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Journal intime d’une soubrette

Punie comme une gamine vicieuse

Confessions érotiques (II)



Mots-clés :

Par ***, Le Journal intime d’une soubrette, Éditions Richepanse, Paris, 1935.


PUNIE COMME UNE GAMINE VICIEUSE…
II

Cette initiation devait modifier entièrement le cours de mon existence. Mon amant repartit deux jours après, regagnant la capitale, mais il ne partit pas seul. Abandonnant tout, ville natale, parents, travail, je me lançai dans l’inconnu, blottie contre l’homme que j’aimais.

La vie ardente de Paris m’émerveilla. Saisie par le rayonnement de la grande cité, il me sembla trouver là un cadre digne de mes aspirations. Les premiers jours de cette nouvelle existence furent pour moi un enchantement. Mon ami logeait dans un hôtel de Montmartre, où il occupait une chambre sans luxe, mais confortable. J’aurais pu m’étonner de constater que ses moyens étaient plus modestes que ne l’avaient fait supposer sa tenue et ses propos, lorsqu’il était dans ma province. Mais j’étais bien trop absorbée par mon amour pour m’attarder à ces détails. Je vivais auprès de lui, comme son ombre, sortant quand il le voulait bien, l’attendant seule dans notre chambre des après-midi entières lorsqu’il l’exigeait.

Le soir, il m’emmenait parfois au cinéma, et nous allions ensuite dans les bars louches, où il paraissait connaître tout le monde ; parfois, il me conduisait au dancing, dans un étrange établissement où l’on dansait la java, et qui n’était fréquenté que par des filles très maquillées, à la voix canaille, à l’œil hardi, et par des garnements d’assez mauvaise mine. Mais tout cela ne me choquait nullement ; tout me paraissait naturel, car dans mon esprit, tout ce qu’il faisait était bien. J’étais véritablement prise « par la peau », et ne vivais que pour le moment attendu où, dans le silence de notre chambre, la nuit venue, je me livrais à lui avec une folle ardeur. Il m’avait initiée à de subtiles caresses, et j’accédais à tous ses désirs, soumise comme une esclave, désireuse de le satisfaire.

C’est alors qu’un jour m’apparut sa vraie nature. Ce soir-là, il était rentré assez fatigué, et même abattu. Comme je m’inquiétais, cherchant à connaître le motif de sa tristesse, il me rembarra assez durement. Cela ne me découragea pas, et j’insistai encore pour qu’il se confiât à moi. Alors, me regardant avec dureté, il me lança à toute volée une gifle qui me fit chanceler. Mes yeux se remplirent de larmes, tandis que l’homme ricanait :
- Il y en a encore d’autres à ton service, si tu continues à me courir !

Humblement, je me réfugiai dans un respectueux silence. Je ne lui en voulais nullement de m’avoir giflée, et la brûlure de ma joue me causait presque de la joie, tant j’adorais celui qui m’avait frappée. Il était véritablement mon maître.

Après une nuit sans tendresse, ce fut lui qui, le premier, rompit le silence qui nous séparait. Je venais de m’habiller, et, assise près de la fenêtre, je me mettais du rouge sur les ongles. Quant à lui, il fumait une cigarette, paresseusement étendu sur le lit.
- Dis donc, la gosse, fit-il soudain, approche-toi un peu, j’ai à te parler.

Un peu craintive, mais heureuse, je m’approchai de mon homme. Alors il me prit les mains et parla, en me regardant dans les yeux. Il me tint un long discours, dont je ne me rappelle plus les termes exacts. Il m’exposa sa situation financière, qui était peu brillante, et après m’avoir dépeint sa gêne et son ennui, il me dit sans ambages qu’il comptait sur moi pour l’aider. Enfin, comme j’avais l’air de ne pas le comprendre, il m’expliqua, après bien des détours, qu’il n’attendait pas de moi autre chose que de « faire le business », et que si je ne m’y soumettais pas de bon gré, il saurait bien m’y contraindre.

À ces mots, je sursautai. Dénuée de tout sens moral, je ne me rendais pas compte de l’infamie de cette proposition ; mais ce que je ne pouvais admettre, c’était la pensée d’appartenir à d’autres hommes qu’à lui. Cela, c’était au-dessus de mes forces. Aussi, sans plus réfléchir, m’écriai impétueusement :
- Jamais !

À ce moment, je vis nettement mon amant pâlir, et ses mâchoires se contractèrent de rage. Posément, il se leva, et se dirigea vers l’armoire, et l’ouvrant, il en tira une courte cravache de cuir dissimulée sous une pile de linge. Pâle de frayeur, je me reculai jusqu’au mur. L’homme s’avançait vers moi, sa cravache à la main.
- Tu ne veux pas obéir ? gronda-t-il.

Et comme je faisais non de la tête, il entra dans une colère terrible.
- Petite garce ! Tu vas me payer ça !

Se précipitant sur moi, il m’empoigna brutalement par les cheveux, et me traîna, hurlante, jusqu’au pied du lit. Là, il me saisit tes poignets qu’il attacha rapidement au moyen d’une cordelière de robe de chambre. Puis, prenant une ceinture de cuir, il me ligota étroitement par la taille contre le montant de bois. Je pleurais, et le suppliais de ne pas me faire de mal, mais mes supplications de gamine effrayée ne parvinrent pas à l’attendrir. Pris d’une sorte de rage froide, il retroussa d’un seul coup ma robe de soie bleue, et en fit un bourrelet qu’il accrocha à la ceinture. Je sentis l’air frais caresser mes cuisses. Ma croupe était sanglée dans un ravissant petit pantalon de soie rose garni de dentelles, qu’elle remplissait au point de le faire éclater. Je me débattais, remuant furieusement pieds et jambes, si vigoureusement que je fis craquer la soie fine de ma culotte. Rien n’y fit ; j’étais bel et bien prisonnière.

Alors, avec un rire sauvage, mon amant découlissa le frêle pantalon, retenu à ma taille par un élastique. Il fit glisser le vêtement le long de mes fesses contractées, le descendant jusqu’à mes pieds autour desquels il s’enroula. La peau laiteuse de mes globes jumeaux frissonnait de peur et de froid. Avec une violence atroce, l’homme me balafra les fesses d’un violent coup de cravache. La gorge renversée en arrière, je fis entendre un hurlement de bête, de quoi ameuter l’hôtel tout entier. Pour étouffer mes cris, l’homme se baissant prit ma culotte, et me l’attacha solidement sur la figure, comme un bâillon. À demi-étouffée par l’étoffe, je n’eus plus d’autre ressource que d’attendre stoïquement les coups. Ils ne tardèrent pas ; deux violentes cinglées s’abattirent à nouveau sur ma croupe, me causant une intolérable cuisson. Il me semblait que mille aiguilles de feu s’enfonçaient dans ma chair, et mes pauvres fesses meurtries se contractaient avec force. Par raffinement sans doute, et pour faire durer la correction, mon amant s’arrêta de frapper durant quelques secondes. Je croyais mon supplice terminé. Comme je me trompais ! Brusquement, la cravache rentra en danse, cinglant à présent sans interruption. La brutalité de cette fouettée me rendait folle, et mes cris traversaient la soie de ma culotte humide de salive.

J’eus l’impression que mon pauvre derrière était en sang. Sans aucune pudeur, je me trémoussais, écartant et refermant tour à tour les fesses, hurlant de douleur à chaque coup. C’est alors que lentement s’accomplit le prodige. Mon séant était tellement labouré de coups de cravache, que la peau en devint presque insensible. Les souffrances aiguës et répétées se fondaient maintenant en une immense chaleur. La fouettée continuait... et voilà que, petit à petit, la douleur décrut, et que la cuisson augmentant, j’en ressentis malgré mes larmes un amer plaisir. Femme domptée par le fouet, les sens me revinrent avant que la correction fût finie ; j’imaginais derrière moi mon bourreau, armé de la terrible cravache ; j’évoquai les traits de l’homme craint et aimé ; j’en vins à me dire que cette fouettée avait été méritée, et que je ne faisais que subir une juste punition.

Mon ami frappait moins fort, comprenant sans doute que la correction était en train d’opérer son effet. Je gémissais doucement sous mon linge, mais je ne sais pas au juste, maintenant encore, si c’était de souffrance ou de volupté. Sans doute ressentais-je ces deux sentiments à la fois. La gorge pâmée, je subissais les coups, et mon derrière s’offrait, entre chaque cinglée. Mes dents mordaient l’étoffe du pantalon, la mettaient en lambeaux. Et soudain, un grand frisson m’envahit ; je me vis esclave, torturée par l’homme que je servais, punie comme une gamine vicieuse... un spasme violent me secoua, et les yeux au ciel, je m’évanouis sous la cravache, dans un océan d’atroce volupté...

... Quelques secondes après, je repris mes sens. J’étais détachée, étendue sur le lit, couchée sur le ventre. Mon amant assis à côté de moi, passait une main caressante sur mes fesses en feu. Une douleur intolérable m’étreignait le séant, et l’humiliante caresse de l’homme me donnait subitement l’âme d’une toute petite fille de six ans.

Il se pencha vers moi, avec un sourire moqueur et triomphant :
- Je t’ai bien fouettée, hein ? murmura-t-il. Obéiras-tu maintenant ?

Je lui pris la main que je portais à mes lèvres :
- Oui, murmurai-je, je suis ta petite, ton esclave...

Sur la main de l’homme, se mêlant au rouge de mes lèvres peintes, roula une lourde larme de mes yeux soumis...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le honteux métier commença, dès le lendemain. Il devait durer deux ans. Pendant deux longues années, je fus racoleuse au service de celui qui, le premier, m’avait prise. J’eus bien vite la mentalité triste et lassée des filles de joie. La vie pour moi, se bornait à présent aux longs stationnements sur les trottoirs gris, aux sourires prometteurs et canailles prodigués à ceux qui passent, aux déshabillages rapides dans l’horrible cadre des chambres sordides, aux plus infâmes complaisances faites pour flatter le vice des clients. Cette tranche de ma vie est trop laide pour que je m’y attarde. Je ne voyais presque plus mon homme, trop occupée à lui gagner sa vie. Et cependant, je l’aimais toujours ; mon seul bonheur était de le rejoindre, et brisée d’étreintes hideuses, de dépenser mes seules vraies forces à lui donner du plaisir. Avec joie, je lui donnais tout mon argent, ne gardant pour moi que ce qu’il voulait bien me permettre. Il continuait à me battre, et lorsque le travail n’avait pas été satisfaisant, je subissais de sanglantes fessées, que j’acceptais comme une justice rendue.

Cette atroce existence aurait pu, en se prolongeant, flétrir mon corps, et me classer à tout jamais dans la catégorie de ces mortes vivantes, bêtes à plaisir condamnées à leur éternel destin.

Heureusement, mon corps de fille de dix-sept ans résista assez bien à tous les assauts de la dépravation. Et puis, que l’on n’oublie pas que j’étais née pour le vice, comme ces fleurs vénéneuses qui ne s’épanouissent que dans la terre pourrie, y puisant leurs plus belles couleurs.

Mais il y a vice et vice ; or, mon destin n’était pas fait pour une forme aussi basse de la débauche.

Un jour, je perdis mon amant ; avec lui s’envolèrent toutes mes illusions dernières, et me vint au cœur la haine de l’homme qui devait me permettre de faire mon chemin. Je m’aperçus que j’étais ignoblement trompée, et que celui en qui j’avais mis toute ma foi, exploitait, dans des conditions semblables aux miennes, trois autres femmes de trottoir. Il était du reste lassé de moi, et profita de la découverte de sa trahison pour s’enfuir, lâchement, en me volant même mes affaires personnelles. Je ne devais plus jamais le revoir, heureusement pour ma destinée. J’étais à jamais délivrée de l’amour.

Après quelques jours d’effroyable misère, je réussis à me rétablir sur mes pieds, grâce à ma farouche énergie. Je continuai mon métier de putain. Je me prodiguais, me vendais sans honte et sans répulsion, car au fond de moi-même grondaient les sourds élans d’une ambition démesurée, celle-là même qui nourrissait mes rêveries d’ouvrière. À présent que j’étais délivrée de l’homme, je pouvais donner libre cours à mes envies, à mes ambitions. Mes pérégrinations m’amenèrent un jour à faire la connaissance, dans un établissement de nuit, d’une curieuse bande. C’étaient des voleurs internationaux, qui se livraient surtout au trafic illicite de l’opium et de la cocaïne. Leur chef ? une femme, nommée Sergine, ravissante créature de vingt-cinq ans, élégante, énergique, et d’une intelligence peu commune.

Elle était en compagnie de quelques complices, et me regardait avec insistance. Je ne tardais pas à savoir que Sergine et ses amis me trouvaient particulièrement jolie, et qu’ils désiraient faire ma connaissance. Souvent, la bande employait à son service des filles de joie, lorsqu’elles étaient discrètes et débrouillardes. Je fis fort bien l’affaire, et entrai officiellement dans cette louche organisation, en qualité d’affiliée. Dès le deuxième jour, je devais comprendre les motifs de cet engagement inespéré.

Sergine m’avait donné rendez-vous chez elle, à onze heures du soir. Elle habitait prés du parc Monceau, un petit appartement ravissant et luxueux. La jeune femme me reçut, ravissamment vêtue d’un pyjama de soie noire à broderies d’or. Après avoir enlevé mon manteau et mon chapeau, je m’installai à côté d’elle sur un divan bas, auprès duquel fumait un brûle-parfum qui répandait dans la pièce une odeur grisante.
- Nous parlerons du travail tout à l’heure, annonça Sergine, cela ne presse pas. Vous allez bien prendre un verre de whisky, ma mignonne ?

Intimidée par sa beauté, par ce cadre qui respirait l’amour, j’acceptai, et trempai bientôt mes lèvres dans un grand verre plein d’alcool. Souriante, la jolie femme me regardait boire.
- Est-elle mignonne, quand même, s’exclama-t-elle en me caressant les cheveux. Et quel âge avez-vous, ma belle ?
- Dix-huit ans.
- Dix-huit ans. Et déjà dans le « métier ». Mais il ne faut pas rester là-dedans, ma petite, on vous en sortira, c’est moi qui vous le dis !

Elle se rapprocha soudain de moi, et me glissa une main sous la taille :
- Et dites-moi, me murmura-t-elle à l’oreille ; vous aimez les hommes ?

J’eus malgré moi un sursaut de dégoût.
- Ah non, alors !
- Vous avez raison, approuva en riant Sergine, ce sont des brutes dont il faut se servir sans rien leur accorder de sérieux. Et puis, ajouta-t-elle câline, vous êtes bien trop jolie pour eux !

Je compris en un éclair les goûts et les desseins de la jolie chef de bande. Je n’en conçus nulle frayeur, et résolus même, guidée à la fois par le désir d’arriver et par une curiosité malsaine, à me prêter à toutes ses avances. Et puis, j’étais un peu grisée par le whisky qu’elle me versait en abondance, par le parfum lourd, par les cheveux d’or de la jeune femme.
- Comme tu dois être bien faite ! disait Sergine en me regardant. Tu veux bien que je te tutoie ? Montre-moi un peu comme tu es bien faite.

Complaisamment, je me levai et retroussai ma jupe jusqu’à mi-cuisse.
- Enlève-la donc tout à fait, va. Tu seras bien plus à l’aise ! s’exclama Sergine, les yeux brillants de désir.

D’un geste, je fis glisser ma petite jupe bleue qui s’écroula à mes pieds. Sans même qu’elle me le demandât, j’ôtai aussi mon corsage, et demeurai simplement vêtue d’une courte culotte très collante en jersey de soie bleu pâle, et d’un très léger soutien-gorge de tulle, bien serré sur mes jeunes seins. Alors, sans un mot, la grande blonde se leva, me prit par la main, et collant son corps au mien, m’entraîna sur le divan où nous tombâmes ensemble. Avec brusquerie, elle m’embrassa sur la bouche, et je sentis sa langue fraîche franchir le rempart de mes dents consentantes. Longuement cette langue fouilla ma bouche, me grisant de sa caresse. Les seins durs de la lesbienne se pressaient contre ma poitrine. Ses mains glissées derrière moi m’étreignaient la croupe, enfonçant entre mes fesses le fin jersey de ma culotte. Vibrante d’ardent désir, je lui rendis son baiser, et explorai à mon tour l’antre hospitalier de sa bouche ouverte. D’une main fébrile, Sergine fit sauter le bouton de mon soutien-gorge. Délivrés, mes seins dardèrent, irrités et durs, prêts aux caresses. Alors avec un sourd gémissement de plaisir, la belle blonde colla sa tête à ma poitrine, et saisit entre ses lèvres la pointe d’un sein qu’elles pressèrent.

Avec un cri, je renversai la tête et offris mieux encore mon sein à la subtile caresse. Emprisonné dans la bouche de la femme qui le suçait ardemment, il écrasait entre les dents de nacre son beau globe de chair brûlante. Et lorsqu’enfin la bouche le délivra, je me renversai sur les coussins, folle de plaisir. Sergine se leva, et arracha sa veste de pyjama, mettant au jour une victorieuse poitrine, à la peau blanche comme du lait. Elle dénoua le pantalon de soie noire, qu’elle enjamba. Elle était divine, dressée dans l’épanouissement de sa chair. Seule sa croupe était emprisonnée dans une mince culotte de soie blanche, rendue vivante par le gonflement des fesses magnifiques. Elle s’abattit sur le divan comme une bête ivre d’amour. De nouveau, nos corps se soudèrent, nos jambes s’enlacèrent, et nos reins houleux se livrèrent un harmonieux combat. Je sentais contre mon ventre la courbe du sien, et nos seins roulaient, pressés par notre étreinte. Les mains de la lesbienne caressaient à nouveau mes fesses, par dessus la culotte. J’en fis autant, et effleurai de mes doigts tremblants le fond du pantalon de soie que portait ma nouvelle amie. Sergine poussa un soupir ; alors avec sauvagerie, je me mis à pétrir ce splendide derrière, et mes ongles crispés déchirèrent la soie blanche. La jeune femme se pâma, s’écrasant encore plus contre mon corps. Nos culottes collantes et minces nous permettaient de sentir le gonflement de nos féminités. Et le rythme de l’amour, pareil à celui de l’homme, nous conduisait à l’extase dans le magnifique tumulte d’un corps-à-corps éperdu.

Soudain, ensemble, nous poussâmes un cri de volupté et de triomphe. Et tandis que dans mes bras Sergine se renversait, presque évanouie, je sentis ma culotte se tremper brusquement d’un fluide d’amour.

Alors, le silence et la pénombre pesèrent sur nos corps apaisés, double forme nouée, blanche et pâle sur les coussins noirs du divan.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Je revis souvent Sergine. J’appris à connaître cette étrange femme qui avait su me faire si bien vibrer. Je me rendis bientôt compte que la blonde lesbienne était une femme dure, autoritaire, et que ses caprices sensuels n’avaient qu’un temps. Je ne fus pas longue à être remplacée auprès de Sergine, et mon chagrin ne sut pas l’attendrir. Toutefois, je faisais encore partie de sa bande ; j’avais déjà participé à un certain nombre d’escroqueries, et je me livrais au trafic des stupéfiants. C’est alors que se produisit un coup de théâtre qui devait me révéler le terrible orgueil de Sergine, et son véritable caractère.

Je venais de prendre part à une assez louche histoire qui avait été éventée par la police. Je risquais dix ans de prison si l’on m’avait découverte. Je demeurai chez moi, morte d’inquiétude, lorsqu’un coup de téléphone de notre chef de bande me convoqua chez elle. La belle fille me reçut assez froidement.
- Ma petite fille, me dit-elle, tu t’es conduit très maladroitement au cours de la dernière affaire, et tu mérites d’être punie. J’ai failli te livrer à la police ; mais j’ai réfléchi, et j’ai trouvé une autre punition qui me sera beaucoup plus utile. Tu vas entrer chez moi en qualité de femme de chambre, que tu le veuilles ou non.

Interdite, je reculai jusqu’au mur.
- Vous rêvez ! balbutiai-je.
- Ma foi non, répliqua en riant la belle Sergine. J’ai toujours rêvé de t’avoir comme soubrette. Je n’ai plus de domestique, et tu feras très bien l’affaire.

Révoltée, je m’avançai, menaçante.
- Je refuse. Et si vous continuez à me menacer de cet infâme chantage, je me plaindrai à la police et je vous dénoncerai !

Du coup, la lesbienne éclata d’un rire insolent.
- Ma pauvre petite, tu dois bien penser que je ne suis pas une enfant, et que tu ne pourrais assembler contre moi aucune preuve valable. Soumets-toi, tu vois bien que je suis la plus forte. Et si tu refuses, je téléphone à la police, et tu n’y coupes pas ; réfléchis !

Je dus me rendre à la raison.

Cette femme redoutable était maîtresse absolue de ma destinée ; et j’avais une telle frayeur de la prison que je m’avouai vaincue. Tête basse, je m’avançai vers Sergine.
- C’est bien, j’accepte, murmurai-je la rage au cœur.

En moi-même, je me disais qu’il me serait facile de m’échapper un jour, et que mieux valait, pour l’instant éviter de provoquer un courroux qui pouvait me perdre. Et puis, j’éprouvais toujours pour Sergine un vague sentiment de respect et d’adoration. Elle m’avait envoûtée.

Avec un regard de triomphe et d’insolent mépris, mon ancienne amie me regarda.
- À partir de maintenant, fit-elle lentement, tu es ma femme de chambre et j’exige de toi un respect profond et une obéissance absolue à tous mes ordres. Tu ne me parleras plus qu’à la troisième personne, et en m’appelant « Mademoiselle ». Tu t’occuperas de ma garde-robe, laveras mon linge, me donneras mon bain, m’habilleras et me déshabilleras. À toute heure de la nuit et du jour, tu devras être à ma disposition. Et maintenant, va à la cuisine, mets un tablier de soubrette et attends que je te sonne. Obéis !

La rage au cœur, je m’exécutai, dominée par cette dangereuse créature. Et mon calvaire commença.

Pendant quatre mois, je fus véritablement l’esclave de Sergine.

Je ne pouvais pas m’échapper car ma maîtresse ne me permettait pas de sortir, et m’enfermait dans l’appartement lorsqu’elle le quittait. Elle ressentait une jouissance morbide à m’humilier, à tout exiger de moi. Bien entendu, elle ne me donnait aucun salaire, et me soumettait à tous ses caprices. Lorsque j’avais commis une faute dans le service, elle me giflait sans ménagements. Elle m’obligeait à exhiber les tenues les plus fantaisistes, et exigeait que je porte sans cesse un corset terriblement serré, qui me broyait la taille et rejetait mes fesses en arrière, avec un impudique épanouissement.

Et cependant, je ne détestais pas mon exigeante maîtresse, et je ressentais même un plaisir obscur à lui donner son bain, à dévêtir son corps de déesse. Une chose, par exemple, me faisait terriblement souffrir ; Sergine ramenait souvent des amies de passage pour satisfaire ses goûts lesbiens ; et elle m’ordonnait de servir avec respect ces femmes que je considérais encore comme des rivales, bien que je n’eus plus aucun droit sur ma patronne.

C’est ainsi qu’éclata le drame qui devait me délivrer. Ce jour-là, énervée par de continuelles réprimandes, j’avais fait à Sergine une réponse insolente, ce qui m’avait valu d’être sévèrement giflée. Mais ma maîtresse méditait une punition plus terrible, plus humiliante.

Elle sortit dans la soirée, et ne revint qu’assez tard, accompagnée d’une femme très jeune et ravissante. L’inconnue, de taille moyenne, avait un visage délicieusement pur, rehaussé d’un savant maquillage. Elle portait un manteau de petit-gris, et une robe élégante de soie noire. Un petit chapeau noir coiffait délicieusement ses cheveux d’ébène.

Les deux amies étaient entrées directement dans la chambre à coucher, et presqu’aussitôt, Sergine me sonna. Je m’avançai dans la pièce où elles étaient assises, riant et fumant des cigarettes. Je demeurais devant elle, immobile, attendant les ordres. Avec insolence, l’inconnue me dévisagea, et envoyant au plafond une volute de fumée bleue, interrogea :
- C’est ta femme de chambre, Sergine ?

Ma maîtresse répondit avec un sourire.
- Oui, si on veut ; c’est plutôt mon esclave ; elle m’appartient entièrement.
- Ah très bien ! reprit l’autre en me regardant toujours. Approchez, ma fille... Tenez ce cendrier devant moi, que je n’aie pas besoin de me déranger !

La honte au front, j’obéis, dominée par le regard dur de Sergine qui me faisait signe de me soumettre.

Cinq minutes durant, je dus demeurer ainsi.

Enfin, ma maîtresse proposa :
- Si nous allions nous coucher ?

Et, me regardant, elle me désigna son invitée :
- Déshabille madame ! Et tâche d’être adroite.

Dédaigneuse, la jolie inconnue se leva, et s’avança vers moi. Alors, dominant ma rage, je dégrafai sa robe somptueuse, et la lui retirai avec mille précautions. La jeune femme était ravissante, moulée dans une courte culotte de soie et de dentelles, les seins pris dans un soutien-gorge de fines mailles d’or. Ses bas arachnéens étaient retenus par des jarretelles de soie bleu pâle qui dépassaient de son petit pantalon. Comme je ne me dépêchais pas suffisamment, elle eût un geste d’impatience :
- Eh bien ! qu’est-ce que vous attendez, voyons ! Et mon pantalon ?

Humiliée, je fis glisser la petite culotte de soie.
- Ma ceinture à présent. Et vivement !

Le ton était sec, cassant, n’admettait point de réplique. Avec une hâte fébrile, je m’attaquai aux jarretelles, égratignant d’une des boucles la peau tendre de la cuisse.
- Dites-donc, vous me faites mal, la boniche !
- Excusez-moi, balbutiai-je, je n’ai pas voulu vous faire mal !

La jolie fille me toisa.
- Vous ne pourriez pas me parler à la troisième personne, non ? Ça vous gênerait ?

À ce moment, Sergine qui assistait à mon humiliation, fît remarquer.
- Tu sais, chérie, tu peux la gifler si elle ne te donne pas satisfaction.
- Ah vraiment ? fit en riant l’inconnue. Eh bien, tiens attrape !

À toute violence, elle me lança deux gifles qui firent vaciller ma tête et me mirent les larmes aux yeux. Mais déjà la jeune femme s’installait dans un fauteuil et me tendait ses pieds.
- Tiens, enlève mes chaussures ! Et tâche d’être plus adroite !

Enfin elle fut nue et se blottit dans les draps de soie du grand lit. Rapidement déshabillée par mes soins, Sergine l’y rejoignit.

Les deux femmes enlacées soudèrent leurs corps et leurs bouches. Le baiser fut long, infini. Avec une rage folle, je contemplais les deux lesbiennes.

Mais l’invitée s’étira soudain avec coquetterie :
- J’ai soif !
- Tu as entendu, toi ? me dit durement Sergine. Madame a soif. Va chercher du champagne et deux coupes !

Je revins bientôt, portant le lourd plateau d’argent. La protégée de Sergine me regardait venir avec un sourire.
- Où dois-je poser ce plateau. Madame ?
- Tu n’as qu’à le tenir pendant que nous boirons, me répliqua Sergine.

Et comme je tendais les coupes aux deux femmes, la nouvelle venue fit remarquer.
- Tu m’as dit que c’était une esclave, Sergine ? Eh bien, une esclave doit servir ses maîtresses à genoux, il me semble. Ne pourrait-elle pas s’agenouiller ?

Ma patronne me fixa de ses yeux froids :
- Tu as entendu ? À genoux !

C’en était trop. Je demeurai immobile, semblant ne pas avoir entendu.
- Il me semble qu’elle n’obéit pas, hein ? murmura l’amie de Sergine. Ma parole, il faudrait une cravache !
- Mais j’en ai une, ma chérie dans cette armoire !
- Alors attends, je vais la dresser, moi, ton esclave !

Sautant lestement à bas du lit, la jeune invitée courut jusqu’au meuble, et en revint en faisant siffler une fine cravache de jonc. Avec adresse, elle m’en cingla les seins deux fois, par dessus mon corsage de soie.
- Allez, à genoux !

La douleur m’arracha un gémissement. Vaincue, je m’écroulai sur les genoux, et me mis à sangloter.

Sans y prendre garde, les deux lesbiennes me firent tenir ainsi une longue demi-heure. Elles buvaient tranquillement, s’interrompant pour s’embrasser sur la bouche ou se lutiner avec des petits rires énervés.

Enfin ma maîtresse me fit signe de me retirer. Mais son amie la retint.
- Comment, tu la congédies ? Mais laisse-là donc auprès de nous cette nuit ! Nous pouvons avoir besoin de ses services !

La belle lesbienne égrena un rire perlé :
- C’est vrai, et puis cela ne lui fera pas de mal de contempler nos amours !

Ivre du plaisir de m’humilier, elle m’ordonna :
- Debout ! Et reste là, au bout du lit ! Ne bouge pas, sinon je t’attache !

Alors, se tournant vers son amie, elle l’enlaça. Pétrifiée d’horreur, de rage et de honte, je contemplais les deux corps noués.

Avec impudeur, et sans doute pour me donner un spectacle plus complet, les tendres amies rejetèrent loin d’elles les couvertures. Une petite lampe brûlait dans un coin de la pièce, jetant une lumière rose sur les corps étendus. Cette chair blanche et délicate, ces mouvements au rythme mélodieux, ces belles gorges pâmées évoquaient les plus beaux poèmes de la Grèce antique. Mais j’étais loin de les admirer. Je dus m’avouer à moi-même que j’étais folle de jalousie. Les deux femmes haletaient, frénétiquement livrées l’une à l’autre. Doucement, Sergine glissa le long du corps de son amie pâmée ; sa tête blonde promena sur les jeunes cuisses la caresse de leurs boucles soyeuses, puis elle se fixa, comme happée au creux des cuisses, par le triangle sombre des voluptés. Sous le baiser précis, la jeune inconnue se raidit, et des hurlements de plaisir s’échappèrent en houles de sa gorge. Elle noua ses longues jambes fines autour du corps de son amie, et fondit bientôt dans le plaisir suprême, les seins agités de longs tressaillements.

Lorsqu’enfin les deux femmes se remirent de leur désordre amoureux, la jeune amie de Sergine jeta sur moi un œil moqueur.
- Eh, l’esclave ! fit-elle soudain, donne-moi mon pantalon, j’ai froid aux cuisses.

Presque machinalement j’obéis à l’ordre, et présentai la fine lingerie.
- Tu ne penses pas que je vais le mettre moi-même, non ? s’exclama la jeune femme. Allez, enfile-le-moi ! Et vite !

Je passai les pieds de la lesbienne dans les jambes de la petite culotte, et je la remontai doucement jusqu’aux cuisses. La femme ne daigna même pas se soulever. Je dus glisser mes mains sous les fesses rondes, et à grand’peine, je parvins enfin à remonter le pantalon jusqu’à la taille. Je sentais une étrange fureur sourdre en moi, et mon visage s’empourpra tout d’un coup.
- C’est commode une esclave, plaisanta la petite. Tu devrais me la prêter, Sergine, je la mettrais volontiers à mon service ! À coups de cravache, elle marcherait droit, je t’assure !

Ces insolences mirent un comble à mon exaspération. En un éclair, ma vraie nature triompha. La petite fille indépendante réapparut, délivrée enfin de cet amour féminin, qui avait failli ruiner ma vie, comme autrefois l’amour de l’homme. En moi ne subsista plus qu’une rage folle, furieuse, et un désir humain de me venger.

Du sang passait devant mes yeux, en voiles rouges et fugitifs. Alors je m’approchai du lit, et de toutes mes forces, je giflai l’insolente. Celle-ci poussa un cri et se redressa furieuse ; mais la colère décuplait mes forces. Je bondis sur le lit, les ongles en avant, et je labourai le visage de la lesbienne, traçant sur la peau fine des sillons sanglants. Sergine voulut intervenir, mais je lui assénai en pleine figure un coup de poing d’une telle violence qu’elle s’évanouit. Ne me possédant plus, je m’emparai de la cravache avec laquelle la jeune inconnue m’avait cinglé si cruellement les seins. Blottie au fond du lit, elle me regardait épouvantée et suppliante... mais l’heure n’était pas à la pitié. J’avais trop souffert. À furieux coups de cravache, j’attaquai ce fragile corps de femme, arrachant à la suppliciée des hurlements d’agonie. Sous les cinglades, je déchirai la petite culotte que je lui avais mise moi-même, j’entamai de coupures profondes les globes purs des seins, je balafrai son visage, lui mettant un œil en sang. Sous la douleur, elle s’évanouit, et son corps, couvert de meurtrissures et de raies sanglantes, s’affaissa sur celui de Sergine inanimée. J’étais vengée.

Il ne me restait plus qu’à m’enfuir avant que mes victimes ne revinssent à elles. Sans scrupules, j’emportai quelques bijoux de prix, du linge et des robes de ma maîtresse, hâtivement jetés dans une valise. J’estimais que ce n’était là que juste paiement des souffrances endurées. Et je m’enfuis, laissant la petite lampe rose éclairer le tragique enlacement des lesbiennes punies...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mon destin me reprit. Guérie de l’amour des hommes ; dégoûtée de celui des femmes, j’étais prête pour la grande lutte qui servirait mes ambitions.

Je n’osai pas, cependant, recommencer ma vie galante. Je craignais trop que Sergine, très répandue dans tous les milieux de plaisir, ne retrouvât ma trace, et que sa vengeance fût terrible.

Que faire ? C’est alors que j’eus la sage idée de pénétrer dans les milieux du vrai monde, certaine d’y faire mon chemin. Pour cela, une seule chose m’était possible : m’engager dans une grande maison comme femme de chambre. J’avais appris ce métier à fond durant mon service forcé auprès de Sergine ; et je comptais beaucoup sur mon charme, sur mon expérience déjà lourde pour arriver à mes fins.

Prévoyante, je déposai en lieu sûr les quelques bijoux enlevés qui me constituaient une petite réserve. Et nantie de mon trousseau assez luxueux, de ma frimousse perverse et de mon ambition, je me mis en quête d’une place. J’avais alors dix-huit ans...

Voir en ligne : Le Journal intime d’une soubrette (III)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après les Confessions érotiques de ***, Le Journal intime d’une soubrette, Éditions Richepanse, Paris, 1935.



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