Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Névrose > Névrose - II

Navigation



Névrose

Névrose - II

Roman érotique (Chapitre II)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


II

Cependant, Henry de Bucière avait longtemps erré sous les arbres des Champs-Élysées. Enfin, rompu de fatigue et jugeant que la nuit était suffisamment avancée, il se décida à rentrer au logis.

Quand il pénétra dans le hall de l’hôtel, celui-ci était vide, les lumières à demi baissées. À ce moment il pouvait, en effet, être environ une heure du matin. Sans hâte, il gagna sa chambre et s’y enferma pour lentement se déshabiller.

Mais une nervosité l’étreignait, il se sentait seul dans ce grand Paris où il ne connaissait plus personne. Il lui semblait que la compagnie d’une femme lui aurait été douce.

Maussade, il alluma une cigarette et se jeta sur son lit, incapable de dormir encore. Pourtant, il éteignit l’électricité, la lumière le gênant.

Et ainsi dans l’obscurité, il rêva, se rappelant les années écoulées, dans la lutte continuelle, pour atteindre ce résultat désespérant. Maintenant, il avait la fortune, mais il était seul, sans un foyer, sans un être à aimer.

Combien de temps resta-t-il ainsi ? Assurément, il aurait été incapable de le dire. Après une première cigarette, il en alluma une seconde, puis une troisième, inlassablement.

Et dans le couloir sombre, Lucie rampait doucement, le coeur étreint par une angoisse indicible. Elle avait peur sans saisir la cause cette frayeur. Pourtant, elle avait l’habitude de ces aventures nocturnes ; depuis qu’elle connaissait Louis, elle avait dû se plier à sa volonté tyrannique et partager les dangers de son existence.

Parfois, elle s’arrêtait et écoutait, se tenant sur ses gardes, craignant la présence inopinée du valet d’étage. Avec précaution, elle comptait les portes sachant exactement où elle devait aller. Dans la journée, habilement, elle avait pris des points de repère, afin de ne pas se tromper la nuit venue. Silencieusement, elle engagea dans une serrure la tige d’acier pendue à sa ceinture et doucement tourna. La clef à l’intérieur, vira à son tour, sans un bruit, sans un crissement et la porte s’ouvrit soudain, comme par magie.

De nouveau la jeune femme fut à quatre pattes, afin que son ombre ne se détachât point dans l’obscurité, malgré son costume noir. Ainsi, elle était, du lit, aussi invisible que silencieuse. Arrivée au milieu de la pièce, elle se redressa sur les genoux et regarda. Elle ne vit pas, mais devina le dormeur, tant ses sens, à cette minute, avaient d’acuité. Aussitôt, elle sut comment il se tenait et, d’une main fébrile, fouilla dans un sac de peau attaché à sa ceinture.

Dans sa menotte fine, apparut une feuille d’ouate, humide de chloroforme. Alors, brusquement, avec une précision mécanique, elle se leva et bondit. L’ouate s’appliqua sur le visage du dormeur qui eut un sursaut, puis retomba, inerte.

Dès cet instant, elle n’eut plus peur, aucune fébrilité ne l’agita. Elle parcourut la chambre, ouvrit les tiroirs, les valises, mettant la main sur les bijoux, les billets de banque, qu’elle enfouissait ensuite dans un autre sac fixé à sa hanche gauche. Le plus difficile de la tâche était certainement d’ouvrir et de pénétrer dans l’appartement sans éveiller le voyageur. Ce résultat obtenu, le reste n’était que jeux d’enfants, car le dormeur pris à l’improviste restait incapable de lutter.

Sa tâche achevée, elle sortit de la pièce et, avec autant de précaution que précédemment, referma l’huis, pour recommencer à ramper le long du mur du couloir. De nouveau, la nervosité la bouleversait, n’ignorant point qu’elle courait à d’autres dangers. Il suffisait d’une seconde d’inattention de sa part, d’un mouvement trop brutal, pour être surprise.

Encore elle compta les portes et s’arrêta devant l’une d’elles, persuadée de ne point se tromper. Cependant, elle commettait une légère erreur, c’était la chambre suivante qu’elle devait visiter, chambre où logeait une riche Américaine. Comme auparavant, elle s’attaqua à la serrure, introduisant la tige d’acier, qui lui permettait de saisir la clef, pour ensuite la tourner.

Mais Henry de Bucière ne dormait toujours pas. Songeur, il continuait à fumer, souhaitant vaguement une distraction qui pût momentanément le tirer de son ennui. Un bruit vague, presque imperceptible, lui fit lever la tête. Il écouta mieux et regarda. Le même son léger parvint jusqu’à ses oreilles habituées à saisir les mille froissements de la brousse, dans la campagne africaine. Et le long de sa porte, il distingua une raie plus sombre, plus noire, comme un trait foncé dans l’obscurité déjà dense. Il comprit : on pénétrait chez lui.

Aussitôt, il se glissa de côté et tomba auprès du lit placé au milieu de la pièce. En rampant, aussi habilement que la petite souris d’hôtel, il longea le mur et s’arrêta derrière l’huis qui s’écartait lentement. À cette minute, il n’avait pas un battement de coeur plus précipité, pas la moindre fièvre. Au contraire, il éprouvait plutôt une sorte de contentement de cette diversion inattendue. Enfin, il aperçut à terre une masse informe qui avançait silencieusement avec une prudence extrême. L’obscurité l’empêcha de reconnaître la silhouette féminine, aussi s’apprêta-t-il à agir énergiquement, se croyant en présence d’un vulgaire cambrioleur.

Sur lui, évidemment, il n’avait aucune arme, mais ayant l’avantage de la surprise, il se croyait suffisamment fort. Il se redressa à demi, mesurant l’espace qui le séparait de l’intrus qui, inconscient du danger, rampait toujours vers le lit. Et soudain, il bondit les mains en avant. Sa souplesse était telle qu’il tomba sur le dos de la jeune femme et ses doigts nerveux s’incrustèrent dans la gorge de Lucie.

La malheureuse eut un râle, tout son être se détendit en un effort suprême. Mais ce fut inutile, l’adversaire la dominait aisément de toute la puissance de sa vigueur.

Cependant Henry fut étonné par ce manque de résistance, il relâcha son étreinte et, avec le sang-froid, la faculté de raisonner lui revint. Au contact, il perçut la mollesse du cou peu musculeux et soudain, avec un rire, murmura :
- Une femme !

C’en fut assez pour mettre son imagination en mouvement. Il rêva à des jeux extraordinaires, à des surprises agréables.

Reconnaissant la faiblesse de l’ennemi, il ne se gêna plus et, d’une seule main, immobilisa sa prisonnière, appuyant toujours ses doigts sur la gorge, afin de l’empêcher de crier. De l’autre, il fouilla dans la poche de son pyjama et en tira un mouchoir. En quelques secondes, ce mouchoir fut transformé en un bâillon merveilleux.

Lucie tenta bien une défense énergique, mais ce fut en vain ; elle ne pouvait évidemment lutter contre un homme vigoureux, accoutumé à tous les dangers et à toutes les luttes.

Quand il l’eut bâillonnée, il l’obligea à se redresser et la saisit aux poignets, pour la traîner vers le lit. Là, il tourna le commutateur et une lumière aveuglante envahit la pièce.

Par les trous de la cagoule noire, on voyait briller les grands yeux bleus de la jeune fille, des larmes mouillaient la soie.

Malgré tout, il n’eut point de pitié et, railleur, demanda :
- Que diable, ma belle enfant, veniez-vous faire chez moi ?
- Je me suis trompée de chambre, balbutia-t-elle candidement.

Il rit de cette ingénuité et poursuivit, toujours moqueur.
- Vous faites un bien vilain métier, petite fille, et j’ai fort envie de sonner le valet de l’étage, pour qu’il vous remette congrûment entre les mains douces des agents.

Elle frissonna et il nota ce frémissement de crainte. Aussitôt, il comprit qu’elle était entièrement en son pouvoir.

Tout bas, elle gémit :
- Laissez-moi, Monsieur, je vous en prie.

Il secoua la tête.
- Que nenni ! Je cherche au contraire un moyen de vous guérir de ces habitudes déplorables de vagabondage nocturne. Vous ne voulez pas que je vous livre à la police ?

Elle implora, vaincue à l’avance.
- Oh ! non, Monsieur !
- Alors il me faut trouver autre chose.

Franchement il cherchait, se refusant à abuser de la situation pour faire sienne la malheureuse. Mais, en même temps, il désirait la châtier, sans espoir toutefois de l’amener à abandonner ce métier.

Et bientôt, il trouva. Un sourire passa sur son visage et il murmura :
- C’est cela… Je crois que j’ai un excellent moyen de vous détourner de la voie dangereuse que vous suivez avec tant de désinvolture.

Tout en la tenant par les poignets, il la traîna à sa suite jusqu’à un guéridon placé en un coin de la chambre. Là, il s’empara d’une courroie ayant servi à boucler un sac de voyage. Cette courroie lui permit de ligoter les bras de sa prisonnière, la mettant ainsi entièrement en son pouvoir.

Satisfait de ce premier résultat, il la ramena vers le lit et assura :
- Maintenant, je suis curieux de connaître votre frimousse.

Avec attention, il examina le maillot de soie et nota qu’il se boutonnait par derrière, depuis la nuque jusque vers les reins.
- Voilà qui est parfait, dit-il et, posément, il retira les boutons l’un après l’autre.

Lucie était littéralement terrifiée, cet avatar à la suite de ses angoisses précédentes, avait abattu toute son énergie. Domptée, elle ne tenta pas la moindre défense, s’abandonnant à sa destinée. En réalité, elle ne prévoyait pas ce qui la menaçait, croyant que cet homme allait simplement abuser d’elle. Cette supposition lui arrachait des crispations de répugnance ; l’idée de s’abandonner ainsi à un inconnu lui était pénible.
- Mais vous êtes nue, sous ce maillot ! s’écria-t-il, étonné.

Elle ne répondit point et baissa la tête.

Doucement, il dégagea le vêtement et le visage surgit en lumière. Il eut une exclamation de surprise ; celle qu’il avait devant lui, était justement la jeune femme dont la beauté l’avait invinciblement attiré durant toute la soirée.
- Ça, par exemple, c’est extraordinaire ! fit-il, comme se parlant à lui-même. Mais aussitôt un désir de la punir et, si possible de la dégoûter de cet horrible métier, s’ancra davantage dans son esprit.

Lucie le fixait intensément, essayant de deviner ses pensées, prête à profiter de la première faiblesse. Mais il conservait toute sa tranquillité, nullement ému au point d’en perdre le sang-froid. Franchement, sans crainte qu’elle ne se révoltât, il lui avait retiré son bâillon. Il devinait ses pensées et savait parfaitement que son unique frayeur était qu’il la livrât à la police. Du maillot noir, le cou rond et ferme surgissait, formant une tache blanche. La main osée, il baissa davantage le tricot élastique, l’amenant jusqu’à la ceinture.

La jeune femme frémit mais ne se rebella point, elle se voyait au pouvoir de l’homme. Ses seins fermes tressautaient nerveusement, dressant leur fraise sanguine et pleine.

Silencieusement, il la considérait, se demandant encore, s’il aurait le courage nécessaire de mettre son projet à exécution. Après tout, à quoi servirait cette leçon sévère ? La malheureuse retournerait au vice, entraînée sur la voie fatale par une cause qu’il ignorait, mais devinait certaine.

Lucie tremblait, ce regard froid qui la détaillait mettait en elle une terreur nouvelle, elle cherchait à voir ce qui l’attendait, s’étonnant qu’il ne l’eut pas prise, violemment, fort de la situation.

Devant son calme, elle s’affolait et, peu à peu, en arrivait à le désirer, parce qu’il s’attardait.

Il se rapprocha encore et elle eut un spasme d’inquiétude. Elle voyait ses mains fébriles et se disait que le moment enfin était venu.

Plus vite que précédemment, il baissa encore le maillot, qui se roula jusqu’aux genoux, les immobilisant à demi.

Avec un râle, la jeune femme tordit ses bras dans les liens qu’on venait de lui rattacher. Elle n’avait plus peur, une autre angoisse l’émouvait lui faisait perdre le sens des réalités. Et, en même temps, une honte la secouait, malgré qu’elle eût prévu cette première solution.

Puis elle eut un sursaut de colère et murmura :
- Je le dirai à mon mari !

Henry ne put retenir un sourire, cette menace lui paraissait enfantine. Il avait connu en son existence vagabonde des ennemis plus dangereux que le bellâtre entrevu durant la soirée.

Sans répondre, il se baissa et retira complètement le tricot et la jeune femme fut nue entièrement.

Elle inclinait la tête, un sanglot montait à sa gorge. Elle ne comprenait point pourquoi on la torturait ainsi inutilement, puisque toute son attitude indiquait qu’elle se soumettait à l’avance au désir de l’homme, vaincue par nécessité.

Henry ne se pressait point, il continuait à sourire mystérieusement, exaspérant sa victime par cette attitude extraordinaire. Il la prit par un bras et l’entraînant, la plaça debout, près du lit. Puis, de deux doigts, il appuya sur les omoplates et la malheureuse, tremblante, se pencha en avant.

De nouveau, elle fut en proie à la plus folle terreur ; tous ces préparatifs restaient pour elle absolument incompréhensibles.

De longues minutes passèrent dans un silence de cauchemar. Le visage écrasé sur la couverture, Lucie n’apercevait plus son bourreau. Cependant elle n’osait bouger, retenue là par le sentiment de sa faiblesse.

Et lui marchait doucement, sans bruit, sur le tapis épais, se livrant à une besogne précise et silencieuse.

Un sourire trouble passait dans ses yeux. Il ne savait plus s’il avait réellement l’intention de châtier celle qui, inconsidérément, s’était jetée dans sa solitude mélancolique.

Voir en ligne : Névrose - III

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris