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Passion sexuelle et folie érotique

Mysticisme et érotisme

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XVII)



Mots-clés :

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XVII
MYSTICISME ET ÉROTISME

Nous avons vu, au chapitre XV, un des complexes les plus bizarres que puissent produire le mysticisme et l’érotisme. Ce n’est pas le seul. L’obligation de continence faite par la religion aux membres du clergé et aux célibataires aboutit souvent à des aberrations que les travaux de Freud ont éclairés d’un jour nouveau. Les hallucinations luxurieuses de Saint Antoine ne sont pas exceptionnelles et, dans nos temps modernes, ils ont leur réplique en la personne de l’écrivain Huysmans. On sait que ce dernier, tardivement converti, fit une retraite dans un couvent. Il raconte lui-même que chaque nuit, dans sa cellule obscure, il se trouvait assailli de pensées horriblement lubriques et que tous ses efforts pour les écarter restaient vains. Il essayait de prier, d’évoquer le pur visage de Marie, d’appeler à lui de pieuses pensées. Plus il s’y efforçait, plus les tentations et les images obscènes se multipliaient.

Ces réactions d’une subconscience jusque-là dévoyée, Huysmans, en bon mystique, les attribue au démon. Cet esprit révolté, auteur de l’initiale tentation du jardin édénique, continue, disent les aberrants de la mysticité, son rôle de tentateur. Avez-vous une pensée coupable ? C’est le démon qui vous l’insuffle. Une femme vous plaît-elle ? C’est le démon qui vous tente.

Il s’ensuit un état de double conscience toujours pénible et souvent accompagné de troubles graves.

Nous avons eu à nous occuper jadis d’un cas extrêmement intéressant de double conscience où la mysticité et l’amour se combattaient fâcheusement. L’héroïne en est morte il y a bien longtemps. Nous pouvons donc décrire son histoire, l’une des plus navrantes qu’il nous ait été donné de connaître.

Odette B... avait 30 ans. Elle était célibataire, très pieuse. À vingt ans, elle avait été fiancée au vicomte de M... Mais le décès de sa mère, qui laissait deux petites filles en bas âge l’avait obligée à rompre ses fiançailles, car, avant de rendre le dernier soupir, la mère d’Odette B... lui fit promettre d’élever ses deux jeunes sœurs, d’être pour elles une seconde mère.

« Entre l’amour et le devoir, disait-elle, j’ai choisi le devoir ». Ce fut l’origine de ses troubles futurs, il est à remarquer que ce qu’elle entendait par devoir — c’est-à-dire la renonciation à son mariage pour se mieux consacrer à ses sœurs, était dû à une exagération mystique de la juste notion du devoir. Une personne équilibrée eût, en effet, concilié les deux points de vue, qui ne s’opposaient pas nécessairement.

De vingt à trente ans, elle eut parfois de vifs penchants pour certains hommes. Elle les réprima. Elle fut courtisée. Elle aimait à l’être. Mais elle contentait facticement les élans de son cœur et de sa chair par des flirts auxquels elle se dérobait dès qu’ils prenaient une allure pressante.

Mais vint un jour où ce ne fut pas un banal soupirant qui la courtisa : ce fut un homme ardent, volontaire, tenace et persuasif. De plus, elle se prit à ressentir une très vive inclinaison pour cet homme. Ceci aurait peut-être donné lieu à un mariage, mais l’amoureux, positiviste et absolument réfractaire à la religion, lui inspirait — en même temps que de l’amour — une crainte et même quelque aversion.

Très pressant, très actif, il lui fit une cour des plus assidues. Elle aurait voulu l’interrompre, mais, en présence de son prétendant, elle perdait une grande partie de son autocontrôle et ne pouvait se résoudre à l’évincer.

Pendant une année entière, elle se débattit entre l’impulsion naturelle d’accepter d’épouser cet homme et le sentiment religieux qui lui interdisait de s’allier à un incroyant.

Bientôt, s’enhardissant, son amoureux lui prodigua des baisers d’abord timides, puis de plus en plus passionnés. La pauvre fille ne savait dérober ses lèvres à celles de l’homme qu’elle aimait. Aussitôt après, l’état de conscience seconde survenait. Un remords l’envahissait d’avoir reçu une caresse défendue hors de l’état de mariage et surtout de l’avoir reçue d’un individu qu’elle ne pouvait épouser.

Elle prit alors la décision de ne plus se rendre au rendez-vous journalier, mais un nouveau trouble l’y contraignit.

À l’heure même où elle savait qu’il l’attendait, il lui semblait, dans la pénombre de sa chambre, voir briller l’impérieux regard de l’amant. Elle se sentait bientôt fascinée, subjuguée, et malgré toute résistance, obligée d’aller au rendez-vous.

Cette situation ne tarda pas à s’aggraver. Ce fut l’incubat tel que nous l’avons décrit.

Chaque nuit elle se sentait invisiblement possédée et, dans son rêve, elle s’abandonnait à l’étreinte, elle en jouissait éperdument. Aussi son réveil était-il atroce, et ses journées pleines de remords et de regrets de n’être plus en état de pureté.

Un système nerveux ne résiste pas à un semblable surmenage.

La demoiselle B... dut bientôt s’aliter en pleine consomption et elle mourut peu après.

L’une des aberrations les plus curieuses à quoi ait donné lieu la mysticité est le culte de Satan ou satanisme. Convaincus de l’existence du prince de l’Enfer, il s’est trouvé (et il existe encore) des dévoyés qui, las d’adorer le Dieu prohibiteur des plaisirs sensuels se mettent à implorer du démon les moyens de satisfaire leurs vices et leurs appétits de toute nature.

Leur philosophie est toute contenue dans la proposition suivante :

Si pour se rendre agréable à Dieu, il convient de s’imposer des mortifications, ce sera, au contraire en s’adonnant à la lubricité qu’on parviendra à complaire à l’esprit des ténèbres. Aussi les adorateurs du démon ont-ils inventé la « messe noire ».

Cette messe — parodie sacrilège de l’autre — doit être célébrée par un prêtre interdit. Les assistants, nus, répartis en couples dans des postures libidineuses, se rangent en face de l’autel. Un Christ grotesque, affublé d’une énorme virilité, qui s’érige, est placé devant les fidèles. L’office commence, servi non par un enfant innocent, mais par un pédéraste avéré que sodomisera le prêtre après la consécration.

Avant celle-ci, l’officiant invoque longuement Satan, Astaroth et Belzébuth. Pour leur rendre hommage, il injurie grossièrement le Christ. Puis il consacre les espèces et souille l’hostie dont plusieurs fidèles particulièrement dévotieux se disputent les parcelles afin de communier ignoblement.

Enfin, les couples présents, exhortés à offrir au démon l’hommage de leurs péchés, s’étreignent et perpètrent les plus odieuses aberrations.

Au Moyen-âge, ces rites affreux s’aggravaient du meurtre d’un enfant nouveau-né dont le sang répandu dans le ciboire, figurait le vin du Saint Sacrifice.

FIN

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.



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