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La flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine…

Observations sur l’utilité de la flagellation

Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius



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Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).


OBSERVATIONS
Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius.

La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant principalement destinée aux savants, nous croyons qu’il est fort inutile de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur ; nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la réponse de Meibomius.

Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des talents de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié d’ajouter quelques observations, le désir d’être utile au public et de faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour augmenter les verges.

Très peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation : les anodins étant en général plus du goût des malades que les caustiques ; mais telle est la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques bénins.

La flagellation est propre surtout à guérir ceux qui feignent d’être malades ; elle est utile dans l’épilepsie ; on l’emploie souvent avec succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disaient malades pour ne point travailler. Il paraît qu’elle est propre aussi pour guérir les maladies de l’âme, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie une secte de flagellants qui s’assemblaient pendant le carême pour expier leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, (liv. I, sur Eutrope), dit que cette coutume se pratiquait aussi dans les fêtes de Cybèle.

Les Syriens avaient des mercenaires qui, pour une certaine rétribution, se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice.

On voit que Circé employait une verge pour changer les compagnons d’Ulysse en pourceaux ; on peut conclure de là que les mêmes verges qui rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres.

J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le diable des corps qui en étaient possédés, possession qui, suivant les médecins, n’était autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par l’esprit malin, le mettait à la raison à coups de poing. Haymond, évêque d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête.

Les Romains faisaient fouetter les esclaves qui avaient encouru le châtiment, comme le dit P. Brisson, (liv. 3, des antiquités du droit civil, chap. 9).

La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison ; j’ai connu un homme de bonnes moeurs, mais sujet à de fréquents mouvements de colère, que l’on rendait plus doux qu’un agneau, en lui administrant une ample flagellation, quand les menaces n’avaient pu calmer sa fureur.

Coelius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre l’équilibre des humeurs aux parties irritées ; et Dioscoride, (liv. 5, chap. 19), dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa nature chaude et aride comme toutes les choses salées.

Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnait tous les deux jours.

Si le moyen de Coelius paraît trop violent, on peut employer celui que propose Aeginete, (liv. 4, chap. 12), qui est d’appliquer sur le corps du malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé et le battre ensuite de verges.

Les Syriens voluptueux avaient recours à ce moyen. Beroalde dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelque cruels que paraissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir, non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir.

Les barbiers de Rome avaient mis des fouets à leurs portes, entre autres instruments qui composaient leurs enseignes, comme nous le prouve Martial, (liv. 2, ch. 17). Ces fouets étaient faits de cordes de laine, et pour les rendre plus déchirants, on les hérissait de noeuds et d’osselets de moutons, au rapport d’Apulée. Catulle, (épig. 25 à Thallus) menace de le punir de cette manière.

Sénèque, (épître 90) dit que la torpeur des membres se guérit par la flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violents qu’une oie qui en serait piquée en mourrait. Columella dit que les fermiers de Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de les fouetter avec de l’ortie pour les faire couver, en leur mettant dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure, guérit promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré ont causé une luxation ou un relâchement dans les ressorts de la bouche. Chez les habitants de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanais), on comprimait avec des cercles ou des lames d’étain, le ventre d’une femme, pour en faire sortir le foetus mort dans ses entrailles.

J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfants pour les punir d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en empêcher, quoique les parents ne fassent point d’attention aux effets physiques de ce remède.

Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les oreilles chastes, en les répétant ici ; mais il n’est pas inutile de dire que non seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines s’offraient-elles nues aux prêtres qui célébraient les Lupercales, pour en être frappées. Ces prêtres se servaient tantôt de la main, tantôt de la tige de la férule. Les plus chastes se contentaient d’appliquer leurs coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avait moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité et divisé, remonte vers le coeur, se répand dans les artères avec plus d’abondance, et porte partout un feu pur et nouveau qui excite à l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les Lupercales, couraient nus par les rues, et frappaient toutes les femmes qui se trouvaient sur leur passage, se nommaient Crépi, du mot latin qui signifie bruit, parce que les verges avec lesquelles ils frappaient, étaient couvertes de cuir, selon Dempterus, (liv. 3, chap. 2), ou de peaux de chien ou de bouc qui, étant sèches, augmentaient la douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en effet utile comme médical : le caractère connu des prêtres qui, suivant leurs termes, frappaient les femmes avec d’autres verges que la férule, a donné lieu à bien des plaisanteries [1].

Voyez Cardan, (liv. 2, de son traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité).

Entre autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour. Jean Barclay, dans son Icon Animorum, rapporte une anecdote qu’on ne sera pas fâché de trouver ici.

Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommait Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles ; elle souffrait intérieurement un chagrin qu’elle voulait cacher, mais que la rougeur de ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner en quoi il avait manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces termes, après s’être fait longtemps presser : « Pourquoi fais-tu si bien semblant de m’aimer ? Crois-tu me tromper ? Crois-tu me cacher plus longtemps que je suis vile à tes yeux ? » Et en même temps elle versait un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi il l’avait offensée ; que peut-être il avait manqué en quelque chose, mais qu’il réparerait cette faute par plus de soins. « Enfin, lui dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer ? Ne sais-tu pas que c’est chez nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous persuader de leur amour ? » Jourdain, à ce discours, fut longtemps dans une stupeur profonde et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de rire. Bientôt, la première surprise passée, et sa femme persistant à lui parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement était indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime ? Il n’y avait pourtant pas de milieu, il eût été haï ; il s’y résolut donc avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le chérir de la meilleure foi du monde.

Pierre d’Erlesunde, (part. 5 de ses anecdotes moscovites), raconte le même fait et dit que c’est pour cet usage que les maris aussitôt la noce, se munissent de verges, comme des divers ustensiles de ménage, et le motif de cette emplette n’est nullement le désir de corriger sa femme ; car une méchante femme, s’il y en a, ne se corrige ni par les menaces, ni par la colère, quand même on lui casserait les dents à coups de pierre, pour me servir des termes de Simonide, (dans Stobée).

Je crois avec votre père Meibomius (c’est Bartholin qui parle), que la flagellation excite et augmente la semence par la chaleur extrême qu’elle communique aux lombes et aux reins ; et j’ai depuis longtemps démontré dans mes recherches sur l’anatomie, de quelle manière les fonctions des reins dépendent de la circulation du sang, système appuyé depuis par Sennert, Olafius, Wormius et Meibomius. Ce qui fait que l’usage de se coucher sur le dos procure en dormant les pollutions involontaires, en donnant trop de chaleur aux lombes. Les frictions excitent l’érection, et plus d’un parisien a dû à cet usage, trop fréquent chez eux, la perte de la santé et de la vie.

C’est sur les lombes qu’on applique les remèdes rafraîchissants dans la gonorrhée, Actuarius, (liv. 4, chap. 8, de sa méthode de médecine), applique sur les reins un emplâtre qui les fortifie, sans les échauffer aucunement. Oribase emploie une lame de plomb sur les lombes [2]. La défense qu’il fait de trop rafraîchir les lombes, dans la crainte que les reins n’en souffrent aussi, prouve que ces deux parties sont très distinctes, et que ce qui est utile à l’une est nuisible à l’autre.

De mon Tusculanum d’Hagestad, le 24 octobre 1669.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage singulier de Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).

Notes

[1Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’Église de St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines.

Femmes qui désirez de devenir enceintes,
Adressez cy vos voeux au grand St.-Hyacinthe ;
Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,
Les moines de céans pourront y satisfaire.

[2Voyez son traité du régime que l’on garde dans toutes les saisons de l’année, Bâle 1528, édition d’Alban Torinus.



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