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Névrose

Névrose - XIV

Roman érotique (Chapitre XIV)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


XIV

L’installation du couple à Paris fut rapide, grâce à l’ingéniosité d’un tapissier. Rue Marbeuf, ils eurent un coquet appartement où ils se plurent aussitôt.

De nouveau, Lucie crut au bonheur, parce qu’elle avait repris le genre d’existence auquel sa jeunesse avait été habituée. Mais cette sérénité dura juste huit jours, tout le temps que sa nervosité fut soutenue par le mouvement occasionné par le changement.

Puis elle retomba dans une sorte de lassitude physique, avec au fond d’elle-même le besoin latent de sentir, de percevoir des chocs violents qui atteignissent sa sensibilité réfractaire.

Cette langueur lui donnait une mauvaise humeur inquiète dont Henry ne tarda pas à recevoir le contrecoup.

Tout d’abord, il patienta, trouvant une foule de raisons pour excuser la compagne. Cependant il ne put résister indéfiniment à la colère grondant en lui. Il en résulta des disputes fréquentes, qui les jetaient loin l’un de l’autre par une bouderie prolongée. Chacun reprochait au compagnon des torts invraisemblables.

Trois jours encore s’écoulèrent dans cette atmosphère de tumulte et de rancunes. Henry se demandait ingénument si, dans ces conditions, la vie en commun pouvait se continuer.

Pourtant il tenait encore à la jeune femme, peut-être qu’il lui avait fait beaucoup de bien. Et cet attachement le poussa derechef à employer des moyens coercitifs pour tâcher de ramener l’amie à la soumission ancienne.

Un matin, comme elle se montrait agressive, il la menaça, affirmant d’un ton rogue que, cette fois, il emploierait un excellent fouet, coupé dans une peau de buffle.

Lucie frissonna et sur le moment se tut. Le jour entier, elle fut inquiète et silencieuse. Dans son coeur, l’effroi se combattait avec une curiosité morbide. L’amant subitement avait reconquis tout son prestige de mâle, elle n’osait plus l’affronter aussi audacieusement.

Mais au soir, sa nervosité fut à son comble, elle redevint soudain furieuse pour un motif puéril. En elle, il y avait une colère qu’il n’eût pas déjà mis ses menaces à exécution.

Par ses injures, elle l’exaspéra et lorsqu’elle le vit enfin au paroxysme de la rage, elle s’apaisa brusquement, secouée par une attente maladive. Les paupières mi-closes, elle souriait à la dérobée, tandis que son coeur battait à se rompre. Son émotion intime s’accroissait de seconde en seconde, un plaisir âpre, causé par la terreur, la pénétrait, lui tordait le ventre d’une douleur sourde.

Devant son silence subit, Henry dompta sa fureur, mais le mécontentement subsista. Lentement il reprit son calme et songea à la menace du matin. Aussitôt, il se dit que c’était là l’unique procédé, pour en finir. Il se leva et prit la jeune femme par le bras. Elle le suivit docile et soumise. Un tremblement léger l’agitait, parce qu’elle se disait que la souffrance serait nouvelle et surtout plus cruelle.

Cette inquiétude première était déjà une joie sensuelle ; l’angoisse qui la serrait à la gorge lui était infiniment agréable. Néanmoins, ces sentiments, elle les cachait au plus profond d’elle-même, retenue par une honte vague de cette déformation morale.

Sans hâte, avec une satisfaction mauvaise, Henry la dévêtit. Il retira la blouse et la jupe qu’il jeta à terre et repoussa du pied. Lui-même, il déboutonna le pantalon de linon, qu’il laissa tomber sur le sol. Puis tranquille il s’éloigna, passant dans une chambre voisine.

Abandonnée dans cette solitude, Lucie frémissait. Immobile, au milieu de la pièce, elle n’osait bouger, le coeur étreint par la crainte. Pourtant, elle souriait mystérieusement, s’attendant aux affres d’une volupté aiguë. Elle aurait voulu retirer la chemise, seul vêtement qui lui restait, afin d’être plus vite prête pour la correction. Mais elle se retenait, craignant de laisser deviner à l’amant les sentiments qui l’agitaient.

Henry revint, tenant à la main un fouet au manche court et à la lanière très longue. Le tout était de la même peau noire et rugueuse.

Les paupières de la jeune femme palpitèrent. Le supplice sans nul doute, ce jour là, serait terrible. Elle n’en eut que plus d’impatience d’en goûter la saveur. Timide, elle n’osait pas lever les yeux sur l’amant, le mâle, pourtant en ces minutes, elle l’aimait, l’admirait, le considérant comme le maître puissant devant lequel tout fléchit.

Il dénoua les épaulettes de la chemise et le linge lentement glissa, restant accroché aux seins fermes. La menotte tremblante, elle le poussa et il tomba sur le sol. Alors, rougissante, elle s’enhardit et fixa l’homme, mettant dans son regard toute la passion affolée, tout son désir lancinant.

Il recula étonné, mécontent qu’elle fût si soumise et, afin de ne point fléchir à l’ultime instant, il la cingla aux cuisses vigoureusement.

Encore, elle le regarda amoureusement, sans proférer une plainte, sans se permettre un geste. Sa peau blanche s’était striée d’une raie écarlate qui rosit rapidement.

Ce calme rendit le jeune homme furieux, son fouet voltigea avec folie, frappant au hasard la chair qui claquait.

Lucie, toujours debout, tremblait convulsivement mais elle ne fuyait pas, restant à la place où l’amant l’avait arrêtée. La brûlure s’accentuait en elle, la pénétrant d’une chaleur qui se répandait par tout son corps. Vraiment ce n’était plus de la souffrance qu’elle ressentait, son épiderme semblait avoir pris accoutumance de la flagellation.

La sensation était plus profonde, secrète, bouleversant ses sens que seule elle pouvait troubler. Le désir ardait lentement, s’accroissant par saccades, après chaque cinglade qui marbrait la croupe ou les cuisses de violet.

Et Henry, qui l’étudiait, commençait à comprendre avec plus le netteté, cette sorte de masochisme féminin qui était la perversion cachée et unique de sa compagne voluptueuse mais indolente. Il la regarda mieux, la scruta après chaque coup nouveau. Ainsi, il voyait sa passion grandir, sa soumission devenir plus complète.

Lorsqu’elle relevait les paupières, elle le contemplait longuement, lui disant en ce langage muet tout son amour éperdu.

Alors il s’apaisa et sa colère se mua en un désir trouble. Il ne corrigea plus, il meurtrit, habilement, avec ruse, certain d’éveiller les sens.

Cependant, la fustigation était atroce et malgré son stoïcisme, la jeune femme cessa de résister. Avec un cri léger, elle fléchit sur les jarrets, et doucement, prenant la précaution de ne point se heurter, elle se laissa tomber à genoux. Les mains aux seins, elle attendit, se prêtant encore à la torture ; un souffle court s’échappait de ses lèvres. Une folie passait dans ses yeux largement ouverts.

Ce fut à Henry d’avoir peur, cette exaltation lui paraissait anormale. Brusquement il lança son fouet à l’autre bout de la pièce en maugréant un juron.

« Elle fléchit et, prenant la précaution de ne point se heurter, elle se laissa tomber à genoux. »

Elle le fixa, puis se redressa et, chancelante, marcha vers lui, pour s’abattre sur sa poitrine en balbutiant :
- Chéri ! Je t’aime !

Il l’étreignit, oubliant pour l’instant la bizarrerie de leur situation et le penchant morbide de la compagne amoureuse.

Voir en ligne : Névrose - XV

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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