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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Mon « instruction sexuelle » avec Macha

Études de Psychologie sexuelle (4)



« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Je quittai la campagne pour passer l’examen d’entrée au gymnase. L’examen fut pour moi un triomphe, j’eus la note maximum pour tout et les professeurs me complimentèrent. En entrant dans la première classe du gymnase, je n’avais pas tout à fait dix ans. Mes études pendant les deux premières années furent brillantes. Je n’avais jamais d’autre note que cinq (le maximum dans les gymnases russes) et étais toujours inscrit au tableau d’honneur ou tableau d’or, comme on dit en Russie : c’est une planche rouge dans un cadre doré, sur laquelle sont inscrits les noms des meilleurs élèves il n’y en a guère plus d’un par classe et quelquefois aucun élève d’une classe n’est jugé digne de cette distinction. L’élève qui termine ses études après avoir été au tableau d’or pendant la dernière ou les dernières années reçoit une médaille d’or. J’étais naturellement élève externe, mais mes parents ne m’aidaient jamais dans la préparation de mes leçons et dans mes exercices scolaires. Ils étaient heureux d’entendre dire au directeur du gymnase que j’étais un sujet d’orgueil pour l’établissement, surtout à cause de mes compositions que les professeurs lisaient aux élèves des classes supérieures pour l’édification de ces derniers et pour leur faire honte de leur infériorité. Ma traduction en prose latine d’une poésie de Lermontoff intitulée Le Prophète (je ne connaissais pas alors, bien entendu, la métrique latine, étant en seconde classe seulement, et c’est à cause de cela que la traduction a été faite en prose) fut montrée au recteur de l’Université qui dit que peut-être, grâce à moi, la Russie pourrait s’enorgueillir un jour de posséder un Denys Lambin, un Bentley ou un Ruhnken (j’ai su cet éloge plus tard). Et le professeur d’arithmétique m’appelait en plaisantant : « Notre futur Lagrange ». Combien loin de se réaliser ont été, hélas ! ces prédictions !

J’étais aimé de mes camarades parce que, fidèle aux enseignements de mes parents, je ne les dénonçais jamais (vertu qui était très rare dans notre gymnase par ordre du gouvernement et pour former de futurs sujets fidèles du tsar, de futurs vrais Russes, les autorités scolaires tâchaient de développer parmi les élèves l’esprit de mouchardise et de délation par tout un système, bien organisé, de mesures), parce que je les soufflais artistement quand on les interrogeait, leur passais, les jours de composition en classe (extemporalia), mes brouillons, les solutions de problèmes, etc. Bref, j’étais dévoué à la collectivité et, quoique choyé par les professeurs, voyais en eux les oppresseurs de mes condisciples. Mais, n’étant jamais en révolte ouverte, j’avais les meilleures notes pour la conduite. Parmi mes camarades, j’avais quelques amis intimes. Je les faisais profiter des fruits de mes lectures en leur racontant ce que j’avais appris dans les livres. Je tâchais, d’autre part, de les intéresser aux lectures sérieuses : histoire, géographie, astronomie, livres de Brehm sur les animaux, de Tyndall sur les phénomènes géologiques et physiques (ma mère, précisément, avait publié une adaptation populaire des ouvrages de Tyndall). J’ai fait entièrement partager mes goûts à un de mes amis et nous étions bien vains de notre science. Je me souviens que nous avons eu une fois l’idée de nous promener dans un jardin public en causant à haute voix, pour être entendus par les grandes personnes et en émaillant notre conversation de toutes sortes de mots savants et difficiles, dont nous ignorions la signification, tels que : transcendantal, subjectif, objectif, synthétique, atomicité, paramètre, évolutionnisme, précession des équinoxes, thermodynamique, etc., mots que nous avions retenus, en petits perroquets que nous étions, au hasard de nos multiples et confuses lectures. Quel dommage que cette remarquable conversation au jardin public n’ait pas pu être sténographiée !

Jamais il ne m’est arrivé alors de parler avec mes camarades de choses sexuelles. Mon ami le plus intime (le petit amateur des mots savants) était aussi innocent que moi. Voyant les chiens s’accoupler dans la rue, nous ne comprenions rien à ce phénomène ; voyant qu’ils ne pouvaient pas se décoller et ne sachant pas du tout qu’ils étaient « collés » par les organes sexuels, nous croyions que c’était une espèce de maladie et tâchions de séparer les pauvres bêtes à coups de pied. Un jour, j’ai demandé à mon père l’explication de cette « maladie » et lui racontai mes efforts pour séparer les animaux. Il ne me donna aucune explication, mais me dit de laisser les chiens tranquilles, ce que je fis.

Étant en première classe du gymnase et ayant un peu plus de dix ans, j’ai failli faire un pas décisif dans la voie de la geschlechtliche Aufklarung, comme disent les Allemands. Nous avions à cette époque une servante qui s’appelait Macha (diminutif de Marie). C’était une florissante campagnarde de dix-huit ou vingt ans, bien différente de la citadine Pélagie. Tandis que cette dernière ne donnait aux enfants que des leçons de bonté et de religion, Macha entreprit mon « instruction sexuelle ». À cette époque, tous les soirs je me retirais dans ma chambre, où était ma table de travail, pour préparer mes leçons, ce qui était vite fait, et pour lire ensuite à mon aise. Mes parents ne venaient jamais me déranger. Mais Macha prit l’habitude d’y venir me tenir compagnie après le thé du soir. Au commencement, j’étais content de cette société. Désireux de répandre autour de moi les lumières de la science, j’essayais d’instruire la servante en lui expliquant les mystères de l’astronomie, en lui exposant ce que je savais en histoire et en géographie, en lui montrant des images, etc. Mais Macha avait peu d’inclination pour les connaissances encyclopédiques et leur préférait certaines notions d’anatomie et de physiologie. Ainsi, quand, en lui parlant des faits historiques, je mentionnais des mariages ou des amours, elle faisait des plaisanteries et des allusions que je ne comprenais pas. Quand je lui montrais des livres de voyages avec des gravures qui représentaient les sauvages in naturalibus, elle ne manquait jamais de mettre le doigt sur l’endroit où était représenté le pénis de quelque Botocudo ou de quelque Hottentot en riant bien fort et en ajoutant quelquefois : « C’est dommage que ce ne soit qu’une image. » De même, quand elle regardait la reproduction de quelque statue antique dont on voyait la virilité. En montrant le bas-ventre de quelque nudité mythologique féminine, elle me disait : « On n’a pas dessiné le plus joli. Voudriez-vous le voir dans la réalité ? » Ces inconvenances me choquaient et je tâchais de l’intéresser aux matières graves, mais elle m’interrompait en disant : « Comme vous êtes savant, comme vous êtes savant ! Si jeune et si savant ! Vous savez tout ce qu’il y a dans le ciel et sur la terre, vous avez lu tous les livres. Et pourtant il y a un point où je suis plus savante que vous ; il y a une chose que vous ne savez pas et que je sais. Vous ne savez pas ce que les messieurs et les dames font au lit la nuit. — La belle affaire ! disais-je. Ils dorment. — Ah ! mais pas du tout, ils font quelque chose de bien plus agréable. » M’attendant à quelque nouvelle inconvenance, j’essayais de donner une autre direction à la conversation, mais Macha s’obstinait : « Vous ne savez pas comment se font les enfants ! — Mais si, je le sais : ils sortent du ventre des femmes. — Oui, les femmes font les enfants comme ça. Mais les hommes, comment les font-ils ? Vous me prenez pour un imbécile, je sais bien que les hommes ne font pas d’enfants ! — Comme vous vous trompez ! Ce sont les hommes qui font les enfants aux femmes. — Quelle absurdité ! » Et, persuadé qu’elle se moquait de moi, de nouveau je parlais d’autre chose. Mais elle revenait à la charge : « Il faut que je vous dise ce que les messieurs et les dames font quand vous dormez. Je vous dirai quelle danse ils dansent au lit. Et votre papa et votre maman dansent cette danse ! » Je protestais : « Et d’abord, papa et maman ne couchent jamais ensemble ! » (En Russie, dans la bonne société, les chambres des époux sont toujours séparées les lits appelés dans le Midi de l’Europe matrimoniaux sont considérés en Russie comme une chose scandaleuse.) « Encore une erreur, reprend Macha, votre papa vient la nuit rejoindre votre maman. Écoutez donc, je vais vous dire quelle danse ils dansent. » Alors je me fâche, défends à Macha de parler et menace de m’en aller si elle continue. Ce n’est pas que je devine ce qu’elle va dire, pas le moins du monde ! Mais je sens qu’elle va dire quelque chose de contraire aux bienséances et de calomnieux en même temps. Cette conversation, dont je me souviens si bien, recommençait tous les soirs et chaque fois je la coupais en menaçant de m’en aller. Une fois, Macha me dit : « Pendant que vous dormirez, je viendrai auprès de vous et entourerai vos testicules (en Russie on désigne vulgairement ces organes par le mot ordinaire qui veut dire oeufs, yaitsa) avec une ficelle que je serrerai très fortement en faisant un noeud avec elle ! Et alors qu’est-ce que vous ferez ? Vous ne pourrez rien faire ! » L’idée de ce danger mystérieux m’effraya et alors je dis à Macha que, pour prévenir cette attaque, je me plaindrais à mes parents. Ce fut son tour de s’effrayer, elle me pria de n’en rien faire et jura que ses paroles n’étaient qu’une plaisanterie. « Une plaisanterie bien bête », lui répondis-je. Enfin, un soir, elle fut plus hardie. Pendant que je lui montrais les gravures in-folio de l’Histoire des Croisades de Michaud, étant assis à gauche de la jeune fille, elle retroussa doucement sous la table ses jupons (en Russie, les femmes du peuple ne portent pas de pantalon) et saisissant brusquement de sa main gauche ma main droite, elle mit celle-ci sur sa vulve, tandis que de sa main droite elle ouvrit mon pantalon et saisit fortement mon membre viril. Ma main, avec laquelle elle essaya de frotter son mont de Vénus, sentit quelque chose de velu et d’humide, ce qui me dégoûta profondément. Indigné, je me levai en m’arrachant aux mains de Macha et lui déclarai que j’irais tout de suite voir mon père. Elle pâlit, se mit en travers de la porte et me supplia, en pleurant ou feignant de pleurer, de ne pas la perdre en la dénonçant. J’avais le caractère trop faible pour ne pas céder à ses supplications et je lui promis de ne jamais parler à personne de cet incident. Mais désormais j’avais peur de rester avec Macha en tête à tête. Par suite, je dis à ma mère qu’il m’était plus agréable de préparer mes leçons dans son cabinet de travail où elle passait souvent la soirée en écrivant ses brochures ou en faisant sa correspondance. Ma demande fut acceptée. Quand j’étais seul dans ce cabinet, Macha n’osait y entrer.

Je me souviens des réflexions que je fis après cette histoire, sur la sensation de velu que j’avais en touchant malgré moi le mont de Vénus de Macha. « Pourquoi a-t-elle du poil là ? Est-ce une maladie ? » (je connaissais des cas de cuir chevelu, je pensais aussi à la grande verrue couverte de longs poils qu’avait une de mes tantes). Chose curieuse je n’ai pas rapproché ma nouvelle expérience du souvenir des « triangles noirs » des jeunes filles que j’avais vues se baigner, ni de la connaissance que j’avais de la pilosité du pubis des hommes adultes. Cela montre bien que nous pouvons posséder des connaissances qui se complètent l’une l’autre et dont le rapprochement ferait immédiatement jaillir une vérité nouvelle sans avoir l’idée de faire précisément ce rapprochement des deux renseignements acquis dans des circonstances différentes. Si on avait suffisamment observé cette imperfection de l’intelligence humaine, on aurait peut-être traité avec moins de mépris le syllogisme et on aurait peut-être hésité un peu avant d’affirmer que cette opération mentale ne nous apprend rien de nouveau. Nous pouvons pendant toute notre vie posséder séparément la majeure et la mineure sans jamais penser à la conclusion qui jaillirait de leur réunion syllogistique.

Macha ne me poursuivit plus avec ses tentatives libidineuses. Une fois seulement, comme un dimanche je tardais à me lever, elle fut envoyée par ma mère dans ma chambre pour me réveiller. Sous le prétexte de m’obliger à me lever tout de suite, elle voulut m’enlever ma couverture. Une lutte acharnée s’engagea. Je m’aperçus bien que Macha voulait seulement voir mes organes sexuels et me défendis vaillamment. Comme j’étais très fort, elle ne put arriver à me dénuder et, après de longs et énergiques efforts, dut abandonner la partie.

Je ne me souviens d’aucun autre épisode se rapportant aux choses sexuelles pendant la période de mes deux premières années au gymnase. Pour être complet, je puis raconter seulement que, pendant que j’étais en première classe, je fus frappé par différents mots obscènes qui s’étalaient partout dans les rues, sur les murs, sur les bancs des promenades publiques, etc. J’ignorais le sens de la plupart de ces termes et interrogeai là-dessus mon père. Il me dit seulement que c’étaient de vilaines choses écrites par des voyous. Alors, avec mon petit ami (celui-là même avec qui nous avions si naïvement essayé de nous faire passer pour de grands savants), nous nous fîmes un devoir d’effacer ces mots sur les murs ou sur les bancs des jardins quand personne ne nous voyait. En dehors de ce fidus Achates, j’avais dans ma classe d’autres amis, moins intimes ; du reste, j’étais en bons termes avec tous les élèves de ma classe : je ne me battais jamais avec eux. Ceux qui pouvaient ne pas éprouver pour moi de sympathie particulière étaient tenus en respect par la réputation de ma force physique. On savait que j’avais rossé plusieurs élèves des deux classes immédiatement supérieures à la nôtre et cela me faisait une grande popularité.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (5) : La clef du mystère sexuel

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



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