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Névrose

Névrose - III

Roman érotique (Chapitre III)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


III

Henry avait ramassé un paquet de minces cordelettes qu’il réunit en un faisceau égal. Tenant en main cette arme originale, il s’approcha doucement de la jeune femme qui ne pouvait le voir. Et brusquement, levant le bras, il cingla la croupe qui se stria de raies écarlates.

« Et brusquement, levant le bras, il cingla la croupe qui se stria de raies écarlates… »

Lucie eut un cri léger et se redressa en se tordant. Une supplication lui venait aux lèvres, mais elle ne parvenait à la prononcer, tant le tumulte des sentiments divers la bouleversait.

Sans brusquerie, il l’obligea à se plier encore et derechef, avec une énergie décuplée, il cingla la croupe, qui se roidit, prenant une rigidité de marbre.

Les minces cordelettes traçaient sur la peau fine de fugitifs sillons rouges qui se fonçaient rapidement.

La correction se poursuivit très vite, sans arrêt ; la jeune femme s’abandonnait, le torse étalé sur le lit. Elle semblait soudain maîtrisée par la force de l’homme, toute sa personne sensuelle et perverse se détendait en un spasme bizarre.

Henry ne comprenait plus, il avait espéré trouver en face de lui une révoltée furieuse et il n’y avait qu’une enfant faible, sans réactions visibles, comme aveulie subitement.

Elle ne criait même pas, seule une plainte assourdie bruissait à intervalles réguliers. La chair devenait turgide lentement, sans se déformer cependant, laissant aux contours arrondis de la croupe, leurs lignes pures.

Ce fut Henry qui se lassa le premier. Au loin, il jeta le fouet inutile et, saisissant la femme par le bras, l’obligea à se redresser. Quand elle se fut tournée, il la fixa intensément, longuement. Humble, d’une humilité enfantine, elle baissa les paupières et ses lèvres tremblèrent.

Mais elle ne prononça aucune parole, comme si elle eut jugé inutile de se défendre, en présence du mâle qui la dominait.

Il la secoua et demanda :
- Vous recommencerez à pénétrer dans les chambres pour voler ?

Elle haussa tristement les paupières et, à l’instar d’une fillette timide, balbutia :
- Je ne sais pas !

Il la pinça cruellement, en s’exclamant :
- Ce n’est pas une réponse, cela !

Elle le regarda et sourit, naïvement ; ce sourire était mystérieux, prometteur, peut-être. Henry, pour la première fois, se fâcha, il sentait son énergie défaillir devant cette femme d’une beauté jeune et vigoureuse qui semblait s’offrir, mieux, réclamer ses caresses, parce qu’il s’était montré brutal.

Il eut peur de lui-même et réagit. D’une main, il saisit le paquet formé par le tricot de soie, les instruments de travail de l’autre, il serra plus fort le bras de sa victime. Et tout cela, sans précautions, avec une méchanceté hargneuse.

Dans la demi-obscurité qui l’enveloppait, Lucie s’effondra sur le tapis. Elle était frémissante, un sanglot montait à sa gorge. En elle, à cette minute, nulle honte, nulle rancune à l’égard de l’homme qui l’avait molestée, mais une passion ardente, violente, qui la meurtrissait jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle ne savait ce qu’elle souhaitait, mais un besoin vague la mordait, tandis qu’une tristesse infinie la brisait, la laissant veule, sans force.

Certes, elle ne se disait point qu’elle aurait voulu appartenir, seulement un court instant, à cet inconnu qui l’avait fouettée cyniquement, parce qu’elle s’affirmait aimer Louis, son premier et unique amour.

Languissante, elle se souleva, se rappelant qu’un danger continuel la menaçait, qu’une femme de chambre, un locataire, pouvaient la surprendre.

Vivement, les gestes précis, elle enfila le maillot sombre et reprit les outils qui servaient à la besogne ordinaire.

Elle sortit mais elle était très lasse, une fatigue lui amollissait les reins, un désir vague la rongeait au plus intime d’elle-même. Pourtant, elle lutta contre cette lassitude, se souvenant des poings lourds de l’amour. Jamais il ne pardonnait ce qu’il appelait sa paresse ; il lui fallait continuer l’affreux travail, le vol sournois qui maintenant l’obligeait à rougir.

En chancelant, elle se remit en marche, cherchant la nouvelle porte, notée le matin et qu’elle devait ouvrir. Elle avait perdu sa belle tranquillité ancienne, sa main tremblait, la peur lui étreignait le coeur.

Toute son énergie fut nécessaire pour lutter contre ce sentiment mauvais, et afin de reconquérir le courage nécessaire, encore elle pensa à la vigueur de Louis qui, férocement, martèlerait son pauvre corps, si elle rentrait sans la récolte habituelle. À cette idée, elle eut un frisson de crainte et de volupté : l’amour, autant que la frayeur la poussèrent en avant.

Redevenue calme, elle fouilla dans sa poche afin de se rendre compte si la provision d’ouate était intacte. Indifférente au péril, elle versa sur ce coton le reste d’une fiole de chloroforme et, la main assurée, atteignit une serrure. Celle-ci, sous la pesée de ses doigts fins, s’ouvrit sans bruit et, en rampant, elle pénétra dans une pièce obscure.

Comme précédemment, elle fut vive et silencieuse ; sa victime endormie, elle se livra hâtivement à des recherches minutieuses et le sac pendu à sa ceinture se gonfla de bijoux et de billets de banque. Elle s’éloigna sans regarder en arrière, ayant oublié la honte qui, un moment, l’avait bouleversée. Peu à peu, elle se voyait reprise par l’habitude acquise, avec une sorte d’amoralité lui laissant en paix sa conscience naïve.

Mais la fatigue devenait intense, elle comprit qu’elle ne pourrait longtemps y résister et décida de ne plus visiter qu’un seul appartement avant de rejoindre son amant. Pressée d’en finir, elle fut comme soulevée par une force mystérieuse, ses mains avaient plus de légèreté, son esprit plus de clairvoyance. Chargée du butin de cette nuit de rapine, elle s’en alla le long du couloir sombre, rasant les murs, sans qu’un craquement décela sa présence.

Quand elle entra chez elle, Louis était de nouveau en pyjama et assis dans un fauteuil, fumant une cigarette.

À ses pieds, comme une offrande à l’amour qui la dévorait, elle jeta les richesses volées : des pierres scintillèrent, de l’or brilla, des papiers très fins s’éparpillèrent sur le tapis.

Pour la remercier, il lui sourit ; mais elle espérait autre chose, elle voulait de la passion ardente, des aveux qui l’auraient consolée de ses peines. Mais il restait frigide, l’esprit ailleurs, tout occupé de calculs d’intérêts.

Elle se précipita dans ses bras et ses lèvres brûlantes se collèrent à celles de lamant. Distraitement, elle s’éloigna et derrière le lit, afin de cacher au jeune homme sa croupe meurtrie, elle retira le maillot noir, pour se vêtir à son tour d’un pyjama de soie.

Il jeta sa cigarette et dit :
- Allons nous coucher !

Déconfite, elle haussa les épaules et obéit. Frileusement, elle se glissa dans les draps. Mais lorsque l’électricité se fut éteinte, cachant sa tête blonde sous la couverture, elle songea à l’inconnu au teint basané, aux yeux bleus et fixes. Elle pensa à sa curiosité première, à sourire moqueur, à sa brutalité savante. Un frisson la tordit et elle s’endormit.

Voir en ligne : Névrose - IV

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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