Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > L’École du libertinage > Punitions, avilissements, turpitudes et jouissances

Navigation



L’École du libertinage

Punitions, avilissements, turpitudes et jouissances

Les 120 journées de Sodome (23e journée)



Auteur :

Mots-clés : |

Le Marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome, ou l’École du libertinage, Éd. Club des bibliophiles, Paris, 1904.


XXVII — Vingt-troisième journée

« Peut-on brailler, peut-on hurler comme tu le fais en déchargeant ! dit le duc à Curval, en le revoyant le vingt-trois au matin. À qui diable en avais-tu pour crier de la sorte ? Je n’ai jamais vu des décharges de cette violence-là. — Ah ! parbleu, dit Curval, c’est bien à toi qu’on entend d’une lieue à m’adresser un pareil reproche ! Ces cris-là, mon ami, viennent de l’extrême sensibilité de l’organisation : les objets de nos passions donnent une commotion si vive au fluide électrique qui coule dans nos nerfs, le choc reçu par les esprits animaux qui composent ce fluide est d’un tel degré de violence, que toute la machine en est ébranlée, et qu’on n’est pas plus le maître de retenir ses cris à ces secousses terribles du plaisir qu’on ne le pourrait aux émotions puissantes de la douleur. — Voilà qui est fort bien défini. Mais quel était le délicat objet qui mettait ainsi tes esprits animaux en vibration ? — Je suçais violemment le vit, la bouche et le trou du cul d’Adonis, mon compagnon de couche, désespéré de ne pouvoir encore lui en faire davantage, et cela pendant qu’Antinoüs, aidé de votre chère fille Julie, travaillait, chacun dans son genre, à faire évacuer cette liqueur dont l’écoulement a occasionné ces cris qui ont frappé vos oreilles. — De façon qu’aujourd’hui, continua le duc, vous voilà sur les dents. — Point du tout, dit Curval ; si vous daignez me suivre et me faire l’honneur de m’examiner, vous verrez que je me conduirai, pour le moins, aussi bien que vous. » On en était à ces propos, quand Durcet vint dire que le déjeuner était servi. On passa à l’appartement des filles, où l’on vit ces huit charmantes petites sultanes nues présenter des tasses et du café à l’eau. Alors le duc demanda à Durcet, le directeur du mois, pourquoi ce café à l’eau le matin. « Il sera au lait quand vous voudrez, dit le financier. En désirez-vous ? — Oui, dit le duc. — Augustine, dit Durcet, servez du lait à monsieur le duc. » Alors la jeune fille préparée vint placer son joli petit cul sur la tasse, et répandit par son anus, dans la tasse du duc, trois ou quatre cuillerées d’un lait très clair et nullement souillé. On rit beaucoup de la plaisanterie, et chacun demanda du lait. Tous les culs étaient préparés comme celui d’Augustine : c’était une surprise agréable que le directeur des plaisirs du mois voulait donner à ses amis. Fanny vint en répandre dans la tasse de l’évêque, Zelmire dans celle de Curval et Michette dans celle du financier ; on reprit une seconde tasse, et les quatre autres sultanes vinrent faire, dans ces nouvelles tasses, la même cérémonie que leurs compagnes avaient faite dans les anciennes. On trouva la plaisanterie fort bonne ; elle échauffa la tête de l’évêque qui voulut autre chose que du lait, et la belle Sophie vint le satisfaire. Quoique toutes eussent envie de chier, on leur avait très recommandé de se retenir dans l’exercice du lait, et de ne donner cette première fois absolument que du lait. On passa chez les garçons : Curval fit chier Zélamir et le duc Giton. Les garde-robes de la chapelle ne fournirent que deux fouteurs subalternes, Constance et Rosette ; c’était une de celles sur lesquelles on avait essayé la veille l’histoire des indigestions, elle avait eu une peine affreuse à se retenir au café et elle lâcha, pour lors, l’étron le plus superbe qu’il fût possible de voir. On félicita Duclos de son secret, et on en usa tous les jours, depuis, avec le plus grand succès. La plaisanterie du déjeuner anima la conversation du dîner et fit imaginer, dans le même genre, des choses dont nous aurons peut-être occasion de parler dans la suite. On passa au café, servi par quatre jeunes sujets du même âge : Zelmire, Augustine, Zéphire et Adonis, tous quatre de quinze ans. Le duc foutit Augustine en cuisses en lui chatouillant l’anus, Curval en fit autant à Zelmire, le duc à Zéphire, et le financier foutit Adonis en bouche. Augustine dit qu’elle s’attendait qu’on la ferait chier à cette époque, et qu’elle n’en pouvait plus : c’était encore une de celles sur lesquelles on avait éprouvé les indigestions de la veille. Curval, à l’instant, lui tendit le bec, et la charmante petite fille y déposa un étron monstrueux que le président goba en trois bouchées, non sans perdre entre les mains de Fanchon, qui le secouait, une rivière abondante de foutre. « Eh bien ! dit-il au duc, vous voyez que les excès de la nuit ne portent aucun préjudice au plaisir du jour, et vous voilà en arrière, monsieur le duc ! — Je n’y serai pas longtemps, » dit celui-ci à qui Zelmire, tout aussi pressée, rendait le même service qu’Augustine venait de rendre à Curval. Et dans le même instant le duc se renverse, jette des cris, avale de la merde, et décharge comme un furieux. « En voilà assez, dit l’évêque ; que deux de nous conservent au moins leurs forces pour les récits. » Durcet qui n’avait pas, comme ces deux messieurs, du foutre au commandement, y consentit de tout son cœur, et, après un instant de méridienne, on fut s’établir au salon, où l’intéressante Duclos reprit dans les termes suivants le fil de sa brillante et lascive histoire :

« Comment est-il, messieurs, dit cette belle fille, qu’il y ait des gens dans le monde à qui le libertinage ait tellement engourdi le cœur, tellement abruti tous les sentiments d’honneur et de délicatesse, que l’on les voie se plaire et s’amuser uniquement de ce qui les dégrade et les avilit ? On dirait que leur jouissance ne se trouve qu’au sein de l’opprobre, qu’elle ne peut exister pour eux que dans ce qui les rapproche du déshonneur et de l’infamie. Dans ce que je vais vous raconter, messieurs, dans les différents exemples que je vais vous donner à preuve de mon assertion, ne m’alléguez pas la sensation physique ; je sais qu’elle s’y trouve, mais soyez bien parfaitement sûrs qu’elle n’existe en quelque sorte que par l’étai puissant que lui donne la sensation physique sans y joindre tout ce qu’ils retirent de la morale, vous ne réussiriez pas à les émouvoir.

« Il venait très souvent chez moi un homme dont j’ignorais le nom et la qualité, mais que je savais pourtant bien être certainement un homme de condition. L’espèce de femme avec qui je le mariais lui était parfaitement égale : belle ou laide, vieille ou jeune, tout lui était indifférent ; il ne s’agissait que de bien jouer son rôle, et voici ce dont il s’agissait. Il venait ordinairement le matin, il entrait comme par mégarde dans une chambre où se trouvait une fille sur un lit, troussée jusqu’au milieu du ventre et dans l’attitude d’une femme qui se branle. Dès qu’on le voyait entrer, la femme, comme surprise, se jetait aussitôt au bas du lit. "Que viens-tu faire ici, scélérat, lui disait-elle ; qui t’a donné, coquin, la permission de me troubler ?" Il demandait excuse, on ne l’écoutait pas, et tout en l’accablant d’un nouveau déluge d’invectives les plus dures et les plus piquantes, elle tombait sur lui à grands coups de pied dans le cul, et il lui devenait d’autant plus difficile de manquer son coup que le patient, loin d’éviter, ne manquait jamais de se tourner et de présenter le derrière, quoi qu’il eût l’air d’éviter et de vouloir fuir. On redoublait, il demandait grâce ; les coups et les sottises étaient toutes les réponses qu’il recevait ; et dès qu’il se sentait suffisamment excité, il sortait promptement son vit d’une culotte que, jusqu’à cet instant, il avait avec soin tenue très boutonnée, et, se donnant légèrement trois ou quatre coups de poignet, il déchargeait en se sauvant, pendant que l’on continuait et les invectives et les coups.

« Un second, ou plus dur, ou plus accoutumé à cette sorte d’exercice, ne voulait procéder qu’avec un portefaix ou un crocheteur qui comptait son argent. Le libertin entrait furtivement, le malotru criait au voleur ; de ce moment, comme sur l’autre, les coups et les sottises se distribuaient, mais avec cette différence, que celui-ci, tenant toujours sa culotte baissée, voulait recevoir en plein sur le milieu des fesses à nu les coups que l’on lui appliquait, et qu’il fallait que l’assaillant eût un gros soulier ferré plein de boue. Au moment de sa décharge, celui-ci ne s’esquivait pas ; planté, ses culottes bien basses, au milieu de la chambre, en se secouant de toute sa force, il bravait les coups de son ennemi, et, à ce dernier instant, le défiait de lui faire demander quartier, l’insultant à son tour et jurant qu’il mourait de plaisir. Plus l’homme que je donnais à celui-ci était vil, plus il était de la lie du peuple, plus son soulier était grossier et sale, et plus je le comblais de volupté ; je devais mettre à ces raffinements-là les mêmes soins qu’il faudrait employer avec un autre homme pour farder et embellir une femme.

« Un troisième voulait se trouver dans ce qu’on appelle, dans une maison, le sérail, à l’instant où deux hommes, payés et apostés exprès, y élèveraient une dispute. On s’en prenait à lui, il demandait grâce, il se jetait a genoux, on ne l’écoutait pas ; et l’un des deux champions tombant aussitôt sur lui l’accablait de coups de canne jusqu’à l’entrée d’une chambre préparée et dans laquelle il se sauvait ; là une fille le recevait, le consolait, le caressait comme on ferait à un enfant qui vient se plaindre, elle troussait ses jupes, lui montrait le derrière, et le libertin déchargeait dessus.

« Un quatrième exigeait les mêmes préliminaires, mais, dès que les coups de canne commençaient à pleuvoir sur son dos, il se branlait devant tout le monde. Alors on suspendait un instant la dernière opération, quoique les coups de canne et les invectives coulassent toujours, puis, dès qu’on le voyait s’animer, et que son foutre était prêt à partir, on ouvrait une fenêtre, on le saisissait par le milieu du corps et on le jetait de l’autre côté sur un fumier préparé exprès, ce qui ne lui faisait faire une chute tout au plus que de six pieds. Tel était l’instant de sa décharge ; son moral était excité par les apprêts qui précédaient, et son physique ne le devenait que par l’élan de la chute, et ce n’était jamais que sur le fumier que son foutre coulait. On ne le revoyait plus ; une petite porte dont il avait la clé se trouvant en bas, il disparaissait sur-le-champ.

« Un homme, payé pour cela et mis en tapageur, entrait brusquement dans la chambre où l’homme qui nous fournit le cinquième exemple se trouvait enfermé avec une fille, dont il baisait le derrière en attendant l’exécution. Le tapageur, s’en prenant au miché, lui demandait insolemment, en enfonçant la porte, de quel droit il prenait ainsi sa maîtresse, puis mettant l’épée à la main, il lui disait de se défendre. Le miché, tout confus, se jetait à genoux, demandait pardon, baisait la terre, baisait les pieds de son ennemi, et lui jurait qu’il pouvait reprendre sa maîtresse et qu’il avait pas envie de se battre pour une femme. Le tapageur, rendu plus insolent par les souplesses de son adversaire, devenait bien plus impérieux : il traitait son ennemi de poltron, de plat, de jean-foutre, et le menaçait de lui couper le visage avec la lame de son épée. Et plus l’un devenait méchant, plus l’autre aussitôt s’humiliait. Enfin, au bout quelques instants de débat, l’assaillant offrait une composition à son ennemi : "Je vois bien que tu es un plat, lui disait-il ; je te fais grâce, mais à condition que tu baiseras mon cul. — Oh ! monsieur, tout ce que vous voudrez, disait l’autre, enchanté. Je vous le baiserais merdeux même, si vous voulez, pourvu que vous ne me fassiez aucun mal." Le tapageur, rengainant, exposait à l’instant son derrière ; le miché trop heureux se jetait dessus avec enthousiasme, et pendant que le jeune homme lui lâchait une demi-douzaine de pets au nez, le vieux paillard, au comble de sa joie, lâchait du foutre en mourant de plaisir. »

« Tous ces excès-là se conçoivent, dit Durcet en bégayant (parce que le petit libertin bandait au récit de ces turpitudes). Rien de si simple que d’aimer l’avilissement et de trouver des jouissances dans le mépris. Celui qui aime avec ardeur les choses qui déshonorent trouve du plaisir à l’être et doit bander quand on lui dit qu’il l’est. La turpitude est une jouissance très connue de certaines âmes ; on aime à entendre dire ce qu’on aime à mériter, et il est impossible de savoir où peut aller sur cela l’homme qui ne rougit plus de rien. C’est ici l’histoire de certains malades qui se plaisent dans leur cacochysme. — Tout cela est l’affaire du cynisme, dit Curval en maniant les fesses de Fanchon : qui ne sait pas que la punition même produit des enthousiasmes ? Et n’a-t-on pas vu des gens bander, à l’instant où l’on les déshonorait publiquement. Tout le monde sait l’histoire du marquis de … qui, dès qu’on lui eut appris la sentence qui le brûlait en effigie, sortit son vit de sa culotte et s’écria : "Foutredieu ! me voilà au point où je me voulais, me voilà couvert d’opprobre et d’infamie ; laissez-moi, laissez-moi, il faut que j’en décharge !" Et il le fit au même instant. — Ce sont des faits, dit à cela le duc, mais expliquez-m’en la cause. — Elle est dans notre cœur, reprit Curval. Une fois que l’homme s’est dégradé, qu’il s’est avili par des excès, il a fait prendre à son âme une espèce de tournure vicieuse dont rien ne peut plus la sortir. Dans tout autre cas, la honte servirait de contrepoids aux vices où son esprit lui conseillerait de se livrer, mais ici cela ne se peut plus : c’est le premier sentiment qu’il a éteint, c’est le premier qu’il a banni loin de lui ; et de l’état où l’on est, en ne rougissant plus, à celui d’aimer tout ce qui fait rougir, il n’y a exactement qu’un pas. Tout ce qui affectait désagréablement, trouvant une âme différemment préparée, se métamorphose alors en plaisir, et, de ce moment-là, tout ce qui rappelle le nouvel état que l’on adopte ne peut plus être que voluptueux. — Mais quel chemin il faut avoir fait dans le vice pour en être là ! dit l’évêque. — J’en conviens, dit Curval, mais cette route se fait imperceptiblement, on ne la suit que sur des fleurs ; un excès amène l’autre ; l’imagination, toujours insatiable, nous amène bientôt au dernier terme, et comme elle n’a parcouru sa carrière qu’en endurcissant le cœur, dès qu’elle a touché le but, ce cœur, qui contenait jadis quelques vertus, n’en reconnaît plus une seule. Accoutumé à des choses plus vives, il secoue promptement les premières impressions molles et sans douceur qui l’avaient enivré jusque lors, et comme il sent bien que l’infamie et le déshonneur vont être la suite de ses nouveaux mouvements, pour n’avoir pas à les redouter, il commence par se familiariser avec eux. Il ne les a pas plus tôt caressés qu’il les aime, parce qu’ils tiennent à la nature de ses nouvelles conquêtes, et il ne change plus. — Voilà donc ce qui rend la correction si difficile, dit l’évêque. — Dites impossible, mon ami. Et comment les punitions infligées à celui que vous voulez corriger réussiraient-elles à le convertir, puisque à cela près de quelques privations, l’état d’avilissement qui caractérise celui où vous le placez en le punissant lui plaît, l’amuse, le délecte, et qu’il jouit au-dedans de lui-même d’avoir été assez loin pour mériter d’être ainsi traité ? — Oh ! quelle énigme que l’homme ! dit le duc. — Oui, mon ami, dit Curval. Et voilà ce qui a fait dire à un homme de beaucoup d’esprit qu’il valait mieux le foutre que de le comprendre. » Et le souper venant interrompre nos interlocuteurs, on fut se mettre à table sans avoir rien fait de la soirée. Mais Curval, au dessert, bandant comme un diable, déclara qu’il voulait faire sauter un pucelage, dût-il en payer vingt amendes, et s’emparant aussitôt de Zelmire qui lui était destinée, il allait l’entraîner dans le boudoir, lorsque les trois amis, se jetant au-devant de lui, le supplièrent de se soumettre à ce que lui-même avait prescrit, et que puisque eux, qui avaient pour le moins autant envie d’enfreindre ces lois, s’y soumettaient cependant, il devait les imiter au moins par complaisance. Et comme on avait sur-le-champ envoyé Julie qu’il aimait, elle s’empara de lui avec la Champville et Brise-cul, et ils passèrent tous trois dans le salon, où les autres amis, les rejoignant bientôt pour commencer les orgies, les trouvèrent aux prises, et Curval lâchant enfin son foutre, au milieu des plus lubriques postures et des épisodes les plus libertins. Durcet, aux orgies, se fit donner deux ou trois cents coups de pied au cul par les vieilles ; l’évêque, le duc et Curval par les fouteurs, et personne, avant d’aller se coucher, ne fut exempt de perdre plus ou moins de foutre, suivant la faculté qu’il en avait reçue de la nature. Comme on craignait quelque nouveau retour de la fantaisie déflorante que Curval venait d’annoncer, on fit coucher avec soin les vieilles dans la chambre des filles et des garçons. Mais ce soin ne fut pas nécessaire ; et Julie, qui s’en empara toute la nuit, le rendit le lendemain à la société aussi souple qu’un gant.

Voir en ligne : 24e journée :
- Flagellations et sanglantes cérémonies

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique du Marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome, ou l’École du libertinage, Éd. Club des bibliophiles, Paris, 1904.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris