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Névrose

Névrose - V

Roman érotique (Chapitre V)



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Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


V

Après leurs escapades de la nuit, Louis fut certain qu’il serait dangereux de séjourner davantage à l’hôtel. Du reste, il avait tout prévu au sujet de cette fuite ; la rapidité avait été jusqu’à présent sa meilleure sauvegarde.

Au matin donc, ses valises bouclées, il entraîna Lucie et tous deux sautèrent dans un taxi qui les conduisit à la gare Saint-Lazare. Une heure plus tard, il étaient côte à côte, installés dans un wagon de première classe.

La jeune femme était maussade, un souvenir étrange lui causait une sorte de gêne qu’elle ne pouvait définir. En vérité, Louis avait été son premier amant. Comme beaucoup de jeunes filles, elle s’était laissée entraîner par un mirage, s’affolant de l’homme parce qu’il était beau. D’une famille de petits bourgeois, elle avait tout quitté pour le suivre, croyant que l’amour ne vibrerait plus jamais en son coeur, si elle manquait cette occasion de bonheur.

Lui, avait été flatté et, en outre, il voyait de nombreux avantages, en sa vie aventureuse, à posséder auprès de lui une compagne dévouée autant que servile.

Lorsqu’elle avait connu son genre d’existence, elle s’était révoltée. Bien vite, il l’avait domptée par la robustesse de ses poings. Cette brutalité l’avait attachée davantage et maintenant, elle était liée par le lien solide de la chair. Mais soudain, un autre homme, en une minute de surprise l’avait dénudée, avait détaillé sans embarras les secrets mystères de son corps. Cela glissait en elle un émoi nouveau. Puis cette correction, dont elle ressentait encore vaguement les brûlures à l’heure actuelle, la troublait profondément, sans qu’elle put préciser quelle était la cause de cette émotion. C’est inconsciemment que, sur le point de s’éloigner, elle avait remis à un valet une bague de prix destinée à son bourreau. Pourtant, elle se jurait qu’elle ne l’aimait pas.

Ils arrivèrent à Charing Cross dans l’après-midi et Louis, qui connaissait déjà Londres, pour y avoir séjourné à plusieurs reprises, se fit conduire au Monucioli’s Hotel.

C’était là un modeste hôtel, tenu par des compatriotes, ce qui l’avait décidé. Louis était né à Milan, de père inconnu et de mère légère. Abandonné à quatorze ans, il avait essayé tous les métiers inavouables, tantôt en un endroit, tantôt en un autre. Pickpocket en Italie, Le Caire l’avait vu garçon de bain, Paris chasseur de bar américain, Londres bookmaker. Sa beauté remarquable lui avait valu d’abord les hommages des hommes, puis les femmes à leur tour apportèrent leur obole à l’édification de sa fortune. Il parlait aussi couramment l’anglais que le français ou l’italien, ce qui lui permettait souvent de passer inaperçu.

À Londres évidemment, il possédait de nombreuses relations parmi les receleurs. Aussi son premier soin, en arrivant, fut de ranger en un sac de cuir, un lot choisi de bijoux et, incontinent, il prit le métro pour la Cité, abandonnant Lucie au logis.

La solitude fut mauvaise à celle-ci, encore elle pensa à l’inconnu énergique, qui l’avait dévêtue, l’avait fustigée, pour ensuite la chasser, sans même vouloir goûter à ses baisers. Pourtant, il l’aurait pu, car elle ne se serait pas défendue.

Cette froideur l’étonna et l’inquiéta en même temps. Combien de fois, depuis son alliance avec Louis, avait-elle été l’objet d’attention d’hommes galants. En ces occasions, il lui avait toujours été aisé de résister.

Le sentiment qui l’attirait donc vers Henry était assez complexe ; c’était de la curiosité, un doute en sa propre valeur en même temps qu’un désir bizarre qu’elle ne parvenait pas à définir. Et quand elle songeait à la correction vigoureuse, elle avait un spasme languide, qui la secouait toute entière.

Elle ne put lutter longtemps contre le besoin impérieux de se rapprocher de lui, par un moyen quelconque. Elle sortit donc au hasard, acheta une carte postale et dans un bureau écrivit hâtivement le mot « Souvenir », qui lui semblait rappeler avec précision l’incident tumultueux de leur rencontre. Elle rentra à l’hôtel, débarrassée d’un grand poids, soudain plus légère et plus joyeuse.

Louis revint à la nuit ; il était gai, ayant liquidé au mieux ce premier lot de bijoux volés. Il ne désespérait point d’atteindre rapidement à la fortune, par ce moyen simple. Il est assez remarquable de noter en passant, cette mentalité spéciale de criminel, qui croit à l’impunité indéfinie.

Le succès de ses affaires le rendit aimable à l’égard de Lucie. Ayant l’intention de se reposer durant quelques jours, il cessa momentanément de la brutaliser. Le soir, dans le grand lit, il se montra au contraire caressant à l’extrême, d’une douceur savante. Leur étreinte fut prolongée, mièvre, faite des mille riens qui émeuvent. Lucie pourtant ne vibra pas dans ses bras ; une gêne la paralysait, il manquait à son être sensuel un piment qu’elle ne devinait pas.

Le lendemain, il en fut de même ; les deux amants se promenèrent gaiement, déjeunèrent et dînèrent en des restaurants mondains, se livrant à des dépenses de millionnaires. Mais Lucie restait angoissée, elle voulait oublier l’inconnu, qui dans une chambre close l’avait fouettée, elle n’y parvenait point.

Toujours la même curiosité la harcelait. La semaine s’écoula ainsi, sans heurt ; pas une fois, Louis ne leva la main sur elle et pas une fois non plus, elle ne sentit la douceur des baisers. Cette quiétude des sens l’amena à réfléchir, elle regarda mieux l’amant et découvrit des tares que l’amour jusque là avait voilées. Elle s’étonna de sa naïveté ancienne. Néanmoins, elle restait attachée à l’homme qui l’avait faite femme véritablement, elle ne pensait pas qu’il lui fût possible de s’en séparer, malgré que nul lien légal ne les unit.

Son humeur changeant lentement, il manquait quelque chose à sa vie, un besoin intime et incompréhensible, la poussait à la tristesse, à l’ennui. Sa sensualité naturelle s’exaspérait, sans quelle parvînt à désirer seulement un des hommes qu’elle rencontrait. Il y avait en elle un découragement doublé d’un érotisme continuel.

Louis, occupé par ses affaires, ne voyait rien, il vivait paisiblement, confiant en sa compagne qu’il croyait enchaînée, par ses caresses subtiles et la puissance de sa beauté qu’il n’ignorait pas. Et peu à peu, elle s’en détachait, ne souhaitant son étreinte qui ne lui apportait plus l’assouvissement entier. Si elle ne le méprisait pas encore, elle détestait tout au moins son métier et se disait qu’à l’avenir, elle se refuserait énergiquement à se plier à ses volontés.

Cependant ces jours d’inaction commençaient à peser au jeune homme. Il pensa entrer de nouveau en campagne, afin de grossir le pécule que lentement il amassait avec une prudence de bourgeois avare.

Un matin, il prévint donc son amie, qu’ils allaient quitter leur logement, pour en prendre un autre plus luxueux. Lucie ne comprit pas et acquiesça, n’essayant point de réfléchir, se laissant vivre sans soucis.

Derechef, leurs bagages furent chargés sur un taxi et ramenés à Charing Cross. Là, ils furent mis à la consigne où, une heure plus tard, un autre taxi venait les prendre. Ainsi, ils gagnèrent le Mayfair Hotel, l’un des palaces les plus aristocratiques de la capitale anglaise. Sans lésiner, il loua à des prix exorbitants une chambre et un salon, se faisant inscrire sous le nom de Comte et Comtesse Lanciano. Il devait aussitôt inspirer la confiance la plus complète autour de lui.

En se voyant un si riche logis, Lucie devina les intentions de lamant et un sourire mystérieux glissa sur son joli visage. Elle s’apprêtait à la lutte qu’elle voulait victorieuse.

Louis jugeait Londres assez grand, pour n’avoir nul besoin de s’enfuir à l’étranger une fois son coup fait. Il se résolut donc à opérer autrement. Il lui fallut trois jours pour établir ses plans, étudier la clientèle de l’hôtel et, parmi tout ce monde, il choisit une victime qui en valut la peine.

À Lucie, il ne disait toujours rien de ses projets ; toutefois, un matin, il s’oublia en des confidences subites. Il dit à peu près ce qu’il pensait exécuter. À son grand étonnement, la jeune femme haussa les épaules et répondit froidement :
- Inutile de compter sur mon concours pour cette tentative. J’ai assez de vivre dans la peur continuelle.

Il la regarda et ricana.
- Ma petite, tu feras ce que je voudrai !

Elle grinça des dents, énervée par ce ton de supériorité méprisante.
- Nous verrons ! fit-elle sèchement.

L’amour en son coeur s’assoupissait, son dévouement à l’amant ne parvenait plus à endormir les principes d’une éducation bourgeoise et honnête. À cette minute présente, elle avait la conviction de sortir victorieuse de cette épreuve. Elle résisterait aux coups qui la meurtrissaient, soutenue par sa volonté de revenir à la voie étroite qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Louis encore se contenta de ricaner, cette rébellion lui semblait comique. Pour l’instant, il se tut, remettant à plus tard d’user d’arguments plus décisifs qui, d’ailleurs, avaient toujours réussi.

Ce mutisme inusité encouragea la jeune femme dans ses bonnes intentions.

Voir en ligne : Névrose - VI

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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