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Récit érotique

Monnaie vivante

Petits arrangements corporels

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Monnaie vivante », Récit érotique, Paris, novembre 2014.


Monnaie vivante

Comme l’argent n’a jamais fait le bonheur de ceux qui n’en ont pas, elle avait décidé d’assumer pleinement son manque persistant et de l’abandonner dans ses échanges quotidiens. Pourquoi devrait-on toujours utiliser ces froides et impersonnelles devises de papier et de métal dans ses achats ? N’y a-t-il pas d’autres moyens, plus chaleureux, plus naturels, pour obtenir ce qui nous semble nécessaire à notre vie ?

Sûre de sa jeunesse et de sa séduction, elle avait ainsi établi toute une gamme de caresses qu’elle proposait avec discrétion à tous ceux dont les compétences, artisanales ou libérales, étaient utiles à son bien-être. Boulangers, médecins ou pharmaciens, ils étaient rares ceux qui refusaient ses petits arrangements corporels.

Il est vrai qu’elle avait une frimousse d’ange et des avantages autrement plus rebondis et agréables à toucher qu’un vulgaire billet, fut-il de 100 euros.

Pour une baguette croustillante, elle offrait un baiser profond. Contre un steak ou un poisson du jour, elle proposait au détaillant consentant une branlette à l’huile de cade ou dans un de ses bas nylon.

Avec les restaurateurs — surtout ceux qui avaient tendance à faire la fine bouche —, elle négociait un repas complet contre une fellation dans les cuisines.

C’était la même faveur qu’elle accordait aux plombiers, aux maçons et aux électriciens quand une petite réparation s’imposait dans sa maison.

Pour les ensembliers — car il lui fallait bien aménager son intérieur —, elle s’offrait toute entière, pour une heure ou une nuit, selon la taille et la qualité du meuble apporté.

Oui, la vie était simple et douce pour elle, même sans compte bancaire.

On ne sait trop, dans la commune, quelle rombière envieuse eut, un jour, la mesquine idée de porter à la connaissance de la police son réjouissant mode d’existence.

Au commissaire qui lui reprochait de se livrer à la prostitution, elle eut beau jeu de répliquer qu’elle ne prenait jamais d’argent à ses fournisseurs. Et que c’était pour échapper à l’oppression du système financier qu’elle avait créé sa propre monnaie avec les seuls atouts que la nature lui avait (généreusement) prodigués.

Finalement, c’est pour anarchisme et activité séditieuse que le juge en charge de son dossier prononça son incarcération. On aura compris que c’était un homme qui n’aimait pas les femmes.



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