Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Confessions érotiques > Confession sexuelle d’un Russe du Sud > Passe-temps « hygiéniques » avec Nadia

Navigation



Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Passe-temps « hygiéniques » avec Nadia

Études de Psychologie sexuelle (11)



Mots-clés :

« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


La liaison la plus longue et la plus intéressante fut celle que j’ai eue entre seize et dix-sept ans avec une jeune fille plus âgée que moi de quelques mois seulement. Elle était élève de la dernière classe du gymnase, mais était déjà fiancée à un étudiant qui était alors en prison.

Comme affilié au parti terroriste socialiste-révolutionnaire, il attendait son procès depuis des mois, en prison préventive. Les charges contre lui n’étaient pas très graves, et comme en Russie, dans les procès politiques, les débats sont souvent une pure formalité, une comédie, de sorte que l’inculpé est d’avance condamné par les autorités supérieures dont les membres du tribunal militaire ne sont que les instruments passifs, on savait d’avance que le jeune homme en question serait condamné à huit ou dix ans d’exil en Sibérie sans travaux forcés (na possélénié). La jeune fille était décidée à le suivre et à se marier avec lui. Elle avait également des idées terroristes auxquelles elle tâchait de me convertir. J’allais la voir souvent, feignant de m’intéresser à ces idées qui me laissaient bien froid, mais attiré, en réalité, par elle érotiquement. Je ne lui déclarais pas mes sentiments, d’abord parce que j’ai toujours été timide, ensuite parce qu’elle s’était promise à un autre. Mais ce fut elle-même qui rompit la glace d’une façon assez originale.

À cette époque un livre, traduit de l’anglais, jouissait d’une grande vogue auprès de la jeunesse des écoles russes. Je remarquerai, en passant, qu’il conserve cette vogue encore aujourd’hui, car les intellectuels russes sont très constants dans leurs prédilections livresques (ils lisent encore l’ouvrage de Buckle comme s’il datait d’hier) et sont capables de se passionner simultanément pour les opinions les plus opposées, pour Marx et Nietzsche, pour Bebel et Weininger, pour Tolstoï et B. Shaw, non à cause d’une grande largeur d’esprit, mais à cause du manque de clarté dans les idées, du caractère chaotique de la mentalité russe et aussi d’une grande idolâtrie pour toutes les célébrités et autorités intellectuelles : comme les gens religieux trouvent toujours le moyen de concilier les textes sacrés les plus contradictoires, de même les Russes finissent toujours par prêter les mêmes opinions (les leurs propres) aux hommes célèbres dont les opinions divergent le plus et interprètent, par exemple, Nietzsche dans le sens du communisme révolutionnaire et de la social-démocratie ! Mais laissons cela. Le livre dont je parle était intitulé, je crois : Éléments de la science sociale. Misère, prostitution, célibat. L’auteur anonyme se disait docteur en médecine. On croyait en Russie que c’était un fils du célèbre Robert Owen. Cet ouvrage contenait des notions sur les phénomènes sexuels et recommandait aux jeunes gens des deux sexes de commencer le commerce charnel de bonne heure en pratiquant le néo-malthusianisme pour éviter les grossesses. Il y avait des recettes néo-malthusiennes pratiques : emploi de l’éponge, etc. Ce livre était interdit en Russie, mais, publié en russe à l’étranger, il circulait partout clandestinement et la plupart des collégiens et collégiennes le lisaient, quelquefois dès l’âge de treize ou quatorze ans, et souvent en appliquaient les conseils. J’avais lu ce livre depuis longtemps quand je le vis sur la table de Nadia (appelons ainsi la fiancée du « nihiliste »). Cette demoiselle vivait chez une tante, mais occupait une chambre indépendante où elle ne laissait entrer que ses amis : jamais sa tante n’y entrait ni aucun de ses parents. Naturellement, elle sortait et rentrait aux heures qu’elle voulait. Beaucoup de collégiennes russes jouissent de la même liberté dans leurs familles. Nadia me demanda si j’avais lu ce livre. Je répondis affirmativement, mais j’ajoutai que, comme il y avait longtemps de cela, je le relirais volontiers. Elle me le prêta donc. Quand je le lui eus rapporté, elle engagea une conversation sur les idées qu’il contenait. Elle me dit que l’abstinence sexuelle était condamnée par la raison et la science, puis elle n’apprit qu’elle avait eu des relations sexuelles avec son fiancé avant son arrestation, avec application des moyens préventifs contre la conception et que maintenant elle souffrait de son abstinence forcée, avait des rêves érotiques avec pollutions nocturnes qui la fatiguaient beaucoup. « Voyez, ajouta-t-elle, même en ce moment, en causant avec vous de ces choses, j’éprouve l’excitation sexuelle. » Et, après avoir mis sa main sous son jupon, elle la retira en montrant que les doigts étaient mouillés. « Vous aussi, continua-t-elle, vous devez souffrir de votre vie anti-naturelle » (elle croyait que je vivais dans l’abstinence). M’ayant demandé si je me masturbais et ayant reçu ma réponse négative, elle me dit que ma chasteté pouvait me faire beaucoup de mal, me conduire a la folie. « C’est pour cela, dit-elle, que vous avez si mauvaise mine, l’air si maladif. » Finalement, elle me proposa d’avoir avec elle des relations sexuelles, ce qui devait faire, suivant Nadia, un grand bien a sa propre santé et à la mienne. « Je reste, disait la jeune fille, moralement fidèle à mon fiancé, je ne l’abandonne pas et le suivrai en Sibérie, mais, en attendant, l’hygiène exige que je satisfasse mes besoins physiques et mon futur mari lui-même a tout intérêt à ce que sa femme se porte bien. Et vous, cela rétablira votre santé et vous évitera de vous adresser aux prostituées. » Naturellement, j’acceptai ces propositions : je ne demandais pas mieux, quoique pour des raisons tout autres que celles d’hygiène.

Nadia me pria de tirer les rideaux des fenêtres et de lui tourner le dos pendant quelque temps. Quand elle m’eut permis de me retourner elle était au lit, après avoir introduit dans son vagin, suivant les prescriptions de l’auteur anglais, une éponge de préservation, je me déshabillai à mon tour, rejoignis Nadia au lit et c’est ainsi que commencèrent nos passe-temps « hygiéniques ».

Nadia avait un extérieur assez agréable : les cheveux blonds cendrés, des yeux gris expressifs, des traits assez réguliers, sauf les lèvres trop grosses. Elle était bien proportionnée, de taille moyenne, avec de très grosses fesses et cuisses. Ses seins, au contraire, étaient petits, les parties sexuelles jolies et fraîches, avec une pilosité modérée, le vagin étroit. Jamais je n’ai eu de relations sexuelles avec une femme aussi sensuelle que Nadia et qui me donnât autant de plaisir physique. L’orgasme survenait chez elle vite, facilement et était prolongé, le spasme vénérien se renouvelait à de courts intervalles, se manifestant avec une grande intensité. Pendant le coït elle se démenait de toutes les façons, elle soupirait, gémissait, râlait, poussait des exclamations incohérentes et des cris, ses membres se convulsaient et se raidissaient cataleptiquement, sa vulve se contractait violemment et même, au paroxysme du plaisir, d’une façon douloureuse pour mon pénis ; son visage prenait alors une expression d’agonie, se voilait d’une lividité effrayante. Quelquefois le paroxysme de la volupté se terminait par une attaque de nerfs hystérique qui, dans les premiers temps, m’épouvantait, mais qui passait vite : elle riait hystériquement, pleurait, se débattait, etc. Les sécrétions voluptueuses de Nadia étaient très abondantes, jusqu’à s’écouler sur les draps du lit et y faire de grosses taches ; l’érection du clitoris, des grosses lèvres et des autres parties sexuelles était perceptible au toucher, ainsi que la chaleur accrue de la vulve congestionnée et dont les tissus se dilataient en devenant plus rouges. Tout le bas-ventre avait des mouvements convulsifs. Nadia n’était pas savante en matière érotique ; elle ne connaissait que le coït normal dans la posture ordinaire. Profitant de mes expériences et de mes lectures, je lui appris toutes sortes de raffinements. Je lui fis connaître le baiser more columbarum et le cunnilingus qui lui plut beaucoup et qu’elle finit par préférer au coït. Je l’excitais par toutes sortes de manipulations mammaires, clitoridiennes, anales, vaginales. Nous essayâmes toutes les postures imaginables du coït : le coït par-derrière ou more ferino, […] des Grecs, le coït debout, enfin toutes les figuræ Veneris que nous pouvions inventer ou que je connaissais par les livres ou par les images obscènes. Nous coïtions sur tous les meubles (chaises, canapés, même sur une table, comme nous l’avions lu dans Pot-Bouille), et par terre sur un tapis et des coussins. Une fois, elle pencha la partie supérieure de son corps par la fenêtre dans la rue, en laissant le reste de son corps derrière les rideaux clos, tandis que je la coïtais par-derrière, more ferarum. En nous réunissant nous lisions d’abord ordinairement quelque ouvrage lascif, les contes de Boccace, par exemple, ou les productions naturalistes françaises ; une fois suffisamment excités par cette lecture, nous nous déshabillions pour faire l’amour. Guidé par les livres, j’eus l’idée de pratiquer sur Nadia le coitus inter mammas et l’irrumatio ; pendant que je travaillais ses organes sexuels avec ma bouche et ma langue, elle prenait mon pénis dans sa bouche et opérait la fellatio. Ayant appris de moi que les femmes introduisaient dans leur vagin différents objets, elle me pria de l’onaniser en y mettant des bougies, des clefs, des crayons, des bâtons de cire à cacheter, etc. Je lui dis que le chatouillement de l’orifice urétral devait être particulièrement agréable aux femmes (je l’avais lu) par suite, elle m’autorisa à lui exciter l’urètre par différents objets effilés, par exemple par des épingles à cheveux en corne. Elle ne savait absolument rien de la pédérastie ; je lui expliquai comment avait lieu le coït entre mâles. Comme je lui disais qu’il y avait des individus qui jouissaient quand on leur introduisait le pénis dans l’anus, cela l’intéressa tellement qu’elle me demanda si je ne pouvais pas pratiquer sur elle la paedicatio. J’acquiesçai à ce désir et ne pus consommer l’acte qu’avec beaucoup de peine et après plusieurs tentatives infructueuses. Cette forme de copulation plut à Nadia, bien que l’acte lui fût d’abord douloureux. Dans la suite, nous renouvelâmes la paedicatio assez souvent. Nadia disait que cela ne valait pas le coït vaginal, mais que c’était agréable « pour changer ». À propos des relations homosexuelles, elle me raconta qu’il lui était arrivé une fois de dormir, non dans le même lit, mais dans la même chambre, avec une demoiselle, fille d’un riche négociant de Moscou, et que cette demoiselle se glissa dans le lit de Nadia, se saisit de ses organes sexuels et voulut se coucher sur elle en posture de coït ; Nadia, ne comprenant rien à cela et indignée, la rejeta de son lit, malgré les supplications de la jeune Moscovite qui lui disait que, dans sa ville, toutes les jeunes filles de sa classe faisaient ce que Nadia refusait qu’on lui fit. Malgré ces explications, Nadia crut que la Moscovite était folle et je fus le premier a lui apprendre que les relations homosexuelles étaient, en effet, assez communes dans certains milieux. Quelques années plus tard, à ce qu’on m’a dit, Nadia elle-même s’adonna a ces pratiques.

Si j’ai appris à ma compagne de lit différents raffinements érotiques, ce ne fut pas uniquement par luxure, mais aussi parce que souvent j’en étais réduit à la contenter en l’onanisant de différentes manières, n’ayant plus les forces suffisantes pour la satisfaire par le coït. Nadia avait, en effet, un appétit sexuel très grand et qui dépassait mes forces. Nous coïtions plusieurs fois pendant la nuit ; quelquefois elle me réveillait pendant la nuit ou au point du jour pour renouveler le coït. Quand je me sentais trop épuisé, je la satisfaisais par différentes manipulations et surtout par le cunnilingus qu’elle affectionnait particulièrement. Tous ces excès ne firent, je crois, aucun mal à sa santé, mais la mienne en fut ébranlée. Ce qui m’inquiétait surtout c’était l’affaiblissement de ma mémoire ; c’était peut-être une simple apparence, provenant de ce que les livres m’intéressaient de moins en moins et que je devenais incapable de fixer mon attention sur les matières étudiées.

Mes entrevues avec Nadia étaient fréquentes ; je passais la plupart des nuits dans son lit et ne rentrais chez moi que le matin, quelquefois pour prendre seulement les livres que j’emportais au gymnase. Mon père ne pouvait ignorer que je menais une vie irrégulière, mais il restait fidèle à ses opinions qui lui interdisaient de se mêler de la conduite des jeunes gens ; en outre, il était à cette époque excessivement préoccupé par ses propres affaires matérielles, qui marchaient mal.

Je me souviens que, couché avec Nadia la nuit, j’entendais quelquefois, à travers le mur, un bruit de formidable hoquet, avec des intonations hystériques et presque des hurlements. Nadia m’expliqua (elle l’avait su par les domestiques) que ces attaques vraiment monstrueuses de hoquet s’emparaient de sa voisine immédiate, une jeune Polonaise, chaque fois qu’elle jouissait pendant le coït avec son mari. Chacune de ces attaques durait plus d’une demi-heure. Heureusement pour nous, la jeune Polonaise quitta bientôt ce logement. J’ai déjà dit que Nadia elle-même avait quelquefois des crises hystériques après un coït (ou une séance de cunnilingus) particulièrement voluptueux ; mais cela n’arrivait que de temps en temps.

Ma liaison avec Nadia dura une dizaine de mois. Après le procès et la condamnation de son fiancé, elle se maria avec lui et le suivit en Sibérie. Il fut condamné à huit ans d’exil, mais, par suite des successives commutations de la peine, ne resta en Sibérie que trois ans et demi, y vivant du reste en liberté dans une ville assez agréable. Ensuite, il rentra en Russie, mais sans Nadia, laquelle l’avait quitté au bout de quelques mois de mariage et était déjà depuis longtemps rentrée à Kiev avec un amant. Depuis, elle eut beaucoup d’aventures, qui, d’ailleurs, n’avaient aucun rapport avec la politique.

J’étais assez fortement attaché à Nadia, mais par une passion purement physique. Ce qui l’indique, c’est que, quand il lui fallut me quitter, j’en éprouvai beaucoup de chagrin parce que je perdais en elle une source de grands plaisirs, mais je ne ressentis aucune jalousie à cause de son mariage. Quant à ses sentiments pour moi, elle me disait seulement que je lui étais « sympathique ». Après son départ, j’eus tout de suite d’autres amourettes du même genre, c’est-à-dire purement sensuelles et sans le « bon motif ».

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (12) : Voyage en Italie : abstinence sexuelle et chasteté absolue

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris