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Névrose

Névrose - VII

Roman érotique (Chapitre VII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


VII

Il était environ sept heures. Louis avait entraîné sa maîtresse dans leur appartement. Dès que la porte fut refermée derrière eux, il ordonna placidement :
- Tu vas t’habiller de suite et passer la robe de soirée par dessus le maillot.

Elle se contenta de secouer la tête négativement et alla s’asseoir sur un divan. Il sourit, sincèrement amusé de ce qu’il considérait comme une lubie.
- Tu es devenue bien honnête subitement ?

Puis, plus ferme :
- Allons, dépêchons-nous, il faut que nous paraissions au souper du Claridge Hotel.

Encore une fois, elle secoua la tête, semblant fermement déterminée. Ses sourcils se fronçaient et sa bouche charnue avait un pli inaccoutumé. Sans hâte, il marcha vers elle et, la saisissant au bras, de sa main libre, il lui appliqua une paire de gifles. Elle tressaillit et porta ses menottes à ses joues meurtries, agitant la tête, comme pour chasser le feu qui la brûlait.

Lui ne riait plus, un masque d’énergie froide crispait son visage. De force, il la redressa pour, d’un coup de poing, la jeter sur le sol. Elle s’effondra avec un cri plaintif, mais ce fut là sa seule défense. Elle attendait avec une anxiété visible, un émoi la troublait intimement. La meurtrissure du coup la mordait au côté, une douleur pénétrait en elle. Mais elle se demandait si cette douleur ne lui était pas agréable.

Les mains fébriles, il arracha la blouse de soie, le cache-corset, qu’il lança au loin d’un geste furieux. Deux fois, ses poings osseux s’abattirent sur les omoplates charnues, qu’ils marbrèrent de deux taches violettes.

Elle eut un râle de souffrance et s’abattit en avant, entièrement, tout l’être secoué d’un frisson languide. Une sensation bizarre s’enfonçait en elle, lui faisant oublier toutes les résolutions anciennes.

Ce fut ensuite à la robe légère qu’il s’attaqua. Comme la blouse, il la déchira, arracha le pantalon, tira d’une seule traction la chemise qui se fendit.

Lucie était nue, palpitante sur le tapis épais. Pas une larme ne montait à ses yeux et elle s’étonnait de ne pouvoir pleurer. Brusquement, sa sensualité s’exaspéra, elle désira le mâle qui la torturait mais n’osa pas l’avouer.

Il la harcela de coups de poings et de pieds ; il martelait les hanches de la pointe de ses bottes, tenant les cheveux à poignée.

Elle râlait et se tordait, mais n’essayait point de fuir, attendant autre chose, plus d’acuité dans la souffrance qui n’entrait pas en elle suffisamment. Pourtant son être entier était en feu ; pas un recoin de son corps qui n’avait été mordu par la douleur cuisante. Elle se taisait toujours, crispant les lèvres avec fureur pour ne point crier les mots d’amour qui traversaient son esprit bouleversé. Elle oubliait tout, s’abandonnait totalement, éprouvant une joie sauvage à n’être plus qu’une loque entre les mains vigoureuses du mâle. En cette minute, elle était à lui, uniquement à lui, parce qu’il la dominait de sa force, glissant en elle, profondément, une satisfaction charnelle et morbide.

Et lui frappait toujours, exaltant sa colère au bruit de la correction. Puis il se recula et, après un dernier coup de pied à la cuisse, il demanda :
- Tu veux maintenant ?

« … Et lui frappait toujours, exaltant sa colère au bruit de la correction. »

En frissonnant, elle se redressa péniblement, s’assit sur le tapis et, les gestes menus, ramena en arrière, les cheveux qui avaient croulé sur son front.

Elle le fixa amoureusement, presque en souriant, mais ne répondit pas. Elle se sentait incapable de prononcer une parole, énervée par le désir de plier encore sous la caresse de l’amant. Ces bras qui l’avaient meurtrie, elle rêva qu’ils l’enlaçassent enfin, brûlant sa chair du baiser ardent.

Devant l’amant, elle se trouvait toute petite, très faible, mais heureuse de cette faiblesse même. Un grand besoin d’abandon l’étreignait.

Ne comprenant pas, il avança d’un pas et, lui décochant son pied dans les côtes, demanda encore :
- Veux-tu m’obéir, oui ou non ?

Elle hésita une seconde, le regard trouble, les seins agités par l’émotion et la crainte. Puis soudain, avec une sorte de rage impatiente, elle balbutia :
- Non ! Non !

Elle savait qu’elle allait l’affoler, qu’il perdrait l’absolue conscience de ses actes. Pourtant, elle n’eut pas peur et, nerveuse, secouée de passion, elle attendit les coups.

Il eut un râle de fureur et se précipita en avant. D’une main, il empoigna le gras du bras gauche et, maintenant ainsi sa victime, il martela de son poing fermé le corps qui s’offrait.

Lucie se tordait sous l’affreuse correction, mais son être intime vibrait intensément. Cette sensation nette l’étonnait, c’était vraiment la première fois qu’elle en remarquait toute la saveur aiguë. Les yeux secs, elle fixait l’amant et l’admirait, son visage crispé par la colère lui plut, sa force la rendait défaillante.

Cependant, son courage devait avoir des bornes, incapable de résister davantage, elle s’effondra en arrière et murmura :
- Chéri ! Je veux… bien !

Il la lâcha et eut un sourire cruel.
- Parfait, tu comprends enfin qu’il est inutile de faire la mariolle avec moi.

II la poussa du talon.
- Allons, debout, garce !

Péniblement, elle obéit et, redressée, toute tremblante de souffrance, elle se rapprocha de lui et s’écroula, amoureuse et lascive contre sa poitrine. Alors, les larmes jaillirent, abondantes, chaudes, un frémissement agitait son corps embrasé par les sens exaltés.

Il eut encore un rire vaniteux, fier de sa puissance, de l’amour qu’il créait. En pacha tyrannique, il avait bien envie de se refuser, mais le désir sourdait en lui et aussi, il perçut imparfaitement que ce dernier geste était nécessaire pour raffermir son pouvoir.

Dans ses bras, elle ne fut plus la maîtresse, mais la femelle voluptueuse et passive. Sa passion exacerbée annihilant toute énergie, la livrant toute entière au mâle qui la pliait sous sa virilité victorieuse.

De nouveau, elle fut à lui, plus qu’une esclave, une chose veule et malléable, sans réactions possibles.

Quand il lui rendit la liberté, elle resta accroupie sur le lit et, le menton dans les paumes, elle le contempla. Elle le trouvait plus beau que jamais, le reconnaissait comme son maître, parce qu’elle avait souffert par lui et pour lui. Nul danger ne l’effrayait plus, si de l’affronter était agréable à l’amant ; nulle honte ne subsistait en face de l’amour violent qui était en elle.

Moqueur, il la considéra, bêtement fier de son succès, en comprenant pas que sa puissance résidait dans des sensations physiques momentanées et tôt envolées. Il était le mâle et dominait la femelle, c’était humain ; mais aucun lien spirituel ne les reliait d’homme à femme. Ils étaient de castes différentes : elle, une bourgeoise timide par son éducation et son hérédité ; lui, un révolté contre cette société et qu’elle admirait instinctivement.

Ils se trouvaient donc aussi loin l’un de l’autre que deux êtres peuvent l’être. Mais par instant, les sursauts de la bête les rapprochaient, la sensualité de Lucie se réveillait avec fougue, obscurcissant le cerveau qui pensait.

Et la cause de ce réveil des sens, était la brutalité, la morsure des coups qui brûlait sa chair, lui procurant la sensation aiguë que le baiser seul était impuissant à produire.

Repris par le souvenir des choses sérieuses, il réitéra ses ordres d’un ton bref.
- Maintenant, tu vas t’habiller !

Elle acquiesça d’un léger signe de tête et sourit mystérieusement. Comme précédemment, elle voyait la honte de la tentative qu’ils préparaient, mais que lui importait le mépris du prochain, si elle conservait l’amour vigoureux de l’amant. En outre, elle ne percevait pas exactement les dangers de son acte : la justice, la prison, restaient autant de mots qui se brouillaient dans son cerveau, n’ayant que des significations conventionnelles sans importance en face des réalités tangibles et présentes.

Pour un quart d’heure de passion, elle aurait vendu son âme et son corps, sans réflexion, simplement parce qu’il commandait. Si précédemment, elle avait raisonné, avait essayé de lutter, c’était justement que cette passion lui avait paru incomplète, en ne lui faisant point sentir sa faiblesse.

Sa sensualité se doublait d’un besoin intense de dévouement, toujours existant chez la femme, mais poussé chez elle à un degré voisin de la névrose.

Dans le vol audacieux qu’elle allait accomplir, avait-elle une part de responsabilité ? Non pas, sa chair seule commandait, détruisant pour un laps de temps variable, toute faculté de réfléchir, de reconnaître le bien du mal.

Tout en s’habillant, elle songeait à la rude correction, l’engourdissement de ses membres contus était une nouvelle jouissance, profonde, très douce. Elle précisait le lien qui l’unissait à l’amant, lui marquant sa faiblesse de femme qui souffre pour complaire au compagnon.

Sur les ordres du maître, elle revêtit son maillot de soie noire contre la peau même. La partie dans laquelle devait se cacher la tête, fut laissée en avant. À la ceinture, elle suspendit les deux sacs plats et larges qui serviraient à enfouir la récolte probable. Par dessus, elle glissa uniquement une robe de satin, mais dont le jupon était double, afin de former un peu d’ampleur. Cette robe s’accrochait sur le côté, ce qui lui permettait de se passer d’une femme de chambre. Des souliers bas terminèrent cette toilette rudimentaire, et elle fut prête à toute alternative.

Louis l’examina avec soin, se rendant compte que rien ne pouvait éveiller la suspicion. Il fut satisfait et la félicita d’une claque amicale sur la croupe.

Elle fut heureuse de cette marque de contentement et amoureuse, câline, elle se suspendit encore au cou de l’amant.

Distraitement, il l’embrassa puis la repoussa, l’esprit préoccupé. Il songeait à leur tentative du soir et espérait qu’elle serait fructueuse, si rien ne venait contrecarrer ses projets. De crainte, il n’en avait aucune, gâté par l’impunité. En outre la prison ne l’effrayait pas outre-mesure, en ayant goûté déjà durant sa jeunesse aventureuse. Pourtant l’idée du « hard-labour » lui arrachait des frissons involontaires ; il ne souhaitait guère en connaître les douceurs, sachant par ouï-dire que nul tourment n’égalait le supplice du moulin. Mais cette pensée ne lui vint pas à ce moment, la certitude du succès suffisait pour chasser toute autre préoccupation.

Elle eut un geste de chagrin, peinée qu’il ne répondît pas à son expansion naïve. Mais il ne remarqua rien et la quitta pour passer dans sa chambre, s’habiller à son tour.

Un instant plus tard, il était prêt et ils descendirent. Lui était en frac, très beau comme toujours, mais un peu rasta malgré tout. Instinctivement, on regardait ses mains, s’attendant à le voir sortir une carte de sa manche.

Un taxi appelé par le portier les attendait à la porte et ils y sautèrent. En quelques minutes, ils furent au Claridge Hotel et pénétrèrent dans l’immense salle à manger toute brillante de glaces.

Ce soir là, il y avait une réunion des plus élégantes, lady Ventnon donnait à dîner à quelques intimes, c’est-à-dire une vingtaine de personnes. Les dames étaient endiamantées comme pour une ouverture du parlement, les aigrettes alternaient avec les diadèmes.

Louis entraîna Lucie un peu à l’écart, mais il eut l’habileté de se faire remarquer des dîneurs. John Francis Wayford, le milliardaire yankee, échangea avec lui un petit signe complice. C’en fut assez, il s’était créé un alibi.

Auprès de Lucie, il s’attarda, quittant la salle un des derniers, au moment ou Wayford s’éloignait en compagnie d’autres invités de lady Ventnon. L’Américain qui, depuis deux jours, guignait fort Lucie, l’invita à partager son auto. Il accepta et toute la bande s’en fut à un music-hall où elle ne tarda pas à se désagréger. Il ne resta plus ensemble que Wayford, mistress Wayford, Louis et sa compagne.

Ils rentrèrent à l’hôtel, l’heure avançant, mais avant de remonter à leur appartement, le Yankee offrit au jeune homme un dernier verre de champagne qu’il appela le coup de l’étrier. Mistress Wayford gagna son appartement, Lucie, de son côté, en atteignant le hall, s’était discrètement éclipsée. Arrivée dans sa chambre, elle retira précipitamment la robe de soie et apparut en « costume de travail ». En un instant, elle fut dehors, le long du couloir mi-sombre et se faufilait dans l’appartement de l’Américaine.

Celle-ci entrait bientôt et aussitôt un masque d’ouate s’appliquait sur son visage, avant qu’elle ait eu le temps de tourner le bouton de l’électricité. Elle s’affaissa dans les bras de Lucie qui l’étendit sur le tapis. Puis fiévreuse, les mains habiles tant son énervement était grand, elle enleva rapidement les bijoux. Ce fut expédié en quelques secondes et, à peine deux minutes plus tard, elle se retrouvait dans sa chambre où elle revêtait encore la robe de soie.

Silencieuse et prudente, elle atteignait le hall et sans avoir été remarquée s’affalait dans un fauteuil, où nonchalamment elle alluma une cigarette.

Un valet passa, elle l’appela et le pria de savoir si le comte se trouvait toujours au bar. Ce fut dit d’un ton si naturel, que le domestique fut persuadé que la jolie dame s’impatientait.

Elle aussi avait de cette façon un alibi assuré, le garçon pouvait affirmer qu’à l’instant où l’Américaine était volée, Lucie attendait dans le hall, le retour de son époux.

Louis survint bientôt, traînant à sa suite, le jovial Yankee. Il s’excusa de s’être attardé et Lucie feignit de le bouder gentiment. Ce fut exquis et joué avec une précision extraordinaire. Assurément, Wayford fut dupe, malgré sa grande habitude des hommes.

Un quart d’heure plus tard, tandis que Louis et Lucie bavardaient encore gaiement dans le hall, un certain tumulte se produisit. Une femme de chambre venait de découvrir mistress Wayford inanimée.

Le directeur fut réveillé, on courut chercher un docteur, puis on téléphona à Scotland Yard, lorsqu’on connut le vol.

Francis fut le premier qui vint annoncer à Louis l’extraordinaire nouvelle. Évidemment, il compatit à son ennui et Lucie offrit aussitôt d’aller veiller la malade. Mais ni l’un ni l’autre n’était très rassuré, la rapidité des événements les effrayait un peu, troublant le plan préparé par le jeune homme. Il lui fallait au plus tôt se débarrasser des bijoux avant que les détectives de la Sûreté arrivassent.

Il put heureusement sortir sans attirer l’attention et, dans la rue, il rencontra très vite un cockney solitaire, auquel il remit un paquet soyeux. C’étaient les bijoux, enveloppés encore dans le sac de soie ayant servi à Lucie. Cette dernière lui avait remis quelques instants auparavant le produit de son expédition, peu désireuse de conserver cela sous sa robe.

Le cockney s’éloigna nonchalamment et bientôt sautait dans un taxi, qui l’emmenait chez son patron, le receleur habituel de Louis. Débarrassés de ces preuves, les deux jeunes gens se sentirent tranquillisés et remontèrent dans leur chambre, après avoir, une dernière fois, demandé des nouvelles de mistress Wayford.

Maintenant Lucie était heureuse d’avoir si bien réussi ; mieux, elle en éprouvait une sorte de fierté, tous ses scrupules envolés au vent de sa sensualité vivace. À peine dans la chambre, elle se jeta dans les bras de l’amant en murmurant :
- Tu es content, chéri ?

Il la remercia d’un baiser distrait et encore la repoussa, détourné des pensées voluptueuses par le souci de cette affaire.

Malgré son chagrin, elle ne se plaignit point, seul un rictus de tristesse déforma une seconde son joli visage aux traits purs. Comme elle revenait à la charge, réclamant une caresse plus tendre, il se fâcha et la bouscula vers le lit en disant :
- Tu m’embêtes, va te coucher !

Elle obéit domptée et aimante, le cops encore tout contus de la correction de la soirée. Mais cette douleur sourde était justement ce qui la rattachait à lamant, comme la preuve tangible de sa servilité et de sa faiblesse.

Voir en ligne : Névrose - VIII

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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