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Névrose

Névrose - XIII

Roman érotique (Chapitre XIII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


XIII

Depuis deux jours, Lucie était à Dieppe auprès d’Henry. Ces quarante huit heures avaient passé rapidement, dans la folie des baisers souvent répétés. Mais la satiété chez la jeune femme était venue aussitôt. Elle ne vibrait plus dans les bras du nouveau compagnon et pensait parfois à l’ancien. Ainsi elle s’abandonnait à des comparaisons mauvaises qui la faisaient mépriser le bonheur présent.

Puis, brusquement, elle en voulut à Henry de l’avoir séparée le l’autre, de l’aventurier qui la maltraitait. Elle se rappela ce qu’il lui avait raconté sur l’arrestation. Ce fut alors une sorte le fureur jalouse qui s’empara d’elle, tout bas, elle se révolta contre la domination présente.

Le jeune homme par contre vivait placidement, satisfait du résultat de ses efforts. Ayant auprès de lui, une jeune femme douce et aimante, il ne crut pas nécessaire de la brutaliser. Bien mieux, il se montrait prévenant, caressant, et surtout généreux.

Rien de tout cela ne toucha la malheureuse, sa sensualité de nouveau s’assoupissait, endormie par le lymphatisme de son tempérament. Et à mesure que cette sensualité s’estompait, elle se détachait davantage de l’amant.

Le troisième jour, il lui parla de leur départ prochain pour Paris, où ils s’installeraient.

Maussade, elle ne répondit pas : ce déplacement lui déplaisait, parce qu’il l’éloignait un peu plus de Louis, incarcéré à Londres. Le secret espoir de le revoir était en elle, sans bien réfléchir, elle croyait le regretter, quand véritablement, il n’y avait en elle qu’un inassouvissement morbide.

S’étonnant de son silence, il insista :
- Tu pourras faire préparer tes affaires aujourd’hui même.

Cette mise en demeure la mécontenta. Elle haussa les épaules :
- Tu as la maladie des voyages. Moi, je me trouve bien ici…

Il fut interloqué et interrogea :
- Ç’avait été entendu, pourquoi reviens-tu sur tes promesses ?

Vaguement, elle sentit en elle un besoin de colère, la nécessité subite de tourmenter l’amant :
- J’ai réfléchi… Et puis je n’ai aucune nouvelle de Louis.

Cette fois, il ne comprit plus du tout.
- Nous ne pouvons indéfiniment nous occuper de cet individu… qu’il se débrouille avec la justice.

C’en fut assez pour l’exaspérer, des injures lui montèrent aux lèvres, elle reprocha au compagnon ce qu’elle appelait sa trahison, affirmant qu’il n’avait pas le droit de se mêler de leurs affaires, d’entraîner l’arrestation de son amant. Elle était blême, les yeux fixes, les narines palpitantes. Pourtant, en ce qu’elle criait ainsi, il n’y avait rien de sincère, seulement une réaction brusque et son besoin latent de volupté.

Il ne perçut point ce motif caché, et un sentiment de jalousie s’infiltra en lui. Bien vite la colère survint, il répondit avec aigreur, disant crûment à la jeune femme de retourner à la fange ancienne.

La dispute s’accentua, Lucie se sentait soulevée par une fébrilité impatiente et une rage intime. Comme elle le harcelait, il perdit tout contrôle de ses actes, et la saisit au bras pour la secouer violemment. Aussitôt, elle se tut, craintive et soumise, avec au coeur un émoi bienheureux.

Alors il devina que pour la dompter encore, il fallait user de la badine flexible. Et comme il tenait à elle momentanément, il se résolut sur le champ à faire usage de ce moyen radical.

Sans ménagements, il la poussa vers le lit, et là, les mains fébriles, il arracha blouse et jupe. Puis soudain, il eut une idée cruelle ; se reculant, il ordonna :
- Enlève le reste, pendant que je vais chercher la canne.

Et, les menottes tremblantes, elle obéit silencieusement, dénouant les cordons de la culotte qui tomba sur le sol, retirant la chemise par dessus la chevelure blonde.

Henry la surveillait, et s’étonnait de cette soumission exagérée. Il ne comprenait pas encore que la souffrance était un besoin physique chez la malheureuse ; sans la souffrance les baisers devenaient fades, l’existence trop unie. Toutefois, il ne se dédit point, reconnaissant que ce serait là une preuve de faiblesse, risquant d’encourager la compagne dans sa révolte. Mais il ne se pressa plus, certain maintenant de l’avoir en son pouvoir, quand il le souhaiterait. La badine en main, il revint vers le lit et d’un coup bref cingla les reins.

Lucie eut un frisson languide, ses lèvres se crispèrent, ses paupières se baissèrent précipitamment pour voiler le feu du regard. Sans hâte, les mouvements précis, il l’obligea à s’incliner en avant et elle obéit passivement, n’hésitant pas une seconde. À la deuxième cinglade, un spasme voluptueux courba sa taille. Une chaleur intense pénétrait en elle, lui procurant une béatitude maladive. En haletant, elle attendait les coups qui s’espaçaient à de longs intervalles et durant ces secondes d’attente, son coeur battait plus vite, une crispation nerveuse étreignait sa poitrine.

De plus en plus elle s’affalait contre le matelas, écrasant ses seins lourds sur la couverture chaude. L’esprit libéré de toute honte, elle s’offrait complaisamment à la fustigation, étalant son corps charnu et blanc, comme pour présenter plus de prise à la morsure des coups.

Les sensations de minute en minute, devenaient de plus en plus aiguës, plus puissantes, mettant en elle une sorte l’ivresse, qui annihilait toute pensée. Lentement son désir s’exaltait, prenait des formes mieux définies. L’énervement croissait en raison directe de la souffrance qui la pénétrait.

Henry, emporté par un sadisme froid, mesurait sa brutalité. Il frappait avec science, cherchant à meurtrir le plus possible avec le minimum d’effort. Il savait parvenir à ce résultat et cela lui était infiniment agréable, lui donnant la preuve de sa puissance. En outre, la femme sans défense qu’il torturait, semblait ainsi plus à lui ; par la douleur, lentement il la faisait sienne, la pliant à sa volonté supérieure.

En souriant presque, il considérait la croupe qui rougeoyait, s’amusait des sillons écarlates qui la barraient en tous sens.

Ce ne fut bientôt plus chez lui de la brutalité, mais un sadisme raisonné qui tout en lui facilitant l’énervement progressif, lui laissait néanmoins tout son sang-froid. Et la victime sur le lit se tordait en des convulsions spasmodiques, son beau corps aux lignes pleines, se contorsionnait, sans que jamais une plainte ne résonnât dans la pièce.

Puis la douleur s’accentua, la brûlant tout entière ; alors tout bas, elle gémit, incapable de se maîtriser plus longtemps. Néanmoins, elle ne suppliait point que l’on cessât son tourment, se grisant de sensations de plus en plus profondes.

Son amour pour le jeune homme redevenait subitement vivace et ardent ; elle admirait sa force, mais aussi son adresse à la meurtrir. Ainsi, elle lui reconnut une supériorité sur l’autre, qui ne savait que battre, tandis que celui-ci la faisait souffrir. Elle s’écroula à genoux, incapable de résister davantage, un voile d’ombre glissait devant ses yeux et la certitude de l’évanouissement proche l’affola soudain. Peu à peu, elle se sentait défaillir, tout fuyait autour d’elle, une impression de légèreté extrême s’emparait de son être entier, et la souffrance parvenait moins aiguë. Apeurée, elle eut un dernier sursaut et se laissa tomber sur le côté, en criant sa frayeur.

Henry s’arrêta aussitôt, comprenant qu’il avait abusé de son pouvoir. Dans ses bras il la souleva et vivement la jeta sur le lit. À la même seconde, elle rouvrit les yeux et amoureusement lui sourit.

Avec un appel tendre elle tendit les bras, impatiente d’apaiser enfin sa sensualité exacerbée.

Le soir même, ils partaient pour Paris, sans que la jeune femme osât une récrimination, vaincue encore une fois par l’affolement de la chair.

Voir en ligne : Névrose - XIV

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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