Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Essai sur la flagellation et le masochisme > Ouvrages secrets sur la flagellation

Navigation



Les Délices du fouet

Ouvrages secrets sur la flagellation

Essai sur la flagellation et le masochisme (III)



Auteur :

Mots-clés : |

Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.


3

Coup d’oeil rapide sur la littérature masochiste avant Sacher-Masoch. — Ouvrages secrets sur la flagellation. — Manuscrits.

Sacher-Masoch, qui eut le discutable bonheur de donner son nom à l’algophilie passive, est trop connu pour que je m’étende longuement sur l’homme et sur l’oeuvre.

Disons seulement que, né à Lemberg le 27 janvier 1835, Léopold von Sacher-Masoch est mort à Lindheim (Hesse), il y a onze ans, le 9 mars 1895. II fit ses études à Prague et à Graz. En dehors de ses ouvrages historiques, universellement appréciés, et parmi lesquels se trouvent Der Aufstand in Gent unter Kaiser Karl V (1857), Ungarns Untergang und Maria von Œsterreich (1861), etc., il a écrit de nombreux romans et nouvelles dans lesquels s’affirma sa passion pour la femme autoritaire, la Venus dominatrix. Le plus célèbre est Venus im Pelz, autrement dit Vénus à la Fourrure.

Il épousa, en 1873. Aurorà de Kümelin qui, d’après la Grande Encyclopédie, vit encore à Paris et, sous le nom de Wanda de Dunaiev, a publié divers romans, parmi lesquels Roman einer Augendhaften Frau (1873), Echter Hermelin (1879), Die Damen in Pelz (1881), etc., qui procèdent tous des idées de son célèbre et malheureux époux.

Mme de Sacher-Masoch vient de publier un volume de Mémoires extrêmement curieux [1] dans lequel nous relevons quelques traits particulièrement suggestifs du caractère du grand romancier galicien.

Quelques jours après son mariage, l’auteur du Legs de Cain déballa toutes les photographies de ses anciennes maîtresses, et les exposant sur sa table de travail, plaçait le plus près du papier (près de la copie, près du coeur) celles qu’il avait le plus aimées.

Cet homme qui avait peur de grimper sur une échelle, ressentant un vertige dès le premier échelon, est un cas tout à fait spécial. Il avait la manie, l’amour des fourrures. Oui, pour qu’une femme lui inspirât le moindre désir, il fallait qu’elle portât des fourrures. Les cadeaux qu’il faisait consistaient en fourrures. C’était pathologique.

Toujours cette obsession de la fourrure le hantait, l’affolait. L’auteur de Meine Lebensbeichte raconte que, voulant écrire, elle aussi, des nouvelles, Sacher-Masoch exigea qu’elles fussent « cruelles » et écrites « en fourrures » par 30° de chaleur, avec une énorme cravache posée devant elle, sur la table.

La cravache, c’était ce qui fouettait, en quelque sorte, son génie. Il faisait habiller sa femme et sa servante avec des jaquettes de fourrures, « jouait au voleur », affectait de dérober ces lambeaux de loutre ou de renard bleu — et comme punition se faisait cravacher par les deux femmes. Et, surtout, il était heureux lorsque la servante frappait plus fort. Les flagellants du temps d’Henri III éprouvaient de ces voluptés maladives. Lola Montes menait ainsi, le fouet à la main, le vieux roi de Bavière. Et c’est parce que Léopold de Sacher-Masoch se savait le maître que la sensation morbide d’être battu par une domestique lui paraissait plus chère. Avoir entassé volumes sur volumes, articles sur articles, et ne laisser après soi qu’un mot courant les hôpitaux et les cliniques : masochisme !

Jamais aucun auteur, avant Léopold de Sacher-Masoch, n’avait élevé la femme sur un tel piédestal, mais cela ne veut pas dire que le masochisme, non plus que la littérature masochiste, n’existassent point avant lui.

Au seizième siècle, un moine allemand, Meibomius, écrivit un poème sur le fouet dont il vante les charmes et les avantages à tous égards. Bien avant lui, les cours d’amour avaient décidé que les chevaliers qui se rendaient coupables de quelque délit envers leurs dames seraient fouettés par elles en séance publique. Qu’était-ce donc que cette décision, sinon la reconnaissance officielle, par la fleur de la noblesse, de la toute puissance du beau sexe ?…

En remontant plus haut encore, jusqu’au premier roman français, Francion, dont l’auteur est inconnu, nous trouvons le récit d’un rêve dans lequel le héros du livre, étant tombé dans un appartement capitonné « de fesses et de seins vivants », fut pourchassé par des femmes nues qui le fouettèrent, à grand renfort de claquades et de plamussades, comme dit Brantôme. Enfin, tout près de nous, la première partie des confessions de Jean-Jacques Rousseau est un exposé complaisant, sous des dehors austères, des sentiments masochistes du grand philosophe, sentiments qui le poussèrent à épouser sa fameuse Thérèse, la honte de sa vie.

Les ouvrages secrets pullulent maintenant. On les peut trouver dans les arrière-boutiques des libraires du Palais-Royal, de la rue de Rivoli et de l’avenue de l’Opéra.

Une clientèle cosmopolite se les arrache ; des Yankees, des Anglais, des Allemands font parfois exprès le voyage de Paris pour s’en approvisionner.

Mais ce que l’on ne sait pas, c’est que des manuscrits entiers sont écrits sur commande, dans tel ou tel ordre d’idée avec des expressions préférées, des répétitions de scènes particulièrement affectionnées, pour le compte de riches monomanes qui les collectionnent au fond de leurs bibliothèques. Un bienheureux hasard m’a permis de mettre la main sur l’un des auteurs de ces manuscrits. Grâce à son obligeance, j’ai pu me procurer la copie de quelques-uns des plans, fournis par les clients eux-mêmes.

Je vais examiner quelques-uns de ces plans dans le chapitre qui suit.

Voir en ligne : Les amateurs flagellants, le sadiste cruel et le masochiste (IV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.

Notes

[1Meine Lebensheichte, par Mme Wanda de Sacher-Masoch, Berlin et Leipzig. (Note de l’Auteur).



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris