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Le rêve d’un flagellant

Nudité rose

Roman érotique (Chapitre IX)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


IX
NUDITÉ ROSE

Ce matin là, Simone soigna particulièrement sa toilette. Elle choisit une petite chemise courte, d’un rose à peine perceptible et d’une transparence de nuage printanier. Son pantalon était folâtre, bordé d’une dentelle longue et fine. Au cache-corset, elle passa des rubans écarlates et, par dessus le tout, glissa une robe entière, d’une soie froufroutante et impalpable.

Puis elle se regarda dans la glace et s’extasia :
- J’suis pas trop moche, pour une demoiselle sans fortune.

Marguerite approuva, comme elle approuvait toujours, lorsque son amie émettait un aphorisme de cette valeur.

La matinée traîna languissante et longue, Sime à chaque minute consultait sa montre et trouvait que le temps fuyait avec une inlassable lenteur.

Pourtant elle ne se trémoussait point comme de coutume, de crainte de froisser sa belle robe ou de chiffonner les dessous légers.

À midi, elle mangea comme un oiselet qui aurait eu des crampes d’estomac. En vérité, elle n’avait pas faim, il y avait seulement au fond d’elle-même une nervosité insurmontable, une impatience étrange doublée d’effroi.

Auprès d’elle, Marguerite restait silencieuse, se demandant quelle ruse elle pourrait bien employer afin d’assister à la correction de son amie. Fataliste, elle s’en remit au Destin du soin de la conduire vers cette félicité visuelle.

Enfin elles partirent. Maintenant Simone n’avançait plus, ses jambes lui semblaient soudain avoir la mollesse du coton hydrophile et son coeur palpitait avec une frénésie déplacée.

Pour passer par la brèche sans abîmer la belle robe de soie, il fallut agrandir l’ouverture. Marguerite s’en chargea avec une patience angélique. Simone passa alors, sans difficulté, serrant sa courte jupe contre ses cuisses.

Dans le parc, elles ne se parlèrent plus, la brunette marchait la première, allant comme dans un rêve, poussée par une volonté invisible.

Elle se retourna :
- Attends-moi.

Rite acquiesça et feignit de s’asseoir, mais à peine l’amie eut-elle disparu qu’elle se lança sur ses traces, fébrilement.

Sime ne savait plus exactement ce qu’elle faisait, son coeur battait plus fort, un émoi incoercible la maîtrisait, lui enlevant toute pensée, toute volonté.

Quand elle atteignit le château, elle ne regarda même pas à travers la vitre comme d’habitude, elle enjamba seulement la balustrade, poussa le battant de la fenêtre et entra dans la bibliothèque.

La pièce était vide, elle s’en rendit compte instantanément et, sans hésitation, se dirigea vers la porte de communication.

Elle se rappelait vaguement par où elle avait passé en compagnie de Jean à sa dernière venue. Elle longea donc le couloir et traversa une chambre qu’elle reconnut à demi.

Devant elle maintenant se dressait une porte fermée. Alors elle s’arrêta et, une minute, écouta les battements furieux de son coeur.

Lentement cette émotion s’apaisa, il ne lui restait plus qu’une mollesse délicieuse qui lui coupait les jambes, la rendant très faible.
Sa menotte s’appuya sur le bouton qu’elle tourna et l’huis béa, comme par enchantement.

C’était bien le petit salon intime et cossu. Dans un fauteuil, le vieux monsieur à besicles lisait un livre ; dans un autre, Jean fumait une cigarette en regardant au dehors par la fenêtre ouverte.

Son entrée avait été si silencieuse que personne ne l’entendit. Elle put donc avancer d’un pas et contempler à son aise l’amant désiré, qui toujours ne la voyait pas.

Elle aurait bien voulu parler, se montrer mutine et orgueilleuse comme d’ordinaire. Elle ne le pouvait pas ; l’effroi, le trouble de son âme la paralysaient.

Elle fit encore un pas, en chancelant et s’appuya au dossier d’un fauteuil, qui craqua.

Ce bruit fit lever la tête à l’homme et il aperçut la jeune fille. Il ne fut pas étonné, il s’attendait presque à cette visite, averti par un secret pressentiment. Et justement parce que cette visite ne lui était pas désagréable il en eut de la colère.

Simone le regardait fixement avec, dans les yeux, une lueur d’effroi. L’angoisse arrêtait les mots dans sa gorge, elle ne parvenait à proférer une parole.

Le vieux monsieur lisait toujours, n’ayant rien remarqué de cette scène muette. Jean l’appela et à son tour il vit l’arrivante. Il sourit et eut pitié de sa gêne :
- Bonjour mon enfant, dit-il simplement.

Cette simple phrase rompit le charme ; le jeune homme se dressa :
- Je vous avais défendu de revenir, s’écria-t-il.

Elle inclina la tête, des larmes montaient à ses yeux ; elle aurait voulu s’expliquer, avouer son amour. Elle ne le pouvait pas.

Il marcha vers elle et la saisit au bras :
- Je finirai bien par vous lasser, maugréa-t-il.

Elle secoua la tête, énergique, sachant que rien ne la détournerait de son chemin.

II ricana :
- Nous verrons.

Et, sans hâte, il atteignit les boutons de la jupe. En percevant le frôlement des doigts de l’homme, Simone frémit. Ce n’était point de la correction qu’elle avait peur, mais la présence de l’autre, du vieillard, la remplissait de honte :
- Non… pas ici… nous deux seuls implora-t-elle.

Il ne l’écouta même pas, poursuivant sa besogne avec une attention minutieuse. Les boutons sautaient des boutonnières un à un, et à chacun d’eux la pauvrette avait un frémissement.

Quand la robe bailla enfin, elle tenta de se défendre, de se retourner. Il la reprit par le bras et l’immobilisa, plus par la violence de sa volonté que par sa force brutale.

D’abord, les épaules jaillirent rondes et lisses, puis d’une coulée douce le vêtement tomba sur le sol.

Simone n’avait point mis de jupon, elle se trouvait donc en pantalon, au milieu de la pièce, sous le regard des deux hommes braqué sur elle.

La rougeur de ses joues s’accentua, elle baissa les paupières afin au moins de ne point voir. Mais elle sentait ces yeux ardents et un émoi intense la bouleversait.

En quelques secondes le cache-corset eut rejoint la robe, et un peu plus des épaules, ainsi que la naissance des seins rigides et blancs, apparurent.

La pauvrette perdait la tête, elle aurait voulu s’enfuir, se cacher, une force mystérieuse la retenait là, l’immobilisait obéissante et domptée.

Puis, brusquement, le pantalon croula, embarrassant ses chevilles. Machinalement elle leva les pieds pour les sortir du linge inutile.

Il ne restait plus que la chemise, alors un peu de courage lui revint et, les mains jointes, elle tomba à genoux, suppliant, avec des larmes dans la voix :
- Non… tous les deux, seuls… pas devant…

Une gifle sonore, appliquée sur sa joue gauche la fit taire, elle hoqueta et éclata en sanglots. Elle pleurait non pas à cause de la douleur mais parce qu’elle n’avait plus d’énergie, et savait que dans un instant elle serait nue devant ces deux témoins de sa honte.

Jean la prit par le bras, ses doigts s’enfonçaient dans la chair qui se creusait sous la pression, et ainsi il l’obligea à se remettre debout.

Toujours calme, il atteignit la coulisse de la chemise. De ses menottes elle tenta de le repousser.

Une nouvelle gifle la maîtrisa et elle lâcha prise, suffocante et vaincue.

Lentement, comme à regret, le dernier voile descendit des épaules. Une seconde, il resta accroché aux seins, mais une poussée de Jean le fit glisser jusqu’aux hanches, ou ii s’arrêta encore.

Simone baissait la tête ; elle se voyait peu à peu dénudée, sans qu’il lui fut possible de se défendre. Elle apercevait son ventre éburnéen, qu’ombrait encore le linge léger, au-dessous de l’ombilic.

Elle voulut au moins le retenir là, de ses menottes crispées. Ce fut en vain, l’homme la secoua brutalement et la chemise enfin chût sur le tapis.

Et justement le vieillard à besicles toussota. Elle l’aurait griffé, pour si inopportunément rappeler sa présence. La honte encore la secoua, des sanglots déchirèrent sa gorge.

Pour comble de malheur, Jean l’abandonna, immobile et timide au milieu de la pièce. Il était parti à la recherche des instruments nécessaires à la correction.

Elle avait bien envie de remonter le linge vaporeux qu’elle apercevait à ses pieds, mais elle n’osait, l’effroi la dominait.

Elle restait donc là, les paupières baissées, les menottes crispées, pour voiler au moins un peu de sa chair. Rougissante, elle haussa un oeil et guigna le vieillard.

Il la regardait complaisamment, sans grande pitié, plutôt avec admiration.

Un frisson l’agita, elle aurait voulu fuir, se cacher au moins derrière un meuble. Elle ne le pouvait pas, un poids énorme pesait sur elle, la retenant à cette place, sur cette rosace du tapis qui lui semblait avoir des contours fantastiques et désordonnés.

Quand le jeune homme revint elle eut un soupir de soulagement. Enfin ce supplice allait finir, remplacé par un autre plus cruel, mais qui pourtant l’effrayait beaucoup moins.

Jean portait un jonc souple, un martinet et des cordes de rideaux d’un rouge vif.

Nonchalamment, il la prit par un poignet et l’entraîna vers un lourd bahut, placé à une extrémité de la pièce.

Ce bahut, qui datait probablement du XVIe siècle, était de chêne massif, posé à terre sur un socle épais, d’environ dix centimètres et qui dépassait le niveau du meuble d’à peu près la même largeur. Il se composait, sur sa face visible de quatre portes, profondément sculptées ; aux extrémités des portes se trouvaient six colonnes torses, n’adhérant pas au meuble lui-même. C’était là un fût solide et immuable, d’autant que par surcroît il était accroché au mur par un crochet de fer.

Jean fit monter la jeune fille sur le rebord du socle et les bouts de ses petons, chaussés finement, s’y appuyèrent seuls.

Puis il lui éleva les bras, les réunit et ligota les poignets, très haut, à la colonne du milieu. Ainsi la poitrine de Simone, un peu au-dessous des seins, heurtait le milieu du bahut qui dépassait également en arête assez aiguë.

La pauvrette tremblait, elle se demandait ce qu’allait être la torture, après ces préparatifs minutieux. Elle n’avait plus de honte, oubliait sa nudité ; la peur, uniquement, lui arrachait des frissons convulsifs.

De même, Jean ligota les chevilles au dos de l’autre colonne du milieu et de cette façon la suppliciée se trouvait déjà à peu près immobilisée.

Mais cela ne lui suffit pas, il passa encore une large corde rouge un peu au-dessus des reins, en attachant les extrémités aux deux colonnes qui bordaient le meuble. Ce lien écarlate ressemblait à une large balafre sanglante, barrant la peau satinée et blanche. Il augmentait l’aspect terrifiant de cette préparation prolongée et habile.

L’homme se recula et contempla son oeuvre. Il eut un sourire satisfait, il voyait déjà les pauvres fesses trembler, les menottes et les chevilles se tordre dans les cordes.

Il se tourna vers le vieillard et demanda :
- Ce n’est pas mal ainsi ?

L’autre approuva, d’une voix rauque, avec des mots inintelligibles, mais qui résonnèrent aux oreilles de Simone comme un glas funèbre.

Jean souriait toujours, il éprouvait une satisfaction mauvaise à martyriser ainsi une femme, se vengeant par cela même de tout ce qu’il avait souffert. Enfin, il avait conscience de sa puissance, quand jadis il n’avait été qu’un faible esclave, auprès d’une créature autoritaire et trompeuse.

Sans hâte il s’empara du martinet et se plaça derrière sa victime, un peu de côté. Il leva son arme et, d’un effort vigoureux, l’appliqua sur la croupe. Les lanières s’étalèrent, puis rebondirent. La chair blanche frissonna, se bouscula de droite et de gauche, se striant de violet.

Simone eut un faible cri, la meurtrissure avait été douloureuse et surtout imprévue. Elle l’avait saisie, tendant brusquement ses nerfs.

Pourtant elle n’eut pas le loisir de réfléchir, une nouvelle cinglade vint la brûler. Elle perçut nettement les places où frappait le cuir, elle éprouvait à ces endroits mêmes une brûlure aiguë qui, peu à peu, entrait en elle.

Au troisième coup, elle se tordit dans ses liens et eut un faible cri. Son torse se courba de côté, sa taille se fronça à la hanche, tandis que la croupe jaillissait, crispée, ne formant guère plus qu’une boule turgide que barrait un léger trait sombre et vertical. Les genoux eurent un entrechoquement, avec un bruit d’os heurtés, puis s’immobilisèrent nerveusement accolés.

Jean eut un rire, il avait la certitude de causer de la souffrance réelle.

Avec plus de violence il brandit le martinet, claquant les chairs sans répit, mais sans hâte, à intervalles réguliers.

À chaque cinglade la croupe sautait d’un côté ou de l’autre, la taille s’incurvait à gauche ou à droite, un parfum de chair chaude montait du corps meurtri.

Sur un ton plaintif Simone se lamentait, elle avait des petits gémissements d’enfant, des mots d’amour et d’abandon. Mais Jean se refusait à entendre, l’esprit emporté par le plaisir sadique de torturer. Il se figurait avoir là, devant lui, une ennemie, la femme qui l’avait odieusement trompé.

Et il s’acharnait avec une rage froide, sans précipitation, mesurant sa force avec habileté.

De temps à autre le vieillard toussotait, rappelant ainsi sa présence à la malheureuse suppliciée. Il s’était rapproché, traînant un fauteuil sur le sol, afin de mieux voir, de percevoir plus nettement les affres de la douleur.

Maintenant Simone pleurait, avec des cris sourds, comme pour chasser la souffrance, elle secouait la tête, agitant ses cheveux coupés courts et qui voletaient en tous sens.

Sa croupe n’était plus qu’une masse écarlate, il ne restait plus une place qui fut blanche. Les cuisses, à leur extrémité supérieure, elles-mêmes se tuméfiaient, l’épiderme boursouflé.

Elle agitait tout son corps en des mouvements convulsifs et à chaque fois le lien qui barrait son dos limait un peu plus la peau, accroissant la cuisson dont son être entier était embrasé.

Pourtant elle n’implorait pas le bourreau, elle s’abandonnait à sa volonté, attendait qu’il acceptât de cesser cette torture affreuse.

Lassé, il se recula et contempla avec une satisfaction évidente cette croupe marbrée de larges sillons violets. Il avait ainsi la preuve tangible d’avoir torturé.

Un rictus mauvais plissa son visage ; il se rapprocha de la patiente et, le timbre sourd, lui demanda :
- Est-ce que vous reviendrez encore ?

Elle haletait, le mal la rongeait, pourtant elle tourna la tête et lui sourit. Puis, dans un souffle, répondit :
- Oui… jusqu’à ce… que… vous m’aimiez !

Et elle baissa les yeux, honteuse de cet aveu brutal.

Il fit un pas en arrière comme épouvanté, d’un geste fou il passa une main tremblante sur son front comme pour chasser une pensée torturante.

Mais il se remit aussitôt ; la colère gronda en lui. Il se refusait à croire à l’amour encore ; il préférait douter de cette enfant candide, la prenant aussi pour une intrigante habile, sans conscience et assoiffée de luxe.

Il gronda :
- Ah ! tu reviendras… Eh bien nous verrons !

Et il s’empara de son stick qui gisait sur le tapis.

Simone sourit tristement, elle n’avait pas peur de souffrir davantage. Son corps était meurtri, une brûlure intense s’étendait par tout son être, mais elle se savait du courage et supporterait tout ce que l’aimé voudrait.

Il brandit le jonc et revint près d’elle. À petits coups, saccadés et secs, il la flagella, martelant la base de la croupe avec une sauvagerie froide.

Il voyait la mappemonde charnue sursauter à chaque cinglade, se crisper pour s’épanouir de nouveau.

Simone ne criait pas, elle se lamentait seulement d’un ton sourd, sans arrêt, balbutiant malgré tout des mots d’amour à l’intention de celui qui la torturait ainsi.

Les coups résonnaient en elle, semblant lui vider l’être, faire glisser sous sa chair mille pointes aiguës qui la piquaient en tous sens.

Cependant une angoisse l’étreignait ; elle avait peur que l’épiderme craquât, que le sang jaillit, lui laissant des blessures longues à guérir.

Mais Jean était trop prudent pour amener cette solution qui aurait risqué d’entraîner des suites fâcheuses. Il savait frapper adroitement, meurtrir les chairs sans les crever et sa flagellation était d’autant plus douloureuse.

Encore une fois il s’arrêta et, le timbre rauque, questionna :
- Tu reviendras ?

Simone n’avait plus la force de tourner la tête, mais elle put néanmoins chuchoter :
- Oui…

Il se laissa tomber dans un fauteuil, comme vaincu par cette ténacité courageuse. Il n’avait pas encore confiance en l’enfant, il croyait plutôt à son énergie.

Soudain il bondit vers la porte-fenêtre, avec un cri de rage. Il venait de voir là, de l’autre côté du carreau, une frimousse curieuse, qui sans nul doute avait assisté à la scène.
- Mais nous sommes donc envahis par les femmes, gronda-t-il. Et ouvrant la croisée, il empoigna l’audacieuse par le bras pour l’entraîner au milieu du salon.

La nouvelle venue n’était autre que Marguerite qui, en effet, n’avait perdu aucun détail de la flagellation cruelle. Pourtant, maintenant elle tremblait comme la feuille au vent, peu désireuse d’être aussi maltraitée que son amie.

En réponse aux questions du jeune homme, elle avoua être l’intime de la suppliciée et de n’avoir pu résister à la curiosité.

Il haussa les épaules, mécontent ; puis après réflexion, conclut :
- Eh bien vous allez en recevoir autant !

Il retourna auprès de Simone et lentement la libéra des liens qui meurtrissaient ses poignets et ses chevilles. De nouveau debout, sur le tapis, la pauvrette défaillit, la souffrance avait été trop aiguë.

Avec une plainte, elle croula sur les genoux et s’appuya en avant sur un fauteuil, où elle pleura silencieusement avec des petits hoquets convulsifs.

Elle n’avait plus de honte, oubliant sa nudité, le ridicule de sa position.

Jean la contemplait ; il ne savait plus s’il devait rire, en réalité une pitié s’élevait en son coeur à l’égard de cette malheureuse qui acceptait bénévolement pareil supplice.

Il négligeait totalement Marguerite qui, toujours au milieu de la pièce, n’osait bouger, craintive et surtout inquiète. Ce n’étaient point surtout les coups qu’elle craignait, mais la nécessité de se dénuder ainsi devant deux hommes, deux étrangers.

Simone avait relevé la tête et sourit à l’amant. À son tour elle aperçut son amie et un étonnement passa dans ses yeux.

Elle vit le jeune homme enfin marcher vers elle. Aussitôt elle comprit et ramassant toute son énergie se redressa et bondit en avant.
- Je ne veux pas que tu la battes ! s’écria-t-elle, comme affolée.

Il la toisa, avec un sourire narquois sur les lèvres :
- Vous ne voulez pas ?…

Elle joignit les mains :
- Non…

Et tout bas :
- Seulement moi !

Il se détourna et s’assit dans un fauteuil. Ce nouvel aveu le bouleversait, il commençait à avoir peur de lui-même, de son énergie.

Par un effort il parvint à chasser de son esprit ce trouble déprimant et il ricana. Mais ce rire sonna faux.

Simone était toujours debout en face de la compagne ; elle n’osait bouger, esquisser le moindre mouvement, honteuse de sa nudité. Momentanément elle oubliait la souffrance pour ne plus voir que le vieillard qui l’épiait sournoisement.

Jean réfléchit, puis se leva. Il marcha vers sa victime et la prenant par un sein l’obligea à se tourner bien en lumière.

Il la fixa intensément :
- Tu ne veux pas me voir battre ton amie ?
- Oh ! non ! Je vous en prie, supplia-t-elle, jalouse.
- Eh bien ! tu vas la corriger toi-même…

Et il rit, satisfait de cette solution.
- Mais auparavant nous allons nous reposer un peu.

Il appuya sur un timbre et la porte s’ouvrit pour livrer passage à un vieux valet de chambre.

Simone n’avait eu que le temps de se précipiter derrière un fauteuil, où elle se cacha de son mieux.
- Louis, vous nous apporterez du porto et des biscuits, commanda Jean.

Le domestique se retira, mais Sime, apeurée, ne quitta point sa cachette.

Quant à Marguerite, elle tremblait toujours. Elle n’osait quitter l’endroit où elle s’était arrêtée et priait des divinités supérieures et mystérieuses de faire que l’on ne s’occupât point d’elle.

Le valet revint apportant les rafraîchissements réclamés, et la porte se referma définitivement sur lui.

Voir en ligne : Le rêve d’un flagellant : Jeux divers (Chapitre X)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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