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Névrose

Névrose - VI

Roman érotique (Chapitre VI)



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Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


VI

Cependant, Henry de Bucière, en arrivant à Londres, était descendu au Savoy Hotel. Il ne savait pas encore ce qu’il entreprendrait, mais il se sentait déjà moins impatient, se trouvant rapproché de celle qu’il aimait. S’il ne connaissait la grande ville anglaise aussi bien que Louis, il y avait néanmoins fait quelques années auparavant un court séjour. Cela lui permit d’établir assez vite un plan de conduite.

En effet, s’il admettait que le couple continuait à se livrer aux occupations aventureuses de rats d’hôtel, il devait en même temps avoir la certitude qu’ils fréquentaient les endroits élégants. Or, à Londres, il y a un certain nombre de maisons cataloguées où se réunissent l’aristocratie, la finance et le haut commerce. De son côté, il hanterait ces lieux de plaisir et de luxe, avec l’espérance tenace d’y rencontrer un jour la jeune femme. Toutefois, il jugea prudent de changer tout d’abord son apparence extérieure et il se fit raser la moustache à la mode anglaise. Ensuite, il passa une inspection adroite des locataires de l’hôtel où il se trouvait, obtenant bientôt l’absolue conviction que celle qu’il cherchait n’y était pas.

Le lendemain, il commença d’une façon sérieuse cette chasse extraordinaire. Dans ce but, il déjeuna en un grand restaurant et s’en fut prendre le café dans un autre, tout cela sans succès.

L’après-midi, il visita le quartier français, ayant vaguement l’intuition que le couple y habitait. La chance ne le favorisa pas, car il passa à plusieurs reprises devant le logis de Louis et de sa compagne, sans se douter qu’ils étaient là, à dix pas de lui. La soirée et la nuit, il erra par tous les établissements mondains, sans une seconde de lassitude. Quand il rentra chez lui, à une heure du matin, il était rompu de fatigue, sans avoir avancé d’une ligne son enquête. Ce maigre résultat ne le découragea pas, il s’entêtait dans son idée, certain qu’un jour viendrait où le hasard le remettrait en face de Lucie.

Cependant, au matin, il comprit que seul, la tâche serait trop ardue. Un moyen s’offrait à lui, il s’y résolut sur l’heure.

Dès son premier déjeuner terminé, il s’en fut à une agence de police privée. Assurément, il n’espérait point retrouver les fugitifs en donnant le nom de Baron de Neuvie. Il tut même ce détail, craignant de compromettre la jeune femme, au cas où la police de Paris serait à leur recherche. En revanche, il fournit un signalement exact de Louis et de sa compagnie. Afin de faciliter les recherches, il affirma que ce ménage devait séjourner en l’un des plus grands hôtels de la capitale.

On lui promit de s’occuper activement de son affaire, en échange d’une copieuse provision. Cette démarche le rendit moins soucieux, il se persuadait qu’elle avancerait considérablement ses affaires. De son côté, il poursuivit sa chasse inlassable dans les restaurants et les grill-rooms élégants. Mais une semaine s’écoula sans qu’il obtint de résultat. La raison à cela était que Louis et Lucie, après leur premier jour de gaieté, s’étaient beaucoup assagis. Ils vivaient modestement, évitant de se faire remarquer afin de faciliter leurs exploits à venir.

Le matin du huitième jour, comme il pénétrait à l’agence, il fut reçu par le directeur lui-même qui eut, en le voyant, un geste orgueilleux.
- Nous pensons avoir réussi, dit-il aussitôt.

Et, en quelques phrases brèves, il apprenait au jeune homme qu’un couple répondant au signalement indiqué était descendu au Mayfair Hotel, depuis la veille au soir. Seul Henry maintenant pouvait se rendre compte s’ils ne se trompaient pas. En l’occurrence, il fallait agir avec prudence, Lucie avait peut-être eu à son égard, un caprice passager, mais en se trouvant brusquement face à face avec lui, il était possible qu’elle eût peur et s’enfuît encore.

Incapable néanmoins de dompter son impatience, il quitta le Savoy et s’en alla établir ses quartiers au Mayfair, agissant aussi secrètement qu’il lui était permis. Ayant pris possession de sa chambre, il descendit au rez-de-chaussée. Le hall était vaste, garni de plantes vertes habilement disposées, formant ainsi de nombreux buen-retiros.

Ce fut dans un de ces coins à demi obscurs qu’il se retira et, maussade, il alluma une cigarette. Trois heures sonnèrent à une horloge voisine, des voyageurs entraient et sortaient. Soudain, il eut comme un appel intérieur. À ce moment, une main blanche, toute rutilante de bagues souleva une portière. Et, avant qu’il eût pu dompter son émotion, Lucie surgit de l’ombre à trois pas de lui.

Il dut faire un effort considérable d’énergie pour ne point révéler sa présence. Instinctivement, le nom de la jeune femme lui monta aux lèvres. Pourtant, il parvint à se dominer. Presque de sang-froid, il examina l’arrivante. Elle lui parut plus jolie encore, d’une apparence plus lascive, toute enveloppée d’un charme sensuel indescriptible.

Sa bouche d’un rouge sanglant semblait appeler les baisers ; sa taille longue avait des ondulements d’une volupté extrême ; ses hanches charnues tendaient l’étoffe soyeuse de la robe.

Il se souvint qu’il l’avait vue nue ; devant ses yeux, repassèrent les formes blanches et parfumées, la croupe qui avait rougi sous la correction. Mais aussi il eut honte de sa brutalité, se la reprochant même, croyant qu’elle était susceptible d’éloigner l’aimée.

Lucie, de son pas souple et cadencé, traversa le hall et gagna la salle de lecture.

Quelques instants plus tard, Louis apparaissait à son tour. Il était élégant, très beau, comme toujours. Rien en lui n’indiquait l’aventurier audacieux.

Cependant, Henry remarqua son regard sournois qui fouillait la pièce, comme continuellement en éveil. Alors il pensa qu’il lui serait aisé de se débarrasser de ce rival en le livrant à la police. Mais par ce geste il entraînait la chute de Lucie et cette pensée le contraignit à l’expectative, préférant laisser le crime impuni, plutôt que de nuire à celle qu’il adorait.

La soirée entière, il n’osa se montrer ; du reste, la jeune femme ne fut pas une minute seule. Toujours l’amant l’accompagnait, l’entraînant de groupes en groupes. Déjà les deux compères paraissaient avoir conquis parmi les locataires une réelle popularité. On les accueillait partout avec bonhomie, souvent avec une sympathie visible et sincère.

Le jour suivant, il resta dans la même indécision.

Pourtant, une impatience le rongeait et il jugeait avoir perdu assez de temps. Mais un incident qui passa pour lui inaperçu, changea la face des choses. Tandis qu’il rêvait dans le hall de l’hôtel, Lucie entra soudain, et elle le vit, là, tout près.

Aussitôt, son coeur battit avec violence et, sans bruit, elle se sauva. Elle devinait aisément qu’il était venu pour elle et un sentiment étrange l’envahissait à cette idée. Inquiète, elle s’enferma dans sa chambre et essaya de réfléchir. Son tempérament sensuel se réveillait brusquement après un court assoupissement ; le souvenir de la scène où Henry l’avait vue nue, faisait courir dans ses veines un sang plus chaud.

Apeurée, elle se demanda si elle aimait cet inconnu qui, un moment, l’avait dominée, la méprisant ensuite. À cette question, elle n’osa répondre, mais, en tout cas, s’avoua ingénument qu’elle le désirait.

En même temps, elle constatait qu’elle se détachait de Louis. Depuis leur arrivée à Londres, il semblait qu’il avait changé à son égard ; ce n’était plus le mâle brutal qui la pliait à sa volonté, mais l’amant courtois. Cette faiblesse apparente déplaisait à sa lascivité qui, peu à peu, s’endormait, laissant en elle une sensation de besoin imprécis, d’inassouvi, morbide. Alors, elle désira davantage Henry, sans bien savoir pourquoi elle était attirée vers lui, par un aimant imperceptible.

Ce fut dans cet état d’esprit que Louis lui fit part de ses nouvelles intentions. Elle n’eut donc aucune difficulté à résister. Une honte maintenant la retenait, elle se rappelait qu’Henry lui avait crûment reproché la bassesse de son métier.

Même elle pensa à fuir l’amant, à rechercher auprès de l’autre une protection nécessaire. La crainte qu’il la repoussât l’arrêta seule.

Cependant, le temps pressait, le « coup » était pour le soir et il fallait auparavant prendre une résolution. Mais c’était impossible, elle s’en remit donc au hasard, se répétant qu’elle résisterait, même à la brutalité féroce du complice.

Voir en ligne : Névrose - VII

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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