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Névrose

Névrose - XV

Roman érotique (Chapitre XV)



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Mots-clés :

Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).


XV

Cinq mois s’écoulèrent dans la sérénité la plus complète. Lucie dominée par l’amant, s’abandonnait tendrement, heureuse de sentir toujours une énergie supérieure peser sur ses épaules. Son amour se doublait d’un dévouement animal qui la poussait à toutes les abnégations. Et ce dévouement lui-même, lui était une joie très douce, presque voluptueuse.

Seulement susceptible d’être prise par les sens, Henry ne lui procurait plus la satisfaction complète qu’en employant la brutalité, aux minutes d’éréthisme.

Mais de cela elle lui était reconnaissante et pas un instant il ne lui vint à l’esprit qu’elle pût un jour connaître l’infidélité. Pour elle, Henry était le seul qui existât, en dehors de lui, il n’y avait que des indifférents.

Le jeune homme de son côté s’attachait à la compagne aimante et tendre, dont il était en même temps fier de la beauté. Attentif, il la protégeait, lui prodiguait tout ce que la richesse procure.

Elle se disait donc heureuse et lui, ne supposait pas qu’un nuage pût un jour obscurcir ce bonheur paisible. Et une après-midi, comme Lucie traversait la place de la Bourse, elle s’arrêta soudain haletante et craintive. Non loin, elle apercevait un homme qui la considérait en ricanant.

Il était coiffé d’une casquette, vêtu d’un vieux costume décoloré et chaussé de souliers éculés. Malgré le temps, elle le reconnut et tremblante, murmura :
- Louis !

De son pas souple, un peu félin, il marcha sur elle et, anéantie, elle ne bougea pas. Dans son esprit, passaient en foule des souvenirs, elle se demandait encore si ce n’était pas celui-là qu’elle aimait.

Comme jadis, il lui saisit le bras avec force et le serra. Elle blêmit, une faible plainte s’échappa de ses lèvres, mais elle ne se défendit pas. Elle n’eut même pas l’idée de la lutte possible, à l’avance elle était vaincue, la chair émue.

Il gronda :
- Suis-moi !

Et elle obéit, trottinant auprès de lui, sans honte de se promener en compagnie de ce voyou hâve et misérable.

Il ne disait rien, mais ricanait toujours, de son rire silencieux et cynique. Du coin de l’oeil il l’étudiait, jugeait du degré le sa fortune présente. Satisfait sans doute, il activa le pas et elle marcha plus vite, les paupières baissées, le coeur étreint par une angoisse qui lui plaisait…

Ils atteignirent ainsi un garni borgne, non loin du boulevard Sébastopol et côte à côte, gravirent un escalier sombre, où flottait une odeur de moisi et de crasse.

Malgré tout cela, elle n’eut pas un dégoût, seulement préoccupée de la scène qui allait avoir lieu entre eux.

Quand ils furent enfermés dans la chambre de l’homme, le premier soin de celui-ci fut de lui administrer une paire de claques sonores, sans pour cela cesser de ricaner.

Elle porta peureusement les mains à ses joues et se lamenta doucement.

Il la secoua.
- C’est toi qui m’as dénoncé, garce ?

Timide, elle fit un signe négatif.
- Ton amant, alors ? poursuivit-il, la fixant intensément.

Craignant des représailles dangereuses, elle feignit l’ignorance. Il rit, amusé par son attitude humble qui lui présageait une soumission complète. Il tendit la main.
- Donne-moi de l’argent, je n’en ai pas. Voici seulement huit jours que je suis sorti de prison, sans un sou. On ma expulsé d’Angleterre et naturellement ces voleurs de receleurs m’ont oublié sciemment.

Elle lui offrit son sac et il y fouilla, le vidant sans l’ombre d’un scrupule.

Puis il rit de nouveau et la poussa vers le lit, pour la prendre comme jadis. Mais si elle avait peur, ses sens cependant n’étaient pas encore éveillés. Elle se détourna donc, essayant d’éviter un enlacement dont elle n’espérait rien. Aussitôt, il entra en fureur et la bourra de coups de poings, au hasard, meurtrissant aussi bien les seins que les hanches ou la croupe.

Lentement elle faiblissait, énervée par la volupté de la souffrance. Tout son être frémissait, sa taille se cambrait, offrant son corps au baiser. Mais il ne se lassait point de taper, exhalant ainsi toute sa rancoeur, toute sa haine contre la Destinée. Elle s’écroula sur le lit et l’étreignit passionnément, persuadée que les caresses anciennes étaient meilleures que celles du présent. Et dans les bras du premier amant retrouvé, elle vibra délicieusement, éprouvant à cet enlacement bizarre, une joie morbide.

N’ayant plus besoin d’elle, il la reconduisit jusqu’à la porte et sur le trottoir recommanda une dernière fois :
- Demain à trois heures… tu m’apporteras le pognon.

Elle promit et s’esquiva. Mais au logis, déjà elle regretta sa promesse hâtive. La somme que réclamait l’aventurier était grosse et elle ne l’avait pas en sa possession.

Le jour suivant au matin, elle réunit toutes ses économies, en tout cinq cents francs et se dit que l’homme devrait s’en contenter, car elle ne pourrait faire plus.

Et à l’heure fixée, elle fut à l’hôtel borgne, attirée par un émoi nouveau, mêlé de vice et de passion. Le premier geste de Louis fut de tendre la main et, en recevant les cinq coupures, il esquissa une grimace de mécontentement.
- J’t’avais dit deux mille ! gronda-t-il.

Elle s’excusa, humblement, craintive. Deux gifles rougirent ses joues, sa toque de satin roula à terre, mais elle sourit amoureusement.

Ce sourire l’exaspéra, il la saisit à pleines poignes, et la jeta sur le sol où elle roula sans un cri. Puis une scène de délire suivit. Il tapait en aveugle, furieux qu’elle eût résisté à sa volonté et désireux de la maîtriser, comme lorsqu’elle était à lui. Quand elle se redressa, elle était échevelée, le corps contus, mais le désir au fond d’elle-même. Sans honte, elle s’accrocha au mâle et promit tout ce qu’il voulut, ne réclamant pour elle que le baiser qui lui arracherait des râles de volupté.

Il condescendit à cela, certain que c’était nécessaire s’il tenait à la dominer.

Pourtant elle se sauva avec au coeur, un sourd remords. Elle se rappelait que dans son sac, il avait glissé l’outil nickelé qui lui servait d’ordinaire à forcer les serrures.

Henry était trop attentif, pour ne point remarquer que la maîtresse depuis quelques jours, n’était plus elle-même. Il la surveilla, évitant de la mettre en défiance.

Et cette nuit-là, tandis qu’elle le croyait endormi, il la vit se lever et se diriger furtivement vers son bureau. Les mouvements précis, la menotte armée de la clef passe-partout, elle ouvrit le secrétaire et s’empara d’une liasse de billets.

Il fut étonné mais encore plus intrigué. Bien vite, il regagna son lit et quand elle vint le rejoindre, il feignit de dormir.

Le lendemain, comme après le déjeuner elle s’apprêtait à sortir, il se prépara furtivement et à peine fut-elle dans la rue qu’il la suivit.

Ainsi, elle le conduisit jusqu’à l’hôtel borgne et misérable qui servait de gîte à l’aventurier. Derrière elle, il gravit l’escalier sombre et poussa la porte qu’elle venait de refermer.

Alors il la vit se précipiter dans les bras d’un voyou en même temps qu’elle lui tendait les billets volés. Il reconnut Louis et aussitôt un dégoût lui monta aux lèvres. Poursuivi par les ricanements de l’aventurier, il se sauva, persuadé que toutes ses tentatives de sauvetage resteraient inutiles en face de la nature malléable de la maîtresse névrosée. Toujours, elle appartiendrait au dernier qui l’aurait maltraitée.

Énergique, il lui ferma sa porte et assuré qu’elle rejoindrait le voyou d’une façon définitive, il se résolut à fuir Paris où un instant, il avait espéré rencontrer le bonheur.

FIN

Illustrations de G. Topfer

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Névrose, Librairie franco-anglaise, Paris, 1921 ; (illustrations de G. Topfer, in-16, 256 pages).



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