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Poésies pour faire suite au Catéchisme libertin

Recette pour rester sage (Conte dédié aux Dames)

Poésies libres et nouvelles (1792)



Poésies libres et nouvelles pour faire suite au Catéchisme libertin in Catéchisme libertin à l’usage des filles de joie et des jeunes demoiselles qui se décident à embrasser cette profession, par Mademoiselle Théroigne, Aux Dépens de la Veuve Gourdan, Paris, 1792.


RECETTE

POUR RESTER SAGE

CONTE

DÉDIÉ AUX DAMES

Oh ! mes amis, pourquoi faut-il sans cesse
Que le plaisir soit contraire au devoir ?
-- Pour s’en défendre, on n’a qu’à le vouloir,
Disent les gens auxquels on s’en confesse.
-- Propos menteur, et ridicule espoir.
La liberté que cet attrait nous laisse,
N’est qu’un vain mot qu’on ne peut concevoir.
De résister avons-nous le pouvoir ?
Quand le désir à chaque instant nous presse ;
Sexe adoré, vous qu’un tendre penchant
Porte à l’amour dès votre plus jeune âge,
Je m’en rapporte à votre sentiment :
Comment jamais pouvez-vous être sage ?
En vous flattant, on sait vous décevoir,
Et tour à tour, séduit avec adresse,
Par votre amant et par votre faiblesse,
Par vos désirs et par votre miroir,
À chaque instant forcé de vous défendre,
Du piège adroit d’un heureux séducteur,
Il vous faudrait, pour ne jamais vous rendre,
Ou plus de force, ou n’avoir pas un cœur.
Il est pourtant quelques femmes prudentes
Qui, nous dit-on, échappent à ces lois.
Boileau, cherchant ces vertus étonnantes,
Dans Paris même, en compta jusqu’à trois.
C’était beaucoup, et maintenant je pense
Que, pour aider leur fragile innocence,
Elles avaient quelque secret moyen
Qui les faisait persister dans le bien.
Ces ruses-là, ces heureuses recettes
Ne doivent point, amis, rester secrètes
Quand on les fait, il faut les indiquer.
J’en connais une, et je croirais manquer
A mes devoirs, à la vertu des dames,
Si mon secret, facile à pratiquer,
Restait toujours un secret pour nos femmes.
L’exemple seul peut le bien expliquer.
C’est pour cela qu’en historien fidèle,
Sans plus longtemps du sujet m’écarter,
Discrètement je vais le raconter.
Alix était aussi jeune que belle,
Ses yeux charmants promettaient le plaisir ;
Partant, Alix inspirait le désir.
Dire qu’elle eut mille amants d’importance,
Ce serait prendre un inutile soin.
Un d’eux bientôt obtint la préférence ;
Et pour sauver sa trop faible innocence,
D’un prompt hymen Alix eut grand besoin.
Son père était homme d’expérience,
Il se disait en voyant leurs amours :
-- Son cœur est pris, le reste est sans défense,
Il faut voler bien vite à son secours.
Si cet amant me donne l’espérance
De voir ma fille heureuse pour toujours,
N’hésitons pas, et de ma vigilance,
De mes frayeurs n’allongeons pas le cours.
L’examen fait avec soin et prudence,
Sur chaque point a comblé tous ses vœux,
L’amant aimé promet une constance,
Gage certain du bonheur de tous deux ;
Il est bien fait, aimable et généreux,
Riche de plus et de haute naissance ;
Pour nos enfants trouvant tels amoureux,
Ce serait bien de quoi nous satisfaire.
Mais ce fut trop pour notre digne père,
Il voulut voir, voir de ses propres yeux,
Si pour forcer sa fille à rester sage,
Son gendre avait ces talents merveilleux
Qui, selon lui, fixaient une volage,
Ces dons brillants, dont le fréquent usage,
De deux époux fait des amants heureux.
Il voulut voir... et ne vit que miracles.
Bien sûr alors de la vertu d’Alix,
A leur hymen il ne mit point d’obstacles ;
Et des époux lui donna le Phénix.
Pendant longtemps la troupe rebutée
Ne troubla point les plaisirs du vainqueur ;
Mais à la fin, d’un doux espoir flattée,
Elle revint à l’attaque d’un cœur,
Qu’elle croyait aussi facile à prendre
Que tous les cœurs de nos femmes de bien.
On ignorait l’invincible moyen
Que notre Alix avait pour se défendre.
On fit venir près d’elle tour à tour
Ces gens charmants qui ne mettent leur gloire
Qu’à vaincre un jour, puis chanter leur victoire.
Soins superflus ! rebelle à leur amour,
L’or même, l’or ne put obtenir d’elle
Ce que toujours il obtient d’une belle.
Lasse à la fin de sa nombreuse cour,
Elle voulut mettre un terme à son zèle,
Et repousser d’une façon nouvelle
Ce peuple amant qui venait chaque jour
La tourmenter et la nommer cruelle.
Elle voulut donner une raison
Pour excuser sa longue résistance,
Mais raison telle, et de telle évidence,
Que s’en tenant à si bonne leçon,
On ne vînt plus lui faire violence,
Ni déranger la paix de sa maison.
Elle fit faire en grandeur naturelle,
Par un artiste habile complaisant,
De son époux une image fidèle.
Ce beau portrait était intéressant.
Ce n’étaient point les traits de sa figure,
Qui sur la toile étaient représentés.
On sait assez que la bonne nature
Nous a donné de plus grandes beautés.
La sage Alix ne veut dans cette image
Que... le garant de sa fidélité,
Ce doux lien du plus heureux ménage,
Ce trait brûlant, qui de la volupté,
Porte le trouble en son sein agité.
Il était peint, vermeil comme l’aurore,
Et couronné de myrte et de laurier,
Sa tête haute, et son maintien altier,
Le vif carmin dont son teint se colore,
Sa riche taille, un embonpoint flatteur,
Deux arsenaux où l’amour créateur
Vient préparer ses foudres en silence,
Foudres charmants que la volupté lance,
Tout annonçait un superbe vainqueur,
Sûr à jamais de maîtriser un cœur.
Alix, alors contente de l’ouvrage,
À ses amants découvrit son secret.
-- Je cesserai, dit-elle, d’être sage,
Quand vous aurez plus beau que ce portrait.
A cet aspect la trop faible cohorte
Honteusement alla gagner la porte.
Alix plaça l’image à son chevet,
Et quand parfois, quelque amant se trouvait
Qui, ne sachant l’innocente malice,
Voulait encor tourmenter notre Alix,
Il suffisait de montrer le phénix,
Sans répliquer, il se rendait justice.
Par cette ruse, avec cet heureux soin,
Alix toujours fut et sage et discrète.
Sexe enchanteur, très bonne est ma recette.
D’autres moyens vous n’avez pas besoin.
Quand vous aurez chez vous telle merveille,
Faites-en vite un bel épouvantail...
Si ne l’avez... votre ami vous conseille
De la chercher, pour le moins en détail.

FIN DES POÉSIES

APPROBATION

Nous, docteurs en fouterie, et de la faculté des branleurs, enculeurs, gamahucheurs, certifions avoir lu et relu un livre intitulé : Petit Catéchisme libertin, à l’usage des putains et des jeunes demoiselles qui se décident à cette profession, et n’y avons rien trouvé qui puisse en empêcher l’impression, la morale étant conforme au plan de l’auteur, et ne pouvant dans tout son contenu que servir à l’instruction des toupies, et à leur faire faire des progrès rapides dans la paillardise ; pourquoi nous l’avons approuvé.

Maury,

d’Autun,

docteurs foutimaces.

FIN

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après les Poésies libres et nouvelles pour faire suite au Catéchisme libertin in Catéchisme libertin à l’usage des filles de joie et des jeunes demoiselles qui se décident à embrasser cette profession, par Mademoiselle Théroigne, Aux Dépens de la Veuve Gourdan, Paris, 1792.



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