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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Passe-temps agréable

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XVIII)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XVIII
PASSE-TEMPS AGRÉABLES

Plusieurs semaines s’écoulèrent. J’étais confortablement installée à Woodlands, et je commençais à me faire à ma nouvelle vie, m’efforçant même de chasser toute préoccupation d’avenir.

Randolph avait pris, pour mon service, la meilleure couturière de Richmond, et, grâce à ses soins empressés, ma garde-robe était au complet. J’avais quantités de toilettes de ville et de soirée, du linge très fin orné de dentelles de prix.

Il m’avait aussi fait faire un costume d’amazone et me donnait des leçons d’équitation.

Randolph, très généreux, m’avait offert de nombreux bijoux ; c’était, d’ailleurs, un parfait gentleman possédant une brillante instruction. Malheureusement un libertinage invétéré gâtait ses bonnes qualités ; j’eusse voulu mon amant plus sage.

Toutes les femmes de sa plantation lui étaient passées par les mains. Il n’avait néanmoins aucun égard pour elles ; elles étaient ses esclaves et, pour la moindre faute commise, il les faisait fouetter ou les fouettait lui-même sans pitié.

Il en était de même avec moi, corrections exceptées, bien entendu. Il me répétait souvent que j’étais jolie, et ne se lassait pas de me contempler. Il ne m’aimait pas, il m’admirait. J’étais obligée de me plier à toutes les fantaisies que son cerveau surexcité lui commandait, d’agréer toutes ses fantaisies lubriques.

Son grand amusement était de me varier mes costumes. Il me prenait en robe de soie, robe de ville ou de soirée, dans toutes les positions qui lui traversaient l’esprit.

Du jour de mon entrée dans la maison, il délaissa complètement les servantes pour s’occuper exclusivement de moi. Au fond j’aurais préféré qu’il me laissât un peu plus tranquille.

Peu à peu, cependant, je finis par m’habituer à lui et à l’appeler par son prénom, Georges. Il était toujours très doux avec moi, quoique parfois de très mauvaise humeur.

À cause de son incorrigible libertinage, Randolph, bien qu’appartenant comme je vous l’ai dit, à l’aristocratie de la Virginie, n’était pas invité dans la société. Aussi il ne venait jamais de dames à Woodlands et, quand il recevait, il n’y avait que des hommes à table. Je m’asseyais alors en face de lui à la place d’honneur. À l’occasion de ces fêtes, toutes les femmes de la maison étaient vêtues de noir, avec le col et les manchettes blanches, et de jolis bonnets sur la tête.

Malgré toute la licence accordée à ses invités, aucun d’eux ne me manqua jamais de respect, personne n’essaya de prendre la moindre privauté. Tous me traitaient comme la dame de la maison et, comme on savait que Randolph était très violent et tirait admirablement au pistolet, arme dont il était d’ailleurs constamment prêt à se servir, aucun d’eux serait jamais avisé de me parler trop familièrement.

Le temps pourtant s’écoulait sans événements ; j’étais toujours très bien portante, et ne m’ennuyais pas. J’avais quantité de livres à ma disposition : je montais à cheval tous les jours, tantôt seule, tantôt avec mon amant. Souvent même, nous faisions de longues promenades en voiture.

De temps à autre, nous allions passer quelques jours à Richmond ; c’était là pour moi de vraies parties de plaisir.

Nous descendions dans le meilleur hôtel et nous allions tous les soirs au théâtre ou dans un café concert quelconque. Je n’avais jamais été au spectacle avant de vivre avec Randolph, et je fus prise d’une grande envie de me faire actrice.

Je m’en ouvris à Georges que la singularité de mon désir égaya beaucoup, mais il me déclara qu’il ne voulait plus entendre parler de cela.

Lorsque nous étions à Woodlands, je me promenais toute la journée dans la plantation qui, très importante, comprenait plus de deux cents nègres, tous employés à la culture du coton.

Randolph était assez bon pour eux ; il les nourrissait bien et n’exigeait qu’un travail proportionné à leurs forces ; en revanche il ne leur pardonnait pas la moindre faute : aussi la courroie, la baguette et la batte ne chômaient-elles guère.

Les esclaves étaient répartis en trois quartiers. Le premier était réservé aux couples mariés, le second aux hommes seuls et le troisième aux filles.

Mais, aussitôt le travail terminé, ils se réunissaient pour danser et chanter en s’accompagnant de tambourins. Naturellement, les registres de naissance que Randolph tenait soigneusement, accusaient une notable et continuelle augmentation dans la population.

À la maison, la discipline était toujours maintenue par Dinah, et, quand une fille faisait mal son service ou lui manquait de respect, elle était impitoyablement menée à Randolph qui ne tardait pas à lui faire regretter un moment de négligence. Souvent j’entendais les cris des coupables, mais jamais je n’assistais à l’exécution d’une punition.

Je crois vous avoir dit que j’avais pour femme de chambre une misti du nom de Rosa. Cette fille avait été avant mon arrivée la favorite de Randolph qui l’avait complètement délaissée depuis mon installation. Rosa en conçut un vif ressentiment à mon égard.

Elle manifesta les premiers jours sa jalousie en faisant très mal son service et en affectant pour moi des airs impertinents. Je savais que si je me plaignais à Randolph le châtiment serait sévère et je résolus de patienter.

Rosa était très belle fille ; âgée d’environ vingt ans, elle était grande, à peine plus foncée de peau qu’une brune des pays chauds. Son corps était bien proportionné ; ses mains fines n’avaient jamais été déformées par un travail pénible et ses cheveux non crêpés lui tombaient plus bas que les reins. Sa voix était mélodieuse, mais un peu traînante, et elle se servait du langage petit nègre en parlant.

Un matin qu’elle m’aidait à ma toilette, sa mauvaise humeur éclata : elle se mit à me brosser les cheveux si rudement que je lui en fis l’observation, mais sans y prendre garde, elle les tira plus vitemment encore en disant :
- Ça pas occupation moi-même, brossé bourré vous-même. Vous béqué eré que paque tine la peau blanche, vous êtes belle bitin, vous femme, pas meilleur comme mo, vous pas femme à Massa, y vous qui tini coucé toutes les nuits avec lui-même.

Rouge de colère, je lui ordonnai de quitter la chambre, ce qu’elle fit en ricanant.

Les larmes me vinrent aux yeux et j’eus conscience de mon abaissement. Il était dur après tant de malheur de s’entendre parler de la sorte par une esclave. Mais, après tout, elle avait dit la vérité : je ne valais pas mieux qu’elle.

J’achevai de m’habiller seule, et je descendis.

Randolph remarqua mes yeux rouges.
- Qu’avez-vous, Dolly ? me demanda-t-il.
- Oh ! rien ; Rosa a été un peu impertinente avec moi.

Ma réponse ne le satisfaisant point, il insista et je lui racontai toute la scène, intercédant pour Rosa qui, ajoutai-je, avait toujours été très polie avec moi.
- Je lui parlerai tout à l’heure, dit Georges, et il continua tranquillement de déjeuner.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Amour et bastonnade (Chapitre XIX)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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