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Névrose

Névrose - XII

Roman érotique (Chapitre XII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


XII

Louis était revenu en hâte. En arrivant dans le hail, il aperçut Lucie, languissamment installée dans un fauteuil profond. À son approche, elle ne broncha pas et à peine répondit-elle à son salut.
- Tu es prête ? demanda-t-il à mi-voix.

Elle s’alanguit davantage, dissimulant un sourire moqueur.
- Je suis si fatiguée !

Sa mauvaise humeur éclata soudain, il se fit brusque :
- Pas tant de magnes, hein ! Amène-toi, on a juste le temps de calter, si on veut être au Claridge pour le dîner.
- Eh bien vas-y seul, répondit-elle narquoise.

Cette inconscience l’abasourdit, il la fixa, à moitié sévère.
- Tu n’es pas folle ?
- Pas le moins du monde, je suis éreintée voilà tout, tu me rosses et ensuite tu t’étonnes que je ne sois plus dispose.

Ce raisonnement lui parut juste, il devint plus doux, se montra caressant espérant triompher par son charme auquel peu de femmes avaient résisté.

Mais, à son grand étonnement, Lucie fut intraitable, le souvenir de la flagellation mettait en elle une énergie perverse, assez étrange. Elle se moquait de l’homme qui ne savait pas la battre avec ce raffinement délicat ; elle méprisait sa brutalité sauvage, sans l’habileté qui procure la joie voluptueuse et profonde.

Bientôt, il comprit qu’il ne viendrait pas à bout de son entêtement. Il eut un geste de rage et, après avoir consulté sa montre, gagna rapidement leur appartement pour s’habiller.

Assurément il se sentait ennuyé, mais si la compagne se refusait à l’aider en cette occasion, il agirait seul. Du reste, il n’avait jamais pensé rester inactif ; il aurait donc un peu plus de besogne, voilà tout. Il fut donc très vite consolé, n’éprouvant pas une trop grande rancune à l’égard de Lucie. Quelques minutes plus tard, il redescendait, élégant et beau, dans un frac impeccable et une pelisse garnie de fourrure coûteuse.

Lucie l’admira, et bien d’autres femmes, présentes à ce moment dans le hall. Il le remarqua et eut un sourire orgueilleux. Ce sourire blessa la maîtresse, elle lui en voulut de connaître ainsi sa supériorité, concluant qu’il devait la mépriser de se montrer toujours si faible.

Quand il eut disparu, Henry survint, également en frac et en pelisse. Il était beau aussi, d’une beauté plus mâle, d’une distinction plus certaine. Aussitôt elle le préféra à l’aventurier et comme il s’approchait, elle lui jeta au passage :
- Nous filons ensemble… le plus vite possible… je suis lasse de cette existence…

Il acquiesça d’un signe de tête et pressé répondit :
- Oui, je vais m’occuper de tout cela, dîne en paix et repose toi jusqu’à mon retour.

Elle le regarda s’éloigner, il lui semblait que cette dernière phrase contenait un sous-entendu, qui peut-être ne la menaçait point directement, mais qui néanmoins planait sur eux tous.

Henry, en effet, avait un projet bien arrêté, lassé de cette lutte continuelle. Et s’il le mettait à exécution enfin, c’était que la jeune femme semblait l’y encourager. Il n’avait pas été l’après-midi, sans obtenir de Lucie divers renseignements sur l’expédition projetée par Louis. Détails infimes assurément, mais suffisants néanmoins pour lui permettre de deviner davantage. Il suivit donc l’aventurier au Claridge et, à peine arrivé, demanda d’être mis en présence du directeur. Avec ce dernier il eut quelques minutes d’entretien, puis les deux hommes se séparèrent sur une cordiale poignée de main.

Henry gagna la salle à manger où déjà Louis était installé.

Un instant plus tard, quatre messieurs apparaissaient et par hasard, semblait-il, choisirent une table voisine de l’aventurier.

Le jeune homme sourit, il comprenait que l’ennemi, enfin, allait être pris au piège : les quatre nouveaux venus ne pouvant être autres que des inspecteurs de Scotland Yard.

Le repas terminé, Louis quitta sa place et, à l’instar des dîneurs habituels, se rendit dans le hall. Là cependant, il se retira en un coin solitaire, d’où il pouvait surveiller la salle entière. L’heure du théâtre approchant, de nombreux couples s’éloignèrent, il ne resta plus que quelques consommateurs attardés. Louis, paresseusement, quitta sa place et sortit. Il ne pouvait en ce faisant attirer l’attention. Sa tenue élégante lui permit en outre de gravir les escaliers sans éveiller la suspicion des domestiques. Au premier étage, il longea le couloir et soudain disparut derrière une porte qui s’était ouverte sans difficulté sous une faible poussée. Là, il se trouvait dans une vaste chambre à coucher, richement meublée.

À peine fut-il entré, qu’un valet qui l’y avait précédé repoussa l’huis en murmurant :
- Dépêchons, tout est prêt.

L’aventurier, de ses poches, tira ses outils et aidé de ce valet, fractura les serrures de plusieurs valises. Avec une habileté consommée, ils fouillaient, remettant ensuite à peu près chaque chose en place. Lorsqu’ils eurent terminé, il y avait auprès d’eux, sur le tapis : des bijoux, des valeurs et même des bank-notes. Tout cela disparut ou dans les poches de Louis ou derrière le plastron de sa chemise.

Puis, très calme, il retourna vers le couloir. Mais là, après trois pas, il s’arrêta interloqué : quatre hommes, revolver au poing, barraient la route. L’un d’eux cria :
- Haut les mains ! Vous êtes pris, l’ami !

« Haut les mains ! Vous êtes pris, l'ami ! »

Il comprit que toute lutte était inutile, et il se rendit sans difficulté. Dix minutes plus tard, il montait dans une auto, menottes aux mains, et la voiture prenait la route du dépôt.

Henry, qui avait surveillé le début de cette arrestation, ne s’attarda pas au Claridge, un taxi le ramena en hâte auprès de Lucie. Nerveux mais satisfait, il la prévint aussitôt :
- Votre amant est arrêté, prenons vite toutes les précautions pour que vous ne soyez pas inquiétée.

Elle eut un faible cri mais ne répondit pas, s’abandonnant à la Destinée.

Profitant de cette faiblesse momentanée, le jeune homme prit des décisions énergiques. Il résolut d’enlever sur l’heure la malheureuse et de la ramener avec lui en France.

Il était encore temps de prendre le train de Folkestone. Aucune hésitation ne semblait donc possible, ils devaient partir incontinent.

Lucie vivait comme dans un rêve. Pas une fois, elle n’offrit le résistance aux volontés de l’homme, se sentant très seule maintenant, sans l’appui sur lequel, instinctivement, elle avait pris l’habitude de compter. Sa malle fut rapidement terminée et ils montèrent en taxi pour se rendre à la gare.

Mais lorsque le train démarra, lorsqu’elle comprit que la brisure entre elle et l’amant allait être irréparable, Lucie eut un sursaut subit. Elle se dressa contre celui qui voulait la sauver, la tirer de la honte et, les poings crispés, lui jeta à la face :
- C’est vous, lâche, qui l’avez dénoncé !

Il ne crut pas devoir se défendre et reconnut l’exactitude de cette affirmation.

Elle s’écroula sur la banquette, en sanglotant éperdument.

Il se rapprocha, tentant de l’apaiser, elle le repoussa avec fureur. Tout d’abord, il ne se fâcha point, considérant ce chagrin comme naturel, cette longanimité parut l’enhardir, elle se fit plus cruelle, eut des mots blessants, avec intention.

Ils étaient seuls dans le compartiment, ce hasard aida Henry à perdre patience. Le parti pris de la jeune femme l’exaspérait, les injures qu’elle lui décochait finirent par le toucher sincèrement. Il eut soudain un sursaut de rage et, avisant le porte-cannes, il en retira le souple jonc.

Aussitôt Lucie se tut, les yeux agrandis par une angoisse étrange. Elle oublia l’amant emprisonné, elle perdit la notion le l’endroit où elle se trouvait. Son coeur battit plus vite, une peur voluptueuse l’étreignit.

Henry s’était avancé et levant vivement la jupe, il cingla violemment les mollets.

Elle frissonna, ses mains se crispèrent sur la banquette, un spasme la tordit. Un deuxième coup sur les cuisses découvertes, la jeta en arrière palpitante et vaincue.

Dans le bruit du train, les éclats de la fustigation disparaissaient, personne ne pouvait s’apercevoir de la scène bizarre ayant lieu entre ces deux voyageurs hétéroclites.

Sous les cinglades rapides, le pantalon se déchiquetait, mettant la chair à nu. La peau se striait de longues traînées écarlates, le jonc s’enfonçait brutalement, creusant des sillons profonds qui s’aplanissaient ensuite très vite.

Lucie avait roulé entièrement sur la banquette sans une plainte, sans un sanglot, elle offrait son corps à la fustigation qui la brûlait, faisant pénétrer en elle une chaleur agréable éveillant lentement sa sensualité.

À la douleur, son être intime répondait par des réactions brusques et voluptueuses. La sensation aiguë s’enfonçait en elle, la réchauffant fibre par fibre.

Ayant conservé assez de sang-froid, elle s’étonnait du plaisir que procurait la souffrance et, honteuse, n’osait rien avouer de ses pensées secrètes. Le mal ne lui semblait jamais suffisant à chaque minute, elle attendait une cinglade plus cuisante et jamais ses espoirs n’étaient réalisés complètement.

Mais elle s’exaltait peu à peu, contemplant l’homme qui la torturait, ressentant pour lui, soudain, un attachement incommensurable, un besoin de dévouement et de servilité intense.

Il la brutalisait et elle ne se défendait pas, donc elle était faible, toute petite, véritable esclave du maître qui la dominait. Sa satisfaction physique se doublait d’une joie morale, ses désirs se précisaient, sa sensualité s’exaspérait.

Henry surveillant les alentours, frappait avec mesure et adresse. Il voyait la compagne s’adoucir, se faire plus humble. Il comprenait vaguement que par la force il la dominait, tout en ne saisissant pas la cause de ce changement rapide.

En même temps, il se plaisait à meurtrir, aimant à voir la chair palpitante devenir turgide sous ses coups répétés.

La maîtresse lui paraissait mieux à lui, parce qu’elle souffrait de sa main, sans une plainte, sans une récrimination.

Évidemment, il avait conscience de faire mal et cela aussi lui était un plaisir palpable. Chez lui également, le désir s’éveillait, il avait des envies soudaines d’étreindre la malheureuse que pourtant il martyrisait sans pitié.

Le train filait toujours à travers la campagne obscure jusqu’à Folkestone, aucun arrêt ne les dérangerait. Dans ce compartiment clos, ils étaient donc bien chez eux, sans crainte des indiscrets.

Maintenant, la chair offerte, Lucie appelait l’amant avec des râles d’une passion affolée. Après la souffrance, elle voulait goûter au miel des baisers ardents. Son besoin de voluptés s’était enfin précisé, la laissant impatiente, presque furieuse.

Ce fut elle, en un élan, qui attira l’homme, le prit de ses menottes tremblantes, pour le faire sien. Elle murmurait des mots d’amour, jurait un attachement sans bornes à celui qui était son maître. Contre sa poitrine, elle se raidit, cherchant à mieux sentir, toujours davantage, tout l’être brûlé par le feu du désir inapaisable. Mais la volupté encore une fois fut victorieuse, elle fut complète, entière, grâce à la souffrance atroce qui avait préparé le chemin.

Sans la douleur, les baisers de l’amant restaient sans saveur, elle ne savait si elle aimait réellement, ou bien si elle se pliait à un devoir contre lequel, naturellement, elle ne pouvait se révolter. Et ensuite, le compagnon l’abandonnait en suspens, avec en elle quelque chose d’inassouvi qui la rendait nerveuse.

Côte à côte, ils s’assirent sur la banquette. Lucie, qui pendant la correction n’avait versé aucune larme, pleurait silencieusement, mais aussi elle souriait à l’ami, appuyant sa tête contre son épaule.

L’autre, l’aventurier, elle l’oubliait, appartenant tout entière à celui qui avait torturé son corps, lui avait procuré la joie morbide de souffrir profondément.

Ses membres étaient contus, ses reins alourdis par la fatigue. De tout cela elle riait, car le bonheur effaçait tout, l’apaisement de sa chair annihilant les regrets inutiles.

En montant à bord du paquebot qui la ramenait en France, elle avait l’impression de partir vers le bonheur définitif et si longtemps espéré. Amoureusement, elle se suspendait au bras du nouvel amant et lui souriait, l’âme légère, le coeur libre de tout remords de cette trahison.

Voir en ligne : Névrose - XIII

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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