Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Les délices du fouet > Recevoir une bonne fessée

Navigation



Les délices du fouet

Recevoir une bonne fessée

Roman érotique (chapitre 6)



Auteur :

Mots-clés : |

Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


6

Quand je me retrouvai dans la rue, je m’écriai : « Faut-il que je sois bête ! » Non, vraiment, je ne me reconnaissais plus. Jamais je n’avais été sujet à une pareille timidité.

Comment ! je me trouve en présence d’une femme qui hante mes nuits depuis une semaine, je grille d’envie de sentir la morsure de ses verges, il m’eût suffi d’un mot pour être royalement servi, et ce mot, je ne le dis pas ! il s’étrangle dans ma gorge et je demeure là comme un idiot.

Ma conduite avait été inconcevable, j’avais gâché par ma bêtise, une occasion rare de me procurer la satisfaction dont je me faisais fête. Le regret d’avoir mis à néant cette espérance unique, me mit dans un état indescriptible. Je me serais fouetté moi-même jusqu’au sang, pris d’une folle rage, mais ma chambre, enclavée dans l’appartement du professeur et séparée par une légère cloison de la sienne, ne me permettait pas ce soulagement.

Tous les jours, l’envie me prenait d’aller me jeter aux pieds de Mme de Vridesviller et de lui crier mon aveu. Une impulsion irrésistible me poussait à cette extrémité et je me croyais suggestionné par le magnétisme de cette femme, qui avait juré de me courber sous son joug. Ne m’avait-elle pas appelé chez elle dans ce but ? Les verges n’étaient-elles pas intentionnellement exposées à ma vue, et ses allusions ne prouvaient-elles pas jusqu’à l’évidence, qu’elle aussi cherchait à célébrer pour son plaisir, le culte qui nous attirait tous les deux ?

Cette réflexion me décida et, un après-midi, surexcité au plus haut point, je fis appel à tout mon courage et sonnai bravement à la porte. Un domestique, qui me toisa, m’introduisit dans une pièce servant de bureau et emporta ma carte. J’entendis du bruit dans une chambre contiguë, mais personne ne se dirigeait vers celle où je me trouvais. Je prêtai l’oreille et perçus distinctement la voix dure de la hautaine maîtresse de maison faisant des reproches à une personne qui répondait timidement ; puis une gifle retentit et, l’instant d’après, je fus saisi d’un tremblement en percevant de terribles coups de cravaches, qui sifflaient en l’air et s’abattaient en claquant, accompagnés de hurlements. Je crus défaillir et je palpitai à chaque coup, comme s’il me cinglait moi-même.

L’angoissante action se prolongea et les hurlements du supplicié se transformaient en cris perçants. Lorsqu’enfin le bruit cessa, je crus que l’exécutrice allait paraître pour me soumettre au même traitement. La porte s’ouvrit : pétrifié, je ne bougeai pas… c’était le domestique qui me rapportait ma carte, me disant d’une voix creuse : « Madame ne reçoit pas ». Et il esquissa un geste vers la porte, m’invitant à partir.

Je titubai comme ivre, un banc de l’avenue m’offrait un appui, je m’écroulai dessus. Je cherchai à ordonner mes idées et à me rendre compte de ce qui venait de se passer. Pourquoi cette femme m’avait-elle renvoyé ? N’avait-elle donc pas envie de moi, comme j’avais envie d’elle ? Ou bien, pour me punir de l’avoir exaspérée, cherchait-elle à m’exaspérer à mon tour ? Possible que cette étrange créature jouissait de me retourner sur le gril et se jouait avec moi. En attendant, je ne pouvais songer à frapper encore à sa porte. Mais le spectacle qu’elle m’avait offert d’une cruelle flagellation, n’était-il pas destiné à exciter mes sens et à me pousser à quelque extrémité ?

Pendant plusieurs jours, je me creusai la tête à découvrir quelle pourrait être cette extrémité. Je dus me résigner, ne trouvant rien de mieux, à écrire une lettre à M de Vridesviller en lui exposant mon cas en termes clairs et précis. Mais, au moment de la jeter dans la boîte, je la supprimai, craignant que cette traîtresse femme ne la retournât à mon professeur, me compromettant en face de toute l’Université. J’en composai d’autres, en termes plus ambigus, compréhensibles pour les seuls initiés, et je me décidai à en laisser partir une.

Il se passa huit jours avant que je ne reçus la réponse. La cruelle femme continuait à se jouer de moi ; mais sa réponse était catégorique. C’était un bout de papier sans signature, avec ces simples mots : « Volontiers. Trouvez-vous chez moi jeudi à trois heures ».

Oh, ce jeudi, comme je l’attendais avec impatience, comptant les jours et les heures ! Je relisais cent fois le petit chiffon de papier. II prenait à mes yeux des proportions énormes. Dans ces quelques mots, tracés d’une main ferme en longs jambages pointus, je voyais tous les instruments de supplice, les verges, les cravaches, les fouets et les martinets.

Le matin de l’heureux jeudi, je me réveillai en sursaut, en poussant un cri, et je portai ma main sur ma chair rebondie, croyant la retirer avec du sang. Comme elle me démangeait dans l’attente de la céleste rosée ! Il était six heures. Misère, encore neuf heures d’attente, une éternité ! L’aiguille du temps continua sa marche, trop lente à mon gré, sans se préoccuper de mes angoisses.

Deux heures et demie ! Enfin pomponné, pommadé, avec une raie bien droite au milieu, tiré à quatre épingles, ganté de beurre frais, la canne au pommeau d’or à la main, je jetai un dernier coup d’oeil à la glace, trouvant qu’elle reflétait un petit jeune homme très présentable, et je pris hâtivement le chemin de la maison isolée.

Le domestique me parut moins dédaigneux. Introduit dans le même bureau que l’autre fois, je m’y morfondis pendant une bonne demi-heure avant que la fée lumineuse de mes rêves ne parut.

Elle était drapée d’un superbe manteau de velours cramoisi, bordé d’hermine, qui lui donnait une majesté vraiment royale.
- Ah, c’est vous ? dit-elle. Bonjour, prenez place. Dites-moi, mon ami, alors vous écrivez à toutes les femmes auxquelles on vous présente, pour les prier de vous flanquer une fessée ?

J’étais tout abasourdi de cette réception cavalière.
- Mais non, dis-je, pas à toutes, mais…
- Alors pourquoi m’accordez-vous la préférence ? m’interrompit-elle.
- C’est parce que je crois que, mieux que n’importe quelle femme, vous êtes à même de répondre à ma passion.
- Oh, par exemple ! et qu’est-ce qui vous porte à supposer pareille chose ?
- Vos façons très autoritaires et la réputation que vous avez de mener tout le monde à la baguette.
- Vous plaisantez, fit-elle en riant, moi, une femme autoritaire ? mais je suis la femme la plus douce de la création. J’ai vraiment la réputation de mener les gens à la baguette ? Vous m’étonnez. Ma parole, c’est la première fois que j’entends pareille chose. Je vous assure que je ne ferais pas de mal à une mouche.
- Pourtant, répliquai-je, l’autre jour, pendant que j’attentais dans cette même pièce, vous étiez dans la chambre contiguë aux prises, non avec une mouche, mais bel et bien avec un homme, et que vous écrasiez sous de terribles coups de cravache, car il hurlait comme un forcené.
- Moi ? moi ? fit-elle, roulant des yeux immenses, moi ?… Fi, l’horreur !

Elle se renversa sur le fauteuil en poussant un rire strident. Sous l’ample robe, ses petits pieds surgirent, dans de minuscules mules de satin blanc, tapant à terre leurs talons dorés, accompagnant son rire qui s’égrenait en perles. Je trouvai que la comédie avait assez duré et je me prosternai aux pieds de la fantasque :
- Ne plaisantons plus, lui dis-je, je veux être votre esclave, prenez-moi.
- Oh, Charley, répondit-elle, n’est-ce pas Charley qu’on te nomme ? Écoute, my boy, sais-tu seulement ce que veut dire ce mot que tu viens de prononcer : être mon esclave ? sais-tu à quoi tu t’engages ?
- Divine, répliquai-je, je serai ce que vous voudrez que je sois.
- Sais-tu comment je comprends l’esclavage ? Te doutes-tu de la soumission que j’exige ? Soupçonnes-tu les tortures que je t’infligerai, les humiliations que je t’imposerai ? Sais-tu combien je suis tyrannique et cruelle et que je t’abaisserai à l’état d’un vil valet méprisé ? Est-ce cela que tu veux ? Non, n’est-ce pas ? Tu viens ici pour recevoir une bonne fessée. Alors ne te trompe pas de formule, tu le regretterais. Es-tu seulement assez endurant pour supporter une fessée comme je les donne ?
- Divine, je supporterai tout ce que vous voudrez m’infliger.
- Tu t’engages trop à la légère. Je n’aime pas à me retenir, et quand je tiens un homme sous les verges, je le fais horriblement souffrir. Es-tu prêt à affronter cette torture ?
- Oui, répondis-je d’un ton assuré.
- Eh bien, alors, le sort en est jeté. Tant pis pour toi, je vais te fouetter de suite et, sache-le, ce sera sans pitié.

L’impérieuse reine sortit et je fus pris d’une extraordinaire surexcitation. Mon sang bouillonnait, se précipitant en vagues furieuses, un bourdonnement sourd grondait à mon oreille, et machinalement, je portai ma main au bas de mon dos, où la chair me sembla se gonfler comme un ballon, ouvrant chaque pore, comme une bouche happant de l’air, dans l’attente des verges puissantes. Dans mon esprit, des images et des mots se heurtaient : « Oh ! sans pitié… Elle… Elle… Impératrice !… Tigresse ! Messaline !… Les verges ! les fortes verges !… Elle m’a dit : “Tant pis pour toi…” Elle m’a dit : “Ce sera sans pitié.” Brr !… Que va-t-elle me faire ? Non, non, c’est trop cruel ! non, je n’en veux plus. »

Je courbais le dos comme sous un fléau. Un petit bruit derrière la porte me fit sursauter, effaré, et reculer à l’autre bout de la pièce.
- Non, non, fis-je, et dans mes yeux, j’eus la rapide vision d’une forte verge piquant affreusement.

Le bruit s’éloigna et la porte ne bougea pas. « Oh ! pourquoi me fait-elle attendre si longtemps ? je m’épuise à la désirer. » Tout tremblant, je m’assis dans un fauteuil ; puis, me souvenant que c’était le même que la cruelle avait occupé, je sautai en l’air, comme mû par un ressort, croyant sentir ses griffes s’enfoncer dans ma chair.

Pourquoi me condamnait-elle à cette pénible attente ? Elle m’avait dit : « Je vais te fouetter de suite » et il me semblait que des heures avaient passé. Quel plaisir elle doit prendre à augmenter ma souffrance par de tels raffinements !

Je me promenai à pas saccadés dans la chambre, fixant de mes yeux vides des objets sans intérêt. Poussé à bout, j’ouvris la porte, pour épier ce qui se passait… Dans le vestibule, un grand chien danois était étendu sur le tapis. Il sauta sur ses pattes et se précipita vers moi, la gueule menaçante. Je crois qu’il m’eût déchiré en morceaux si je n’avais poussé la porte à temps. Découragé, je me laissai choir sur une chaise et les minutes passèrent à nouveau, lentes et pénibles. Enfin la porte s’ouvrit et tout mon sang ne fit qu’un tour. C’était le domestique.
- Madame fait dire à monsieur de l’excuser, elle lui écrira pour fixer une entrevue.

Je crus ne pas avoir entendu. Le valet tenant la porte ouverte pour me reconduire, je compris cependant, et je quittai la maison tout hébété, ne sachant ce qui m’arrivait. C’était donc cela ! une nouvelle cruauté de la fantasque créature me faisait à nouveau jeter à la rue, après m’avoir enflammé l’imagination et fait passer des heures d’angoisse à l’attendre. Je songeai à l’Inquisition, où de tels raffinements devaient être en usage.

Voir en ligne : La cruelle femme (chapitre 7)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris