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Névrose

Névrose - X

Roman érotique (Chapitre X)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


X

Henry était rentré chez lui de méchante humeur. Il se reprochait son manque d’énergie en constatant l’attirance de la jeune femme. La nuit, sans doute, porta conseil car le lendemain, au réveil, il désespéra moins de la tirer de l’ornière.

Quand il descendit à la salle à manger, il la croisa et elle lui jeta un rire moqueur, semblant le narguer. Elle se croyait forte parce que, la veille, il n’avait pas osé la frapper.

Le résultat de cette attitude fut qu’il sentit aussitôt bouillonner en lui la colère.

Durant ce premier déjeuner, il la surveilla étroitement, notant son attitude amoureuse en présence de l’amant. Sa jalousie s’aiguisa. Puis ii se jugea dupe en pensant au bijou qu’elle lui avait fait remettre. Ce bijou, il le possédait encore, n’ayant pas eu l’occasion de le lui rendre. Maintenant, il ne voulait plus tarder. Si le matin même, l’aventurier s’éloignait, il la rejoindrait et, tout en lui donnant la bague, fruit d’un vol vulgaire, il lui crierait son dégoût. Ce serait la fin. Ensuite, il partirait, la fuirait.

Les événements favorisèrent ses intentions ; peu après le repas, Louis sortit, la jeune femme regagna sa chambre.

Lui-même courut à son appartement, prit vivement l’écrin et s’en fut la rejoindre. Il ne sut pourquoi, mais il se refusa à frapper à la porte, poussant l’huis, sans façon.

Étonnée, elle le toisa, mortifiée par cette conduite peu galante. Il ne la vit même pas et, tendant le bijou, il dit froidement
- Je vous apporte ceci, vous avez dû vous tromper d’adresse. Je ne suis certainement pas de la catégorie de votre amant.

Elle rougit, blessée, mais reconnaissant la justesse du reproche. Il s’attendait à une raillerie et fut troublé. Devant lui, il avait une femme sincèrement émue, visiblement honteuse. Aussitôt l’espoir renaquit en son coeur. Ce fut un élan brusque qui le porta en avant et, saisissant Lucie à la taille, il l’étreignit fébrilement.
- Si tu voulais, murmura-t-il, je te tirerais de ce ruisseau, je ferais de toi une honnête femme.

Encore une fois, il avait mal calculé. Ce contact de l’homme, de l’étranger, déplut à la jeune femme que la vie n’avait pas encore mûrie. Ce fut une vague répulsion physique qui la rejeta en arrière, tandis que, de ses menottes, elle repoussait l’assaillant. Mais lui insista, emporté par la passion qui le dominait entièrement.

Alors, elle eut une véritable révolte d’orgueil, et lui échappa d’une brusque torsion de tout son corps souple.

Maintenant, il ne réfléchissait plus, la rage se mêlait au désir, il voulait cette femme qu’il avait senti palpiter contre lui. Il s’entêta, sans parvenir à la faire faiblir.

Ses sens, à elle, n’étaient point éveillés, elle trouvait cette attache déplaisante, mais aussi en éprouvait de l’orgueil. Elle se réjouit de ne point céder, parce que lui ne l’avait pas prise lorsqu’elle l’avait souhaité.

Un reste de respect de lui-même l’empêcha d’user de la menace qui, peut-être, aurait été décisive. Mais la colère n’en subsistait pas moins. Il chercha une voie détournée et ne tarda pas à la découvrir.

Redevenant froid, il reprit :
- Hier soir, je n’ai pu vous administrer la correction que vous méritiez pour votre tentative, vous allez la recevoir de suite, nous avons le temps.

Elle frissonna et ne répondit pas, aussitôt ses idées dévièrent, elle pensa à la douleur et se demanda si elle devait la craindre ou la désirer.

Il s’était éloigné pour revenir un instant plus tard, muni de la souple badine qui, une fois déjà, lui avait servi.

Elle l’attendait, tout l’être secoué d’une angoisse impatiente. Pourtant, elle eut de l’épouvante dans le regard lorsqu’il marcha sur elle, semblant parfaitement déterminé. Les jambes fléchissantes, elle recula jusqu’au lit et il la rejoignit.

Et soudain, elle sentit les mains de l’homme courir sur ses vêtements. Dès lors, elle ne s’appartint plus, tout se brouillait dans son esprit, la chair reprenait son empire, domptant tout sentiment naturel.

Pas une seconde, elle ne tenta un effort pour fuir le lent déshabillage. Elle portait un costume du matin léger : blouse de linon et robe de lainage. Tout cela croula sur le sol, et elle apparut en pantalon. Mais elle n’avait plus de honte devant cet étranger qui connaissait tout d’elle. Une émotion intense la brûlait, mettant au fond d’elle-même une espérance douloureuse. Elle était impatiente et avait peur.

Le pantalon croula à son tour, puis la chemise et elle fut nue en présence de l’homme qui la désirait ardemment. Cependant, elle ne pensa point à ce désir, et s’il avait essayé de la prendre, encore elle se serait défendue franchement.

Mais il la bouscula avec brutalité, la poussant contre le lit. Toute son énergie s’évanouit, une terreur voluptueuse l’envahit, son coeur battit plus vite, son être entier se crispait dans l’attente de la sensation douloureuse. Sa patience ne fut pas mise à longue épreuve, la badine siffla et s’abattit avec violence sur sa croupe qu’elle barra d’un trait sanglant.

Elle n’eut pas un gémissement, seul un spasme la courba.

Chez Henry, la fureur se précisait ; il voulait maintenant meurtrir férocement, comme pour se venger du précédent refus. Sa passion s’exaltait devant ce corps dénudé qui s’offrait, mais il luttait sans bien savoir pourquoi. Sa brutalité atteignit son paroxysme, il frappa avec lenteur et science, souhaitant que la souffrance pénétrât profondément.

Lucie frémissait, toute sa sensualité se réveillait en un élan furieux. Sa chair vibrait sous la brûlure des coups ; l’homme qui la martyrisait ainsi, n’était pas un individu quelconque, un admirateur banal ; c’était le maître qui la domptait, la pliait sous sa force supérieure. Et à chaque cinglade, ce sentiment s’enfonçait davantage en elle, précisant sa faiblesse de petite femelle voluptueuse.

Louis, elle l’oubliait, parce qu’un autre était là qui la brisait, la torturait, en faisait une pauvre chose vaincue. La croupe était écarlate, toute crispée, hérissée de saillies irrégulières.

Henry frappait avec frénésie, murmurant des injures, reprochant à la malheureuse sa conduite ancienne. Il avait besoin de ces mots, pour s’expliquer sa colère, voiler d’un prétexte son acte anormal.

De plus en plus, elle s’aveulissait sur le lit, où elle sanglotait doucement, le corps alangui, les contours déformés par le manque de réaction des muscles. Un feu intérieur la dévorait, mais ce feu, c’était sa lascivité qu’il flattait, exaspérant la faim de sensations d’ordinaire endormie.

Puis brusquement, Henry lassé, cessa de taper, il laissa tomber le jonc et s’essuya le front ruisselant de sueur.

Une minute, elle resta dans la même position, se grisant de souffrance. Mais soudain, elle se dressa, comme furieuse et se retournant, elle courut vers l’homme.

Les jambes meurtries fléchissaient sous elle, une douleur aiguë gênait ses mouvements. Pourtant, elle allait vite, une flamme dans les yeux, sa bouche sanguine, humide de désirs.

Haletante, elle s’accrocha à lui, encerclant son col de ses bras nus et tièdes. Elle le voulait, rien ne pouvait la détourner de cette résolution, c’était à son tour d’attaquer avec franchise, n’ayant aucune honte de ses gestes audacieux.

Éperdu, il chancela, mais elle l’entraîna vers la couche encore moite de son corps…

Assis dans un fauteuil, Henry fumait une cigarette. Tout avait été si rapide, qu’un désordre subsistait dans son esprit. Il ne savait plus s’il était heureux de cette solution inattendue, ou bien s’il en craignait les suites.

Les sens apaisés, la passion momentanément calmée, il mesurait mieux la distance qui le séparait de la petite souris d’hôtel. Celle-ci, assise sur un siège bas, les mains aux genoux, contemplait amoureusement le nouvel amant. Dans cette étreinte qui les avait unis, tout en elle avait vibré et de cela elle lui était infiniment reconnaissante.

Pourtant elle ne saisissait point nettement que la douleur avait été l’adjuvant nécessaire à son tempérament lymphatique mais sensuel. Elle l’avait préparée lentement au plaisir, par l’éréthisme qu’elle créait. Ingénument elle attribuait à Henry le pouvoir mystérieux qui procure les joies complètes et pour un moment elle oubliait l’autre.

Amusé par cette muette admiration, il se décida à parler.
- Petite amie, veux-tu venir avec moi, me suivre en France, où nous nous installerons ensemble ?

Elle eut un sursaut de terreur.
- Oh ! non, Louis me tuerait !

Et à cette simple phrase qui représentait à son imagination vibrante, des souffrances atroces, elle eut un frisson voluptueux. Une minute elle aima mieux, à cause de cela, l’amant absent.

Le jeune homme sourit, cette supposition lui semblait enfantine.
- Auprès de moi, personne ne te tuera !

Elle secoua la tête, avec une ténacité puérile.
- Non ! Je ne peux pas.

Il se tut, comprenant qu’il ne parviendrait par des moyens directs à la faire revenir sur cette idée. À son avis, il fallait trouver autre chose pour éloigner le rival. Très doucement, il l’interrogea et avec un abandon naïf, elle lui raconta toute sa vie : sa jeunesse en une famille bourgeoise ; sa fuite avec l’amant qui avait affolé son printemps ; sa chute lente vers les bas-fonds. Elle avoua sa honte, sa répulsion pour le métier auquel la contraignait l’aventurier sans scrupules.

Quand elle eut terminé, il l’attira contre lui et avec tendresse, demanda :
- Pourquoi ne résistes-tu pas davantage ? Ou plutôt, pourquoi ne fuis-tu pas cet homme qui te perd, quand une occasion honnête se présente.

Le regard voilé, elle secouait la tête, têtue et ingénue. C’étaient là des questions, auxquelles sans nul doute, elle était incapable de répondre. Elle ne voyait pas la possibilité de quitter l’amant, parce que c’était lui qui l’avait faite femme. Ce sentiment restait inconscient, sa méconnaissance de la vie l’empêchait de le raisonner sagement.

Il tenta une expérience.
- Eh bien ! Promets-moi au moins que tu refuseras désormais de te plier à ses exigences, que tu ne revêtiras plus l’affreux maillot noir…

À ce propos, elle promit tout ce qu’il voulut, jura même sur ce qu’elle avait de plus sacré. Et à cette minute elle était sincère, résolue à se montrer énergique à l’avenir. Auprès de l’homme qui l’avait domptée par la force, elle se sentait toute petite et n’avait plus d’autre volonté que la sienne. En réalité, elle n’avait jamais de volonté bien à elle, toujours elle subissait l’emprise de celui qui sur le moment la dominait. C’était une douce chose veule et sensuelle que le plaisir charnel emportait.

Satisfait, ayant confiance, Henry se retira. Il croyait aux serments de la pauvrette, qui bientôt les aurait oubliés. Seul dans sa chambre, il réfléchit à la situation, cherchant un moyen de délivrer celle à laquelle il s’attachait de plus en plus parce qu’il avait conscience de lui faire du bien, de la protéger. Le souvenir de la correction avait complètement disparu de son esprit, il ne restait plus que la saveur des baisers qui encore le grisait.

Bientôt il eut trouvé une solution à ce problème ardu et, tout joyeux, il quitta sa chambre pour gagner le hail. En bas, il croisa Louis qui rentrait et l’examina avec une curiosité malveillante. Cependant il dut reconnaître la valeur de ses charmes qui devaient fatalement affoler la femme. Il admit qu’il était beau, d’une beauté un peu exotique, mais certainement attirante. Le regard surtout était doux, velouté ; à lui seul il était une caresse perverse, pénétrante.

Cette constatation lui fit toucher du doigt la difficulté de sa tâche, mais ranima son énergie. Il se savait patient, tenace et ne désespérait point de réussir.

Pendant ce temps Louis avait rejoint Lucie. Il la trouva encore dévêtue, alanguie sur le grand lit défait. Il eut un rire grivois, mais tant il était sûr de sa puissance, que nul doute ne l’effleura. Chassant loin de lui, les idées voluptueuses, il devint sérieux et avec une malice dans les yeux, expliqua :
- Ce soir, nous avons un coup magnifique !

Elle hocha la tête, sans répondre, ne se sentant pas la force nécessaire à une discussion immédiate. Pourtant elle se souvenait de ses promesses et avait bonne intention de les tenir.

Louis ricanait, se moquant de sa nonchalance.
- Tu ne dis rien ! Inutile d’essayer de nouvelles giries, tu sais ce que ça te coûte.

Elle sourit doucement et pensa que l’autre battait mieux, avec une adresse plus savante et moins de brutalité sauvage. La correction de l’amant la laissait indifférente, elle ne causait qu’une douleur forte, sans cette angoisse qui la mordait au cour entre chaque coup de cravache.

Mécontent, il la saisit par le bras et la mit debout.
- Allons habille-toi, tu n’as pas la prétention de passer la journée en chemise.

Cette rudesse parut la ranimer, elle se vêtit avec une gaieté juvénile. Elle allait très vite, sans souci de l’élégance, se sachant belle sans cela. Quand elle fut prête, il l’entraîna en bas et, tout en descendant le large escalier somptueux, il la mit un peu au courant de ses projets.
- Nous quittons ici, ce soir, nous dînerons au Claridge. J’ai eu l’occasion ce matin de visiter les lieux, je sais donc me reconnaître dans l’hôtel. Je te conduirai et tu n’auras qu’à opérer comme de coutume.

Elle se tut encore, manquant de l’énergie nécessaire pour résister. La volupté ressentie la noyait dans un océan de mollesse et de béatitude, tout pour l’instant lui était indifférent.

Dans le hall, elle aperçut Henry qui fumait une cigarette. Cela lui rappela ses serments et elle eut une moue de contrariété. Vraiment, elle ne savait comment s’y prendre pour lutter, pareille nécessité réclamait un effort réel. Encore, elle eut un hochement de tête : elle verrait, le soir peut-être à la dernière minute, elle se révolterait. En attendant, elle voulait penser à autre chose, à la joie des minutes qui passaient.

Durant le repas, Louis reparla de nouveau de son affaire. Elle l’écouta à peine, jugeant inutile de suivre ses explications, puisqu’elle n’exécuterait rien de tout ce qu’il préparait.

La voyant si indifférente, il fronça les sourcils et, du manche d’un couteau, lui frappa sur les doigts :
- Tu pourrais au moins répondre…

Elle sourit languissamment, amusée par sa colère ; il y avait trop de bonheur en elle pour qu’elle pût se fâcher de cette brusquerie de l’amant.

Mais comme il s’irritait, revenant toujours au même sujet, affirmant que ce serait probablement leur dernier, qu’ils se trouveraient ensuite assez riches pour retourner en France, monter un commerce honnête, elle devint plus attentive.

Elle pesa le pour et le contre, se demandant si la raison n’était point du côté de l’amant et non point avec l’autre, dont les scrupules lui paraissaient exagérés. Mais ce qui avait le plus d’influence sur elle, c’était la constatation que Louis, de cette façon, ne se montrerait pas plus intransigeant que d’ordinaire, rendant toute lutte impossible. Alors, elle frémit en se disant qu’elle serait battue en refusant et le serait ensuite pour avoir accompli cette dernière mauvaise action.

Ses promesses seules maintenant la gênaient, mais elle découvrit aussitôt un moyen bien féminin de s’en débarrasser : elle mettrait Henry au courant de la situation, lui prouvant qu’il lui était impossible de résister. Cela évidemment n’empêcherait pas sa fureur lorsqu’elle aurait plié devant la volonté de l’amant.

Elle rit franchement, amusée par cet imbroglio, dont vaguement elle espérait beaucoup de bonheur et des sensations aiguës, dune sensualité exaspérée.

Voir en ligne : Névrose - XI

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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