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Névrose

Névrose - I

Roman érotique (Chapitre I)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


I

Illustrations de G. Topfer

Dans le grand hall de l’hôtel Impéria, une foule élégante était rassemblée. Les femmes en toilette de soirée scintillaient de bijoux, les hommes en frac conservaient cette froideur de bon ton qui se remarque dans toute réunion mondaine. Les idiomes les plus divers se mêlaient en un murmure assourdi et discret ; des rires clairs fusaient soudain, tempérés aussitôt.

Dans un coin, un couple de jeunes gens parlait à voix basse, sans gestes, comme s’il se fut méfié d’une mimique trop vive.

Lui, svelte, élancé, attirait invinciblement le regard des femmes par son attrait bizarre, un peu félin. Il était brun, la moustache fine et soyeuse, les yeux très longs, brillants.

Sa compagne semblait digne de lui, elle aussi possédait un charme attirant, fait de sensualité gourmande et curieuse. Sa chevelure très blonde avait aux lumières des reflets dorés, son nez aux narines palpitantes paraissait aspirer avec volupté des parfums mystérieux ; ses yeux un peu mauves prenaient parfois une fixité qui troublait.

Avec un rire silencieux, il murmura :
- Une belle réunion !… on se croirait devant la vitrine d’un bijoutier…

Elle ne répondit pas immédiatement, un sourire malicieux passa dans ses yeux, mais elle se reprit et ses seins furent brusquement secoués par un halètement nerveux.
- Oh ! Louis, tu ne penses qu’à cela !…

Il haussa les épaules.
- Évidemment… pour l’instant, du moins. Quand ce ne sera plus nécessaire, je cesserai…

Il consulta sa montre.
- Onze heures seulement, nous avons encore du temps à attendre. Cette inaction me pèse.

Elle rit, moqueuse.
- Naturellement, parce que tu ne fais jamais rien.

Comme il fronçait les sourcils, elle se tut, craintive, manifestant un émoi visible. Mais bien vite, elle fixa le compagnon avec amour, se rapprochant de lui avec une câlinerie de jeune chatte, frottant sa joue à son épaule.

À l’autre bout du hall, un voyageur solitaire les considérait avec intérêt. Souvent, son regard s’appuyait sur eux, sans qu’ils y prêtassent attention.

C’était un homme d’une trentaine d’années, au teint bronzé, aux traits durcis par les nécessités d’une vie aventureuse.

Henry de Bucière avait passé dix ans de sa jeunesse aux colonies, courant après la fortune qui semblait le fuir avec une ténacité mauvaise. Jamais découragé, il s’acharnait au contraire et enfin au Congo, installé dans une concession immense, il s’était livré au négoce fructueux du caoutchouc et de l’ivoire. Épuisé par cette longue lutte, il s’était décidé à revenir en France et, depuis deux jours, il séjournait à l’hôtel Impéria, se retrempant joyeusement dans la vie parisienne.

Dans le couple qui l’intriguait, il n’avait point tardé à reconnaître des aventuriers, malgré l’apparence élégante des deux jeunes gens.

En les contemplant, il souriait, se demandant à quelle sorte de combinaison fructueuse ils se livraient. Il était trop habitué aux vicissitudes de l’existence coloniale, pour s’offusquer outre-mesure. En ces deux années de voyage, il avait fréquenté des forbans de toutes les envergures.

Puis il se désintéressa d’eux et consulta sa montre. Il eut un bâillement mécontent, puis appelant le garçon, il réclama sa pelisse. Un instant plus tard, il franchissait le seuil du hall et descendait sur les Champs-Élysées.

Maintenant, il regrettait d’avoir négligé d’occuper sa soirée et cherchait un amusement quelconque. Mais l’heure était trop tardive et il se résigna à une simple promenade solitaire.

La température douce avait attiré au dehors de nombreux promeneurs et ainsi, il put s’attarder sans bien se rendre compte du temps qui s’écoulait.

Cependant, les deux jeunes gens dans leur coin bavardaient toujours. Sournoisement, ils épiaient les groupes, tâchaient de percevoir des bribes de conversations qui sans doute devaient leur être utiles. Le hall se vidait lentement, chacun regagnait son appartement aux différents étages de l’hôtel. Enfin, l’homme poussa du coude sa compagne.
- Allons-y, ma petite Lucie, dit-il doucement. Nous avons juste le temps de nous préparer.

Elle lui sourit amoureusement et le suivit sans prononcer une parole.

Leur chambre était au second, ils s’y enfermèrent aussitôt précautionneusement, comme s’ils eussent craint les indiscrets. Lentement le jeune homme se dévêtit, puis se glissa dans un élégant pyjama de soie. Comme à regret, Lucie retira sa robe. Quand elle fut en pantalon, son amant l’attira dans ses bras et murmura :
- Tu veux t’apprêter de suite ?

Elle eut une moue inquiète, une pâleur passa sur son visage, mais elle ne répondit pas.

Les traits de Louis se crispèrent en un tic nerveux.
- Tu ne vas pas faire des giries, gronda-t-il, brusquement grossier.

Elle frissonna et encore se tut. Il la secoua avec brutalité.
- Allons, réponds, au lieu de prendre des mines de princesse outragée.
- J’ai peur ! balbutia-t-elle. Nous finirons par être pris…

Il ricana, cynique et amusé.
- Ça dépend de toi… Si t’es gourde, tu seras pincée, c’est certain.

Elle se recula, comme épouvantée par une vision douloureuse. Mais lui, la saisit par ses bras nus et encore la secoua.

Puis, d’une main, il déboutonna la culotte qui tomba sur le sol. Il rit et eut des gestes obscènes dont elle ne s’offusqua point, plutôt flattée que l’on admirât son corps aux lignes pleines et charnues.

Sans hâte, il la déshabilla entièrement et dénoua la chevelure, qu’il noua avec une adresse de femme de chambre.

Quand elle fut nue, il la contempla un instant, palpant ses formes rondes d’une main audacieuse. Elle souriait, ayant momentanément oublié la terreur qui, un instant plus tôt, l’agitait. Mais il finit par la repousser, redevenant sérieux soudain, repris par les soucis quotidiens.
- Allons, c’est fini de rigoler… à la besogne, maintenant, l’heure avance.

Fouillant dans ses poches, il en retira un trousseau de clefs, dont il choisit la plus minuscule. Contre le mur, il y avait plusieurs valises de cuir. Il attira la dernière et l’ouvrit. Dans cette valise, divers objets bizarres étaient minutieusement rangés. Tout d’abord, il s’empara d’un paquet brillant qui n’était autre chose qu’un uniforme de rat d’hôtel en jersey de soie, et il le jeta à Lucie.
- Habille-toi, dit-il simplement, et il se remit à fouiller. Il prit une lampe de poche, un outil d’acier destiné à ouvrir les serrures. Le tout, il le déposa soigneusement sur le lit et se retourna.

Lucie, immobile, tenait à la main le jersey de soie ; sur son visage, un voile de tristesse assombrissait ses traits. Il demanda encore, déjà impatient :
- Eh bien ?

Alors, elle se décida, en tremblant, et des larmes dans les yeux, murmura :
- Oh ! chéri ! pas ce soir… J’ai peur…

Il crispa les poings, furieux de cette rébellion à laquelle il n’était guère habitué.
- Dépêche-toi… sinon…

Elle baissa la tête, un frisson la convulsait, mais elle ne parvenait à se résoudre, bouleversée par une terreur nouvelle et incompréhensible. Cette fois, il avança d’un pas et leva la main. Une gifle claqua sur la joue de la femme qui frémit, tandis qu’un sanglot lui déchirait la gorge.

Comprenant qu’il ne l’avait pas domptée par cette première brutalité, il répéta le geste, marbrant la figure qui rougeoyait.

Lucie s’effondra contre le lit en pleurant.
- Oh ! chéri !… Comme tu es méchant !…

Il ricana, le regard mauvais, le front plissé de rides. Cette fois, ce fut avec le poing qu’il frappa, meurtrissant les épaules, la poitrine, les reins. Elle ahanait sous les coups, sans un mouvement de défense, sans une tentative de protection. Son beau corps aux lignes pures se courbait en avant, s’écrasait sur le matelas, ses pieds restant sur la descente de lit.

À chaque heurt féroce, elle frissonnait et murmurait, plaintive, dominée par la dureté du mâle.
- Oh ! chéri… je veux bien… je veux bien !…

Mais il s’acharnait, craignant les révoltes qui suivraient, s’il ne se montrait pas sévère.

Enfin, il la saisit par les cheveux et la redressa. Debout devant elle, il la fixa et demanda :
- Tu vas t’habiller, maintenant ? Et aller travailler ?

De ses menottes crispées, elle essuyait les larmes qui coulaient sur ses joues, tout l’être contus par la terrible correction. Incapable de prononcer une parole, elle acquiesça d’un signe de tête.

Il lui tendit le jersey de soie et la fixa en riant. Sans un mot, elle le prit et s’en vêtit, tremblante encore sous la morsure de la souffrance qui persistait.

Elle n’osait lever les yeux sur le maître qui la maîtrisait par sa force, la contraignait à l’obéissance, toujours, sans que jamais il lui fut possible de résister.

Combien en avait-elle déjà reçu, de ces corrections atroces ? Elle ne savait plus.

Presque quotidiennement, il la torturait ainsi et pourtant, elle l’aimait, attachée à lui, par un sentiment étrange, fait de frayeur et d’attirance charnelle.

Lui, en la voyant timide, souriait avec orgueil. Paisiblement, il étendit les bras et l’attira contre sa poitrine. Câline, elle s’y blottit et aussitôt cessa de pleurer, entraînée par la passion des sens qui lentement entrait en elle, l’affolait.

Et lui, devinant son état, s’attardait en riant à des caresses furtives qui mettaient le feu au sang, la secouait de frémissements convulsifs. Il jouissait de sa puissance, sans hâte, comprenant que c’était par la chair qu’il la dominait.

Brusquement, il la souleva de terre et la jeta en travers du lit, où elle s’abattit avec un cri léger.

Encore, il riait ; ce geste, c’était là une partie de son métier ; vraiment, c’était un travail véritable, parce qu’il lui fallait pour enchaîner la femme, déployer toutes les facultés de sa science amoureuse et de sa vigueur de mâle.

Elle râla sous son étreinte et fut vaincue, de nouveau à lui, prête à toutes les turpitudes, pour lui complaire, jouir de ses baisers savants. Dans son exaltation, elle avait des mots tendres, des appels puérils.

Maître de lui, ne perdant une seconde son sang-froid, il la pliait, en faisait son esclave. Quand il se redressa, elle souriait, les paupières mi-closes, les seins tressautant sur sa poitrine d’un blanc laiteux. Il n’eut pas besoin d’ordonner de nouveau, elle se baissa, ramassa le jersey de soie et se vêtit hâtivement, comme si elle eût peur de manquer à la minute suprême de l’énergie nécessaire. Et quand elle fut prête, entièrement couverte par le costume noir qui l’enveloppait depuis la tête jusqu’aux pieds, son état d’esprit changea soudain. Elle ne ressentit plus de frayeur, il semblait que la tâche qui lui incombait devenait subitement naturelle.

Louis lui glissa à la ceinture les deux outils d’acier et tendit la minuscule lampe électrique.

La poussant dehors, il murmura :
- Tu sais où tu dois aller ?

Pour toute réponse, elle lui serra la main et disparut dans la pénombre du couloir.

À son tour, il s’habilla rapidement d’un costume semblable à celui de la compagne et sans une hésitation, s’engagea dans le corridor mi-obscur.

Voir en ligne : Névrose - II

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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