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Névrose

Névrose - IX

Roman érotique (Chapitre IX)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


IX

Deux jours s’écoulèrent dans le calme ; Louis vivait paisible auprès d’une compagne douce et aimante. Celle-ci fuyait habilement l’autre, celui qui un moment, avait ému sa sensualité profonde. Elle se refusait à la chute, pour la chute elle-même, ne la considérant que comme une nécessité pouvant être utile à l’amant.

Henry s’étonnait et se morfondait, il avait espéré plus d’ardeur et de fougue de la part de la jeune femme. Au contraire, elle paraissait l’ignorer, comme si nul lien ne les eût unis. D’autre part, s’étant livré à ces brutalités, il se reconnaissait dans son tort, condamné au silence à propos des méfaits du couple. Il se disait que s’il leur prenait fantaisie de se livrer à un vol audacieux devant ses yeux, il serait contraint de se taire. Cette conviction lui causait un malaise insurmontable, il lui tardait de voir la malheureuse revenue à plus de compréhension de l’honnêteté. Mais il oubliait de se dire qu’elle était liée par la chair à l’homme qui l’avait prise vierge innocente, pour la faire femme. En cela résidait toute la puissance de l’aventurier et ni les uns ni les autres ne s’en doutaient.

Puis, d’une façon inattendue, le troisième jour, sa jalousie fut touchée. Dans un coin du hail, Louis étreignait amoureusement la compagne, qui dans ses bras nerveux s’alanguissait, ployant sa taille souple. Un râle de colère et de souffrance monta à ses lèvres ; aussitôt, il détesta violemment le rival, entrevoyant que la passion manifestée à son égard par Lucie n’avait été que passagère. Il rêva de nuire à l’homme, de le perdre, mais il ne savait comment, sans entraîner également la jeune femme dans la catastrophe.

Pourtant, à ce même moment, Lucie se sentait attristée, il lui semblait que l’amant se montrait moins ardent que jadis, n’ayant plus vis-à-vis d’elle cette fougue qui la remplissait d’orgueil. Elle n’était plus heureuse auprès de lui, qu’aux rares moments où il dispensait parcimonieusement les caresses viriles qui troublaient sa sensualité naturelle. Et encore, en ces instants, elle ne vibrait plus jamais complètement, manquant du piment de la brutalité qui la préparait lentement aux joies de la chair.

Or la femme, insensiblement se détache de l’homme qui ne sait lui arracher le cri suprême de la volupté ; elle se lasse d’un dévouement qui la fait tout donner d’elle-même, tandis que le compagnon seul en retire les fruits. Sur cette pente, elle ne tarda pas à songer à Henry et de nouveau s’étonna qu’il ne l’eût point prise lorsqu’il en avait la possibilité.

Elle le détesta et le désira en même temps, incapable de choisir entre ces deux sentiments contraires. Et par une suite fatale des idées, elle eut envie de l’ennuyer, de le mécontenter, voire de lui causer un chagrin violent. À cette supposition, elle eut un rire moqueur, puis devint pensive. Le moyen évidemment, elle l’avait à portée de sa main, sans qu’elle eût à chercher plus longtemps.

La journée entière elle fut gaie, vivante, comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps. Secrètement, elle se livra à des enquêtes que Louis ignorait. Plus perspicace qu’un homme, elle sut deviner ce qui lui aurait échappé à lui, et le soir elle était prête.

Avant le dîner, elle se vêtit comme en l’occasion précédente le maillot noir, sous la robe de satin. Puis mutine, elle réclama que l’amant la conduisit au Savoy, pour souper, dans le luxe et la gaieté.

Il accepta sans méfiance, croyant à un caprice.

Durant tout le repas, elle fut d’une exubérance inaccoutumée, un observateur averti, aurait remarqué qu’il y avait en elle une nervosité croissante.

Or, cet observateur se trouvait à quelques mètres d’elle ; c’était Henry qui machinalement les avait suivis. Aussitôt, il crut comprendre ce qui se tramait et une colère gronda en lui. Il en voulut plus férocement à l’aventurier qu’il voyait si insouciant. Pas une minute, il ne quitta la jeune femme des yeux et celle-ci, amusée par cet espionnage, exagérait son expansion, sans bien se rendre compte pourquoi.

Néanmoins, elle se demandait encore s’il l’aimait réellement ; certes elle percevait qu’un sentiment ardent bouillonnait dans le coeur du jeune homme, mais elle n’osait définir lequel.

Cependant il usa de tant de prudence, qu’elle ne s’aperçut point qu’il les suivait encore après leur départ du Savoy. Ils allèrent à l’Empire, dans le but de passer une heure ou deux. Henry fut derrière eux, caché parmi les spectateurs du promenoir.

Incertain, il cherchait à prévoir les incidents de la nuit et il avait l’impression que s’il abandonnait la jeune femme, elle allait commettre une imprudence. Cette supposition augmenta son malaise, la fureur grandit en lui.

Quand ils quittèrent le music-hall, il les épia encore, farouchement, avec une ténacité froide. Derrière eux, il sauta dans un taxi, qui le ramena à leur suite, à l’hôtel.

Dès cet instant, il fut plus tranquille, comprenant que s’il se préparait quelque chose, cela devait avoir lieu, là, tout près de lui. Il les vit pénétrer dans la salle à manger où ils prirent une collation légère. Jugeant inutile de s’attarder, il monta à sa chambre et se mit en pyjama, afin d’être plus à l’aise.

À ce moment, il était environ une heure du matin, les locataires commençaient à rentrer et les couloirs étaient éclairés a giorno. Puis le silence commença à régner, les valets des étages, rompus de fatigue, somnolaient dans les coins, le nombre des lampes allumées fut considérablement diminué et les corridors furent plongés dans la demi-obscurité.

Alors prudemment il se glissa au dehors de sa chambre et sans bruit, rasant les murs, alla se tapir non loin de l’appartement du couple. D’où il se trouvait, il pouvait aisément surveiller leur porte et cela l’encouragea à ne point faiblir.

Depuis dix minutes il se trouvait là, lorsqu’un pas léger éveilla son attention. Et soudain, Lucie le frôla, marchant furtivement vers sa chambre. Il ne comprit pas et fut un peu rassuré ; pourtant il ne s’éloigna pas encore, devinant que Louis était en bas, causant avec quelques voyageurs attardés.

Ce fut à peine vingt secondes plus tard, qu’il vit la porte s’entrouvrir précautionneusement et une ombre indécise, ramper le long du mur. Il eut un sursaut de rage, maintenant tout lui apparaissait clair. La malheureuse s’en allait accomplir sa honteuse besogne, tandis que l’amant, dans le hall, lui préparait un alibi. Et c’était cela qu’il aimait, cet être amoral et faible, qui ne savait pas discerner le bien du mal ? Il ne pouvait pas se douter que c’était justement à cause de lui, à cause de sa froideur tenace, que la jeune femme osait ce coup d’audace. Patient, il la laissa avancer, afin de lui permettre de se compromettre entièrement. Lorsqu’elle fut assez loin, il sortit de sa cachette et à grands pas, silencieusement grâce à ses pantoufles légères, il se lança sur ses traces. Avant qu’elle fut revenue de sa stupeur, il était sur elle, la saisissant par le bras, la secouant follement.
- Rentrez chez vous, gronda-t-il tout bas, dans un accès de fureur.

Elle ne trembla pas, au contraire, un frémissement de joie la secoua. Sans la moindre défense, elle se laissa entraîner et il la reconduisit à sa chambre.

Là, il ne l’abandonna pas encore, et autoritaire, demanda :
- Où est votre mari ?

Elle haussa les épaules.
- Dans le hall, il boit du whisky en compagnie d’un rajah, qu’il veut sans doute dévaliser.

Elle dit cela en souriant malicieusement, heureuse d’accroître sa mauvaise humeur.
- Et vous, où alliez-vous ? poursuivit-il.

Elle rit encore.
- Visiter la chambre d’une dame qui a de jolis bijoux.

Il fut un peu anéanti par ce cynisme.
- Et vous n’avez pas honte ?

Elle le fixa, presque tendrement, espérant quelque chose, un aveu peut-être dans ces minutes d’exaspération. Mais elle se disait en même temps, que, s’il se livrait, reconnaissant qu’il l’aimait, elle se moquerait de lui. En vérité, elle ne savait ni ce qu’elle désirait, ni ce qu’elle lui reprochait. Une nervosité incompréhensible la poussait. En outre elle songeait à la correction qui l’attendait, si elle parvenait à le mettre suffisamment en colère. Tout cela se brouillait dans son esprit, elle ne percevait pas nettement son besoin intime de voluptés aiguës, trop jeune pour simuler ce qu’il y avait d’ardent et de sensuel en sa nature. Tout ce qu’elle ressentait, c’étaient des aspirations instinctives, une soif inextinguible de sensations.

Il redevint froid.
- Vous savez ce que je vous réserve, si vous osez cambrioler une chambre ?

Elle haussa les épaules.
- Je ne vous crains pas, je finirai bien par me mettre à l’abri.

Il marcha vers elle et la saisit au bras, violemment.
- Je vous défends, entendez-vous. Immédiatement, vous allez vous coucher…

Un spasme languide la tordit, ce commencement de douleur, lui était une âpre volupté. Elle rêva qu’il allât plus loin, et pourtant, elle s’affirmait le détester.

Lui, éprouvait une rage aveugle, il se disait que plus elle s’enfonçait dans la fange, plus elle s’éloignait de lui. Il voulait la sauver, pour la conquérir ensuite, la prendre tout entière. Et cette situation ne faisait que d’affermir son amour, le rendant plus fiévreux, plus impatient.

Elle se libéra de son étreinte, et le regard sournois, un vague sourire écartant ses lèvres sanguines, répondit :
- Si vous vous mêliez de vos affaires ?

Il crut avoir trouvé une explication.
- Je me refuse à être votre complice plus longtemps, cette fois je vous dénonce…

Elle rit franchement.
- Pourquoi ne l’avez-vous pas déjà fait ?

Et elle le fixait, intensément, espérant enfin l’aveu brutal, qui l’aurait comblée d’aise.

Mais il se défendit, et parvenant à reconquérir un peu de sang-froid, se dirigea vers la porte, en disant :
- C’est bien, je veillerai dans le couloir et si je vous y aperçois, j’appellerai immédiatement.

Elle fut déçue et se demanda si vraiment il serait capable de la livrer ainsi, froidement.

Lorsqu’il se fut éloigné, elle s’abattit sur son lit en sanglots. Toute sa nervosité était tombée, un immense découragement l’envahissait. Subitement, elle se sentait esseulée, sans possibilité de se dévouer vraiment. Louis était trop indépendant, trop égoïste. Quant à l’autre, elle le détestait, sentant que c’était lui qui avait mis dans son coeur cet émoi incompréhensible. Lassée, elle se dévêtit et se coucha. Un instant plus tard, l’amant venait la rejoindre. Comme il n’était pas au courant de ses intentions, il ne pouvait les lui reprocher. Du reste, il jugeait qu’un seul vol dans cet hôtel était suffisant et s’il avait connu ses projets, il ne les aurait certes pas approuvés.

Quand il fut près d’elle, doucement, elle essaya de le frôler. Il la repoussa sans brusquerie, en prétextant la fatigue.

Troublée, elle insista, souhaitant le mettre en colère, prévoyant que lui, au moins, la brutaliserait. Il se contenta de la menacer de quitter la chambre. Ce n’était pas par goût qu’il se livrait à des voies de fait, mais uniquement poussé par la nécessité. Elle en fut donc pour ses peines et longtemps, tandis que son compagnon dormait, elle se tourna et se retourna dans le lit, en proie à une fièvre inapaisée.

Voir en ligne : Névrose - X

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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