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L’Œuvre du Chevalier Andrea de Nerciat

Monrose ou le Libertin par fatalité

Récit érotique (1797)



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Andrea de Nerciat, Monrose ou le Libertin par fatalité, L’Œuvre du Chevalier Andrea de Nerciat, (introduction, Essai bibliographique, Analyses et notes par Guillaume Apollinaire), Paris, Bibliothèque des curieux, collection « Les Maîtres de l’Amour », Paris, 1927, pp. 107-133.


MONROSE OU LE LIBERTIN PAR FATALITÉ

Monrose n’est que la suite du roman de Félicia et encore une fois, ainsi que le dit titre du premier chapitre : c’est Félicia qui parle. Ce qu’elle dit, l’auteur le pensait lui-même, et ce chapitre est fort intéressant puisqu’il fait connaître le caractère et quelques opinions du chevalier Andrea de Nerciat au retour de ses voyages. Ce chapitre, le voici.

Je reviens à vous, chers lecteurs, puisque vous voulûtes bien m’écouter avec autant d’indulgence la première fois que je m’avisai de vous entretenir. Mais malgré l’espèce d’engagement que j’avais pris avec moi-même de vous donner les suites de mes Fredaines, ce ne sera pas cependant de moi que je vous parlerai. Trouvez bon de ne me plus voir sur la scène qu’en, qualité d’accessoire : Monrose (dont vous vous souvenez sans doute) va maintenant y jouer le rôle principal.

Au surplus, ne vous imaginez pas que ce soit faute de matériaux qu’il me convienne de laisser un autre lier son monument aux pierres d’attente du mien, au contraire, bien plutôt, mes chers amis, serais-je dans le cas de m’appliquer ce mauvais vers :

Pour avoir trop à dire… je me tais.

Mais pendant plus de dix ans qui se sont écoulés depuis que j’ai cessé d’écrire, tout ce que j’ai pu me permettre d’agréables folies ressemble si bien à ce que vous connaissez déjà, que j’ai cru devoir vous épargner des redites. J’ai beaucoup voyagé ; mais que fait un nouvel auteur du voyage ? Répéter, s’il est véridique, ce qu’un autre, aussi bon observateur, aura dit avant lui, mieux ou plus mal, des mêmes objets remarquables. J’ai lu aussi dans les coeurs plus à fond que du temps où j’écrivais pour la première fois, mais mes notes n’ayant pas été toutes gaies et à l’avantage de l’espèce humaine, et mon esprit n’étant d’ailleurs nullement enclin à la satire, j’ai fait voeu de ne rien peindre de ce qui exigerait que je mêlasse une trop forte dose de noir à mes couleurs. Pourquoi, sans vocation, et je crois, sans moyen, pour la médisance, m’élèverais-je comme exprès : afin de vous donner de l’humeur contre une infinité de choses qui souvent ont excité la mienne

Les Français ont cessé de me plaire depuis que, de gaieté de coeur, ils ont renoncé à être d’amusants originaux, pour devenir de sottes copies. Les Anglais m’ont envaporée ; les Allemands m’ont passablement ennuyée, tout en me forçant de les beaucoup estimer ; les Italiens m’ont excédé de leurs grimaces et de leur multiforme agitation. C’est pur ne pas délayer tous ces travers sur mon papier : c’est en un mot, pour n’être méchante sur le compte de personne, en particulier, que je renonce à vous parler de moi. Le petit nombre d’amis choisis avec lesquels je passe doucement ma vie, ne mérite que des éloges. Or, l’éloge n’est point ce qu’on lit avec le plus d’appétit, non plus que la description monotone d’un petit bonheur exempt de ces traverses romanesques, de ces oppositions délicieuses pour le spectateur qui, pourvu qu’il ait du plaisir, ne s’embarrasse guère de ce qu’ont à souffrir les héros de la scène.

Le deuxième chapitre intitulé Eclaircissements nécessaires, n’est pas moins intéressant. Félicia raconte ce que fit Monrose pendant le temps où elle l’avait perdu de vue.

Monrose n’est point mon frère, quoique l’aient ainsi consacré de nombreuses éditions qu’on a faites de mes Fredaines. Si la première qu’on fabriqua chez les Belges à mon insu, et que toutes les autres ont plus ou moins incorrectement copiée, n’avait par elle-même été toute autre chose que ce que j’avais écrit, on saurait que Monrose, mon neveu seulement, est le fils de Zeila, devenue Mme de Kerlandec et depuis encore, devenue Milady Sydney ma soeur, et nullement ma mère. Au surplus l’occasion naîtra de rectifier, chemin faisant, des erreurs généalogiques, qui, dans le fond, sont de peu de conséquence pour le lecteur. Mais il est à propos de lui dire, s’il n’a pas sous la main quelque exemplaire de mes Fredaines, que ce fut moi qui lançai dans le monde le charmant Monrose, et qui lui donnai les premières leçons de bonheur ; qu’on lui fit faire ensuite un voyage en Angleterre ; qu’il en revint à l’occasion du débrouillément de nos intérêts de famille, qu’alors il fut inscrit dans la compagnie de Mousquetaires noirs, et qu’à leur suppression, Monrose à peine âgé de 16 ans, mais grand, et assez formé pour qu’on pût supposer qu’il en avait deux de plus, fut pourvu d’une réforme de cavalerie.

Les êtres bien nés, bien inspirés, se livrent volontiers avec enthousiasme à la profession qu’ils ont embrassée. Monrose, militaire, crut devoir épier les moindres occasions d’apprendre son métier, et chercher par toute la terre à s’y rendre recommandable. Il prit donc de lui-même le parti d’aller servir en Amérique où la France prodiguait son or et ses soldats pour le soutien de cette insurrection prétendue philosophique, dont l’exemple est devenu funeste à plus d’une contrée de l’Europe et de laquelle certains politiques jugent que nous aurions mieux fait de ne point nous mêler.

Quoi qu’il en soit, comme une discussion de ce genre est absolument étrangère à mon sujet, il me suffit de dire qu’utile ou préjudiciable à l’État, cette émigration militaire fournit à Monrose l’occasion, d’un heureuse caravane. Il partit comme volontaire déterminé par des convenances avantageuses, et assuré de l’intérêt particulier que prendrait à lui certain officier général.

Il servit là-bas, comme il se pique de tout faire, c’est-à-dire à merveille. Trop de zèle, pourtant lui fit outrepasser parfois les bornes du devoir ; un coup de baïonnette et une forte contusion dont on l’apostropha justement à deux échauffourées auxquelles il n’était nullement obligé de se trouver, le punirent de cette ardeur hors de saison ; mais, comme il ne lui est resté de ces honorables blessures que des cicatrices qu’on ne voit point, et qui n’ont pas privé son adorable figure du moindre de ses agréments, il est aujourd’hui démontré que mon intrépide neveu fut très bien inspiré lorsqu’il s’exposa de la sorte.

Peut-être avec le temps fût-il devenu célèbre par ses exploits belliqueux, mais la paix enchaîna son courage. Il revint en France, où les myrtes du plaisir devaient bientôt succéder sur son front aux lauriers de la gloire. C’est cette douce transition qui me vaut aujourd’hui l’honneur d’être l’historien de mon enfant gâté ; car n’entendant rien à chanter des prouesses martiales, je me sens, au contraire, autant de facilité que de vocation à célébrer celles qui sont de mon ressort.

Est-il nécessaire, cher lecteur, de vous dire que Monrose revint de là-bas avec un petit aigle d’émail pendant au bout d’un ruban bleu de ciel, liseré de blanc !… Pourquoi non ? Bien que cette décoration militaire soit absolument étrangère aux attributs galants d’un homme à bonnes fortunes, disons tout de suite, pour n’être plus dans le cas de reparler des trophées de la guerre, que notre héros était parti d’Amérique avec des dépêches secrètes qu’on lui avait confiées, bien moins vu leur importance officielle, qu’afin de le faire mieux accueillir à Versailles ; qu’il y fut accueilli par les ministres avec cet engouement dont les plus graves personnages sont susceptibles dès qu’ils sont nés français ; qu’on joignit aux éloges un bienfait considérable, avec le grade de colonel, et qu’on fit le fortuné Monrose chevalier de Saint-Louis, à cause de ses actions d’éclat et de ses blessures. Il avait vingt-deux ans alors.

« De nouveaux personnages ajoutés à ceux que nous connaissons, dit Monselet, recommencent une série d’orgies, pourvue du même genre d’attrait que la première. L’abbé de Saint-Lubin, la baronne de Liesseval, Mimi, Mme de Flakbach, Armande, Floricourt, Senneville, placés pour ainsi dire sous le commandement de Félicia et de Monrose, vont passer la saison d’été dans une délicieuse terre située à quelques lieues de Paris ; ils n’y couronnent point de rosières, comme on le pense bien ; ils se contentent de jouer la comédie. — Les fausses infidélités, par exemple, — et de chasser tout le jour dans les bois, souvent même le soir. » Monrose raconte aussi à Félicia une série d’aventures galantes dont la plus piquante est sans contredit la suivante. Ce récit est de Monrose ; il est interrompu parfois par Félicia qui rapporte les réflexions par lesquelles elle interrompait le récit de Monrose, c’est donc une sorte de dialogue où le principal rôle est tenu par Monrose. On a commencé un chapitre intitulé :

NOUVELLES AVENTURES. — HERMAPHRODITE

Le lendemain était un samedi. Ponctuel autant qu’amoureux je vole de bonheur à Versailles, à l’auberge indiquée. Arrivé le premier, je vois bientôt survenir Mme de Moisimont elle-même, in fiocchi, sans hommes, accompagnée de la seule demoiselle Nicette ; leur dessein était d’accrocher à l’issue du conseil, celle-ci le ministre de Paris ; celle-là le ministre des finances, leurs protecteurs respectifs Elles y réussirent. Vers minuit, je les revis au juste, où je m’étais ennuyé comme un mort à les attendre.
- Nos affaires sont faites et parfaites (me dit Mme de Moisimont avec son enjouement ordinaire), ainsi nous pouvons souper sans souci ; nous veillerons ensuite à notre aise, car je n’ai guère envie d’assister au brouhaha de demain…

« À mesure qu’elle parlait, Mlle Nicette pâlissait, et l’on voyait le voile du chagrin se déployer sur ce pittoresque visage. En effet, Mimi n’avait pas dit tout cela sans dessein, et l’Italienne s’en trouvait fort contrariée. Cette étrangère qui venait pour la première fois à Versailles, n’avait cessé, de répéter dans la voiture, comme elle aurait de plaisir à voir le lendemain le spectacle du lever, et à entendre la musique de la messe, curiosité bien naturelle, surtout chez une virtuose. Il y avait lieu de présumer que Nicette jalouse, comme toutes les femmes, de se montrer avantageusement dans une occasion aussi solennelle, craindrait de compromettre sa fraîcheur dans une veillée. Il s’agissait donc de l’envoyer coucher de bonne heure, nous ménageant ainsi non seulement le reste de la nuit, mais les heures encore que la curieuse irait passer le matin à la galerie. Mais Nicette, qui ne pensait pas sur toutes choses en femme, regimbait in petto contre l’ouverture faite par notre amie. Nous soupons.

« Malgré le succès de l’audience du soir et quoique Mimi, non moins pétillante que le champagne, ait déjà fait voler au plafond les bouchons des deux bouteilles, Nicette ne peut être distraite d’un sérieux réfléchi. Nous lui demandons des vers, elle en improvise de très fous dans la bouche d’une femme, et qui n’ont aucunement l’air analogues à la situation, ils ont cependant un sens, et bientôt, je vais, chère comtesse [1], vous donner le mot de l’énigme.

« Au sortir de table, on passe quelque part où les dames se rendent volontiers ensemble et sans suite. Au bout d’un temps un peu long pour semblable cérémonie, j’entends mes convives revenir fort vite, faisant assez de bruit. La porte s’ouvre : — À mon secours, chevalier (me crie fort gaiement Mimi, que Nicette, bien éloignée d’être gaie, s’efforçait de ramener en arrière), comment me mêler de leur dispute ?

« On rentre cependant : Nicette ferme la porte d’un air boudeur ; Mme de Moisimont s’approchant de moi continue : — Je viens, ma foi, de l’échapper belle. Cette Sapho voulait me donner du fil à retordre. Tubleu, comme il va ! Cette plainte amphibie, loin de m’instruire, contribuait à m’embarrasser. — Eh bien, oui, madame (repart avec feu l’égarée Nicette), je l’avouerai donc, puisque vous venez de le trahir, cet amour que vous devez être fière d’inspirer à notre sexe ! — Notre sexe, Nicette ! il y a bien quelque chose à redire là-dessus (Comme tout cela m’étonnait !) — Vous êtes bien française, madame, riposte l’agresseur. Une Italienne à qui j’en aurais dit autant qu’à vous, me ménagerait et ne me ferait pas rougir devant un étranger. — Un étranger, encore vous n’avez pas le sens commun, Nicette, le chevalier est mon amant, nous nous aimons à la folie.

« Je ne sais qui, de Nicette ou de moi, fut le plus assommé de cette indiscrétion gratuite. La virtuose furieuse frappe du pied, étend avec bruit ses bras élevés contre la muraille, et s’y colle la face. L’instant d’après, elle veut sortir brusquement, je m’y oppose, craignant que, dans un premier mouvement, elle ne fasse la folie de retourner à Paris, compromettre auprès de M. Moisimont son épouse étourdie. Je saisis Nicette avec les ménagements qu’on doit à ses amies ; nous lui parlons raison, enfin elle paraît entendre.

« Vous êtes bien bons, tous deux (dit-elle plus maîtresse d’elle-même et nous serrant les mains). Hélas ; voilà comme je suis, je ne sens rien à demi, la nature en m’accordant deux sexes, m’a départi double dose d’âme et trop de passion. Homme ou femme, j’en aurais trop de la moitié. Quand un climat ardent m’a vu naître, quand je ne jouis de l’existence qu’à de bien extraordinaires conditions, il serait cruel d’exiger de moi que je fusse à l’unisson de vos affections superficielles et vos badins usages. — Chevalier (interrompt pour lors la folle Mimi), d’après son propre aveu j’opine qu’on peut bien te mettre un peu plus dans la confidence ! Approche et juge par tes sens du prodige que tout à l’heure on m’a fait voir. — S’il me touche… (coupe tragiquement Nicette avec une expression menaçante).

« Je n’avais garde de me faire arracher les yeux. — Oh ! bien (répartit Mimi dont le rôle était différent du mien), si le chevalier est un homme délicat à l’excès, je suis femme ; et veux voir les choses de plus près à mes risques et périls. En même temps, elle se jette bon jeu, bon argent, aux jupes de Nicette. Soit amour, faiblesse, ou secret contentement après une faible résistance, cette créature équivoque laisse parvenir au but une main, à qui dès lors il est permis de fourrager.

— « Ce n’est point une plaisanterie (me dit après deux minutes l’intrépide visiteuse) elle a tout ! — Tant mieux pour elle (répondis-je assez tranquillement). Peu content d’ailleurs d’une diversion qui me semblait occuper trop mon amante, et retarder du moins l’heureux moment où je devais partager son lit. — Eh bien, ma chère Nicette (continue ma beauté) s’il est vrai que j’aie sur toi quelque empire et que tu participes à la galanterie du sexe dont je ne suis pas, j’ai le droit de te commander. À ton obéissance, on te reconnaîtra. J’exige que tu fasses voir au Chevalier ce que je viens de toucher. Songe que si tu refuses, je tiens désormais pour le plus insolent outrage cette exhibition de pièces que tu t’es permise au cabinet.

« L’essentielle qualité de Nicette n’était point la pudeur, l’occasion était belle de faire preuve d’amour. Elle se lève donc et livre sans scrupule à mes regards, une conformation bizarre, de nature en effet à dérouter un observateur. Cette amphibie, fort exercée sans doute à produire avantageusement des singularités qui n’étaient pas le moins adroit moyen de sa charlatanerie, serrait les cuisses avec quelque affectation, cette pression donnait à certain hochet à peu près imberbe et sans grelots, l’air de sortir d’un bourrelet dont les lèvres écartées du haut, vu le volume du cylindre, se réunissaient par le bas figurant (comme à l’attribut naturel du beau sexe) le seuil magique du centre des voluptés.

« J’espère qu’il va m’être permis de toucher, mais non ; Mimi seule aura ce privilège. On lui prend ce doigt qui chez les neuf dixièmes des femmes est particulièrement au fait de semblable local. Nicette promène à mes yeux ce doigt connaisseur, du haut en bas du sillon, et le fait heurter avec quelque prétention contre l’angle inférieur. En même temps l’autre caractère, quoique d’une consistance alors douteuse, exprime par quelques soulèvements masculins, la part qu’il prend lui-même à l’honneur de cette visite.

EXCÈS DE FRANCHISE DE LA PART DU CONTEUR.
HOROSCOPE ACCOMPLI

Cher lecteur ! vous avez, je gage, la même pensée que j’eus dans le temps ! Ne vous semble-t-il pas que Monrose, oubliant qu’il doit se confesser seulement, improvise, pour s’amuser, une invraisemblable folie ? Patience ; ne soyez pas trop léger à fixer votre jugement, et daignez suivre avec moi le fil de cette véritable histoire. Voici ce que Monrose y ajouta :

Croiriez-vous bien, chère comtesse, que je n’en suis pas encore au plus étonnant de mon aventure ? Il était écrit que toutes mes passions, non moins sentimentales que fougueuses dans leur origine, dégénéreraient subitement, et toujours par la faute des femmes… Vous souriez ?… Oui, comtesse, je parle ici même de vous, qui, si vous ne m’aviez en quelque façon chassé quand je voulais de si bonne foi… — Vous me cajolez, fripon ; je vois d’ici que vous allez avoir à faire passer quelque chose de difficile et que vous vous recommandez à mon amour-propre ! L’hameçon est découvert, ainsi tenez-vous ferme, et renoncez surtout à mettre si cavalièrement sur le compte des femmes les vicissitudes convulsives de vos inclinations. Cette guerre de housard que vous n’avez pas cessé de faire au beau sexe, vous plaisait fort, et je vous aurais bien attrapé, si j’avais été femme à passer bail avec vous. Mais oubliez-moi dans ce moment et parlons de vos sollicitudes de Versailles. Il poursuivit :

« Nul doute que sans Nicette Mme de Moisimont ne m’eût donné, selon sa première intention, une nuit franche et complète : mais un second aimant commençait à l’attiser, et combattait un peu l’effet du mien. Si les premières dispositions avaient pu s’accomplir, Nicette renvoyée, à moins qu’elle ne se fût retirée de son propre mouvement, aurait occupé la chambre qui lui était destinée, j’aurais fait semblant de me retirer dans la mienne, d’où je serais bientôt revenu me jeter dans les bras de l’adorable Mimi ; mais les trois quarts de ce mystère étaient inutiles quand notre liaison venait d’être imprudemment affichée. Si l’on m’aimait à la folie, on était bien tant soit peu sensible à la déclaration qui s’était faite dans le fatal cabinet. À quoi bon maltraiter un être bien épris, piquant par beaucoup de singularité, désirable et mis étourdiment en possession d’un dangereux secret ? faudra-t-il lui donner le crève-coeur de méditer dans une triste chambre d’auberge, tout le bonheur dont une femme adorée allait combler sans doute un rival avec lequel il y avait des moyens d’accommodement ? Non : Mimi, coquette et brûlante, n’était pas capable d’un trait de dureté qui n’aurait abouti qu’à retrancher quelque chose à ces propres jouissances. Que dis-je ! Il devrait entrer dans les idées de cette femme extravagante que mettre en commun l’aubaine d’une Nicette convenable à tous deux, c’était faire en faveur de moi-même preuve de générosité.

« Voilà, ma chère comtesse, tout ce qu’il me fallut extraire des propos et de la conduite que tenait ma chère, inconstante et folle Mimi depuis l’explosion des feux de Nicette, jusqu’à l’instant du coucher, qui se fit… comme vous le prévoyez déjà, dans un même lit, heureusement assez vaste pour comporter notre singulier assemblage.

« J’avoue qu’un peu piqué de certaines privautés, que ces dames s’étaient préalablement permises, je résolus en secret de me venger à ma manière, et de faire si bien les choses en faveur de Nicette elle-même, que Mme de Moisimont eût peut-être quelque dépit de m’avoir partagé. Quant à la passion de Nicette, ne la battais-je pas à plate couture avec une seule moitié de mes moyens ?

« J’ai dit comment avait calculé Mimi, comment je calculais à mon tour ; plus tard je ferai connaître quels étaient aussi les calculs de Nicette.

« À peine l’avide Mimi se trouve-t-elle entre nous deux, que de droite et de gauche, elle procède à l’inventaire de ses richesses. Ensuite, prenant à l’hermaphrodite une main qu’elle attire chez moi… sur ce que je né puis mieux désigner qu’en ne le nommant pas… — En conscience, dit-elle, le tien aurait beau, comme nouveau venu, prétendre à l’honneur du pas, tu conviendras que celui-ci n’est pas fait pour le lui céder. Mimi parlait encore, que l’Italienne, rebelle à cette décision, proteste par le fait, s’élance et… peu s’en faut qu’on ne me frustre !… Ce transport, flatteur sans doute pour celle qui en est l’objet, est trop à mon désavantage pour que je ne me hâte pas d’en empêcher la réussite. Par bonheur, Mimi, si vivement disputée, penche un peu pour moi : se dérobant avec souplesse, elle met l’entreprenante Nicette en défaut ; je repousse avec ménagement cette tenace concurrence, le champ de bataille me reste ; je m’y établis en vainqueur et savoure à longs traits les délices du triomphe.

Dieux quelle femme que cette Moisimont ! quel inconcevable alliage de tendresse, de fougue, d’abandon et de délire ! Les moments heureux de la veille ne m’avaient donné qu’un léger avant-goût de tant de voluptés. Maintenant Mimi se livre sans réserve ; elle donne l’essor à tous ses feux ; elle déploie toute la perfection de sa manière : ma fortune n’a plus rien de terrestre, je plane dans l’élément du plaisir.

« Mille glaives se plongeant dans mon sein n’auraient pu me faire sentir les aiguillons de la douleur, à plus forte raison, hélas ! une trahison, revêtissant la livrée du badinage, pouvait-elle m’assaillir sans que je fusse à temps sur mes gardes. Un accessoire, si peu nécessaire qu’il faisait à peine pour moi l’effet d’une bougie allumée, quand le soleil de midi, un beau jour d’été, darde ses rayons avec fureur, un… je ne savais quel travail qui me semblait être de la part de Nicette plutôt un procédé galant qu’un sournois attentat…
- Quoi m’écriai-je l’interrompant, cette fille, cette amante éperdue qu’outrage votre bonheur, elle… Serait-il bien possible que j’eusse deviné ?…
- Vous pouvez tout conjoncturer. Oui, ma chère comtesse, pourquoi n’en pas retrancher l’humiliant aveu ! Cette fleur idéale que ni Carvel, ni le père principal, ni le lord Kingston, ne purent m’arracher, une femme, ou plutôt un démon ose essayer de la surprendre, et mon frénétique bonheur, mon délire extatique lui permettrait d’y réussir, si le seul hasard de ma conformation n’y mettait un invincible obstacle ! C’est ainsi que la perfide Nicette méditait de se venger à la fois, et de celle qui me préfère et de moi qu’elle voit préféré. Quelle humiliation intérieure, lorsqu’enfin je réfléchis ! Que je me hais surtout lorsque je dois m’avouer, que de peur de perdre la moindre douceur du crépuscule de ma jouissance, je n’avais pas la vertu d’écarter l’infâme Nicette, et demeurais sa conquête assez longtemps pour que Mme de Moisimont eût enfin le temps de s’apercevoir d’un travail qui pouvait aboutir à me déshonorer.

DE MAL, EN PIS. — ORAGE.

— SENTIMENTS CONFUS

S’il pouvait y avoir quelque chose au monde de plus ridicule que ce que venait de confesser mon cher neveu, ce serait le ton de Jérémie et les réflexions morales dont il avait bigarré son récit. La tête plongée dans ses mains, il se taisait, j’eus pitié de lui. Sans doute, lui-dis-je, il est louable, en pareil cas, de se rappeler qu’un brave militaire est taché, s’il fut exposé par derrière aux coups de l’ennemi ; mais ici je ne vois qu’une surprise, votre honneur pouvait d’autant moins souffrir de l’outrage, qu’il venait de la part d’une femme…
- Et ! plût à Dieu, s’écrie-t-il, mais n’anticipons point ; souffrez, chère comtesse, que nous marchions à grands pas vers l’issue du dédale de la honte où ma franchise inconsidérée m’a fait conduire votre curiosité.

« Oh la vilaine ! ne put s’empêcher de dire, quoiqu’en riant, la folle Mimi. Certes, mademoiselle Nicette, vous me donnez une belle preuve de votre amour prétendu ! C’était bien la peine d’en faire tant d’étalage dans ce cabinet et je suis singulièrement payée d’y avoir pris un peu d’intérêt. Quant à moi, je n’avais qu’un moyen de laver mon injure. Je songeais à l’employer lorsque Mimi elle-même m’y excite. Elle est doublement intéressée à me voir occuper la terrible Nicette, qui déjà se disposait à me succéder. Je pare le coup encore une fois. Ce démon qu’on nomme Nicette est jeté dans l’attitude qui convient à ma vengeance… Alors ma rusée créature, avec de bonnes raisons pour ne pas s’abandonner tout à fait à ma discrétion, s’empare du trait, et se rend maîtresse de le diriger. Elle est sur le dos, se ployant en demi-cercle, les genoux élevés jusqu’à la hauteur du menton : je n’ai pas de peine à supposer qu’apparemment la singularité de sa conformation exige cette position gênante. Je me résigne ; l’idée d’avoir une hermaphrodite m’exalte : le piquant de notre double rapport, un art qui pour être différent de celui de l’adorable Mimi, ne laisse pas d’avoir certain mérite ; le désir encore de ramener complètement à moi la capricieuse amphibie qui, tandis que je la serre avec ardeur, recherche les baisers de sa rivale, et l’occupe encore d’une autre façon, tout cela souffle mes feux, et me vaut de faire à Vénus le plus fastueux sacrifice.

Mais quel froid mortel me saisit, lorsque m’occupant de ce qu’a pu devenir chez Nicette un sexe oisif tandis que je tenais l’autre en activité, je reconnais que je suis dupe encore, et que ma revanche est une méprise abominable ! je saute à bas du lit, je prends un flambeau, j’accours… Déjà l’enragée Nicette est dans les bras de mon infidèle amante. Je les découvre du haut en bas ; je visite ; elles vont leur train, comme si elles étaient seules au monde. J’ai tout le temps d’enrager et de m’assurer qu’au lieu d’être des deux sexes, la perfide Nicette n’est d’aucun ; que cette jolie femme n’est qu’un joli homme dégradé, que le sillon qui ci-devant m’avait trompé n’est qu’un impasse factice, bizarre, mais effrayant vestige d’une amputation, m’en voilà convaincu : en un mot, je n’ai fait que restituer à Nicette une réalité pour un semblant : le voyage eût été le même si un terrain vierge ne se fût invinciblement refusé chez moi à ce qu’avait permis sans résistance chez Nicette, une route… hélas ! si frayée, que je ne pouvais me dissimuler qu’elle fût publique.

« Cependant, tandis que je me désespère, ma volage amante subit avec recueillement les transports du monstre ; celui-ci tout à sa nouvelle besogne, s’embarrasse peu de mes recherches curieuses : tous deux m’ont totalement oublié. J’ai trop d’indignation pour qu’il me soit possible de rentrer dans ce lit, théâtre du parjure et de la dépravation. Je rallume le feu, je prends quelques vêtements, et, plongé dans une bergère, je médite sur ma honte compliquée. On me donne tout le temps d’en savourer l’amertume, il semble qu’exprès les impudiques aient juré de ne jamais cesser… Au bout d’une demi-heure enfin, c’est Mimi, qui d’une voix faible, demande quartier. — Ote-toi, dit-elle, je n’en puis plus. Presqu’en même temps elle m’appelle… Chevalier ?… Chevalier ?… Je ne réponds point. Elle détourne le rideau, me voit (Une troisième fois et du ton de l’inquiétude). Chevalier. — Eh bien, madame, que me voulez-vous ? La sécheresse de mon ton l’alarme, elle s’élance : accourant où je suis, elle se précipite dans mes bras qui la repoussent… Est-ce bien le même Monrose, dit-elle, toi dur et presque brutal avec la tendre Mimi (Je me lève furieux.) Il est fou ! la remarque m’irrite encore davantage. Je la couvre d’un regard foudroyant ; cependant une larme trahit ma faiblesse. Je me sens avec dépit une bien singulière espèce d’attendrissement, puisque je bouillais en même temps de, rage. Je veux sortir de cette chambre funeste ; Mimi, à genoux, s’efforce de me retenir… Mes pas l’entraînent sur le tapis ; elle est en larmes à son tour. Mon coeur se brise : je me fais des reproche. Mimi gagna son procès ; je ne vois plus en elle qu’une folle capricieuse, mais tendre, de qui les lubriques erreurs ne doivent point faire penser que son coeur n’est capable d’aucun bon sentiment. Je la relève tremblante, presqu’évanouie : hélas, le peu de force qui lui reste est pour me presser, contre son coeur ; elle mouille de ses larmes une joue sur laquelle elle vient de coller la sienne, craignant avec raison que ma bouche ne refusât ses baisers. Je la porte au lit ; je l’y couche : ses bras me retiennent, nos pleurs se mêlent, mon coeur palpite vivement sous la main qui le consulte, tandis qu’un sein oppressé me marque par un soulèvement précipité, que l’âme éprouve la plus violente agitation quand la bouche se condamne au silence…

RETRAITE DE NICETTE.

— ÉTONNANTE MORALE DE MIMI

Nicette avait trop de pénétration pour ne pas saisir le sens de cette singulière scène. — Que n’ai-je pu me douter de tant d’amour, dit-elle avec quelque dépit, vous n’auriez eu ni l’un ni l’autre à vous plaindre de moi. En même temps, elle se lève. Mimi me faisait face ; mais, avertie par le mouvement de Nicette, sans la regarder, elle lui tend une main ; Nicette répond avec transport à cette intention, en baisant cette main qu’elle a saisie, et qui, par une douce pression, semble lui dire : Ne nous quittons pas avec inimitié. Trois fois Mimi la rassure, et témoigne qu’elle est elle-même un peu rassurée. — Et vous, Monsieur ? (Ose aussi me dire la funeste Nicette en me tendant sa main libre.) Je lui vois dans ce moment des yeux si doux, si magnétiques, un prestige si complètement féminin, qu’oubliant tout ce que j’ai appris aux endroits décisifs, je goûte encore l’illusion de la vue d’une femme charmante. Je ne baise point à la vérité la main du joli monstre ; mais je lui exprime du moins sans équivoque que je ne puis le détester… — Demain, dit notre fatale compagne, demain, si vous êtes juste, vous pourrez me revoir ; je ne me ferai pas presser pour me rendre à vos ordres… soyez heureux... (ses larmes coulent alors) et ne haïssez pas la malheureuse Nicette. À ces mots, prononcés avec sentiment, elle passe dans l’autre pièce et nous laisse…

« — On est bien fou quand on aime dit après un long silence Mme de Moisimont, près de qui je ne m’étais point encore recouché. ---Madame, répliquai-je, je serais bien malheureux si cette réflexion me regardait seul. — C’est à moi, par malheur que je parlais, cruel… Eh bien ? quand finirez-vous de bouder, et qu’attendez-vous pour reprendre votre place ? ou bien songez-vous aussi à m’abandonner ? J’étais bien contrarié, je l’avoue. Non seulement je me sentais assez faible pour être tout prêt à rentrer dans cette lice de déshonneur ; mais il me semblait qu’on était bien bonne de m’y inviter, que j’avais tenu dans toute cette aventure, une conduite ridicule et cruelle ; enfin, que j’avais peut-être moi-même autant de tort avec Mimi, qu’elle pouvait en avoir avec moi. Cependant, je quittais bien lentement ma robe de chambre. La passionnée Mimi se hâte de m’en délivrer ; si je la laissais faire, elle arracherait ce qui fixe le vêtement que l’amour déteste le plus. Séduit enfin, réenchanté par cette tendre impatience, je m’y conforme : derechef me voilà dans ce lit dont la jalousie et l’humeur m’avaient exilé. J’y suis saisi, pressé, accolé, dévoré. — Ah ! (me dit-on alors à travers mille baisers) que Mimi soit pulvérisée par la foudre, si elle a cru un moment t’offenser ! quelle importance peux-tu donc attacher aux formes purement matérielles, de l’amour ? qu’est-ce donc pour toi ce sentiment, ou cette fièvre, ou cette démence ? Est-ce de l’amour à ta manière que tu as pensé m’exprimer en me déchirant le coeur ? C’était trop de questions à la fois, pour que je pusse répondre ; on continua.

« — Je crains, mon bon ami, de t’avoir fait trop d’honneur en supposant que je pouvais m’abandonner à toi sans nous être étudiés davantage. Mais écoute : connais-moi tout entière ; tu sais ce que je vaux pour le plaisir ? Eh bien, apprends que je me pique de valoir bien plus encore par mes sentiments. Je n’avais rien aimé jusqu’au moment de te voir. Mes sots adorateurs de province : un histrion, que je méprisais en me servant de lui comme d’un ustensile commode pour les besoins de mes sens, mais nullement cher ni précieux ; un Moisimont que je n’ai préféré pour m’unir à lui, que parce qu’il avait encore plus de sottise et moins de caractère que ses compétiteurs ; rien de tout cela ne m’avait fait sentir si j’avais une âme. L’histrion, l’époux, le premier venu… toi-même, ne t’en déplaise, tout charmant qu’on te voit, vous seriez tous également bons pour moi, quant à l’objet physique ; mais je devais t’aimer. Cette chance seule, et non la supériorité de tes agréments, t’a tiré pour moi du pair, et me fait être avec toi… ce qui m’a paru surpasser ton attente. Il faut te l’avouer, Monrose, dès ce fameux soir où je te vis à la Chaussée d’Antin, tu me plus… mais je dis à l’excès ; oui tu me tournas subitement la tête. C’était à toi que je buvais coup sur coup des rasades de champagne.

Ce fut à toi que je projetai d’élever mon âme dans cette passade, où je n’entraînai si cruellement ce bélitre de Rosimont, qu’afin de me procurer à la fois la jouissance d’empoisonner un traître et de sceller d’un voluptueux sacrifice le voeu mental que je te faisais de mon premier sentiment, premier véritable essor de mon âme. Mon état cruel, la faveur où je te voyais dès le premier instant, auprès de ces coquettes qui nous recevaient, ne laissaient pas de m’alarmer. Mais bientôt j’appris ton accident ; j’en bénis le ciel ; je vis que ta course dans la carrière du bonheur n’allait pas être moins retardée que la mienne ; que nous allions nous traîner du même pas, et que j’arriverais au but à peu près en même temps que toi. J’aurais dressé volontiers un autel à l’empoisonneuse Flakbach, comme en maints lieux, on sacrifie dévotement au mauvais principe…

SUITE, OU MONROSE
CONTINUE DE LAISSER PARLER MIMI

Heureusement, poursuivit-elle, j’ai plus d’une passion. Non moins ambitieuse que tendre et lascive, je saisis l’occasion qui s’offrait de connaître plusieurs gens en place : mes remèdes ne m’interdisaient pas absolument de sortir. Mille soins d’intrigue firent une propice diversion à l’amour qui, s’il m’avait exclusivement occupé, me serait infailliblement devenu funeste. J’eus bientôt pris la mesure de quelques-uns de ces colosses qui se partagent le pouvoir et la distribution des faveurs de la fortune, je démêlais qu’ils n’avaient eux-mêmes guère plus de hauteur réelle que leurs représentants en sous-ordre, qui s’efforcent de paraître des géants à leur tour. J’observai que presque tous ces êtres si respectés, si redoutés des sots, étaient à mener par le nez, tout comme le vulgaire, qu’ayant la plupart, un ou plusieurs vices favoris, que certains les ayant tous, il ne s’agissait, pour pêcher ces énormes poissons, que d’amorcer, pour chacun, la ligne d’une manière convenable. Sûre, grâce à toi, de ne plus prendre de l’amour pour personne, et de porter désormais imperturbablement mon coeur dans ma tête, je me dis : Poursuivons avec acharnement la richesse et les honneurs. Je jurai de t’aimer, je me flattais que tôt ou tard je t’attacherais à moi, je me réservai de goûter avec toi seul les voluptés de l’âme ; quant à celles des sens isolés, il me semble que je pourrais fort bien les convertir en monnaie courante pour acheter du crédit, des protections, de l’accès et des réussites. Oui, mon cher, telle est ma philosophie, que je crois ce système très compatible avec une véritable et complète préférence du coeur ; car enfin les bases uniques d’un pacte entre gens qui s’aiment, font la sympathie, l’union d’intérêt, la sûre et brûlante amitié, qui n’ont rien de commun avec quelques gestes absolument insignifiants, quand ils se passent entre deux automates, si rien n’est comparable à leur magie, quand ils résultent de la sublime inspiration de deux amants…

Monrose respirait. — Voilà la première fois, lui dis-je, que j’ai vu l’amour marcher comme le mène votre incompréhensible Moisimont. Elle débute dans le monde par un libertinage tout cru, qu’ensuite elle débrutalise un peu par quelque hypocrisie : de là son mariage. Puis elle devient insensible, mais c’est pour se réserver tout de suite la commodité d’être sans reproche, à l’univers ! Au reste, elle ne prétend à rien moins qu’à convaincre son amant, que son lot suprême diffère infiniment de celui de ses rivaux, parce que ceux-ci, bien que puisant à discrétion, tout comme lui, dans la caisse des revenus, n’ont toutefois aucune part à la propriété du capital ! L’étonnant, le merveilleux par-dessus tout cela, c’est la métaphysique, ou, pour entrer dans le sens de la belle dame, c’est l’épuré platonisme de sa banalité. Voilà, je le répète, un caractère des plus neufs, et de nature à mettre en défaut la science des gens qui se croient habiles à disséquer le coeur humain. Voyons pourtant à quoi doit aboutir cette éruption d’originale philosophie. Monrose sourit et continua de faire pérorer l’étrange métaphysicienne.

« Chevalier, ajouta Mimi, c’est d’après mes bizarres idées, que dès notre premier bec-à-bec, je t’ai jeté mes faveurs à la tête, comme l’aurait pu faire une fille publique ; c’est d’après mes idées, que rien ne m’étonnait hier chez notre grand chanoine, n’y voyant que des actes d’ivresse et des besoins satisfaits, en un mot, de l’argent jeté par les fenêtres ; or, ne vaut-il pas mieux l’employer, cet argent, à quelque chose d’utile ? Moi-même, je me proposais bien de me permettre quelques jours de gaspillage avec toi : c’est sur ce pied que, renvoyant à mettre plus tard un peu d’ordre dans nos affaires de coeur, je ne me suis fait aucun scrupule d’associer Nicette à notre petit carnaval. D’honneur, je t’ai vu, sans l’ombre de jalousie… N’achevez pas, interrompis-je d’un baiser, ne me retracez pas ma funeste aventure. — Tu déraisonnes, mon cher. Funeste ! elle est charmante. Ne sois pas ingrat : ne t’ai-je pas vu jouir ? n’étais-je pas moi-même heureuse de tes plaisirs ? Oui, fripon, je les partageais quand tu me voyais raccrocher, sur les lèvres de Nicette, ton âme dont tu lui faisais part avec tant de vigueur. Il n’eût tenu qu’à toi, plus juste, moins rigoriste, d’éprouver à ton tour que ces ricochets de volupté ne sont pas sans douceur. Il eût fallu pour cela supporter, comme je venais de le faire à ton égard, le nouveau succès de Nicette, la voir sans humeur dans mes bras, et rendre ainsi sa peu signifiante manoeuvre délicieuse pour moi, dès qu’embrasée de tes baisers, j’aurais englouti deux âmes à la fois : mais ton caprice jaloux a tout gâté, mon cher. Avoue cependant que nos imaginations du moins ont eu une hermaphrodite… que ce n’est pas une chose ordinaire, et qu’il y aurait bien de la sottise à nous affliger de notre délicieux quiproquo ?

« J’aurais dû vous dire, ma chère comtesse, qu’à travers des ébats trop longs pour que Mimi n’eût pas le temps de réfléchir, elle s’était mise au fait de la conformation de notre hermaphrodite, pour qu’elle sût enfin tout aussi bien que moi que Nicette n’était qu’un charmant giton. Après s’être justifiée pour son compte, ou croyant du moins l’avoir fait, voici ce qu’elle ajouta pour tâcher de me remettre bien avec moi-même : — Que les hommes sont fous de se forger gratis de chimériques anxiétés ! Où diable est-on allé placer un tarif d’honneur, de vertu, de honte, de repentir ! Un être singulièrement conformé te fait une sottise dans un moment où tu ne pouvais t’y opposer, mais n’y réussit point. Si cet être était femme, il n’y aurait qu’à rire de cette gaieté ; ce n’est pas une femme ? tu l’ignorais : cependant dès que tu l’apprends, la crainte d’un déshonneur commence d’exister ! Mais tandis que durait encore ton erreur, tu serres à ton tour dans tes bras l’être charmant, à titre de femme, l’illusion complète a pour toi mille délices. Un maudit scrupule te fait vérifier, après coup, qu’il y a dans ton calcul quelques lignes d’erreur. Ici naît une prétendue flétrissure, et tu te crois dans le cas du désespoir ! Détestable subtilité, mon ami ; funeste abus du raisonnement. Pour moi, je trouve ton accident fort graciable. Dût l’univers te huer, Mimi du moins t’absout de toute son âme. Viens, mon adorable chevalier, mes intentions sont bien franches ; mais j’espère te former assez pour que tu ne te désespères point, si jamais il pouvait aussi me prendre la capricieuse envie de t’attraper.

« Déjà Mimi s’évertuait à me donner une preuve brûlante du parfait retour de sa faveur mal entendue : querelle, épisode, tout était réciproquement oublié. C’était la céleste Mimi de l’entresol toute entière dont j’occupais pleinement et l’âme et les sens. Chez moi, le sentiment d’être réellement aimé, chez elle, la satisfaction d’avoir avec succès déclaré le secret de sa tendresse, tout concourait à combler notre bonheur. Le reste de cette mémorable nuit fut pour nous un tissu serré des plus inexprimables délices. »

IDÉES DONT ON JUGERA.

— CROQUIS DE L’HISTOIRE DE NICETTE

Je me serais bien gardée, cher lecteur, de vous rendre avec tout ce détail l’étrange confidence de Monrose, si la manière dont elle m’affecta moi-même dans le temps ne m’avait pas avisée que cette aventure jette une grande lumière sur l’incertitude que mille fables diverses nous laissent au sujet des hermaphrodites. On ne peut nier sans doute qu’il dépendit du créateur de jeter par ci, par là, sur la terre, des individus gratifiés des deux natures ; mais cette singularité ne pouvant avoir aucun but qui ne fût contraire au système général de la création, nous devons supposer que le grand être n’a dû jamais se permettre d’opérer, comme exprès pour se démentir, un inutile prodige… Il y a beaucoup à parier, au contraire, que dans tous les temps, les hommes, sujets aux mêmes passions, aux mêmes caprices, ont été avides de la beauté sous quelle forme qu’elle s’offrît, et n’ont pas mieux demandé que de tomber sans y regarder de si près, dans le piège des Nicettes. Croyons que mille individus chantés, célébrés en tant de lieux, et dont quelques-uns ont obtenu l’honneur de l’apothéose n’ont été de leur temps ou que des victimes de cet art cruel qui conserve à l’adolescence quelques formes féminines au prix de la virilité, ou que de tolérants jouvenceaux qui, soit pliés par l’esclavage, soit façonnées par la dépravation de leur siècle, se sont rendus habiles à recevoir, comme la nature les avait destinés à donner ; croyons que l’amour amphibie qui convoite ces êtres équivoques, leur a partout élevé plus ou moins furtivement des autels, et que de la nécessité du désir de justifier des affections, un culte partout proscrit par les lois, est née la palliative chimère de l’hermaphrodisme.

Par la suite, j’ai voulu voir cette même Nicette, dont il serait temps sans doute de s’occuper moins ; mais j’aurai bientôt fait, cher lecteur, de te répéter ce qu’elle m’a conté de l’origine de sa double représentation.

Né d’une célèbre cantatrice de Rome, et d’un monsignor, Nicetti, beau comme un ange, avait atteint l’âge de douze ans. Dès lors précoce en tout genre, il était également dominé par la passion des vers, de la musique et des femmes. À Venise, un jour, le directeur de l’Opéra le surprend à dévirginer de bon courage un enfant de neuf ans, sa fille unique, petit chef-d’oeuvre de beauté dans son genre et dont les prémices n’étaient assurément pas destinés au gaspillage qu’exerçait sur elle l’amoureux Nicetti. L’homme atroce approche, saisit par derrière, et tord avec fureur de pauvres petites amulettes, hélas bien innocentes, car elles n’étaient pas encore assez mûres pour mettre du leur au crime qui se commettait : elles en deviennent les victimes.

Le petit malade est longtemps entre la vie et la mort. En vain malgré l’intérêt d’en faire un virtuose, a-t-on essayé de lui conserver, s’il est possible, ce qui fait nos plus chères joies ; chaque jour le ravage de l’inflammation exige le sacrifice de quelque parcelle. La macération était générale ; l’enveloppe elle-même ne pouvait être sauvée. Cependant au bout de trois mois, l’habile homme qui dirigeait le plus difficile pansement, observe que les chairs supérieures se disposent enfin à la cicatrisation ; mais trop prudent, il craindrait en la favorisant trop tôt, de renfermer peut-être quelque principe destructeur : il retarde donc ; et jusqu’à ce qu’il soit absolument sûr de son fait, il entretient, au moyen d’un anneau d’or de forme ovale allongée, l’ouverture de l’ulcère fatal. Il résulte de ce soin une double cicatrisation : l’intérieur qui met le sceau à la guérison de l’infortuné Nicetti, et l’extérieur qui convertit en un bourrelet, modelé sur l’anneau d’or les longs bourrelets de la balafre. De là cette parfaite apparence d’une nature féminine au-dessous de la masculine. Celle-ci, grâce, soit à l’âge de l’opéré, soit à quelque reste furtif de ce qui recèle l’élément de la vie, conserve du moins après cette cure, la précieuse faculté de croître avec le reste du corps, et le bien plus cher privilège de cette intéressante variation… Mais il est des choses qu’on ne peut entièrement définir. Bref, la maturité, l’exercice et surtout l’excessive lubricité de l’individu perfectionnent par la suite un don sauvé par miracle. La nature, cette admirable mère, dédommage par des affections particulières l’être charmant qu’on a si traîtreusement dégradé. Elle veut qu’il attire les deux sexes, comme il en est attiré lui-même. Mille aventures qui ne sont pas de notre sujet, enrichissent les premières années du délectable Nicetti, jusqu’à ce qu’enfin il lui convienne d’être Nicette, afin d’échapper, sous l’habit féminin et de s’expatrier sans péril, lorsqu’au bout de six ans de malédictions secrètes contre l’auteur de ses pertes, survient enfin la jouissance, délicieuse pour un Italien, de faire tomber le directeur féroce sous trois coups de poignard.

Mais revenons à Monrose. Il était si honteux à la suite du plus humiliant chapitre, de sa confession, que je crus charitable de me mettre en grands frais pour le consoler et le convaincre que le danger de ce qu’il regardait scrupuleusement comme une tache, ne lui avait rien fait perdre de mon estime. Parfaitement, et non moins agréablement rassuré, l’aimable ami ne me fit pas languir après la continuation de son histoire.

PROJET DE MADAME DE MOISIMONT.

— RETOUR À PARIS

Le lendemain, poursuivit-il, le déjeuner nous réunit. Les passions étaient respectivement amorties ; nous pûmes causer sans humeur et sans dissimulation de tout ce qui s’était passé la nuit.

« Nicette nous avoua qu’en général, elle n’avait que des fantaisies du moment, mais toujours ardentes, et qui la martyrisaient à la moindre contrariété. Comme demi-homme toute femme pourvue de quelques agréments allumait chez elle un prompt désir ; comme vêtissant le costume féminin, elle se faisait un point d’honneur d’intéresser tout homme à peu près aimable. Telle était devenue la routine de ses sens qu’homme ou femme, et soit jouant le premier rôle ou le second elle avait toujours un plaisir physique (Je cite la figure dont elle se servit) dans la proportion du brillant d’un beau clair de lune, compare à la lumière du soleil. Quant à la faculté de multiplier les jouissances, son organisation, son habitude et sa sensibilité permettaient qu’elle n’y mit aucune bornes.

« Vers l’heure du public, Nicette fut prête pour aller satisfaire son avide curiosité. La toilette achevée, nous la vîmes complètement belle, et séduisante à nous étonner. Nicette avait su dérober au beau sexe tout son art à relever d’élégance et de grâce, les charmes naturels. Moi-même, j’en conviens, je me pardonnais dans ce moment toutes mes fautes, et regrettais qu’il manquât à notre Conculix (si différent de celui de la Pucelle), une réalité qui m’aurait à l’instant décidé à ne pas me priver d’une seule manière de l’avoir. Mimi riait sous cape, s’apercevant très bien de certain symptôme plus qu’indulgent en faveur de Nicette, et qui trahissait ma mentale infidélité. — Fripon (dit-elle dès que nous fûmes seuls) ce sera, s’il vous plaît, pour moi que Nicette aura mis les fers au feu. Elle exigea tout de suite une réparation : je la fis de grand courage ; et comme je doublais :
- À la bonne heure, dit-elle, mais il faut donc que tu te reconnaisses bien coupable !

« Elle m’apprit ensuite que son projet était de convertir en fermier général, ou tout au moins en gros bonnet de la finance, son petit président aux comptes de mari ; leur fortune leur permettait de faire en partie les fonds d’un cautionnement considérable. Quant au crédit pour ce qui ne serait pas en leur pouvoir, on sait comment elle projetait de se le procurer. En une seule semaine, elle avait accaparé, et paya sans doute, la voix de l’intendant de la ferme générale, et de cinq des plus importants de la compagnie. Peu s’en était fallu que la veille elle n’eût aussi lié le ministre. — Mais il m’a tout promis, dit-elle, et je le connais trop galant pour craindre qu’il me manque de parole. J’objectai que je le voyais bien obsédé de femmes, et qu’il faudrait qu’il y eût bien des places à donner, pour que toutes ces dames fussent satisfaites. — Bon ! répliqua-t-elle, la plupart n’ont pas de plans, ou n’en ont pas de raisonnables. Beaucoup n’aspirent qu’à des bienfaits passagers, à des pensions, à des sommes une fois payées, qu’elles sollicitent de façon qu’on ne peut guère les leur refuser sans ingratitude. D’autres n’entourent le ministre que par coquetterie ; il en est, mais celles-ci sont bien dupes, qui ambitionnent de le captiver avant d’y rien mettre du leur. Trop roué pour ne pas les voir venir de dix lieues, il fait volontiers ce qu’il faut pour qu’elles s’élancent avec confiance dans la face du ridicule. Je ne l’ai vu que deux fois en particulier, et déjà nous avons plaisanté de ces petites orgueilleuses. Ne rien faire pour elles, est tout au moins la vengeance qu’il se croit permis d’exercer contre ces insidieuses beautés si sûres du pouvoir de leurs charmes, et si jalouses de pouvoir mener quelque jour, au gré de leur ambitieux caprice, un homme léger qu’on sait n’aimer rien au monde que son égoïste liberté.

« Nicette reparut enivrée de ses succès, enchantée de tout ce qu’elle venait de voir et d’entendre. Nous dinâmes à la hâte, Mimi jugea que nous pouvions fort bien, comme gens qui s’étaient rencontrés à Versailles, ne faire pour le retour qu’une seule voiture. Il fallut donc absolument que je montasse dans celle des dames, déplaçant la femme de chambre dont se chargeait Lebrun, conducteur héréditaire de mon cabriolet.

À la fin de ces récits tout pleins d’un charmant libertinage et où le drame intervient parfois, où passent les personnages les plus divers de toutes les nationalités européennes, où l’on pénètre dans l’intimité même de la vie du XVIIIe siècle, à la veille de la Révolution, Monrose finit par épouser la fille de lord Sydney. Cette jeune anglaise s’est fait faire un enfant par le marquis d’Aiglemont, le premier amant de Félicia et à cause de cela se fait scrupule d’épouser Monrose. Cet épisode qui se trouve à la fin du roman donne bien le ton de la philosophie indulgente de Nerciat et des doctrines de son époque en fait de libertinage.

À la fin, d’Aiglemont, toujours singulier dans ses idées, résolut d’essayer un quitte ou double ; il n’y avait plus aucun moyen raisonnable à tenter pour arracher à miss Charlotte une sage résolution.
— Madame (vint-il lui dire très sérieusement un beau matin) notre bon pays de France n’est pas du tout le théâtre où peuvent être applaudis des honnêtes gens ces partis romanesques, qui sont en grand prédicament dans votre île philosophique, du moins si l’on en croit vos romans, que les extravagants seuls prennent ici pour modèles. Trop de perfections vous distinguent, vous tenez à trop de personnes considérables par leur état et par leur fortune, et particulièrement, vous avez un oncle d’un trop grand mérite, pour qu’il vous soit possible de soutenir, sans vous avilir, la gageure de ne point vous marier. J’ai eu la fortune de vous faire un enfant ! Eh bien, le cher Monrose en a fait un à Mme d’Aiglemont, partant quitte. Un jour doit venir où vous saurez encore mieux combien il y a d’alliances entre tant de personnes que vous voyez former notre aimable, et j’ose dire, heureuse société : vous serez alors très aise de vous remettre à notre unisson. Votre amant, celui dont il convient absolument que vous fassiez un époux, a contracté d’innombrables dettes ; il est de votre honneur de les acquitter. Voyez au surplus à quoi tiennent vos scrupules. En même temps il ouvre la porte d’un boudoir… Tandis que Charlotte est stupéfaite de voir l’heureux Monrose dans les bras de Mme d’Aiglemont, le Marquis la surprend elle-même, et… la façon d’une oreille est plus qu’à moitié faite avant que la belle Anglaise ait pu seulement respirer. Cependant notre héros et la Marquise lui sourient et lui font ainsi comprendre que le crime dont on la rend complice n’est pas de nature à faire tourner le ciel.
- Eh bien, belle Charlotte, lui dit avec toute sa grâce, Flore encore embellie par le plaisir, épousez du moins à demi le cher Monrose, afin de ne pas me voler tout net ce que vous usurpez maintenant… Cette folie fut le coup de marteau sous lequel devait se briser le dur noyau du préjugé de Charlotte, l’amande n’en était point amère, c’était la tolérance sous un bon épiderme du goût du plaisir… Elle, sourit : l’oreille achevée, l’Anglaise vola dans les bras de sa ci-devant rivale, lui jurant de s’assurer par un prompt hymen d’imprescriptibles droits à sa précieuse amitié mise à des conditions si douces…

Cette analyse et ces extraits donneront une juste idée du singulier ouvrage que l’auteur apprécie en ces termes :

Je conviens avec vous, cher lecteur, que la marche de toutes ces aventures n’est pas ordinaire.

Ce mélange singulier de vertu, de faiblesse, de sentiment, de caprice, ces brusques transitions de la tristesse au plaisir, du plaisir au remords, du courroux à l’attendrissement, tout cela est de nature à vous ballotter peut-être désagréablement, si vous avez l’habitude et le goût de ces scènes uniformes où chaque acteur conserve son premier masque d’un bout à l’autre de son rôle. La plupart de mes personnages sont à moitié purs et à moitié atteints d’une corruption dont il est bien difficile de se garantir au sein des capitales, quand on y apporte des passions et d’assez grands moyens de les satisfaire. De là, tant de disparates. L’histoire de mes acteurs est celle des trois quarts des mondains de tous les pays de l’Europe.

Nerciat a été souvent pillé. Dans son autobiographie intitulée : Illyrine ou l’écueil de l’inexpérience (Paris, an VII) la Morency a inséré des passages qu’elle empruntait à Monrose et sans prévenir le lecteur. On trouvera notamment dans la lettre CXXI (Julie à Lise) un morceau pris dans la première partie de Monrose, au chapitre VI.

Monselet fait remarquer dans Monrose « un individu italien qui pourrait bien avoir servi de modèle à Balzac pour son ou sa Zambinella, dans le petit roman de Sarrazine ».

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le récit érotique de Andrea de Nerciat, Monrose ou le Libertin par fatalité, L’Œuvre du Chevalier Andrea de Nerciat, (introduction, Essai bibliographique, Analyses et notes par Guillaume Apollinaire), Paris, Bibliothèque des curieux, collection « Les Maîtres de l’Amour », Paris, 1927, pp. 107-133.

Notes

[1Félicia était comtesse.



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