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Éloge du sein des femmes

Moyens de conserver de beaux tétons

Ouvrage curieux (Chapitre VIII)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre VIII : « Moyens de conserver la gorge », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.


CHAPITRE VIII
MOYEN DE CONSERVER LA GORGE.

Voici, sexe charmant, le chapitre qui doit faire auprès de toi la fortune de cet éloge. Que nous servirait, mesdames, d’avoir chanté la plus belle partie de vous-même, si notre art ne vous instruisait encore à la conserver dans toute sa fraîcheur.

Plume aimable et facile du chantre badin des Perruques [1], viens pour un moment sous mes doigts ; et que les grâces, en nous lisant, croyent encore lire quelques pages du docteur Akerlio.

Mais déjà mon sujet m’inspire ! Or, écoutez, mesdames ; j’ai toussé, je commence.

La parure est à la beauté ce que l’esprit est au savoir. On ne se plaît guère sans un peu de coquetterie ; pour retenir dans ses bras son céleste époux, Junon même eut besoin un jour de la ceinture de Vénus. Que l’art de la toilette soit donc votre première étude ; mais anathème éternel à ces corps meurtriers, où la taille la plus svelte perd dans sa prison de baleine son élégance naturelle ! Un simple corset suffit à la conservation des formes. Qu’une bande légère, fixée vers la partie moyenne de la poitrine, embrasse mollement la région inférieure de chaque hémisphère, en soutienne adroitement le poids sur un support invisible, et laisse entrevoir à l’œil éveillé du désir, cette mappemonde mobile, sur laquelle l’imagination la plus froide aime à voyager quelquefois [2]. Gloire à toi, docte et galant Alphonse [3] ! Le premier, tu proclamas courageusement la liberté des gorges, leurs amants te doivent une statue ; et j’ai placé la tienne dans mon boudoir.

Une douce chaleur, en dilatant les solides, peut aider au développement d’un sein virginal. Une belle gorge aime à braver demi-nue l’action d’une température modérée. Mais le froid est son ennemi mortel. Qu’elle en évite soigneusement les rigoureuses atteintes ; ou bientôt, au lieu de cette élastique fermeté qui fait le premier charme d’un sein de lys, elle n’offrira plus au doigt délicat de l’amour, qu’une solidité squirreuse, éternel écueil des désirs.

Ce sein trop humble n’ose, dites-vous, se montrer au jour. Eh bien ! connaissez donc les secrets du génie. Le fluide électrique commande à la foudre même ; il peut, à la voix d’un praticien habile, imprimer aux vaisseaux sanguins, une turgescence favorable. Souffrez, mesdames, qu’on vous magnétise : le docteur Mesmer n’a point d’égal dans l’art de donner à certains charmes une expansion délicieuse.

Le malade résiste-t-il à la verge électrique, à la magie du baquet ; la mécanique vient pour vous au secours de la physique. Que dans sa double cavité, une officieuse ventouse embrasse, sans les blesser, vos deux globes d’albâtre. L’air ainsi raréfié, hâtera sans douleur le développement de la gorge rebelle… C’est peu : un contact indiscret vient-il à déformer par accident le bouton de vos roses jumelles ? retournez, mesdames, à l’heureuse ventouse : le bouton ranimé reprendra bientôt sa forme et sa fraîcheur.

Belles sans expérience, vous qui pleurez ingénuement à votre quinzième année, l’absence du plus doux attrait dont se pare un buste féminin, consolez-vous ! il n’est point de mal sans remède. Plus d’une prêtresse de Vénus tient magasin de seins postiches. Vous pouvez avoir à vil prix la plus belle gorge du monde, dans une paire de cartons bombés.

Et vous, honneur de votre sexe, femmes intéressantes qui voulez unir en même temps le plaisir d’être épouses et l’orgueil d’être mères, ne craignez rien : à l’aide d’une petite ruse, on est maintenant à la fois et nourrice et jolie. Déjà l’œil marital commence-t-il à lire avec peine les ravages de l’allaitement sur un mamelon déprimé ? voyez la gomme élastique se façonner pour vous en chapeau complaisant [4]. L’aiguille l’a criblé tout exprès de légers tuyaux capillaires, pour fournir un libre passage au lait nourricier. Sous la forme couleur de rose dont il est hermétiquement couvert, le sein maternel cache ainsi sans péril sa passagère laideur ; et, par cette innocente imposture, il satisfait à la fois la nature et l’amour.

De graves professeurs d’hygiène ne voient de salut pour les belles gorges, que dans un régime d’anachorète. À les entendre, il n’est pour nos Vénus qu’un moyen sûr de conserver leurs charmes : c’est de n’en faire aucun usage [5]. Le jeûne, selon eux, est encore une recette unique : pour éterniser la beauté, vive (disent-ils) l’art de mourir de faim.

Quant à nous, indulgents casuistes, nous sentons combien la chair est fragile. Cette abstinence surnaturelle n’appartient qu’aux purs esprits ; de tout un peu, c’est la devise des corps. Le plus grand des philosophes, Épicure, fut par excellence l’apôtre de la volupté, et notre rigorisme, mesdames, ne vous défend que l’excès.

Ainsi, bien que l’eau soit, d’après Hippocrate, la boisson conservatrice des belles formes, nos ordonnances moins rigides vous permettent l’usage modéré des liqueurs [6]. Nous n’aurons pas la cruauté d’interdire aux dames le café du matin [7] ; mais que le sucre et le lait adroitement mélangés, lui servent toujours de correctif. Funeste au système nerveux, l’abus du café à l’eau a desséché plus d’un joli sein [8].

Pourquoi faut-il que le plaisir ait aussi ses regrets ? Sexe enchanteur ! quel feu n’allume pas dans nos sens le seul aspect de tes pommes de neige. Il nous faudrait mourir, si les flammes dont tu nous consumes ne te brûlaient toi-même ! Ah ! pour le bonheur de l’homme, succombe quelquefois aux douces tentations que tu fais naître ! mais, pour l’honneur de tes charmes, résiste plus souvent encore à l’attrait du désir ! La fleur des champs que le papillon se plaît à baiser, s’effeuille enfin sous l’aile de l’insecte brillant : ainsi la fleur d’un beau sein finit par se faner sous les caresses d’un indiscret amour. La rose de la volupté ressemble à Titon dans les bras de l’Aurore : chaque baiser la vieillit d’un lustre [9], et le bouton du matin, le soir n’est plus qu’une épine [10].

Vous, dont la fougue égarée poursuit la jouissance au péril de vos charmes ! ah ! du moins, quand vos sens sont calmés, hâtez-vous de réparer en secret les outrages du plaisir. Autrefois tributaires du génie monacal, la botanique et la chimie opposaient au développement des gorges nonnettes le froid nénuphar et le mystique agnus castus. Libres aujourd’hui, ces deux sciences aiment à préparer de concert d’utiles restaurants aux seins débilités. Connaissez l’art des frictions réparatrices. Elles entretiennent dans sa fraîcheur le satin de la peau ; elles rendent aux formes affaissées leur souplesse et leur ressort ; par elles, les lys disparus sous le feu du baiser, ont retrouvé bientôt leur première blancheur. Salut, savante Tollerer [11] ! La renommée de tes pommades a volé des bords de la Seine aux rives du Mississipi. Le sein de la belle Poppée [12] n’eut jadis pour ressource que le bain de lait d’ânesse ; les gorges égyptiennes ne connaissent que l’hermodacte [13]. Mais ces recettes merveilleuses, les tiennes les ont éclipsées. C’est à ta voix que, pour la sécurité d’un sein galant, l’olive et l’amande offrent à la fois leur huile adoucissante ; que la pimprenelle et la rose prodiguent leur essence aromatique ; que la cannelle et la fleur d’orange s’unissent à la crème en pâtes odorantes, et s’étendent en masque officieux [14] sur plus d’un sein décrépit.

Non, tu n’auras point fait d’ingrates, ô toi, dont le génie tutélaire a bien mérité des gorges ! Permets que leur chantre, en terminant leur éloge, te proclame leur bienfaitrice. Un grain de leur encens t’est dû. Puisse ton nom briller désormais en lettres d’or dans les fastes de la beauté ! Puisse, éternisée par la reconnaissance féminine, ta mémoire ne périr qu’avec le dernier téton !

Voir en ligne : Recettes virginales (Chapitre IX)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre VIII : « Moyens de conserver la gorge », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.

Notes

[1Éloge des Perruques, enrichi de notes plus amples que le texte ; par le docteur Akerlio (Deguerle). Paris, an VII, 1 vol. in-12.

Cet Éloge badin a trouvé grâce auprès des savants comme auprès des dames, malgré les traits malins qu’il s’est permis de décocher contre les têtes à perruques de toute espèce. Loué par tous les journaux sans en excepter la Décade, il n’a pu fléchir le courroux du terrible Victor-Campagne, dont l’œil perçant a vu tout seul, dans cet élégant badinage, une horrible contre-révolution, Voy. le Flambeau, du 18 floréal an VII.

[2Gentil Bernard a dit (Art d’aimer, ch. II) :

Qu’un sein trop humble à sa place arrêté
Offre un amour de son frère écarté.

[3Alphonse Leroi, médecin de la Faculté de Paris, a publié, en 1772, de savantes Recherches sur l’habillement des femmes et des enfants. L’auteur de cet ouvrage utile s’y déchaîne avec une sainte colère contre l’usage des corps baleinés, dont l’usage était général à l’époque où il écrivait, et qu’un caprice de la mode menace de ressusciter aujourd’hui.

[4Ce chapeau s’appelle, en termes techniques, bout de sein.

[5Comme si la gorge la plus respectable ressemblait aux cantiques de feu Pompignan dont Voltaire a dit quelque part :

Sacrés ils sont, car personne n’y touche.

[6Même spiritueuses et fermentées : le trop seul est de trop.

[7Il y aurait presque autant d’inhumanité à défendre au beau sexe le thé au lait ; ainsi, nous lui en permettons l’usage, d’autant plus que l’habitude qui, comme on sait, est une seconde nature, a mis, grâce à la mode, presque tous nos estomacs à l’anglaise.

[8Quelle que soit notre indulgence, nous devons en conscience inviter les poitrines délicates à substituer à l’usage du thé et du café, celui du chocolat ou du cacao. Les liqueurs proprement dites peuvent être, dans le même cas, remplacées avec succès par le vin et la bière ; mais le vin doit être généreux, et la bière de bonne qualité. Parmi les aliments les plus amis de la gorge sont les végétaux, les substances amylacées, riz, truffes, etc. Les ragoûts trop épicés ne sont pas sans périls ; ainsi que les acides, ils minent l’embonpoint, et produisent enfin la maigreur, hideuse ennemie de la beauté.

[9En profonds commentateurs, n’oublions pas de dire ici : « Il y a lustre et lustre ; le lustre vulgaire est de cinq années, celui de la rose est de cinq minutes. »

[10C’est ce qui fait dire à je ne sais quel poëte, en parlant de je ne sais quelle nymphe :

Lise, à quinze ans, avait un sein superbe ;
La pauvre Lise, à vingt ans, n’en a plus.
Pourquoi, dit-on ? — C’est qu’aux chemins battus
On ne vit jamais croître l’herbe.

[11Madame Tolleret, célèbre par ses découvertes dans l’art de restaurer les gorges, du temps de Mercier.

[12Poppée, impératrice romaine, seconde femme de Néron. Sa Majesté tigre éventra d’un coup de pied sa royale épouse, sans respect pour sa belle gorge.

[13L’hermodacte est l’iris tuberosa des botanistes.

[14Nous ne parlons point ici par métaphore. La grande toilette exige aujourd’hui deux masques ; un, comme on sait, sur le visage, l’autre sur la poitrine.



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