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Quelques erreurs qu’il serait utile de détruire dans les couvents

Traité du Fouet (Chapitre III)



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François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.


CHAPITRE III
DE QUELQUES ERREURS
QU’IL SERAIT UTILE DE DÉTRUIRE
PRINCIPALEMENT DANS LES COUVENTS

L’amour est un besoin qui nous est commun, mais qui ne se fait sentir qu’à un certain âge. C’est en vain qu’on voudrait éteindre ses feux lorsqu’on touche à la puberté ; les plus grands efforts n’aboutissent alors qu’à leur prêter de la force et l’incendie s’accroît de plus en plus. Ces réflexions nous font voir que ceux qui font voeu de célibat seront souvent parjures, ou toujours malheureux. Supposons, cependant, qu’il y ait quelques êtres privilégiés qui vivent exempts de ce qu’une fausse dévotion appelle les faiblesses humaines ; il faudrait au moins, pour le bien de tous les religieux et religieuses que l’on eût soin d’éloigner d’eux tout ce qui peut les ramener à la nature. Examinons si l’on tient cette conduite dans les monastères.

Nous avons vu, dans les chapitres précédents, que les flagellations peuvent et doivent produire une irritation sur toutes nos fibres, et que cette irritation se fait principalement sentir aux parties de la génération. Pourquoi donc la discipline est-elle ordonnée dans tous les couvents, et certains jours de pénitence ? Doit-on rappeler la vie dans une partie qu’on a voulu destiner à la mort ? On ne devrait rien permettre dans le cloître qui puisse blesser la décence ou qui puisse, comme disent les casuistes, réveiller la chair. L’usage, ou plutôt l’abus de se discipliner, devrait conséquemment y être aboli, puisque l’effet en est toujours pernicieux. Heureusement que ces cérémonies de flagellations se pratiquent dans l’obscurité ; car, si l’on se présentait dans la dévote assemblée avec une lumière à la main, on verrait que la pénitence finit toujours par la masturbation ou par des pollutions involontaires.

Quelle contradiction dans la conduite des célibataires de ce genre ! Ils avalent le matin deux ou trois verres d’une décoction faite avec les plantes les plus froides ; et le soir, ils se frappent avec des cordes ou de petites chaînes, pour rappeler une chaleur qui commençait à s’éteindre !

C’est surtout parmi les religieuses qu’il ne faudrait jamais parler de fouet ni de disciplines : les femmes étant plus faciles à émouvoir que les hommes, elles sont aussi plus sujettes aux pollutions.

Il semble que la manie de se fustiger ou de fustiger les autres soit particulièrement celle des moines. S’ils s’en tenaient au moins à se discipliner entre eux, ce ne serait qu’un petit mal ; mais c’est qu’il y en a quelques-uns qui ne rougissent pas d’ordonner le fouet à leurs pénitentes et qui se chargent surtout d’aller le leur donner eux-mêmes au sortir du confessionnal. Combien y a-t-il de confesseurs qui ont débauché de jeunes filles de cette manière ? Combien de scélérats ont abusé d’un ministère respectable pour commettre les horreurs les plus infâmes ?

On a souvent entendu les tribunaux [1] retentir des justes plaintes de quelques infortunées qui avaient été victimes de leur crédulité : on a vu, plus d’une fois, de justes lois faire traîner les coupables au supplice.

Tout le monde connaît les différentes aventures qu’on raconte au sujet de quelques cordeliers qui, seuls dans la chambre de leurs pénitentes, les faisaient mettre à genoux, troussaient leurs jupons, leur claquaient les fesses ou les fustigeaient rudement, suivant la grandeur des péchés qu’elles avaient commis ; la correction finissait par pousser en avant la gentille pécheresse, et lui passer par derrière un bout du cordon de Saint François qui avait la vertu de faire pâmer la dévote et de lui donner une idée du paradis de Mahomet.

Il est bien singulier que de tout temps et chez toutes les nations, on ait souvent mêlé l’impudicité et la plus vile corruption aux cérémonies les plus sacrées. Des fêtes netturales se célébraient dans les temples [2] ; la dévotion y attirait toutes les dames romaines ; pendant plusieurs années, l’empereur Néron, ses prêtres, ses courtisans, abusèrent de la crédulité des unes et partagèrent le libertinage des autres : comme cette fête se célébrait pendant la nuit, aucune n’avait à rougir ; les soupirs qu’on y entendait, le bruit singulier qui devait s’y faire semblaient n’avoir pour cause que de saintes extases. Les pèlerinages de La Mecque, qui sont ce qu’il y a de plus saint et de plus révéré chez les Turcs et les Persans, ne sont-ils pas le comble de la dépravation des moeurs ? J’ai vu, en Espagne et en Italie, des extravagants courir les rues à la suite d’une sainte bannière et se fustiger sous les fenêtres de leurs maîtresses, en mémoire de la passion du Christ [3].

Pour expliquer la cause de ces erreurs, il ne faut que connaître les hommes ; lorsqu’on est parvenu à se faire une juste idée de la valeur de ceux qui en ont imposé et qui en imposent encore, on n’est plus étonné de voir subsister les abus les plus ridicules. La crainte a fait les dieux, dit un grand philosophe, mais il faut ajouter à cette sentence que c’est l’imposture qui soutient leur trône. Les différents cultes qu’on rend à ces divinités incompréhensibles étant l’ouvrage de quelques mortels ou faibles ou trompeurs, il n’est pas surprenant que ces cultes se soient souvent ressentis de la sottise de l’inventeur et qu’on y ait associé des folies même dangereuses.

Mais je m’écarte de mon plan ; comme toutes ces discussions m’entraîneraient trop loin, je reviens à mon sujet… Il serait nécessaire de supprimer l’usage des flagellations dans tous les couvents, puisqu’elles peuvent contribuer à ranimer le physique de l’amour ; on ôterait par là le ressort le plus excitatif. Je voudrais même défendre à tous les moines, et sous des peines très rigoureuses, de se regarder le corps à nu ; car il faut peu de chose pour échauffer un jeune célibataire. Une religieuse de dix-huit à vingt ans, qui s’amuse le soir à chercher ses puces, finit rarement sa petite chasse sans faire un sacrifice à l’amour ; elle voudrait ne pas succomber, mais la liqueur fermente et le moindre attouchement suffit pour la faire répandre.

Il est bien humiliant que nous trouvions encore parmi nous des restes aussi ridicules du fanatisme de nos ancêtres. Devrait-on se rappeler le nom de moines dans un siècle aussi éclairé que le nôtre ? Ces illustres et riches fainéants font-ils quelque chose d’utile ? Contribuent-ils à nous rendre l’Éternel plus cher ? Ministres inutiles, on les entend bien réciter parfois des couplets qu’ils ne conçoivent peut-être pas ; mais ces prières vagues et stériles peuvent-elles effacer aux yeux du vrai Dieu toutes les sottises qu’ils commettent au sortir du choeur ?

La réforme monacale serait utile et nécessaire ; les enfants de saint Bruno ne s’en trouveraient peut-être pas bien, mais les capucins seraient, en général, très contents. Quelques religieuses accourraient se jeter dans les bras d’un amant que des parents injustes leur enlevèrent ; elles deviendraient épouses fidèles, mères tendres ; et leur amour enfin exaucé donnerait des sujets à l’État.

Ces temps de réforme sont encore bien éloignés, je le sais. En attendant cette heureuse époque, invitons les religieux des deux sexes à ne plus se fustiger pour nos péchés : qu’ils bannissent de leur règle un usage qui ne peut que contrarier leur projet de célibat et les avilir aux yeux même de l’amour [4].

Il faut que ceux qui croient servir Dieu et lui plaire en se fustigeant se soient fait une idée bien étrange de la Divinité. Ils ne voient sans doute dans le Père de la nature qu’un être terrible et vengeur, toujours armé de la foudre pour punir indistinctement l’innocent et le coupable : ils se figurent qu’on ne peut l’apaiser que par des cilices, des jeûnes et autres mortifications non moins ridicules. Ces erreurs sont aussi extravagantes que dangereuses à la société ; elles ôtent à l’homme le désir de se rendre utile à ses semblables et font qu’il préfère son caprice bigot à la douceur de faire de bonnes oeuvres. Un philosophe a dit avec raison qu’un sauvage errant dans les bois, contemplant le ciel et la nature, sentant pour ainsi dire le seul maître qu’il reconnaît, est plus près de la véritable religion qu’un chartreux enfoncé dans sa loge et vivant avec les fantômes d’une imagination échauffée.

On doit un culte à l’Éternel ; il faut une religion. Mais le culte que demande l’Être suprême doit s’allier aux devoirs de tout citoyen. Le vrai Dieu ne crie pas aux mortels du haut de son trône : « Jeûnez, fustigez-vous, n’écoutez pas les sens que je vous donnai pour votre bonheur et renoncez à la nature. »

L’auteur de L’An deux mille quatre cent quarante [5] peint bien éloquemment le ridicule de précipiter par dévotion la jeunesse dans nos cloîtres que nous regardons comme sacrés [6]. Puissent les paroles de ce philosophe arrêter de jeunes victimes prêtes à se plonger dans ces tombeaux vivants ! « Quelle cruelle superstition enchaîne dans une prison sacrée tant de jeunes beautés qui recèlent tous les feux permis à leur sexe, que redouble encore une clôture éternelle et jusqu’aux combats qu’elles se livrent. Pour bien sentir tous les maux d’un coeur qui se dévore lui-même, il faudrait être à sa place ; timide, confiante, abusée, étourdie par un enthousiasme pompeux, cette jeune fille a cru longtemps que la religion et son Dieu absorberaient toutes ses pensées : au milieu des transports de son zèle, la nature éveille dans son coeur ce pouvoir invincible qu’elle ne connaît pas et qui la soumet à son joug impérieux. Ces traits ignés portent le ravage dans ses sens, elle brûle dans le calme de la retraite ; elle combat, mais sa constance est vaincue, elle rougit et désire. Elle regarde autour d’elle et se voit seule sous des barreaux insurmontables, tandis que tout son être se porte avec violence vers un objet fantastique que son imagination allumée pare de nouveaux attraits. Dès ce moment, plus de repos. Elle était née pour une heureuse fécondité ; un lien éternel la captive et la condamne à être malheureuse et stérile. Elle découvre alors que la loi l’a trompée, que le joug qui détruit la liberté n’est pas le joug d’un Dieu, que cette religion, qui l’a engagée sans retour, est l’ennemie de la nature et de la raison. Mais que servent ses regrets et ses plaintes ! Ses pleurs, ses sanglots se perdent dans la nuit du silence. Le poison brûlant, qui fermente dans ses veines, détruit sa beauté, corrompt son sang, précipite ses pas vers le tombeau. Heureuse d’y descendre, elle ouvre elle-même le cercueil où elle doit goûter le sommeil de ses douleurs. »

En divisant les sexes, en élevant des barrières éternelles entre l’homme et la femme, les fondateurs des couvents ne songèrent pas aux coupables abus qui devaient en résulter. Comme on ne peut jamais étouffer l’effervescence des sens, il a fallu que les victimes qu’on avait enterrées dans le cloître cherchassent des moyens pour apaiser ou tromper l’amour. Poussés par un instinct très innocent, ces robustes captifs s’occupèrent à trouver le plaisir dans leur sexe même. L’on connut la masturbation et des crimes plus atroces encore.

Ce vice qu’on reprocha tant aux jésuites, et qui faisait, peut-être, réellement leur honte, vient sans doute du barbare abus de cloîtrer de jeunes gens. Les filles renfermées ne cherchèrent pas moins à se procurer, entre elles, une idée des plaisirs de l’amour.

Les horreurs de cette espèce ne restèrent point renfermées dans les endroits où elles avaient pris naissance : les mondains s’occupèrent de ces viles et criminelles ressources. Les lois furent forcées de sévir contre ces attentats de lèse-amour, et malgré leur juste rigueur, il existe encore des crimes de ce genre. On voit plus d’un vieux financier cajoler son valet ou son garçon perruquier ; il y a plus d’une duchesse qui ne soupire que pour sa femme de chambre [7]. Ô monstres ! que faites-vous ? voulez-vous passer pour sages et tempérés ? Craignez-vous d’être victimes de l’autre sexe ? En suivant les lois de la vraie tendresse, vous ne pourriez commettre que des faiblesses ; au lieu que vous êtes des vicieux qui méritez l’indignation publique et qu’on doit livrer à l’opprobre !

Voir en ligne : Les peines qu’on inflige à l’enfance et à la jeunesse (Chapitre IV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.

Notes

[1On trouve dans les Causes célèbres, des procès fameux contre les séducteurs de ce genre. De tels exemples sont bien faits pour détourner les âmes honnêtes et timides d’un confessionnal quelconque ; elles ont à craindre d’être obligées de payer une absolution beaucoup trop cher. Si les Italiens sont aussi jaloux qu’on le dit, je suis étonné qu’ils ne se chargent pas eux-mêmes d’être les directeurs de la conscience de leurs femmes.

[2Néron institua ces fêtes pour se consoler de la mort de Netturius, l’un de ses favoris, qui s’était attiré la bienveillance de ce prince par son talent pour les intrigues amoureuses.

[3Il y a, dans ces pays-là, différentes assemblées de dévots, qu’on nomme pénitents ; l’uniforme de ces confréries est des plus plaisants. Il y a des pénitents blancs, des noirs, des bleus, des rouges, des verts, etc. Ils courent les rues, certains jours de pénitence, ils sont presque tous pieds nus, et se disciplinent pour divertir le peuple et surtout leurs maîtresses.

[4Les avilir aux yeux de l’amour… Oui, et cela parce qu’à force de se fustiger, la nature s’échauffe, les nerfs sont irrités, et cela finit par la masturbation. Je demande s’il y a quelque chose de plus avilissant pour l’amour ?

[5Cet ouvrage contient de grandes vérités, aussi l’a-t-on défendu. Celui qui l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aurai jamais de pensions, et cela parce qu’il a eu le courage de dévoiler la honte de ceux qui distribuent l’argent et les honneurs. Écrivains…. écrivains…, faites de plates sottises, soumettez-vous à la censure sans murmure, flattez les grands sans instruire les petits, alors vous serez prônés, payés, et bien ou mal peints dans le salon des illustres !

[6Que les grandes choses s’opèrent lentement ! Pourquoi n’imite-t-on pas dans tous les États la sage administration de l’immortel Joseph Second qui, dès qu’il eut dans les mains le sceptre de l’empire, en frappa les puissances monacales et renversa l’autel le plus pernicieux qu’eut jamais élevé la superstition ? Il a su, par cette juste réforme, rendre des mères à la société et des hommes à l’État. Il a ôté à tous ses sujets l’aspect de l’oisiveté et de la débauche que présentent le plus souvent ces hommes cloîtrés qui n’ont de patrimoine que celui qu’ils dérobèrent à nos pères et qui chaque jour s’engraissent encore du travail et de la crédulité du peuple.

[7Il arrive souvent qu’on dise, dans de très bonnes sociétés, en parlant d’un seigneur, on d’une dame, Un tel est pour homme, la Comtesse est pour femme. Quelle horreur ! on badine sur cela, et l’on fréquente de pareilles gens !… Ce manque de délicatesse est bien digne de ces plats et brillants étourdis qui, par gentillesse, s’honorent entre eux du beau nom de roués.



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