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Névrose

Névrose - IV

Roman érotique (Chapitre IV)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


IV

Henry de Bucière sauta du lit et courut au cabinet de toilette contigu à sa chambre. Ces ablutions glacées le réveillèrent complètement et, en une fulgurance, passèrent devant ses yeux, les souvenirs multiples de cette nuit mouvementée. Aussitôt, une curiosité l’énerva, il désira subitement revoir la jeune femme qu’il avait si audacieusement dévêtue, si cruellement corrigée.

Et aussi, il se demandait quel scandale allait entraîner les larcins nocturnes de la petite souris d’hôtel. Instinctivement, malgré qu’il s’affirmât la mépriser, il eut peur pour elle.

Talonné par l’impatience, il s’habilla, préférant descendre déjeuner à la salle du restaurant.

Dès le seuil franchi, il nota qu’un émoi troublait le personnel entier : les valets, les soubrettes marchaient avec des mines sournoises et méfiantes. Craignant de laisser deviner son état d’esprit, il n’interrogea personne, certain qu’on finirait par le renseigner. Au restaurant, quelques voyageurs matinaux déjeunaient tout en discutant à voix basse. Les femmes avaient de grands gestes, les hommes hochaient la tête.

Le garçon qui le servit lui demanda aussitôt :
- Monsieur connaît la nouvelle ?

Il dut faire un effort pour feindre l’ignorance, mais en vérité, il savait déjà ce qu’on allait lui répondre.

L’autre, heureux de sa science, poursuivit :
- Cette nuit, un rat d’hôtel a dévalisé une dizaine de locataires… — Et, avec une admiration visible : — Il a emporté plus d’un million.

Henry crut rêver, il se figurait la jeune femme enlevant un million dans ses menottes frêles.
- Ce n’est pas possible ! s’écria-t-il sincèrement.

Le garçon se montra affirmatif.
- Oh ! il n’y a aucun doute… et le plus drôle, c’est que le personnel des étages n’a rien remarqué… Le directeur naturellement mène un beau train…
- On ne connaît pas le voleur ?
- Non… On ne peut deviner, plusieurs locataires sont partis ce matin, peut-être le « rat » se trouve-t-il parmi eux…

Puis, baissant la voix :
- À moins que, malin, il ne soit encore ici !

Le jeune homme trembla à l’idée que le couple put avoir cette audace. Intimement, il souhaita qu’il eut disparu, n’osant se dire à quoi il serait entraîné, si la justice l’interrogeait.

Patiemment il attendit dans le hall, mais à dix heures, la jeune femme n’avait pas paru. Il commença à se tranquilliser et remonta dans sa chambre, avec la ferme intention de chasser de son esprit ce cauchemar. Comme il atteignait le couloir, le valet de service s’approcha et lui remit un paquet cacheté en murmurant mystérieusement.
- De la part d’une dame !

Il prit l’objet sans bien comprendre et s’enferma chez lui.

Ce fut avec une légère hésitation qu’il brisa les liens et écarta le papier brun. Un écrin de peau bleue apparut. Il l’ouvrit et une exclamation s’échappa de ses lèvres : un magnifique solitaire monté sur un lourd anneau d’or brillait au milieu de la peluche blanche. Dessous se trouvait un carré de papier plié. Il s’en empara et lut : « Souvenir. »

Et brusquement, il comprit : un cri de rage et de dégoût jaillit involontairement : ce bijou venait de l’inconnue et peut-être était-il le fruit d’un vol ancien.

Il fut sur le point de briser écrin et anneau d’un coup de talon rageur ; mais il se retint jugeant ce geste inutile.

Songeur, il prit son pardessus, son chapeau et sortit. Il avait besoin d’air, de mouvement, afin de chasser de son esprit un souvenir qui le torturait. Toujours il avait devant les yeux le beau corps marmoréen et blanc de la jeune femme.

Maintenant, il regrettait de ne pas l’avoir possédée, tandis qu’il la tenait en son pouvoir ; au moins, à l’heure actuelle, il serait débarrassé d’un désir lancinant et pénible.

Il devinait qu’elle aussi l’avait désiré ; la correction avait mis entre eux un secret qui les liait, les rapprochant sans qu’ils s’en rendissent compte. Pourtant, il se consolait en s’affirmant qu’il ne la rencontrerait plus, car sans nul doute, elle n’oserait plus se présenter devant lui, après ce qu’il savait.

Trop accoutumé aux passades amoureuses pour croire au grand amour, il se persuadait que l’oubli viendrait très vite. Mais lorsqu’il entra à l’hôtel vers une heure pour déjeuner, ce fut avec le secret espoir de rencontrer la mystérieuse jeune femme. Cette espérance fut déçue, il ne la vit point et, malgré son ennui, ne se hasarda pas à interroger un garçon, de crainte d’éveiller des soupçons inutiles ou dangereux.

Le reste de sa journée fut mélancolique, il manquait soudain quelque chose à sa vie, un trouble nouveau le rendait inquiet, impatient. Et le lendemain matin, par le premier courrier, il reçut une carte postale de Londres, avec ce simple mot : « Souvenir ! » Il sursauta, aucun doute n’était possible, l’inconnue pensait à lui, l’aimait peut-être. À la passion naissante, se joignit la satisfaction d’orgueil et son imagination, incontinent, s’abandonna à des rêves extravagants.

Bientôt, il en arriva à se convaincre que son devoir était de sauver la malheureuse, de la tirer de l’ornière dans laquelle, ingénument, elle s’enlisait. Par un enchaînement logique des idées, il détesta le rival heureux, lui attribuant tous les torts. C’était à lui que la pauvrette devait sa déchéance : la tirer des mains du monstre serait une bonne action.

La journée entière, il échafauda des projets impraticables, mais toujours il en revenait au désir impatient de partir pour Londres, certain de retrouver la jeune femme dans le tohu-bohu de l’immense bazar européen.

Enfin, il ne put y résister, et s’il s’attarda encore quelques heures à Paris, ce fut avec l’idée qu’un second message viendrait à point nommé l’éclairer davantage.

Mais le lendemain, nulle lettre ne lui apprit la cachette de Lucie. Ce fut là un détail insignifiant, qui ne le détourna pas de son projet. Après avoir consulté l’horaire des chemins de fer, il fit ses préparatifs, bien décidé à se rendre en Angleterre.

Il prit un train à deux heures qui l’amena à Dieppe dans la soirée et, à la nuit, il s’embarquait, l’espoir au coeur, tout l’être agité par l’amour naissant, la passion exaltée des sens éveillés.

Durant le voyage entier, il songea au beau corps blanc de femme qui avait palpité devant ses yeux. Il revit les frémissements de douleur de la malheureuse sous la cruelle fustigation. Néanmoins, il sentait en lui un mécontentement de s’être abandonné à cette fantaisie, saisissant que c’était elle qui avait mis dans son sang cette fièvre intolérable du désir inassouvi. Il courait après l’inconnue, mais ignorait comment il agirait. Fataliste, il se refusa à établir aucun plan d’avance, se livrant tout entier au hasard, qui n’avait pu l’attirer en présence de Lucie, pour les séparer ensuite à jamais.

Le lendemain matin, il descendait à Victoria Station. Alors il comprit toute son imprévoyance, toute la naïveté de sa tentative. Ainsi, il se lançait à la poursuite d’une inconnue, dont il savait à peine le nom. Renseigné par un garçon de l’Impéria, il avait appris en effet que le couple s’était fait inscrire sous le nom de baron et baronne de Neuvie, mais il ne conservait aucune illusion à ce sujet, persuadé que cet état civil se trouverait difficilement sur le Gotha. Cependant, il ne désespérait point, parce qu’il se croyait aimé.

Voir en ligne : Névrose - V

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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