu’il avait quitté la voisine. Je ne lui dis rien de ma découverte. Il nous quitta dans la journée, rentrant chez son père. Profitant du moment où les grandes personnes faisaient leur sieste (en Russie, surtout dans le midi, on dîne ordinairement à trois ou quatre heures de l’après-midi ; c’est le seul grand repas de la journée ; étant extraordinairement copieux, il alourdit l’organisme, de sorte que la plupart des gens éprouvent le besoin de se reposer tout de suite après on dort donc, une heure ou deux. Ensuite on prend le thé à sept ou huit heures du soir avec des tranches de pain beurré, des ronds de saucisson, des viandes froides. Quelquefois on fait, en plus, un souper dans la nuit ; dans la plupart des familles, ce n’est pas un usage constant, mais ces soupers ont lieu quand, dans la maison, il y a des visiteurs qui s’attardent, chose, du reste, tout à fait normale en Russie alors, à minuit ou à une heure du matin on sert un grand repas, aussi abondant que celui de trois heures de l’après-midi ; on reste quelquefois à table jusqu’à trois heures du matin au grand désespoir des domestiques qui, en Russie, même dans les familles les plus libérales et radicales, sont surchargés de travail comme des esclaves). Je fis aussi (contrairement à mes habitudes) un somme de deux ou trois heures, ce dont personne ne s’aperçut, puisque tout le monde avait fait comme moi et qu’on ne se revoit pas avant le thé du soir. Nous nous couchâmes assez tard. Seul dans ma chambre, en entendant les mouvements de ma voisine qui se couchait et me rappelant la nuitée de la veille, je fus pris d’une excitation si violente qu’elle me poussa à une démarche dont l’audace n’était pas du tout dans mon caractère, habituellement timide. J’entrai en chemise dans la chambre de l’étudiante et lui dis que j’avais peur de dormir seul, la priant de me permettre de dormir dans son lit. Après un moment d’hésitation, elle y consentit. Il ne faut pas oublier que je n’avais que onze ans et demi. J’étais étonné moi-même du succès de ma témérité et ne craignis pas de pousser l’aventure plus loin. Pendant une demi-heure ou une heure — je ne le sais pas exactement — je suis resté immobile, couché auprès de la jeune fille, la touchant de mon corps, sous la même couverture. Nous ne dormions pas, ni elle ni moi. Finalement, en me retournant et feignant de faire un mouvement involontaire, j’ai touché avec ma main le bras nu de ma compagne de lit. Je me suis mis à le caresser doucement. Comme il n’y eut pas de protestation, cela m’enhardit et je touchai avec mon pied nu le pied, puis le mollet nu de la demoiselle. Je posai ma main sur le genou de la voisine à laquelle enfin — sous l’influence d’une excitation de plus en plus intense, et tout tremblant, non seulement de luxure, mais aussi de peur à la pensée des conséquences possibles de ma hardiesse — je pris, sous les couvertures, une main et la mis sur mon membre fortement érigé. La demoiselle retira vivement sa main, mais ne dit rien et ce silence me rassura. Je me risquai à glisser ma main sous la chemise de la jeune fille, en caressant son ventre d’abord, puis son mont de Vénus. Au moment où ma main appuyait sur ce dernier, la jeune fille poussa un léger soupir et écarta ses jambes l’une de l’autre. Je compris qu’elle était, elle aussi, sexuellement excitée. Alors je me soulevai en mettant mes genoux entre les cuisses de ma compagne et me couchai sur son ventre, en tâchant d’introduire mon pénis dans le vagin, à quoi je parvins enfin après quelques tâtonnements et tentatives ratées. Pendant que je coïtais le mieux que je pouvais, elle restait immobile et silencieuse. Seuls les soupirs qu’elle poussait de temps en temps et quelques rares mouvements involontaires qu’elle ne pouvait réprimer me démontraient qu’elle prenait part à ce qui se passait. Après l’acte, je me suis recouché auprès d’elle sans que nous ayons échangé une parole. Au matin, en nous réveillant, nous coïtâmes toujours de la même façon, moi agissant et elle se taisant, les yeux fermés. Seulement, cette fois, â mes baisers sur ses seins elle répondit par un baiser sur ma tête. Silencieusement, je suis rentré dans ma chambre pour m’habiller. Pendant la journée, il m’est arrivé de causer avec l’étudiante, ce fut de choses indifférentes. Nous passâmes encore deux nuits d’une façon absolument semblable, coïtant sans presque échanger deux mots. Puis elle partit pour Moscou et, quelques jours après, je rentrai avec mon père à Kiev où je repris les cours du gymnase.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (7) : Parties sexuelles avec Elias et sa sœur Sarah

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



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